Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

26 juillet 2007

CHIFFRES DU CHOMAGE : SORTIR DE L’IMPASSE

Filed under: 01 - Etudes et analyses,03 - Economie — iledere @ 17:19

medium_lutte_chomage.jpgMalgré l’insistance des statisticiens de l’Insee et de la Dares, de leurs syndicats et des associations de chômeurs, les pouvoirs publics viennent à nouveau de publier pour le mois de mai 2007 des statistiques du chômage dénuées de signification. Le taux de chômage officiel de 8,1% sous-estime la réalité, qui se situe au moins un point au dessus : c’est ce qu’indique notre estimation réalisée selon la méthodologie habituellement employée par l’Insee.
En tout état de cause, le débat sur le chômage et la précarité ne peut plus continuer à se focaliser sur un seul indicateur, fût-il calculé correctement : comme le demandent les « Etats généraux des chiffres du chômage et de la précarité », la diversification croissante des formes d’insécurité sur le marché du travail oblige à compléter la mesure du chômage par d’autres indicateurs.
Rappelons qu’en 2005, selon ACDC, en plus des 9% de chômeurs au sens du BIT, notre pays comptait 41% d’emplois inadéquats au sens du BIT, soit 11,4 millions de personnes avec un bas salaire, un contrat précaire, une situation de sous-emploi ou un travail dangereux pour leur santé2.

1. L’Insee et la Dares viennent de publier le chiffre du chômage pour mai 2007, qui s’établit à 8,1 %. Or, selon notre calcul, si la direction de l’Insee avait respecté la procédure habituelle et recalé les estimations provisoires en fonction des résultats de l’enquête Emploi de 2006, le taux de chômage fin mai 2007 s’établirait officiellement à 9% (graphique 1). Depuis le début 2005, le taux de chômage officiellement publié, calculé en violation des procédures normales, a reculé de 2 points, alors que notre estimation officieuse, mais conforme à la méthodologie habituelle, montre une baisse de seulement 1 point.

2. Cependant la réalité est probablement encore plus sombre : la dérive baissière des chiffres de l’ANPE s’est sans doute poursuivie en 2007, notamment sous l’effet de la montée en charge du suivi mensuel personnalisé des demandeurs d’emploi et du renforcement des contrôles. C’est ce qu’indique la nouvelle accélération du taux de radiations enregistrée fin 2006 (graphique 2). Autre élément allant dans ce sens, l’enquête Emploi de l’Insee montre une stabilité du chômage au 1er trimestre 2007 par rapport à la fin 2006, selon la note de conjoncture publiée tout récemment par l’Insee. Le recalage de mars 2008 pourrait donc amener une nouvelle réévaluation à la hausse du chômage BIT pour 2007.

3. Les conjoncturistes de l’Insee confirment, en s’appuyant sur des résultats inédits de l’enquête Emploi, les arguments que nous avançons depuis 6 mois3 pour expliquer la baisse anormale du nombre d’inscrits à l’ANPE : « le taux d’inscription des chômeurs à l’Agence a diminué régulièrement d’environ 0,75 points par trimestre depuis la mi-2005. Ce taux serait ainsi passé de 82% au second trimestre de 2005 à 77% au premier trimestre de 2007 (…) La baisse du taux d’inscription pourrait en partie être induite par les réformes de l’indemnisation du chômage, mises en oeuvre à partir de 2003 (…) »4. Ils mettent également en cause, de façon feutrée, l’impact des changements de la gestion des chômeurs par l’ANPE : « le classement des demandeurs d’emploi dans les diverses catégories par l’ANPE peut évoluer d’une manière qui n’est pas uniquement et pas systématiquement liée aux évolutions du chômage ». Ces éléments confirment la qualité et l’utilité de l’enquête Emploi, seule référence fiable pour mesurer le chômage dans notre pays, et qui devra, comme l’ont indiqué les conclusions des Etats généraux, être le pivot du nouveau dispositif d’observation du marché du travail que cette crise sans précédent rend désormais inévitable.

4. Le Premier Ministre a créé le 20 juin une « mission pour faire le point sur les modalités de calcul des chiffres du chômage »5. Cette mission des inspections des Finances et des Affaires Sociales, dont on ne connaît pas encore les membres, est supposée rendre fin juillet un rapport sur les seules statistiques du chômage, à l’exclusion de toute réflexion sur les indicateurs complémentaires pourtant aujourd’hui indispensables. On doit se féliciter du fait que pour la première fois, le gouvernement reconnaît l’existence d’un problème avec la « qualité de nos informations statistiques ». Toutefois, alors que se met en place au CNIS (Conseil national de l’information statistique), sous la présidence de J.B.
de Foucauld (Inspecteur général des Finances), un groupe de travail prometteur sur la « Définition d’indicateurs en matière d’emploi, de chômage, de sous-emploi et de précarité de l’emploi », il est à souhaiter que la mission des inspections ne cherche pas à clore prématurément un débat qui ne fait que s’ouvrir.

chomage.JPG

en gras :Taux de chômage INSEE CONFORME à la méthodologie habituelle
en gris clair :Chiffres officiellement publiés NON CONFORMES à la méthodologie habituelle (1)
en trait-point :ESTIMATION ACDC des chiffres CONFORMES à la méthodologie habituelle (2)(1) Selon la méthodologie habituelle de l’INSEE, le taux de chômage est estimé de façon provisoire au mois le mois à partir de l’évolution des statistiques de l’ANPE et est corrigé une fois par an avec les résultats de l’enquête Emploi, seule source permettant d’estimer le nombre de chômeurs au sens du BIT. En ne procédant pas au recalage habituel en mars 2007, l’INSEE a préféré accréditer les résultats issus des données de gestion de l’ANPE plutôt que ceux de sa propre enquête mploi, qui montre une stabilité du chômage en 2006.(2) Estimation du taux de chômage qu’aurait publié l’INSEE s’il y avait eu le recalage en mars 007. Le recalage s’effectue en moyenne annuelle. De ce fait, recaler sur la moyenne annuelle 2006 conduit à modifier également le profil du taux de chômage 2005. L’INSEE n’a pas publié tous les éléments nécessaires au recalage (nombre de chômeurs dans l’enquête emploi 2006, population active). Le taux recalé est donc estimé. Le recalage conduit à revoir à la hausse de 0,8 point le taux de chômage à la fin 2006, donc à amputer de moitié la baisse du chômage estimée par les publications officielles de mi-2005 à fin 2006.
Ce recalage est cohérent avec les résultats « non validés » de l’enquête Emploi 2006 qu’utilise Eurostat et avec les estimations les plus crédibles, selon lesquelles les changements du mode de gestion des listes de l’ANPE et des politiques d’accompagnement des chômeurs ont amené à « sortir » 200 à 300 000 chômeurs des listes de l’ANPE.

Graphique 2 : Les radiations à un niveau record fin 2006-début 2007
radiation.JPG

UB40 « Food For Thought »
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Le groupe pop reggae UB 40 se forme à Birmingham en Angleterre en 1978. Il est mené par les frères Robin (guitare) et Ali Campbell (guitare / chant), Son premier single Food for Thought sort en 1980

Le nom du groupe vient de ce qu’un des membres du groupe est au chômage et sa carte porte le n° 40 : Unemployed Board 40, soit UB 40… Nice isn’t it ??

3 réponses à “CHIFFRES DU CHOMAGE : SORTIR DE L’IMPASSE”

  1. Le blues des agents de l’ANPE… et des chômeurs

    Malgré la baisse des chiffres (à 8%), le moral est en berne des deux côtés du guichet.

    Lundi 30 juillet, le ministère de l’Emploi s’est félicité des chiffres à la baisse. 8% de la population active: un taux de chômage qui n’a jamais été aussi bas depuis vingt-cinq ans. De son côté, François Fillon a déclaré qu' »un taux de chômage de 5% en 2012, était “possible et accessible“. Malgré ces chiffres, agents de l’ANPE et chômeurs ont le moral dans les chaussettes.

    Des agents de l’ANPE au bord de la crise de nerf?

    Un génial ouvrage est passé inaperçu durant la campagne présidentielle: “Chômeurs, qu’attendez-vous pour disparaître?” (éd. Après la lune) rassemble plusieurs textes écrits par des sociologues, des chômeurs et des agents de l’ANPE. Olivier Hagel y a signé un lexique de l’agence à l’usage de ceux qui veulent “mieux comprendre le fond du problème”. Entre autres pratiques, Olivier Hagel dénonce celle de la petite phrase insideuse glissée à la fin de millions de courriers type adressés par l’ANPE aux chômeurs: “Au cas où vous ne donneriez pas suite à ce courrier…vous vous exposez à être radié(e) de la liste des demandeurs d’emploirs. (article 311-3-5 du Code du travail)” Un exemple parmi d’autres de ce que beaucoup d’agents de l’ANPE considèrent comme étant une “vaste opération de culpabilisation massive”.

    Entre un métier aux exigences lourdes et des politiques centrées sur les chiffres, les agents de l’ANPE sont de plus en plus sous pression. Une étude de l’Observatoire des conditions de travail a dégagé, en septembre 2005, les grandes lignes du mal-être au travail des Anpéistes. Interrogé par Rue89, Olivier Hagel reconnaît cette dégradation générale:

    Les agents de l’ANPE estiment eux aussi que la hausse des radiations des demandeurs d’emplois est inquiétante:

    Les chômeurs invisibles…

    Aux voix lassées de ces agents s’ajoutent celles, parfois sarcastiques, des chômeurs. Symo (un nom d’emprunt) fait partie de ces “chômeurs invisibles”, jamais comptabilisés par les statisticiens du chômage. Dans le livre édité par Jean-Jacques Reboux, elle ecrit:

    “Je suis fière… Je suis très fière de moi! J’ai fait baisser les chiffres du chômage pendant quatre mois. A moi toute seule, sans trafic d’influence, j’ai fait partie des non-comptabilisés dans les chiffres du chômage qui donnent des informations du genre: ‘Le chômage a encore a encore baissé de 1,9%… Comme beaucoup de chômeurs, je travaille, c’est-à-dire que je travaille depuis dix ans à temps partiel, et je bénéficie donc d’une allocation de complément versée par les Assedic, appelée depuis environ cinq ans Allocation de retour à l’emploi.”

    Ce que dénonce Pierre Concialdi, membre du collectif Les Autres Chiffres du Chômage: “Notre objectif est d’alerter sur le fait que ça n’a pas de sens de poser la question du chômage à partir d’une statistique unique. Derrière ces chiffres, il y a la précarité, le sous-emploi qui se développent. Ca n’a pas de sens de chasser le chômage par la fenêtre pour le voir réapparaître sous d’autres formes.”

    … et les blogeurs

    Une blogeuse-chômeuse relate depuis quelques mois sa vie de demandeuse d’emploi. Ses derniers posts ressemblent aux témoignages qui émaillent les forums consacrés à la recherche d’emploi: plus dur que les refus, les regards condescendants et méprisants de ceux qui sont confortablement installés dans la vie active:

    “Ainsi du temps (pas si lointain que ça!) où l’on me considérait comme une moins que rien parce que je n’avais pas de statut social, je m’étais aperçue que la plupart des gens de mon entourage en jubilaient presque la bave aux lèvres, soucieux de constamment mettre le doigt là où ça fait le plus mal, soucieux de juger les autres sur des critères douteuses qui prennent tout en compte, sauf la personne en elle-même.”

    Autre blog, autre histoire. Eric Fournier, chômeur depuis deux ans, a eu l’idée, pas seulement rigolote, de se lancer dans un « grand pélerinage de recherche d’emploi ». Son projet: parcourir 35 villes de France, à vélo, de Saint Guilhem le Désert à Paris, son CV sous le bras, pour tenter de trouver un travail. Le tout sera relaté sur son site: « Je veux, à travers mon parcours, secouer les responsables et les alerter sur la situation de millions de personnes dans mon cas. » Entre autres projets, celui de remettre son carnet de bord à Nicolas Sarkozy. Pour autant, Eric Fournier se défend de toute intention politique: « Il ne s’agit pas d’une action d’opposition. Juste d’un coup de projecteur. » Attribuant des cartons jaunes, rouges ou verts aux députés et responsables politiques qu’il contacte, le blogueur-cycliste est déjà parvenu à éveiller l’attention d’Alain Juppé.

  2. La main gauche dit :

    Ce Sarkopte SarKomateux pourrait tout aussi bien annoncé un petit 3% de chômeurs que toute la presse s’empresserait de publier sans sourciller, toute sauf une petite poignée d’irréductibles journalistes gaulois qui osent encore résister.

    Entre le temps partiel non choisi, le cdd renouvelable à volonté, les radiés non volontaires ça enjolive les statistiques, ça fait des chomeurs en moins mais ça ne fait que repousser aux calendes grecques les vrais solutions. Les problèmes persistent et s’empirent même lorsqu’il sont masqués provisoirement.

    « celuiquineserajamaisleprésidentdetouslesFrançais » en a entraîné beaucoup derrière lui à ricaner de nos idéalistes de gauche manquant peut-être parfois d’un certain pragmatisme. Mais que dire d’un pragmatisme sans idéal qui consiste à simplement s’agiter, mentir, masquer pour sa propre gloire immédiate et qui s’exonère de penser aux lendemains des Français.

    On a souvent trouver à redire de nos élus, de gauche ou de droite d’ailleurs, durant ces dernières années, on pourrait aussi se demander si l’on attend pas un peu trop parfois, nous électeurs de base, les élections pour taper du poing sur la table, mais, pour autant, ça ne méritait pas ça!! cette Sarkochienlit!!

  3. SERGE dit :

    La baisse du chômage est certainement liée à une montée en puissance des contrats de travail à temps partiel sur une base de 18 h à 20 h hebdomadaire, en soulignant qu’il s’agit du temps partiel subi et non choisi.
    Et dire que notre « enfoir… de Président » n’a pas cessé de nous « bassiner » avec son fameux slogan  » travailler plus pour gagner plus », je finis par « craquer » et je me répète : je souhaite la rentrée la plus mouvementée possible, je ne peux imaginer que cela va durer 5 ans.

    Il faut que toute la gauche sorte de cette léthargie et il en est de même pour le mouvement syndical.

    Les médias sont muselés ou il est possible que c’est toute cette bande de rapaces ( La gardère, Arnaud, Dassault, Bolloré etc…) qui dirige notre pays et Sarko est le « basset » qui fait tout ce qu’il faut pour leur plaire.

    Il a raison le « Sarkophage » c’est vraiment la rupture !

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