Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

28 mai 2007

Retour aux fondamentaux…

Filed under: 01 - Etudes et analyses — iledere @ 8:24

jaures.jpgComme je vous le disais dans un précédent post la ventilation par classe d’age du vote pour Ségolène Royal montre que l’élection de Sarkozy n’a pas les assise que l’on croit. Pour mémoire :
18/24 ans 53 %
25/34 ans 54%
35/49 ans 56 %
50/64 ans 51%
65 ans et plus : 25%

Pour autant il ne faut pas nous leurrer, il a obtenu un score honorable dans des tranches d’âge et dans des strates sociales qui n’ont objectivement pas d’intérêt à voter pour lui.
Car si la victoire de Nicolas Sarkozy une bonne nouvelle pour Neuilly, c’est une mauvaise nouvelle pour Clichy. C’est une bonne nouvelle pour le capital financier, pour le Medef, pour le Cac 40, pour les groupes Bouygues, Lagardère, Dassault, Rothschild, pour les multinationales qui contrôlent les grands médias audiovisuels, les armes et la finance.
C’est le pire pouvoir contre les droits sociaux depuis Pétain.
C’est une mauvaise nouvelle pour les 22 millions de salariés ayant un emploi et pour les chômeurs, les retraités, les précaires, qui seront visés par les attaques annoncées contre leurs droits au travail, contre le Smic, contre leurs droits face aux licenciements, contre le droit syndical, contre la réduction de la durée du travail, contre le droit de grève, contre le droit à la santé gratuite, contre la laïcité et les services publics…
C’est une mauvaise nouvelle pour les jeunes, les étudiants, qui vont voir leurs chances de bénéficier d’une formation de haut niveau publique et gratuite réduite.

Normalement, aucun salarié n’aurait dû voter pour Sarkozy sauf à méconnaître ses intérêts les plus élémentaires : mais la propagande des grands médias a été plus puissante que jamais pour masquer, mystifier le programme réel du chef de l’Ump.

Sarkozy a pris quasiment toutes les méthodes de communication de Le Pen : auto-victimisation, discours anti-pensée unique (alors qu’il l’incarne) mélopée nationaliste, brutalité au karcher, démagogie anti-chômeurs, anti-fonctionnaires, anti-assistés, contre l’immigration, contre l’insécurité, pour l’eugénisme… et il a réussi à prendre les voix de Fn et à les élargir.
Sarkozy a promis, de « liquider » jusqu’au souvenir du plus grand mouvement de grève des salariés de l’histoire de ce pays, en mai-juin 68. Il a défié les syndicats et d’avance appelé à leur défaite.

Pourtant, il n’y avait rien de fatal à cette défaite de la gauche.

La droite sortante était discréditée, les conditions étaient réunies pour sa défaite, les électeurs majoritairement orientés à gauche.
Des millions de manifestants s’étaient levés contre la politique libérale lors des grandes grèves de février à juin 2003 pour défendre les retraites à 60 ans à taux plein et par répartition : quand la droite imposa les lois Fillon, il y eut 66 % de l’opinion selon les sondages pour s’y opposer !
Les 28 mars et 13 juin 2004, la gauche obtint un raz-de-marée sans précédent avec 7 % de mobilisation électorale supplémentaire, en mars 20 régions sur 22 à gauche, 51 départements sur 100 à gauche et, en juin, une majorité aux européennes, notamment pour « une Europe des 35 h » et un « Smic européen ».
La preuve en est encore qu’en 2006, lorsqu’elle fut unie et mobilisée de janvier à avril contre le Cpe, la gauche syndicale et politique, salariés et jeunes, gagna et mit le gouvernement Chirac-Sarkozy à genoux !
La victoire du chef de l’UMP en 2007, pas plus que celle de l’UDR en juin 68, n’effacera la puissance et les exigences du mouvement social.

Pourtant la victoire de Sarkozy, et à travers lui, d’une Droite « décomplexée » n’est pas la preuve d’une déliquescence de la Gauche.
C’est la conséquence d’erreurs stratégiques, et d’accumulation d’habitudes néfastes, de compromissions sur l’autel des ambitions personnelles et d’un fossé qui s’est creusé entre nos dirigeants et leur base, les militants.
Si toute la direction de la gauche s’était retrouvée en phase avec sa base, avec le peuple de gauche, la gauche aurait été combative, conquérante, unie et aurait créé une dynamique irrésistible, victorieuse jusqu’en 2007. L’unité partielle “de la gauche de la gauche” a échoué dés lors qu’elle cherchait à remplacer l’irremplaçable : l’unité de toute la gauche sur un programme antilibéral.

La « démocratie participative » aurait dû permettre d’écouter les aspirations profondes si clairement manifestées de 2003 à 2006 : il fallait construire une unité de toutes les forces de la gauche, formuler un programme de profonde transformation sociale pour abroger toutes les mesures réactionnaires de la droite, s’appuyer sur l’unité syndicale et des mouvements de jeunesse, afin de balayer le scepticisme entretenu par le manque d’audace des gouvernements de gauche précédents. Et répondre aux urgences sociales.
Le Parti Socialiste aurait dû fonder son orientation sur la recherche d’une alternative cohérente politiquement, vraiment à gauche, appuyée sur le salariat et non se laisser guider par la versatilité des sondages et l’impressionnisme d’une “opinion publique” mal cernée.
La gauche ne peut gagner sans une forme d’unité et un programme avancé avec des mesures phares (comme en 1981, nationalisations, réduction du temps de travail, congés payés, salaires, droits nouveaux), et ce n’est pas la recherche tardive d’électeurs de gauche égarés sur le vote UDF-Bayrou qui pouvait rattraper cela. Le « rejet » de Sarkozy était un puissant moteur, mais il a manqué le carburant de l’unité à gauche sur des objectifs communs.

Sarkozy n’a cessé de répéter qu’il était le porte-parole « d’une droite décomplexée qui entendait être bien à droite » et imposer son programme.

Il a gagné en partie sur la détermination qu’il a ainsi impulsée dans son camp. Le débat n’a même pas été dévoyé comme en 2002 sur la sécurité, il a été question de questions économiques et sociales, de l’emploi, et c’est anormal que sur ce terrain, il ait pu gagner !
La leçon, c’est qu’il faut, en face de Sarkozy, une « gauche décomplexée qui soit bien à gauche » et réponde aux aspirations de ses électeurs, aussi fidèle aux salariés que la droite est fidèle au patronat.

Une gauche qui se reconstruise et s’unifie, en proposant de redistribuer vraiment les immenses richesses de la France d’aujourd’hui. Il faut qu’elle ne craigne pas d’affirmer que l’éradication du chômage de masse proviendra du partage du temps de travail sans baisse de salaire, que le maintien du montant des retraites exige une augmentation des cotisations patronales, que la gauche redonnera à la part des salaires ce qui a été transféré aux profits depuis 25 ans… afin que les mesures concrètes du programme de la gauche soient cohérentes, claires et compréhensibles à la différence des formules sociales libérales qui, en essayant de concilier les intérêts du Medef et ceux des travailleurs, sèment le doute.

Car à quoi sert une gauche qui ne se bat pas pour redistribuer les richesses ?

Il faut une refondation à gauche : un grand congrès fondateur d’un grand parti démocratique unifié de toute la gauche, sur un projet antilibéral !
Pour gagner, Sarkozy s’est appuyé sur la logique des institutions anti-démocratiques de la Ve République.
L’élection présidentielle est une élection quasiment « faite » pour la droite et ses puissants relais financiers et médiatiques. Seul François Mitterrand dans des circonstances exceptionnelles (un effet différé de mai 68 justement et un programme avancé) a réussi à l’emporter. Ce type d’élection personnalise la politique pour mieux dépolitiser les personnes.

Le scrutin parlementaire est mille fois plus démocratique, et l’inversion du calendrier électoral en 2002 fut une grande erreur. Il faut lutter plus que jamais pour une VIe République sociale, parlementaire, démocratique, laïque.

L’urgence est d’empêcher la droite néo-libérale extrémiste de disposer de tous les pouvoirs. La droite garde la présidence de la République. Elle dispose de la majorité au Sénat. La majorité des membres du Conseil constitutionnel ont été nommés par la droite. Quant au « 4ème pouvoir », les grands médias, nul ne peut plus ignorer qu’ils sont dans le camp de la droite.

Pas de démoralisation, pas de répit, il faut tout faire pour que la gauche obtienne le maximum d’élus aux législatives du 10 et 17 juin.

Rassemblons vite la gauche, préparons des accords programmatiques et de désistement pour être le plus fort possible les 10 et 17 juin, redonnons une orientation déterminée à gauche, contre une mainmise totale sur toutes les institutions par une droite dure, agressive, rapace, pas d’alliance avec le prétendu « centre ».

Et préparons, dans l’unité, les mobilisations unitaires nécessaires pour faire échec aux mauvais coups programmés.

4 réponses à “Retour aux fondamentaux…”

  1. A.-M. dit :

    d’accord avec toi Alain je crois toujours en Ségolène Royal et en son pacte présidentiel, à sa justice et à sa compassion (on peut compter sur sarko et à son fillon fidèle pour une politique sans concession et sans compassion!!!)
    les américains ont loupé Al Gore nous Ségolène …
    gardons espoir …

  2. M. B. dit :

    C’est surement vrai que le PS n’a pas passé assez de temps à analyser la défaite de 2002 alors que nous étions sur une sorte de petit nuage après les régionales et les cantonnales, nous avons oublié de tirer la leçon du référendum. Nous avons oublié que François Mitterrand avait commencé par une refondation du PS avec la disparition de la SFIO (qui se souvient des 5% de Defferre).

    Alors oui, il faut un nouveau PS, il faut que les « éléphants » apportent leur expérience mais qu’ils sachent aussi faire place aux nouveaux adhérents, place pour ces jeunes qui ont encore la foi et l’espérance mais qui n’accepteraient pas d’être déçus. C’est vers que le nouveau PS doit se tourner pour éxister autrement.

    Alors tournons nous enfin vers cette jeunesse qui sont nos dirigeants de demain. Ségolène a montré que le PS devait exister autrement et je pense que les éléphants ont plombé sa campagne par leur peu d’enthousiasme et par leurs schémas achaïques. Elle représente un véritable espoir pour les militants qui n’ont pas compris les trahisons de certains : s’engager c’est avoir une foi dans son parti, les basses manoeuvres de certains sont pires q’une trahison, comment faire confiance en des gens qui confondent lutte idéologique et course au portefeuille.

  3. J. Y. Duyck dit :

    Ceci dit, car la rigolade a un temps restreint vu ce qui nous tombe sur la coine:
    je propose de virer LF, DSK, SR, FH, tous à l’ego bouffi et qui nous ont fait paumer les élections par « petits règlements de comptes entre amis » et de bâtir un programme autour de
    1) développer les solidarités
    – dans l’école
    – dans la santé
    – dans la justice
    – dans la sécurité
    – dans la vie quotidienne

    2) uné économie au service de la solidarité
    – dans le refus d’une croissance en trompe l’oeil qui ne prend pas en compte les nuisances
    – dans l’indispensable refonte d’une comptabilité nationale et sociétale qui voit de la valeur ajoutée là où il ds’agit de valeur diminuée (ordures, rejets, emballages, etc.);
    – dans la redistrinbution des richesses crées
    etc.
    Bon, voilà

  4. bonjour, je suis bien entendu en accord avec tout ce que je viens de lire. Il faut que toutes et tous nous nous rangions derrière Segolène Royale, et que (personne est parfait) si elle fait des erreurs, les anciens ne soient pas à attendre pour la démolir mais au contraire pour faire des remarques constructives. C’est le contraire ce que nous avons vu. Voilà, moi je suis prête à me battre, mais encore faut-il que ce ne soit pas contre des moulins à vent. Nous n’avons rien à perdre, nous ne demandons rien, nous souhaitons simplement une socièté plus juste. Dans le pire des cas nous pouvons toujours quitter la France. Chantal et Ron Wright

Laisser un commentaire

Plate-forme de blogs du Parti socialiste | Propulsé par Wordress Mu | Articles (RSS) et Commentaires (RSS)
Sauf mention contraire, le contenu de cette page est sous contrat Creative Commons Creative Commons