Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

20 juin 2007

Revalorisation du SMIC : un instrument de régulation économique et sociale à préserver.

Filed under: 01 - Etudes et analyses,03 - Economie — iledere @ 15:39

smic.jpgAvant même que les partenaires sociaux n’en débattent, le gouvernement a indiqué la semaine dernière (Cf. F. Fillon, dans le Figaro du 15-06-07) que, cette année, la revalorisation du SMIC à intervenir au 1er juillet 2007 ne donnerait pas lieu à un « coup de pouce ».
Conformément à la loi, la hausse du SMIC serait donc limitée à 2,06% (17 centimes d’€ supplémentaires par heure de travail), soit à la somme de l’inflation et de la moitié de la progression annuelle du pouvoir d’achat du salaire horaire brut ouvrier.

Dans le même temps, le Premier ministre vient de faire savoir qu’il souhaite pour l’avenir que « les partenaires sociaux assument cette responsabilité de fixer le SMIC » (Cf. les Échos du 18-06-07).
Cette déclaration est une invitation claire à l’accentuation de la décentralisation de la négociation salariale, revendiquée de longue date par les organisations patronales.
Si le SMIC devait devenir un « filet de sécurité déterminé selon des critères économiques », comme le demande le MEDEF, on assisterait inévitablement à la multiplication, à terme, de salaires minima, selon les branches ou les régions, dont la fixation serait exonérée « de critères politiques ou de générosité » susceptibles de « créer des dégâts économiques graves »… En somme, des SMIC, au gré des rapports de forces sectoriels ou locaux !

L’on ne peut que dénoncer cette caution gouvernementale apportée à une revendication patronale. Celle-ci méconnaît la double fonction du SMIC, minimum social devant permettre à tous les salariés à temps complet de vivre de leur travail, mais aussi, instrument de régulation de la concurrence et d’incitation au développement de la productivité.
Remettre en cause cette seconde dimension, c’est-à-dire, freiner structurellement la croissance du SMIC, c’est assurer la survie d’entreprises archaïques, à la limite de la rentabilité et accréditer l’idée fausse selon laquelle la déflation du coût salarial est la clé du progrès économique et social.

A l’opposé de cette conception rétrograde et par ailleurs contradictoire avec la volonté affichée de « revaloriser le travail », l’on doit souligner que le SMIC est le seul instrument dont disposent les pouvoirs publics pour inciter à la négociation sur la revalorisation des minima hiérarchiques de branches.
Si l’on peut considérer que les « coups de pouce » doivent être accordés avec discernement et en tenant compte des réalités économiques, l’on doit aussi réaffirmer la nécessité de leur principe même, qui conduit les partenaires sociaux à négocier dans les branches des minima hiérarchiques maintenant ou recréant une cohérence entre les distributions des salaires et des qualifications.

Ainsi, l’on ne saurait cautionner une politique qui prétexterait l’écrasement de la hiérarchie des salaires pour remettre en cause un instrument essentiel de la régulation salariale et du pouvoir d’achat des salariés et, au-delà, de la croissance économique et de l’emploi, via la consommation des ménages.

Jean Louis Besnard

Jean Louis Besnard est Conseiller National de l’UNSA. Il est membre du “Conseil d’Orientation des Retraites”.

3 réponses à “Revalorisation du SMIC : un instrument de régulation économique et sociale à préserver.”

  1. Alain dit :

    Petite précision suite à une discussion amicale avec des collègues quelque peu « largués » sur le sujet :

    il n’est pas rare d’entendre encore des personnes utiliser, à tort, le terme « SMIG » pour désigner le « SMIC ».

    Le SMIC a succédé, par le décret de Jacques Chaban-Delmas du 2 janvier 1970, au SMIG « salaire minimum interprofessionnel garanti », instauré le 11 février 1950.
    Le SMIG n’était indexé que sur les prix, qui grimpent moins vite que la moyenne des salaires lorsque la productivité augmente (ce qu’elle a fait d’environ 5% par an pendant les trente glorieuses et un peu moins de 2% par an en moyenne ensuite).
    Les smigards avaient donc un pouvoir d’achat qui ne bougeait pas, bien qu’il y ait en raison de ce gain de productivité de moins en moins de smigards. Les smicards ont un pouvoir d’achat qui croît au fil du temps, puisque le SMIC augmente plus vite que le salaire moyen ; les bas salaires sont progressivement « rattrapés » par la croissance du SMIC.

    Cette croissance n’est pas à la discrétion du gouvernement : elle est fixée par les textes de loi, et seul le célèbre « coup de pouce » supplémentaire est le fait du Roi.
    L’augmentation du SMIC correspond au minimum à l’inflation constatée l’année précédente (calculée en juillet), plus 50% de l’augmentation du pouvoir d’achat ouvrier moyen.
    Le gouvernement a en outre la possibilité, nous l’avons dit, d’accorder des « coups de pouce », ce qu’il fait en pratique régulièrement. De plus si l’inflation constatée entre le 1er juillet et le dernier mois connu (N-1)dépasse 2% il est automatiquement réévalué au mois N+1 du pourcentage de cette inflation

    Au cours des années 1990 et des années 2000, les gouvernements ont baissé les charges sur les bas revenus, et en particulier au niveau du SMIC, pour favoriser l’emploi. Ces actions ont eu comme effet pervers d’augmenter la proportion d’employés payés au SMIC. ils étaientt 16,8 % en 2005.

    Au passage, tordons le cou aux idées fausses: le SMIC français n’est pas le plus haut d’europe ! Loin s’en faut : il est au 6ème rang.
    Pire, en Grande Bretagne le salaire minimum est de 1.361 € et seul 2,2 % de la population le percoivent quand 16,8 % des français ne perçoivent que 1.254 €… (Il s’agit de salaires bruts)
    Enfin, les entreprises ont obtenu au fil du temps des suppressions de charges ou de trés importants allègements de charges sur les salaires jusqu’à 1,6 fois le SMIC. Cette mesure engendre par effet mécanique un tassement des bas salaires…

    Enfin, La généralisation des salaires minimums à travers les pays développés s’est faite après la seconde Guerre mondiale en même temps que le développement des échanges internationaux. La mondialisation accrue des échanges de biens à cette époque, a permis le décollage économique des pays d’Asie, à commencer par celui du Japon, entraînant dans son sillage de nombreux autres (Corée du Sud, Chine…)
    Ce décollage économique a accru la concurrence internationale dans les secteurs fortement dépendants de la main d’œuvre, comme le textile ou l’électronique (secteurs où de nombreux emplois ont été détruits en Europe et aux États-Unis.). C’est un paradoxe car la mondialisation soutenue par le monde occidental lui révèle à quel point les systèmes de protection sociale qu’il a élaboré ne sont viables qu’en économie fermée et donc impossibles et à remettre en question dans une économie ouverte mondialisée.

    Lorsque que l’on compare les salaires minimums à travers le monde, on est frappé par leur étonnante hétérogénéité. Mais cette forte dispersion (du moins au sein des pays développés) est beaucoup plus faible lorsque l’on tient compte des parités de pouvoir d’achat entre les devises dans lesquels lesdits salaires minimums sont exprimés.

    À noter qu’il existe déjà un salaire minimum mondial mais pour une seule profession, celle de marin. Ce salaire, qui est opposable dans 48 pays dans le monde, est géré par l’Organisation internationale du travail (OIT) et se décline en fonction des monnaies nationales en tenant compte de leur pouvoir d’achat local.

  2. MARNAY dit :

    Nous, gens de gauche, comme le dit « le faux 1er ministre F.F. », nous sommes dépassés voire obsolètes.

    En effet, nous n’avons pas compris que pour gagner plus, il faut « travailler plus et même de plus en plus » surtout que l’augmentation du SMIC aura des conséquences « exceptionnelles » sur les heures sup !

    Je regrette de ne pas avoir fait parti des 53 % de français qui ont amené « cet être fabuleux » à créer enfin une rupture, les riches seront de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus…., mais je ne dis pas la suite car une majorité de français n’est pas concernée !

    Plus sérieusement, doit-on attendre cinq ans pour supporter cette clique qui va laminer les plus défavorisés?

    Nous assistons à un triste spectacle qui est indigne d’un pays comme le nôtre.

    Je suis certain qu’en réalité N.S. n’est que l’exécutant du MEDEF et de ses amis intimes (Lagardère, Bouygues, Bolloré etc… j’en passe et des meilleurs).

  3. Alain dit :

    En prévoyant de ne donner aucun coup de pouce au SMIC au 1er juillet, le gouvernement Sarkozy-Fillon fait la démonstration qu’il n’entend rien faire pour augmenter les bas salaires.

    Une hausse de 2 % du SMIC, sa plus faible revalorisation depuis 1999, serait un très mauvais signal envoyé aux salariés modestes et à l’ensemble du monde du travail, dès lors que les négociations salariales dans l’année à venir s’en trouveraient mécaniquement altérées.

    Le discours lénifiant de la droite sur les augmentations de salaire qui découleraient de l’augmentation du nombre d’heures supplémentaires ou de la baisse des cotisations patronales de sécurité sociale ne résiste pas à l’analyse. En effet, seule une petite minorité de salariés serait appelée à faire des heures supplémentaires, soumises au bon vouloir de l’employeur. Quant aux cotisations patronales de sécurité sociale, elles sont déjà fortement réduites à hauteur de 1,6 SMIC.

    Le coup de pouce au SMIC reste le moyen privilégié de revaloriser les bas salaires et de dynamiser les négociations salariales.

    En annonçant dans le même temps des cadeaux fiscaux aux plus fortunés pour plus de 15 milliards d’euros, une hausse de 5 points de TVA qui grèvera le pouvoir d’achat des catégories moyennes et populaires et une limitation de la hausse du SMIC au minimum légal, le gouvernement fait aujourd’hui le choix d’une politique profondément injuste et inégalitaire.

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