Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

22 juillet 2007

Jean-Pierre Mignard : souviens-toi, François

Filed under: 14 - Refondation du PS — iledere @ 19:54

jpmignard.jpgCe proche de Ségolène Royal, instigateur des transcourants qui, dans les années 1980, voulaient – déjà ! – rénover la gauche, rappelle à François Hollande leurs engagements de jeunesse.
par Jean-Pierre Mignard

Nous étions quatre. Ou plutôt cinq. François Hollande, Jean-Michel Gaillard Jean-Yves Le Drian, Jean-Pierre Jouyet et moi. Je crois avoir été l’instigateur vers 1983 de ce complot rénovateur. (…) Nous refusions le morcellement du PS en factions adverses. Nous pressentions que le communisme agonisant et l’internationalisation accélérée des relations économiques changeraient la face du monde et ruineraient les concepts qui avaient dessiné la seconde moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe. Nous voulions éviter que la victoire de la gauche en mai 1981 ne s’achève dans un malentendu désastreux. Glacée par la brutalité du monde réel, harassée par des assauts aussi désespérés que ruineux lancés contre les citadelles financières, insaisissables car déjà mondialisées, la gauche s’enlisait. Chaque dévaluation confirmait la malédiction du marché aux yeux de ses détracteurs, et les chantres du repli national ou du choc frontal donnaient déjà de la voix. Il fallut Delors et Mauroy pour sauver la gauche, et la France, de la déroute. Rajoutons la sagesse de Mitterrand. Nous explorions les chemins du réformisme, c’est-à-dire du compromis. Rocard l’avait déjà prophétisé, mais, l’associant à sa personne, il le rendait suspect dans un parti voué à François Mitterrand, marqué de surcroît par le tropisme d’une longue compétition avec le PCF.

Notre objectif était simple : reforger nos convictions devant la débâcle idéologique d’un socialisme dirigiste, prémunir la gauche du cortège des petits arrangements qui suivent l’inhumation des idéologies défaites. Puisque l’anticapitalisme dogmatique se révélait impuissant à changer l’ordre des choses, il fallait se ressourcer auprès de la société en mouvement et conjurer ainsi le spectre de la SFIO. (…). Les Minguettes étaient le Clichy-sous-Bois de la France de 1985. Qu’il met parfois du temps, ce pays, à se réveiller quand personne ne lui ouvre les yeux ! Quelle avarice de courage politique face à cette Marche des Beurs de 1983 dont le sens fut occulté avec application ! La facture a été présentée en novembre 2005, avec les pénalités de retard en sus. Nous critiquions déjà la facilité de croire que la gauche pourrait l’emporter sans projet, par un simple effet de ressac.

Nous n’étions pas obsédés par l’impôt et nous prenions acte des nouveaux modes de vie. François Hollande suggérait avec une belle et juste audace d’appliquer aux héritiers choisis le même régime fiscal que celui des ayants droit protégés, bousculant ainsi la doxa fiscale et par-dessus le marché la doxa familiale. Nous souhaitions un Parti socialiste européen élu au suffrage de ses millions d’adhérents et des listes transnationales au Parlement européen. Nous étions, au fond, fédéralistes pour que l’Europe participe efficacement à l’ordre du monde. Souviens-t’en, Jean-Pierre. Nous étions même, en dernier ressort, pour les petits boulots. Ce n’est pas ce que nous avons fait de mieux, mais au moins n’élevions-nous pas de digues de pureté réthorique contre la crue débordante du chômage. Nous débattions avec tout l’arc-en-ciel syndical comme avec les jeunes dirigeants d’entreprise. Nous ne confondions pas la rente ou la voracité de l’actionnariat et le risque d’entreprendre. Nous tentions de nous extraire de cette ambivalence des pensées ou des sentiments, cette conduite paradoxale, cette perte du contact avec le réel, bref, cette schizophrénie qui est la marque des derniers partis du socialisme industriel finissant.

Pour se protéger de la tentation, si facile, si alléchante, de tout jeter par-dessus bord quand la boussole s’affole, nous avions projeté d’immerger le parti dans la société, de le nourrir de ses organismes vivants, un parti aux frontières aisément franchissables. Mieux que la carte d’adhérent à 20 euros, nous avions lancé l’idée des primaires sous la plume de François Hollande. La référence au Parti démocrate américain ne nous faisait pas peur. Outre que nous y voyions l’occasion d’associer nos électeurs à la désignation du candidat, nous tenions que c’était le plus sûr des codes de bonne conduite pour la sélection des candidats. Prémonitoire… La démocratie participative, mais peu importe le nom, cette fulgurance de la campagne de Ségolène Royal, est redevable à tout cela, aux primaires américaines, aux forums de Porto Alegre, aux conclaves de la deuxième gauche, à nos universités d’été de Lorient. La germination d’une bonne idée est multiple. Nous esquissions, peut-être même sans le savoir, ce monde cosmopolite, décrit par Ulrich Beck, qui abolit les anciennes distinctions devenues invalides entre le dedans et le dehors, le national et l’international, nous et les autres.

Je n’oublie pas ces discussions toujours libres, sans souci de complaire, sur les communautés et le communautarisme, l’écologie et le nouveau modèle économique, les relations avec le centre déjà, ces traits d’union constants entre hier et aujourd’hui. Mais quand on relit les notes, le foisonnement des thèmes, au-delà de l’amitié vivace, le chagrin des visages disparus, l’amertume des séparations politiques, on découvre soudain que ce ne sont ni la lucidité ni la vision qui ont fait défaut pour reconfigurer en vingt ans le corps de références de la gauche. Tout était là. Mais la connaissance est un antidote bien inoffensif contre le poison lent du conformisme de la pensée et la lourdeur des positions installées. Ce sont le courage et la volonté qui ont fait défaut. C’est la modeste leçon que je livre à ceux qu’intéresse l’avenir du Parti socialiste, figure majeure de la démocratie française.

J.-P. M. Avocat

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« Pourquoi pas moi ? » Mareva Galanter

3 réponses à “Jean-Pierre Mignard : souviens-toi, François”

  1. La main gauche dit :

    le problème de timing ne me semble pas être la seule cause et à la sortie de la phase de démocratie participative tout nétait pas joué si un véritable plan de communication avait été préparé d’une part pour contenir l’écart pendant ce processus lent et nourir les médias et d’autre pour passer à l’attaque à l’issue des débats.

    Sarcoco en quelques mots vous faisait croire qu’il était le seul a être pour la valeur travail, contre la pensée unique, sans jamais expliquer ni aller au fond des choses, sinon il aurait fait couac dans certaines catégories sociales qui ont pourtant voté pour lui.

    Alors au delà de la consistance du pacte qui effectivement n’était pas ringard, je crois qu’il fallait aussi être prêt à estourbir ce zoro de comptoir sur le plan de la com..

  2. SERGE dit :

    La démocratie participative instaurée aux dernières présidentielles a été particulièrement appréciée par les militants de base.

    Cependant, tout en soutenant notre candidate dans cette démarche, l’organisation de cette phase a certainement été trop tardive pas par la faute de ségolène ROYAL mais certainement par une organisation des primaires trop près des échéances électorales.

    Le préalable des « résultats » de cette phase de démocratie participative a peut-être été un écueil (par rapport au calendrier des élections) pour rendre audible le Pacte Présidentiel qui contenait tous les ingrédiants pour faire adhérer une majorité de français.
    Il faut le relire pour se rendre compte que le projet dans son ensemble répondait aux préoccupations de nos concitoyens et qu’il n’était pas si « ringard » mais il est vrai qu’il n’était pas question du « paquet fiscal »!.

    Il en est de même sur la réforme des institutions (rapport du sénateur PS BELL)

    Pour qu’une démocratie participative soit efficace, il faut, il me semble, que la particiption des militants ne puisse intervenir que sur un projet pré-établi sur lequel chacun pourrait formuler des observations mais à condition qu’elles soient collectées au niveau de chaque section.
    Au niveau de chaque section une synthèse pourrait étre élaborée avant d’être transmise à la fédération.

    Si la démocratie devait s’exercer en amont de tout projet, il faudrait des années pour construire un projet en raison de la diversité de courants qui font la richesse mais parfois la faiblesse de notre mouvement.

    Mais il faut pérenniser cet concept qui est motivant et responsabilise les militants.

    Mais hélas pour nous gens de gauche, on a tellement de mal à supporter la nouvelle gouvernance en place, on aspire qu’un projet voit le jour pour contrecarrer les « idées nauséabondes » de « qui vous savez »

  3. Pierrot 13 dit :

    Bonjour, Tout ceci me rappelle l’histoire du vieux couple qui, fort de ses multiples années de vie commune, croyait être heureux parce qu’en osmose parfaite. Communiquer d’un regard quoi. Et puis, à défaut de se parler, de confronter les idées, tout s’est effacé petit à petit, les rêves ont disparu. Plus d’amis, plus d’enfants, le vide quoi…

    Si le PS veut se relever de la situation ou il se trouve maintenant, c’est qu’il a oublié de communiquer, d’abord en interne mais en interne très large. Cette démocratie participative a permis et permet toujours à un maximum de citoyens de ce pays de communiquer entre eux, de mettre dans le pot commun de la vie des expériences, des richesses incalculables. Notre PS veut mettre l’Homme, dans toutes ses dimensions, au centre des débats, et bien qu’il le fasse mais vraiement. Sans rien occulter. La mondialisation et la finance ne doivent pas être plus un problème que la dénonciation de mauvaises orientations politiques.

    Personne ne doit être exclu de ce débat, car nous avons besoin de toutes les compétences. Que celui qui a un témoignage à apporter, qu’il le fasse et celui qui pourra l’aider à le formuler et bien qu’il le fasse aussi. J’ai réappris cela de la démocratie participative et bien qu’ayant largement dépassé la soixantaine, j’en suis fier. Mais nous ne devrons pas nous arrêter là. Il faut que nos experts nous aident à réfléchir en mettant sur la table leurs compétences.

    Autrement dit, je reste persuadé que nous ne nous en sortirons que si nous jouons collectif.

    Cependant le temps presse. La tâche est immense mais combien valorisante.

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