Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

4 juillet 2007

De la rénovation du Parti Socialiste… Ce que je crois.

Filed under: 01 - Etudes et analyses,14 - Refondation du PS — iledere @ 18:23

alain21.JPGAprès un échec à des élections il est normal d’analyser les raisons de l’échec afin de tenter de ne pas les répéter.
C’est d’autant plus important que, nous le savons, nous n’avons gagné que trois élections nationales : 1981, 1988, 1997.
Comme l’a souligné Bertrand Delanoé, Maire de Paris : « Ces trois victoires furent, à chaque fois, le fruit d’une alchimie entre une situation politique bien appréhendée, une offre crédible, et un leader dont l’ambition légitime avait nourri une dynamique collective dépassant sa propre personne ».
Aujourd’hui, avec l’analyse voulue de la défaite, des voix de plus en plus nombreuses réclament une rénovation de notre Parti, s’appuyant sur le constat d’une certaine distanciation entre la base et les dirigeants : sur le terrain, les militants souhaitent une reconstruction, une révision des fondements doctrinaux quand, à Paris, les dirigeants se positionnent déjà pour les prochaines échéances.
Pour reconstruire, commençons donc par distinguer entre la source et les conséquences.
La source, c’est le projet qu’il nous faut impérativement réinventer. la conséquence sera l’émergence naturelle du porteur de ce projet en vue des échéances à venir.

Penser notre projet c’est en premier lieu se pencher sur l’évolution de la société, des mentalités et des attentes de nos concitoyens, qui ont bien changées dans le dernier quart de siècle.

Les raisons de la victoire de la Droite

Nos défaites de 2007 confirment l’inaboutissement de notre recherche intellectuelle. Présidentielle et Législatives livrent un double enseignement : d’abord, Nicolas Sarkozy a su réarmer la droite sur le plan de sa doctrine. Pendant toute cette période, il a développé un corpus de propositions reposant sur l’idée simple selon laquelle, dans une société inégalitaire, chacun peut néanmoins tirer son épingle du jeu, à condition de le vouloir. Nous retrouvons là le concept néo-conservateur Nord Américain du rêve américain : chacun peut être un gagnant, même si très peu le seront. Travailler encore et toujours pour réussir, l’échec ne sanctionnant que ceux qui n’y ont pas mis assez d’énergie, ou ceux qui ont renoncé.
Les thématiques Sarkozyenne, «se lever tôt le matin» ou «travailler plus pour gagner plus» relève de cette même logique et sont révélatrices.
Dans le même temps, liant la question nationale à celle de l’immigration, il répondait, via un raccourci parfaitement contestable, à une interrogation légitime sur notre propre identité.

Son succès repose sur la synthèse réussie entre les trois courants historiques de la droite française. René Rémond est à l’origine d’une distinction célèbre entre ces «trois droites» : «légitimiste» ou réactionnaire (en référence à la Restauration de Louis XVIII et Charles X), «orléaniste» ou libérale (elle rappelle le règne relativement prospère et débonnaire de Louis-Philippe 1er), «bonapartiste» ou autoritaire (en référence bien sûr au règne fulgurant de Napoléon 1er). Ce grand témoin du XXe siècle et certainement le plus avisé de tous les observateurs de notre vie politique suit ainsi la trace de la fin de l’Empire au milieu du XXe siècle de ces droites qui se transforment en courants :
– le courant libéral d’essence orléaniste,
– le courant autoritaire de souche bonapartiste et
– le courant réactionnaire, conservateur et populiste.
Ce sont ces trois courants que Sarkozy a réunis et qui l’ont porté à la victoire.
Les couches populaires ont basculé, les pauvres ont voté comme les riches, pour les riches !

Alors qu’il est connu que l’avenir des sociétés démocratiques ne saurait se construire sur la paupérisation des couches populaires et la prolétarisation toujours plus large des couches moyennes salariées, Sarkozy a réussi le tour de force de faire croire que les cadeaux aux riches relanceront l’économie, et que plus les riches se partageront un gros gâteau, plus les miettes ont des chances d’être consistantes et à la portée de ceux qui ne seront pas trop loin de la table !
Il a joué, avec un talent certain, sur le réflexe de « petit blanc » comme on pourrait le qualifier par analogie avec les pauvres du sud des Etats Unis qui, après la grande dépression, tournaient leur colère et l’expression de leurs frustrations contre les Noirs et fournissaient les gros bataillons du Klux Klux Klan.
Ainsi Sarkozy a monté les unes contre les autres des classes sociales, voire des strates d’une même classe sociale : fonctionnaires contre salariés du privé, salariés précaires contre chomeurs, centres villes contre banlieues, immigrés contre clandestins. En réservant ses faveurs à un des antagonistes qui a ainsi voté contre son propre intérêt de classe.
Un réflexe qui n’est pas inédit dans la longue histoire de la lutte des classes. On sait bien qu’au Creusot par exemple, durant des décennies, les ouvriers ont léché la main qui les tenaient en servitude.
Sarkozy a su verbaliser l’exaspération sociale. Au-delà des références discursives à Jaurès ou à Blum, c’est bien la captation et le détournement à son profit de l’enseignement de Gramsci qui lui a donné la victoire par le triomphe des représentations symboliques qu’il a forgées.
La thématique sarkozyste se décline en quelques lignes de force simplistes mais percutantes : réhabilitation du travail, reconnaissance du mérite individuel, refus de l’assistanat…

Bien sûr, il est possible de prévoir que l’envol de Sarkozy se terminera par un atterrissage forcé, douloureux, forcément douloureux. Les promesses fiscales seront tenues, n’en doutons pas ! Mais elles seront coûteuses et pèseront sur l’ensemble de la population à travers une restructuration de l’imposition, plafonnée vers le haut (bouclier fiscal à 50 %) et élargie à la base (via la TVA entre autre). Les français bercés par une politique paillette auront un réveil difficile et verront des acquis s’envoler tels la gratuité des soins médicaux, les protections liées au Droit de Travail, l’éducation gratuite, le droit de grève…
Bien souvent ils verront disparaître des avancées obtenues, pour eux, par le combat de leurs parents, qu’ils n’auront pas su défendre ni transmettre.
Alors, ils exprimeront leur désaccord dans la rue ou dans les bureaux de vote. Nous aurons alors, au mieux un vote de répudiation de la politique de droite et non d’approbation pour nos idées. Au pire ce sera le recours aux votes extrêmes.

La refondation de la doctrine
Ces deux hypothèses ne sauraient nous convenir. Il nous faut réellement obtenir une adhésion forte à une ligne politique solide.
Durant la campagne présidentielle, reconnaissons que notre approche s’est révélée floue : un mélange d’intuitions pertinentes, de novation utile, de pistes intéressantes, mais aussi d’improvisations et de concepts sans prolongement opérationnel. Reconnaissons que nos positions n’ont pas été claires sur des questions aussi essentielles que le nucléaire, le financement des retraites ou encore l’avenir de nos services publics. Entre autres…
C’est pourquoi, à mon sens, la rénovation du Parti passe d’abord par un formidable travail d’élaboration d’une doctrine moderne qui devra, d’une part, s’inscrire dans le monde réel, d’autre part, assumer ses choix et ses priorités.

Nous ne devons pas nous poser la question d’un rapprochement avec le centre, comme nous l’avons fait durant la Présidentielle ou les Législatives. Cette valse hésitation, les tentatives de séduction voire les grotesques danses du ventre devant les centriste ne nous ont pas servis. Ne nous ont pas grandis.
Nous ne devons pas non plus reproduire ces pantomimes devant l’extrême gauche. Nous devons construire une doctrine d’une cohérence et d’une force telle que les composantes naturelles de la grande famille de gauche y retrouveront les valeurs qu’elles défendent. Des valeurs partagées et non des compromis en forme de compromission. Une doctrine assises sur nos valeurs, celles qui fondent un engagement d’un siècle, qu’il ne faut, en aucun cas renier. Mais une doctrine compatible avec le monde réel !

Car nos sociétés évoluent et nous ne vivons pas en autarcie ! La mondialisation est là. Qu’on estime que c’est le mal suprême ou que l’on pense qu’elle peut être porteuse d’espérances nouvelles, ceci est un débat qui ne peut occulter le fait : la mondialisation est là ! C’est à cette échelle que la France doit raisonner.
Plus que jamais, notre peuple appartient à une communauté plus large, l’Europe, espace de civilisation organisé autour d’idéaux dont un traité simplifié – donc insuffisant – ne doit pas faire oublier la pertinence. L’Europe politique est une nécessité : car là où, historiquement, nous avions trouvé des compromis sociaux et économiques au plan national, les années à venir nous invitent à la même exigence, en Europe et au-delà, sur une scène désormais globale.

Le monde réel, c’est aussi l’économie de marché. Là non plus, il ne s’agit pas d’un débat, mais d’un fait. Dans l’économie de marché, on produit des richesses ce qui implique d’abord de s’en donner les moyens. Les entreprises réalisent des profits : pour autant, ce ne sont pas des « ennemies », pourvu que leur répartition ne lèse pas les salariés et qu’existent des règles, des contre-pouvoirs et la permanence d’un dialogue social

Le monde réel, enfin, c’est l’urgence environnementale, qui désigne un enjeu vital. L’écologie doit une composante à part entière de notre doctrine. Et certainement pas un chapitre obligé qu’on accole mécaniquement à un programme électoral.
A cette menace s’en ajoutent d’autres, de nature différente : terrorisme, conflits armés, montée des intégrismes, dont on parle peu. Trop peu !

Pour refonder notre doctrine, nous nous appuierons nécessairement sur nos valeurs : Solidarité, égalité, lutte contre les discriminations, éducation partagée, biens publics, fraternité…
Ces valeurs ne sont pas obsolètes. Elles sont même les seules fondations sérieuses sur lesquelles on peut construire une société dont la finalité ne sera pas le chaos social.
Nous devons donc rester d’une fidélité absolue à ces valeurs.
Nous allons ainsi créer une gauche décomplexée, qui ne slalomera plus entre les sujets sensibles mais les abordera de front.
– Oui nous croyons en une culture résolument collective. mais nous revendiquons sans complexe la promotion de chaque individu et les réponses aux besoins d’ordre et de sécurité.
– Oui nous pensons que seul l’Etat peut être le régulateur des dérives économiques des concentrations de pouvoirs, de l’exploitation des plus faibles par les plus forts. Mais l’Etat régulateur n’est pas un frein à la création ou l’expansion d’entreprises. Au contraire !
– Oui nous croyons à l’éducation partagée, à l’accès à l’excellence sans lien avec l’origine sociale. Et nous revaloriserons l’éducation, l’université et la Recherche pour lesquelles notre pays dépense chaque année 7.000 € par étudiant quand la moyenne des pays de l’OCDE en dépense 12.000 €
– Oui nous croyons à un service public puissant moderne ! Et moderniser ce service public ne peut se réduire à une baisse mécanique des effectifs de fonctionnaires : cela signifie performance accrue, optimisation des moyens mobilisés par l’Etat et meilleure répartition géographique. Sinon, comment prétendre lutter contre les inégalités territoriales actuelles ?
Et c’est l’impôt qui donnera à ce service public les moyen de ses actions, de ses ambitions. Mais un impôt juste, progressif. Un impôt où ceux qui ont beaucoup paient beaucoup et ceux qui ont peu paient peu. Logique ? Oui, mais surtout solidaire. Une valeur à remettre au goût du jour.

Bien d’autres thèmes devront être, de la même manière, étudiés et sur lesquelles les positionnements seront dénués d’ambiguïté : la place des anciens et de jeunes, c’est à dire la solidarité trans-générationnelle, par exemple.

Le fonctionnement interne du Parti
Nous devons également nous intéresser au fonctionnement de notre Parti et nous interroger sur le statut des élus. Nous avons douloureusement vécu le transfert d’un certain nombre de dirigeants socialistes, passés avec armes et bagages dans le camp de Sarkozy. Comment ont-ils pu trahir. Pourquoi ? Comment peut-on renier à ce point ses convictions ?
Mais pour beaucoup de nos élus, la politique est devenu un métier. Leur seul métier !!!
Leur faconde, la maîtrise de la dialectique, la connaissance de leur territoire, des arcanes du pouvoir, leur carnet d’adresse leur tiennent lieu de compétences et d’expérience professionnelle. Alors ils les valorisent comme ils le peuvent. Blâme-t-on un joueur professionnel de changer d’équipe ? Nos élus ont professionnalisé leurs engagements et établissent comme n’importe quel cadre des stratégies de carrière.
La morale, la fidélité et la loyauté étaient les seuls remparts à une vente à l’encan de leurs talents. La droite décomplexée a pulvérisé ses défenses ! Il nous faudra en tenir compte de cette triste évolution des mentalités politiques dans la reconstruction, à l’heure ou il faudra désigner des dirigeants.
De même, il nous faudra repenser la place de chacun de ceux-ci, ses attributions exactes ses domaines de compétence et son expression publique.
Comment tolérer des déclarations contradictoires, le même jour, de la bouche de deux responsables du Parti ? Comment dans ce cas notre message peut-il rester audible ? Comment les militants peuvent-ils rester mobilisés ?
C’est une question de clarté, de cohérence, de crédibilité.
Nous devrons mettre en place des mécanismes permettant la valorisation de la pensée et non le culte de la personnalité. Des mécanismes qui pourront également sanctionner les attitudes, les paroles, les postures portant préjudice à l’image de notre Parti.
Il nous faudra écarter impitoyablement de la direction du Parti ceux dont la structure égotique est trop fragile pour résister à la pression du pouvoir et des médias.
Inscrit dans le projet socialiste comme dans le Pacte présidentielle, il nous faut nous obliger au mandat unique. Et probablement fixer des limites d’âge aux responsabilités nationales.
Ainsi, les élus auront à coeur de penser leur succession plutôt que de chercher à durer. A tous prix.

Oui, mes chers camarades, nos valeurs demeurent mais il nous faut les projeter dans l’avenir. Il nous faut les replacer dans le cadre du monde réel, notre monde, et en faire la colonne vertébrale d’un projet doctrinal solide, incontestable et partagée.
Voilà le lourd travail qui nous attend. La rénovation du Parti ne consistera pas à coller quelques rustines ça et là.
Il nous faut initier une réflexion exigeante pour construire une offre politique nouvelle. Ensuite seulement nous pourrons choisir la meilleure personne pour la porter.

Alain Renaldini
Secrétaire de Section « île de Ré »
Secrétaire fédéral « Emploi-Formation Professionnelle »

Il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent, et une confiance inébranlable pour l’avenir.

6 réponses à “De la rénovation du Parti Socialiste… Ce que je crois.”

  1. Alain Renaldini dit :

    Serge, tu as écrit : « Certes, notre conception du socialisme doit être repensée mais attention aux “modèles socialistes” retenus en europe telle qu’en Grande-Bretagne, les inégalités n’auraient pas, sensiblement, diminué dans ce pays. »

    Je suis bien d’accord avec toi.
    Je ne crois pas au transfert d’un modèle utilisé dans un pays vers un autre, fut-il proche. Les structures sociales et économiques des pays sont différentes. Leur histoire et les mentalités aussi. Tenter de calquer le modèle de l’un sur l’autre est simpliste et ne fonctionne pas.
    C’est pourquoi j’en appelle à la construction d’une ligne doctrinale originale conçue pour notre pays et adaptéeà notre société et notre histoire.
    Mais cette ligne, je l’ai dit, devra prendre en compte l’environnement européen et mondial qu’on ne saurait nier plus longtemps.

    Amicalement

    Alain

  2. SERGE dit :

    Cher Alain,

    Ton analyse sur la victoire de la droite est très pertinente.

    Mais SAZRKOZY a été élu sur une campagne basée sur des positions que l’on ne peut que réprouver.
    Depuis des mois et des mois, voire même des années, la droite n’a pas cessé, d’une part, de dire qu’une grande partie des maux de notre société étaient dûs aux « assistés « (rmistes, chômeurs, sans oublier les immigrés non régularisés) et, d’autre part, de nous « tarabuster » sur l’insécurité, en faisant observer que les incidents liés à l’insécrité ont souvent été mis en exergue à des moments « stratégiques » de la précampagne ou campagne présidentielle (sachant que pour SARKOZY la campagne avait commencé au moins depuis 4 ans).

    Par ailleurs, comme tu l’as bien souligné, SARKOZY , en opposant les français de couches sociales sensiblement identiques ( salariés du privé/salariés du public, précaires/chômeurs ou rmistes…..), a pu aboutir principalement à ses slogans  » se lever tôt le matin » « travailler plus pour gagner plus ».
    C’est d’un cynisme inqualifiable mais qui a fait « tilt » dans les classes populaires.
    Sur ta position relative à la refondation de notre parti, j’adhère à de nombreux de tes points de vue mais il est évident que d’ignorer la mondialisation et l’économie de marché, c’est « sortir » du monde réel dans le quel on vit.

    Certes, notre conception du socialisme doit être repensée mais attention aux « modèles socialistes » retenus en europe telle qu’en Grande-Bretagne, les inégalités n’auraient pas, sensiblement, diminué dans ce pays. Par ailleurs, 2 millions de personnes considérées comme inapte au travail seraient exlues du recensement du nombre de chômeurs.

    Nos valeurs constantes de solidarité, d’égalité et de fraternité doivent être toujours le fondement d’un projet socialiste, cela peut être considéré pour certains comme utopiques mais les éluder reviendrer à une politique sensiblement identique à celle du président en place.

    Bien amicalement

  3. danièle dit :

    bravo alain,ton analyse est d’une justesse,et le reflet de nos pensées ;
    cordialement .danièle

  4. Nordine dit :

    Je trouve ta reflexion très pertinente!!!

    Il faut que les militants reprennent le pouvoir.

  5. Alain Renaldini dit :

    Merci Michel de ton soutien, et je l’espère de toute ta dynamique section de La Rochelle Nord

    A bientôt

    Alain

  6. PLANCHE dit :

    Après une lecture attentive je dis BRAVO.

    Oui il faut revoir beaucoup de choses et les militants doivent avoir le droit à la parole et non pas à nouveau devoir être sous les écrits sans possibilité de modifications de Paris…….
    A bientôt toujours le plaisir de te lire.
    Amitiés.
    Michel

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