Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

29 août 2007

Le Parti Socialiste face à ses responsabilités, par Bertrand Delanoë

Filed under: 14 - Refondation du PS — iledere @ 10:14

bdelanoe.jpgDans le Monde en date du mercredi 29 août, Bertrand Delanoë publie la tribune qui suit. Elle s’intitule : Le Parti Socialiste face à ses responsabilités.

A quatre mois après l’élection présidentielle, la santé économique et sociale de la France inquiète : déficit accru du commerce extérieur, dérive des comptes sociaux et permanence de la dette à un niveau gigantesque (1 200 milliards d’euros). Dès lors, que devient la promesse d’une confiance restaurée puisque « ensemble », tout devait être possible ?… La réponse se trouve dans le niveau de la croissance, au deuxième trimestre : inférieure de moitié aux prévisions, celle-ci ne dépassera pas les 2 % sur l’année, loin des 2,5 % à 3 % que le gouvernement escomptait pour financer son « paquet fiscal ».

L’incohérence est au rendez-vous. D’abord, ces baisses d’impôts et de charges ne favorisent pas l’emploi et l’activité, mais plutôt la rente et l’effet d’aubaine. Or, servir la rente, ce n’est pas réhabiliter le travail mais au contraire le dévaloriser. C’est pourtant l’ensemble des Français qui auront à supporter ces mesures très coûteuses (15 milliards d’euros !), lesquelles aggravent notre endettement et remettent ainsi en cause les engagements de la France à l’égard de ses partenaires européens. Mais ce n’est pas tout : figé sur une réponse injuste et inefficace, le gouvernement s’obstine à ignorer la véritable question. Car si les ménages français consomment plutôt bien, ils consomment surtout des produits étrangers. Ce qui est en cause, c’est donc la compétitivité de nos entreprises et de leur production, pour conquérir de nouveaux marchés.

L’urgence n’est pas de satisfaire une petite minorité de foyers fiscaux, mais d’investir dans la recherche et l’innovation, au nom de l’intérêt général. Sans cet engagement pour une croissance tenace, pas de création de richesses nouvelles, donc pas de marges au service de la justice sociale, de la modernisation de notre système de santé, ni du désendettement qui nous engage vis-à-vis des générations futures. Le changement promis prend finalement des allures de repli, révélateur d’une conception un peu étriquée de la France, de la planète et de l’époque. Le troublant discours de Dakar confirme cette tendance, mêlant concepts aux relents colonialistes et déterminisme douteux.

Un peu plus de trois mois, donc, et déjà apparaissent les vraies composantes de la « méthode Sarkozy », quand le « coup par coup » supplante la vision et le communiqué de presse le décret d’application. Cette entrée en matière édifiante le confirme : plus que jamais, la gauche a des responsabilités face à l’avenir. Sommes-nous résignés à nous installer dans l’état d’esprit alangui d’un parti de notables ? Cette année demeurera celle d’une défaite électorale, mais aussi intellectuelle : quand la droite s’approprie la « rupture » renvoyant à la gauche la conservation des acquis, quand elle assume son identité face à des socialistes prompts à discréditer leur héritage récent pour faire « moderne », c’est le marketing qui triomphe, aux dépens du fond, des valeurs et même d’une certaine exigence éthique.

Sortons de ce soap opera dont nous avons été aussi les acteurs. Plus que jamais, disons que le progrès social est au coeur de notre ambition, même s’il nous guide sur des chemins inédits. Après François Furet, proclamons en effet que la révolution française est terminée. Elle demeure l’âme de notre République, elle nous a fait ce que nous sommes, mais être « révolutionnaire » aujourd’hui, c’est assumer la réforme audacieuse. Ce qui nous a manqué, c’est l’aptitude à comprendre les bouleversements du monde contemporain et à l’imaginer dans les trente ans à venir. Nous sommes restés inertes, idéologiquement, face à la mondialisation. Celle-ci inquiète. Mais reconnaissons qu’elle peut être positive, quand elle contribue au développement de pays qui pesaient faiblement sur la scène internationale. Le revers de la médaille, c’est une mondialisation qui met en compétition non plus des économies mais des peuples et des systèmes sociaux.

Face à ce défi, les socialistes devront renouveler leur doctrine en distinguant les biens et les domaines qui, dans la société du XXIe siècle, ne peuvent être régis par les seules lois du marché. Il en va ainsi de la culture, de l’enseignement, de la santé, de l’environnement et peut-être, pour une part, de l’agriculture. Ce principe, défendu il y a peu par Pascal Lamy, n’a jamais été traité sérieusement dans les enceintes internationales. L’Europe y semble aujourd’hui « philosophiquement » plus ouverte. Dans ce cadre compétitif, nous devrons aussi concevoir une stratégie pour attirer des activités à haute valeur ajoutée. L’attractivité d’un territoire ne dépend pas seulement du coût du travail, mais d’autres facteurs tels que la qualité des infrastructures, des réseaux de transports, de la performance environnementale et surtout, du niveau de la recherche, de la formation et de l’enseignement supérieur. Or, en termes d’efforts financiers par étudiant, la France n’occupe que le 16e rang des pays de l’OCDE !

C’est donc une ambition sans précédent qui doit s’appliquer à tout notre système d’éducation et de formation. Au-delà, se pose la question du devenir de nos services publics : aurons-nous le courage d’en redéfinir le champ, l’organisation, le mode de gestion, à partir d’une évaluation des véritables missions de l’Etat moderne, pour restaurer une cohésion sociale et territoriale mise à mal ? Comprendre le réel devra aussi nous conduire à élaborer un discours progressiste qui rende compatibles épanouissement individuel et affirmation de nouveaux droits collectifs. Ainsi, un suivi plus individualisé du parcours de chaque salarié – donc aussi de chaque chômeur – renforcerait la performance collective de nos politiques pour l’emploi.

Dans sa volonté de renouer ainsi avec l’action au service d’un idéal, le socialisme français revendiquera alors sans complexe sa dimension gestionnaire. C’est ce qui renforcera sa capacité à inventer et à construire avec ses amis progressistes européens. Car l’Europe, même dotée d’un minitraité, demeure en quête d’un projet. Notre responsabilité sera de lui en redonner un, ce qui suppose de nouvelles politiques communes, appliquées par exemple à l’énergie et au développement durable, ainsi que des initiatives pour la croissance et l’emploi, avec une coordination minimale des politiques économiques, de la recherche (pourquoi pas un renforcement significatif d’Eurêka ?) ou de l’éducation (passer à une nouvelle étape d’Erasmus ?).

Gestion, compétition, évaluation, ne peuvent rester en dehors de notre corpus idéologique. Certains, au sein du PS ne l’accepteront pas. Toutes les analyses seront les bienvenues et l’on choisira, puisqu’il faudra choisir. Voici venu le temps des différences assumées, sur le fond, condition préalable à un rassemblement authentique. Car seuls, la clarté et le courage servent l’unité, quand le véritable objectif est bien de faire avancer la France.

Bertrand Delanoë
Maire de Paris
Membre du Bureau national du PS

Business as usual.
Men at work
: « Who can it be now ? »
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