Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

19 juin 2007

culture et politique… Je t’aime, moi non plus…

Filed under: 01 - Etudes et analyses — iledere @ 22:46

ogres.jpg« Quand j’entend le mot culture je sors mon révolver !!! »
Cette phrase est souvent attribuée à Goebbels, Elle est, en fait, du dramaturge Nazi Hans Johnst dans « Schlageter ». Mais Goebbels aurait pu en être l’auteur, lui qui, ministre de l’information et de la propagande, fit un autodafé de 20.000 livres le 10 mai 1933 sur la place de l’Opéra à Berlin.
En tous cas, elle illustre bien le rapport particulier qui lie Culture et Politique.
Multiculturalisme, droits d’auteurs, financement des arts, exception culturelle, etc., les questions culturelles sont omniprésentes dans l’agenda politique des sociétés contemporaines. Touchant à des enjeux technologiques, industriels et de cohésion sociale, mais aussi, de plus en plus, de régulation des échanges internationaux, les politiques culturelles dépassent les intérêts sectoriels du monde des arts et de la culture. Les recherches en sciences sociales sur l’art et la culture font d’ailleurs nettement ressortir l’extension des enjeux et la pluralité de leurs dimensions politiques.
Il en va ainsi toutes les fois que que l’analyse des échanges internationaux des biens et des services culturels est envisagée sous l’angle des rapports de force entre les nations ou les territoires ou que la variété des styles de vie et des registres culturels est envisagée comme la dimension symbolique des rapports de classe.
L’analyse des arbitrages collectifs relatifs au financement des arts, des équipements culturels ou des « grands travaux » donne aux économistes un domaine nouveau pour élaborer et pour tester des formes originales d’intervention publique.
L’hstoire d’Oyonnax illustre bien la vision culturelle étriquée d’un édile UMP qui semble, selon la délicieuse expression de nos cousins de Québec « solide entre les oreilles ».

Rappel des faits :
Suite à un concert donné à Oyonnax le 5 mai 2007, Les Ogres de Barback sont en conflit avec la municipalité de la ville. Le 10 mai 2007, Jacques Gobet, maire d’Oyonnax, a écrit la lettre suivante au groupe:

« J’ai, dès le dimanche 6 mai au matin, été informé de l’incident qui a eu lieu au Centre Culturel lors du spectacle donné le samedi 5 mai au soir par les Ogres de Barback, incident au cours duquel le spectacle a servi de prétexte à une action de propagande politique dirigée contre l’un des candidats à l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy, et en faveur de son adversaire, Ségolène Royal. Cet incident appelle quatre remarques de ma part :
1. La prise de position publique a violé la neutralité républicaine qui doit avoir cours à l’intérieur des bâtiments publics.
2. Au moment des faits, la campagne officielle était close depuis la veille à minuit, ce qui constitue une circonstance aggravante.
3. La prise de position des artistes a heurté et choqué les convictions d’une partie importante du public qui n’a pas manqué, dès le lendemain et les jours suivants, de m’en faire part
4. Cette intervention intempestive autant que mal venue a eu lieu au cours d’un spectacle pour lequel les artistes étaient payés par la ville d’Oyonnax : elle a donc eu lieu au frais des contribuables locaux d’une ville où les électeurs ont voté Sarkozy à près de 60%. Sur ces 4 points, j’exige des explications écrites de la part des artistes des Ogres de Barback ».

Après réception de cette lette, le groupe s’est empressé de répondre et de poster le tout sur Internet. Voici sa réponse:

« Dans votre courrier, vous vous permettez d’exiger une réponse de notre part. Mais qui êtes-vous donc et quelle saurait être votre légitimité pour exiger quoi que ce soit d’artistes, aussi libres que n’importe lequel des citoyens de ce pays. Tout d’abord sachez, Monsieur, que la personne qui vous a informé ne semble pas en mesure d’apprécier correctement le sens des mots. En effet, il n’y a eu aucun incident lors de notre représentation. Un passage vidéo de notre spectacle, non relayé par la moindre intervention orale des membres de notre groupe qui plus est (ce qui serait pourtant notre légitime droit d’expression), a semble-t-il dérangé l’un(e) des élu(e)s de votre commune. Cela s’arrête là. Vous conviendrez, Monsieur, qu’il n’y a pas lieu ici de parler d’incident.

Si, donc, nous avons choisi de répondre à cette missive hargneuse et foncièrement creuse en termes d’argumentation, c’est pour vous rappeler à notre tour quelques évidences qui semblent vous échapper : Il est profondément dommage qu’un élu de la République ignore que le principe de neutralité républicaine ne s’applique, bien évidemment, qu’aux agents de l’Etats dans l’exercice de leurs fonctions. C’est, en outre, un principe applicable aux personnes et non aux lieux, que ceux-ci soients publics ou non.

Le problème, Monsieur, tient dans le fait que vous mélangez malheureusement un certain nombre de choses pour servir votre propos, qui s’en trouve, du coup, profondément décrédibilisé. Ainsi, la date de clôture de la campagne officielle ne concerne qu’une minorité de catégories, dont les principales sont les partis politiques ou associations affiliées à ceux-ci, et à quelques autres (audiovisuel, notamment). Vous serait-il également venu à l’esprit d’interdire, entre le vendredi 4 mai à 23h59 et le dimanche 6 à 20h, à vos contribuables, citoyens au même titre que nous, de débattre de politique là où ils le veulent

Vous affirmer ensuite qu’une partie importante du public aurait été heurtée dans ses convictions : notre groupe, puise une part de sa reconnaissance dans le fait de véhiculer à travers ses chansons des valeurs d’humanisme, de générosité et de tolérance. Ce que vous écrivez ne saurait donc recouvrir la moindre réalité. Il faut avoir été absent ce soir-là pour oser poser sur le papier de telles aberrations! Surtout, depuis quand les artistes, peu importe le champ dans lequel ils évoluent, doivent-ils prendre garde à ne heurter personne A vous entendre, nombre d’auteurs de théâtre ou de chansons devraient être interdits de représentation dans votre ville (nous vous épargnons cette liste). (…-

Enfin, et c’est la cerise sur cet indigeste gâteau, vous brandissez un argument particulièrement novateur. Une ville devrait, pour les dépenses qu’elle prend en charge au niveau culturel tout au moins, tenir compte, en pourcentage, de l’orientation politique de ses habitants. Il vous faudrait donc accueillir, à cachet équivalent, trois spectacles estampillées de droite pour deux autres que vous présenteriez de gauche. L’école républicaine nous avait pourtant appris qu’un édile doit raisonner en terme d’intérêt général plutôt que d’orientation partisane. Et, tant qu’à être cohérent, vous devriez commencer par rebaptiser votre Centre Culturel Aragon, pour lui substituer celui de Johnny Hallyday ou de Doc Gynéco. Monsieur, nous ne vous saluons pas. »

Il n’y a pas grand chose à ajouter à la réponse des Ogres de Barback qui est d’une pertinence rare… Je ne peux que vous encourager à venir les voir aux FrancoFolies de La Rochelle, ou le maire Maxime Bono ne s’est jamais couvert de ridicule dans les exercices épistolaires ou se lance inconsidérément Monsieur Gobet, le désormais tristement célèbre maire d’Oyonnax…

Dans un sens plus général, qu’on ne s’y trompe pas, il est bien des cas où la culture est une dimension du politique. je n’est pas jack lang qui me démentira ! Et la relation du politique au culturel évolue selon les systèmes. Ainsi, à travers la thématique du capitalisme « informationnel » ou « cognitif », la dimension culturelle des mutations contemporaines du capitalisme est souvent mise en avant.
Plus précisément, le monde de la culture en tant que secteur d’activité est souvent envisagé comme un pivot de la transformation des systèmes productifs (démembrement des structures verticales, développement de la sous-traitance, organisation en réseaux, etc.) ; il est aussi régulièrement considéré comme un vecteur du changement des méthodes de management ou des formes d’emploi (comme en France, dans le cas du statut des intermittents du spectacle).
Cette thématique renvoie également à la place du monde de l’art et de la culture dans les mobilisations collectives et dans le mouvement social, dans l’action syndicale ou politique.
De même, il ne faut négliger l’action du politique sur les inégalités d’ordre culturel : inégalités sociales d’accès à la culture, inégalités de traitement des différents registres culturels dans l’action des pouvoirs publics, inégalités liées aux rapports entre culture « savante », culture populaire et culture de masse.
Voilà pourquoi il est fondamental d’écouter et d’analyser la position des pouvoirs politiques sur la culture et d’apprécier la politique culturelle proposée. ou imposée… Nous pouvons ainsi éclairer l’endroit ou ils souhaitent nous mener.
Par exemple, le fait que le gouvernement De Villepin ait nommé à la culture un repris de justice était un signal fort… Renaud Donnedieu de Vabres avait été condamné dans l’affaire de financement de l’ex-parti Républicain, une affaire de blanchiment d’argent (jugement du 16 Février 2004 Trib. Correct. de Paris) avec un tel ministre il n’est pas étonnant que le gouvernement ait pu imposer le projet de loi dit DADVSI (Droit d’auteur et droits voisins dans la société de l’information), que le ministre a défendu devant le parlement en décembre 2005 et au printemps 2006. Présenté en décembre 2005, ce projet a fait face à de lourdes attaques. Dépassant les clivages droite/gauche, des associations relayées par certains députés, dénoncent la forte pénalisation du piratage, l’abandon de la copie privée, et l’allégeance du ministre aux maisons de disques.

Cela aboutissant en première lecture à l’adoption d’un amendement en faveur de la licence globale, contre l’avis du gouvernement. Après deux mois de polémique intense, l’examen du texte par les députés a repris en mars 2006. Retirant immédiatement la licence globale, le ministre a réussi après de longs débats à faire adopter la quasi totalité de ses propositions en faveur des DRM et contre les échanges de fichiers protégés par droit d’auteur.

Ce même ministre, par contre, refusera de s’intéresser au dossier sulfureux du régime d’assurance chômage des intermittents du spectacle. Il affirme d’un côté partager l’avis des syndicats majoritaires concernant une période annuelle de calcul des droits d’accès à ce statut, mais refuse d’intervenir directement dans le débat considérant que toute initiative parlementaire dans ce dossier nuirait aux négociations entre les partenaires sociaux…

Au moins la logique économico-politique de l’action du ministre de la culture aura eu le mérite d’être claire.

Soyons donc vigilants sur ce que va nous proposer Madame Albanel, actuel ministre de la culture et de la communication…
Alain Renaldini

3 réponses à “culture et politique… Je t’aime, moi non plus…”

  1. MARNAY dit :

    En citant Johnny Haliday, Sardou et Doc Gynéco, je pense que pour notre « admirable Président », ils représentent les nouveaux symboles de notre culture, excusez-moi j’oublie Steevy!.

    Par ailleurs, le maire d’Oyonnax devrait se poser cette question : n’est-il pas préférable d’accueillir les « Ogres de Barback » plutôt que ‘ »le requin de l’Elysée »?

  2. Alain dit :

    Encore que pour qu’une salutaire verve satyrique puisse exister, il faudrait que les artistes ne fassent pas eux-même les réponses. Surtout quand, dans le cas des Ogres, elle sont parfaitement argumentées… Qu’est-ce qu’on peut dire ensuite ?
    Haaa, il est loin de temps des vieilles gloires de la « chanson Française » qui nous permettaient de nous esbaudir sur les bourdes dont ils parsemaient, involontairement, leurs interviews… « Toulouse Lautrec 1-0 » (Johnny Haliday), « Je me croyais un chêne , je n’étais qu’un gland » (Sardou) « lutter contre le chômage c’est facile, y a qu’à créer des emplois » (doc gyneco).
    Si les artistes se mettent à avoir une vraie réflexion et le style qui va avec, on va-t-on ?

  3. BOUCHERIE dit :

    On reste pantois devant de tels évènements (sic Oyonnax) Pour le ministère de la culture via Donnedieu de Vabres le commentaire est particulièrement juste. Excellente analyse qui ne donne pas de quoi rire pour les artistes français dans tous les domaines culturels. Mais tous les talents vont se délecter avec amertume et nous allons certainement goûter la verve écrivaine satyrique dans les mois à venir.

Laisser un commentaire

Plate-forme de blogs du Parti socialiste | Propulsé par Wordress Mu | Articles (RSS) et Commentaires (RSS)
Sauf mention contraire, le contenu de cette page est sous contrat Creative Commons Creative Commons