Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

12 juillet 2007

Ils se gavent et en plus ils se plaignent

Filed under: 01 - Etudes et analyses,03 - Economie — iledere @ 11:31

le-chat-riche.jpgIl est de bon ton, du côté des partis de Droite, de se plaindre que les Français les plus riches soient obligés de s’exiler à l’étranger pour fuir la pression fiscale et la baisse de leurs revenus dans notre pays. Et de leur accorder des allègements fiscaux pour qu’ils reviennent. Seulement voilà, l’économiste Camille Landais vient de faire paraître une étude détonnante.
Camille Landais, de l’école de Paris est donc élève de Thomas Piketty.
C’est un éminent spécialiste de l’analyse des inégalités de revenus en France.
Durant la dernière campagne présidentielle, il a soutenu activement Ségolène et dénoncé la démagogie et les supercheries du candidat et désormais président Sarkozy

Cette étude (47 pages à télécharger ici) montre que, depuis 1998, les plus riches des Français se sont enrichis comme jamais auparavant, et ceci aux dépens des autres Français.

En effet, entre 1998 et 2005,

* les 1% les plus riches (350 000 foyers) ont vu leurs revenus augmenter de 19%
* les 0,1% les plus riches (35 000 foyers) ont vu leurs revenus augmenter de 32%
* les 0,01 % les plus riches (3500 foyers) ont vu leurs revenus augmenter de 42,6%

Pendant le même temps, le revenu moyen par foyer français n’a augmenté que de 5,9%.

Le pire est que ce chiffre est inférieur à l’augmentation de la richesse globale du pays (le Produit Intérieur Brut) et même du PIB par habitant (alors que la population n’a cessé d’augmenter, donc qu’on divise cette richesse par un nombre plus grand).

Ce qui prouve que, contrairement à ce qu’on nous raconte ici ou là mais surtout à Droite, la richesse du pays a augmenté sans arrêt depuis 1998 et que ce sont les plus riches qui se sont accaparé la plus grande partie de cette augmentation aux dépens des autres Français.

Il semblerait donc que :

* d’une part, pour ce qui est de ses deux derniers termes, la devise républicaine ” Liberté, Egalité, Fraternité ” en a pris un bon coup,
* d’autre part, que ceux qui se plaignent d’être obligés de partir à l’étranger pour ne pas s’appauvrir, non seulement ne se sont pas appauvris, mais ont dépouillé les autres Français de leur part du gâteau national.

L’explication est assez simple. Plus on est riche plus on place son argent en actions et produits financiers et comme les entreprises donnent de plus en plus d’argent aux actionnaires et de moins en moins aux salariés, ce sont les plus riches qui s’enrichissent pendant que les salaires moyens ou faibles ne bougent pas (pas de coup de pouce au SMIC, par exemple).

Les salariés les plus riches, eux, ont vu leurs salaires exploser (de + 13,6% à + 51%) par attributions de stock-options, actions gratuites, et/ou primes de fin d’année faramineuses.

Il faut savoir aussi que cet accroissement des inégalités dans de telles proportions est une première dans l’histoire sociale française.

Là où on commence à avoir des doutes sur l’intelligence des Français, c’est que bien qu’il soient au moins 90% à avoir été spoliés dans ce partage des richesses (et qu’ils vont continuer à l’être de plus belle), ils ont porté au pouvoir aux dernières élections ceux qui appartiennent à ces catégories de population les plus favorisées et qui leur avaient annoncé qu’ils allaient donner une part encore plus grande de la richesse nationale aux plus riches en réduisant leurs impôts (ISF, bouclier fiscal). On a d’ailleurs pu constater que c’est ce qu’ils ont fait aussitôt élus.

Bref, on peut s’abîmer en conjectures sur cette inertie des Français devant de telles injustices, mais ce qui est certain, c’est que la décence la plus élémentaire voudrait que les plus riches arrêtent de se plaindre.

Ehim

Une réponse à “Ils se gavent et en plus ils se plaignent”

  1. A l’occasion de la discrète parution du rapport « Les hauts revenus en France (1998-2006) : Une explosion des inégalités ? » de Camille Landais, chercheur à l’Ecole d’Economie de Paris, Marianne-en-ligne a demandé à Xavier Timbaud, économiste à l’OFCE, de réagir sur le creusement des inégalités de revenus.

    Marianne-en-ligne : C. Landais constate que « les 0,01% des foyers les plus riches ont vu leur revenu réel croître de 42,6% sur la période 1998-2006, contre 4,6% pour les 90% des foyers les moins riches ». Il souligne aussi que cette évolution s’explique partiellement par un développement inédit des écarts de salaires entre les plus hauts revenus et l’immense majorité de la population. Ce creusement des inégalités est-il un phénomène nouveau ?

    Xavier Timbaud : Nous atteignons un niveau des inégalités qui correspond à celui du début du 20ème siècle, alors que le risque de révolution communiste était à son comble. Quand l’accroissement des inégalités a ressurgi à partir des années 80, notamment dans les pays anglo-saxons, la France a été épargnée. Les économistes apportent différentes explications à cette exception française : établissement d’un équilibre social par la redistribution, absence des mécanismes fondamentaux, notamment technologiques, permettant l’enrichissement d’une minorité grâce aux rendements d’échelle, fuite des grosses fortunes… Toujours est-il qu’aujourd’hui, ce qui était une exception française n’est plus qu’un « retard » que nous sommes en train de rattraper. De ce point de vue, la France de 2006 correspond aux Etats-Unis du milieu des années 90.

    M-e-l : L’enrichissement relatif de cette infime minorité est-il légitime ?

    X.T. : Non, cette hausse des plus hauts revenus ne répond pas forcément à un plus grand effort fourni mais à une mise à profit des nouvelles technologies et de la mondialisation. Ce n’est pas légitime au sens de Rawles (philosophe contemporain qui a réfléchi sur les questions d’éthique dans l’économie de marché, ndla) car cette hausse des inégalités n’entraîne pas une hausse de la productivité. On peut se demander par exemple si le fait de payer Tony Parker de façon moins astronomique détériorerait son niveau de jeu. Cette nouvelle tendance n’est donc ni légitime ni nécessaire.

    D’autre part, il faut rappeler qu’aux Etats-Unis, cette accentuation des écarts de revenus préoccupe de plus en plus. Le très conservateur Jerry I. Speyer, président de la Réserve Fédérale de New York, a même déclaré que ce développement des inégalités constitue une des plus grandes menaces qui pèsent sur la stabilité du système socio-économique américain.

    M-e-l : Le « paquet fiscal » prévu par le gouvernement va accroître le fossé entre le petit groupe des 0,1% les plus privilégiés et le reste de la population. Si cette tendance n’est pas légitime, peut-elle au moins profiter à court ou moyen terme à la croissance et à l’amélioration du niveau de vie des Français ?

    X.T. : Ces inégalités peuvent créer une croissance bénéfique aux plus riches mais n’aura pas d’effet d’entraînement sur l’ensemble de la société : cette croissance ne tire pas les revenus vers le haut. La poursuite de la défiscalisation des revenus du patrimoine, avec entre autres le bouclier fiscal, favorise une hausse des inégalités par accumulation du capital avec un développement de l’épargne. Par contre, cela ne va certainement pas dans le sens d’une valorisation du travail et de la méritocratie.

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