Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

4 septembre 2007

Atelier N° 4 : Le socialisme et l’économie de marché

Filed under: 01 - Etudes et analyses — iledere @ 13:45

Comme je vous l’avais annoncé dans l’article précédent, j’ai eu le plaisir de participer à l’atelier N° 4 « Le socialisme et l’économie de marché. »
Pour rien au monde je n’aurai raté ce rendez-vous et l’économie est une discipline qui m’a toujours intéressé comme en témoignent le nombre d’articles publiés dans ce blog à la rubrique « Eco-Emploi-Formation ».
Je me souviens avoir effleuré dans un débat public une question sous forme de boutade : L’économie est-elle une science exacte ? Et j’avais conclu que si je ne savais pas exactement si oui où non c’était une science exacte, mais que je savais que c’était le sujet sur lequel, sans conteste, se dit le plus d’âneries. A ce petit jeu, Sarkozy est, de loin, le bavard le plus incompétent qui soit et plus aucun économiste sérieux de se hasarde à défendre les actions Sarkoziennes destinées, soit-disant, à relancer la croissance…

fich_1160146611.jpeg Quoiqu’il en soit, dans cet atelier, je n’ai pas été déçu : Le grand témoin, Pierre-Alain Muet a été réellement fascinant. Cet économiste, adjoint au maire de Lyon, nouveau député, est également Président de l’Association française de science économique depuis septembre 2004. Il a été Président délégué du Conseil d’analyse économique auprès du Premier Ministre Lionel Jospin, dont il a été conseiller économique. Il a travaillé au cours de sa carrière à l’INSEE, au CEPREMAP et à l’OCFCE. Il a été professeur d’économie à Sciences Po et à l’Ecole polytechnique (1980-2004). Il est ingénieur de l’Ecole centrale de Paris (1968) et docteur ès sciences économiques de l’Université Paris 1.
Les animateurs étaient Michel sapin et Henri Emmanuelli accompagnés de Bernard arton359-3216a.jpgSoulage et Liêm Hoang Ngoc. Ce dernier est un brillant maître de conférences à Paris I-Panthéon Sorbonne au laboratoire Matisse, et chercheur CNRS et a reçu le prix Jacques Tymen de l’Association d’économie sociale en 1990…
Il est inutile, bien sûr,  de présenter Bernard Soulage, Michel Sapin et Henri Emmanuelli…
Vous trouverez ci-après le compte rendu de l’atelier, ainsi que le texte intégral de l’intervention d’Henri Emmanuelli.

COMPTE-RENDU – Atelier n° 4 : le socialisme et le marché

Pierre Alain Muet : marché ennemi du socialisme, socialisme ennemi du marché ?

En tant qu’économiste, je réponds non ! Notre niveau de développement est obtenu par diverses actions dont les luttes syndicales qui ont permis de transformer le marché et de l’adapter. La baisse de la consommation et la part croissante du marché financier a produit une économie libérale. Lors de la chute du mur, l’économie administrée s’est transformée en une économie de type mafieuse du fait de la non régulation nécessaire qui doit accompagner l’économie de marché. Ce qui caractérise le développement économique c’est ce qui se situe en dehors (secteur non-marchand) comme l’éducation, la santé, la recherche… c’est donc une économie mixte, régulée qui permet un développement « harmonieux et accepté » pour tous. Le libéralisme économique ne produit pas spontanément les équilibres souhaités. Il y a nécessité donc pour corriger ces dérives d’une démarche collective et publique, seule capable d’apporter les corrections nécessaires et utiles, car le marche ne se régule pas par lui-même.

Durant la période des « trente glorieuses », nous nous trouvions dans une situation de capitalisme impulsé par une volonté et une action publique de grande envergure pour des raisons de reconstruction et une volonté de construire des systèmes de solidarité qui ont permit à tous de bénéficier des fruits de la croissance (plein emploi, santé, éducation). Le marché interne suffisait pour apporter les garanties et les outils nécessaires. Appliquer de telles mesures au niveau international pose de nombreuses difficultés : faire concorder des intérêts à une telle échelle s’avère complexe voire impossible. La transition de l’économie nationale à l’économie mondialisée a fait voler en éclats les mécanismes de régulation. De la sorte les politiques de stimulation de la demande, moteur de l’économie nationale, ont eu tendance à s’effondrer dans le contexte mondial et ainsi de nouvelles disparités sont apparues à l’échelle de la planète. Les entreprises préférant à la stimulation de la demande la compétitivité par les coûts. Ainsi la mondialisation a engendré des vocations à l’expansionnisme et à une compétitivité sauvage. C’est la période durant laquelle les pays, notamment européens, ont connu une montée du chômage qui a déstructuré tous les mécanismes de solidarité qui atténuaient les excès du marché.

L’union monétaire au sein de l’UE a tout de même permis de répondre en partie à ces nouveaux défis, car elle supprimait certaines entraves aux politiques économiques nationales en évitant les crises monétaires et en appliquant des politiques de rigueur. La suppression de la spéculation monétaire permit ainsi de mettre en œuvre des politiques économiques autonomes. Par exemple durant la législature 1997-2002, le gouvernement de Lionel Jospin a connu une croissance soutenue de 3%, supérieure à la croissance européenne et a créé 2 millions d’emplois. L’union monétaire favorise donc les politiques économiques autonomes dynamiques créatrices de richesses.

Le second problème majeur de la mondialisation :

Le modèle de croissance n’est plus adapté face au réchauffement climatique ;
L’économie mondialisée induit de nouvelles inégalités et de la pauvreté.

L’activité humaine telle qu’on la connaît engendre des consommations massives d’énergie et détruit les stocks à notre disposition mais surtout a un impact massif et négatif que l’on commence à mesurer. Il nous faut donc modifier considérablement nos modes de consommation notamment d’énergie.

Comment aller vers un modèle de développement durable : les cycles de développement fonctionnent généralement en mode fermé sauf l’économie. Ainsi les prix des biens ne reflètent pas les coûts véritables des biens et n’intègrent pas les coûts pour l’humanité. Il nous faut donc être plus ambitieux et volontaires, ce qui pourrait se traduire par des taxations nouvelles et des réglementations plus strictes. Il nous faut également changer complètement notre conception du progrès technique, car si nous continuons à avoir une vision linéaire de la croissance (la consommation a été multipliée par 20 en 30 ans tout en travaillant 2 fois moins) nous allons droit dans le mur. Nous ne pouvons appliquer cette approche à la gestion de l’environnement.

Le second point est la production de nouvelles inégalités, les pays riches croissent plus vite que les pays pauvres et accroissent celles-ci. Au niveau de la nation, ces disparités sont moindres et moins visibles car il existe des mécanismes de solidarité qui les corrigent. Il en est de même au niveau européen. Quand l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… sont entrées dans l’UE des politiques de solidarité comme les fonds structurels ont facilité l’accès au développement de ces pays en prélevant une faible partie du PIB des pays riches reversé à ces pays.

Ainsi l’intervention publique a régulé le marché et a donc atténué les inégalités qui auraient dû se créer entre les pays de l’UE. La solidarité produit de la justice sociale et de l’efficacité économique.

Depuis les cinq dernières années, les différents gouvernements de droite ont par leur politique produit chômage, déficit, inégalité et explosion de la dette. Ces politiques conservatrices consistant à donner aux riches pour aider les pauvres a produit les effets que l’on connaît. Les politiques de « Reagan-Tatcher » ont montré leur inefficacité. Sarkozy en digne héritier reproduit la même politique. Le cynisme du paquet fiscal, mesure phare, ne répondra pas aux défis qui se présentent à la France. 25 millions d’euros pour le revenu de solidarité active 15 milliards de cadeaux fiscaux. S’y ajoute les inégalités de naissance (droit de succession) qui dénaturent la notion de revenu la découplant de la notion de mérite.

Il nous faut au contraire promouvoir le travail bien rémunéré et qualifié, mettre les moyens dans la recherche, sécuriser les parcours professionnels, investir dans l’éducation.

Il faut réguler le marché pour contrer l’insécurité économique et les dégâts écologiques. Pour ce faire nous devons faire le bilan des politiques dans les pays socio-démocrates, aux USA sous Clinton et la période Blair pour en tirer les enseignements utiles.

L’efficacité économique est aussi de gauche.

Liem Hoang Ngoc : le message de la droite relayé par les médias cherche à discréditer les positions de la gauche et à instiller de faux-débats.

Le PS « défendrait l’économie planifiée » : cela vise à occulter le fait qu’il y a de la planification dans le capitalisme et du capitalisme dans le « social ». L’exemple des entreprises américaines en devient caricatural car il est acquis que la marche économique de ces entreprises est très planifiée et organisée. A contrario on peut dire que les entreprises sous l’ère soviétique (notamment en ex-Yougoslavie) furent administrées de façon ultra-libérale. La planification et le marché ne sont en fait que des outils de régulation.

En théorie le marché doit organiser une concurrence libre et non faussée, or la concurrence est monopolistique et il existe une « administration » des prix.

Charles Pasqua, en fin politique, a eu cette belle formule à ce propos : « à qui profite le crime ! ».

Durant les 30 glorieuses, « des compromis » ont été trouvés, sur la « sécurité sociale », le droit du travail, la santé… aujoud’hui nous sommes dans une logique de « rente financière », d’un capitalisme financier… ce qui bat en brèche toute la logique d’équilibre que nous avions trouvé.

Alors qu’est-ce que le socialisme ? c’est la maîtrise de son destin par le peuple et pour le peuple.

La « bonne droite » serait pour la croissance, la gauche pour la redistribution, sous-entendu le gaspillage. Or il est indéniable que les politiques menées par la droite ont montré l’inefficience de la redistribution fiscale. Il est indéniable que sous le gouvernement Jospin il y a eu augmentation de l’emploi et une baisse du déficit… la consommation fut le moteur de la croissance mais aussi de l’investissement. S’il existe un problème de l’offre c’est qu’il y a un problème du marché du travail et de l’épargne !

Les marges produites par les entreprises, le taux très élevé de l’épargne devraient ou auraient dû conduire à un fort taux d’investissement, or ce n’est pas le cas. Les entreprises sont dans une logique financière en partie dû à l’implication dans leur gestion des fonds de pension, qui n’ont qu’une vision de court terme. Ceci induit une absence de politique industrielle et d’objectifs à long terme.

C’est à ce niveau que l’état par son volontarisme et son ambition doit intervenir et agir. Nous connaissons un fort taux d’épargne qui devrait favoriser l’investissement, mais la politique économique et fiscale des gouvernements successifs de droite gaspille ces ressources.

Face à ces impasses que nous proposent la droite, la gauche et le PS en particulier est en capacité de proposer des réformes susceptibles de proposer des alternatives aux projets de la droite tels que la TVA sociale. Nous devrons faire face à la hausse des dépenses sociales, nous devrons trouver les moyens de les financer. La droite nous propose d’augmenter la TVA, nous nous proposons de réformer l’imposition du revenu ainsi que la CSG.

Outre cette proposition, nous avons « dans les cartons » bien d’autres pistes de réformes économiques pour maîtriser le marché…

Bernard Soulage estime que la pertinence de cette table-ronde n’a pas à être justifié et que les socialistes doivent en sortant de cette discussion être sans complexes et surtout être fiers des valeurs qu’ils portent mais aussi ne pas prêter plus d’attention qu’elles n’en méritent aux jugements qui nous culpabilisent plus que de raison.

Sarkozy dans son discours et dans le message qu’il porte nous affirme que le marché est là pour résoudre tous nos problèmes même la question de la démocratie.

Cette affirmation est fausse. Il y a la place pour un vrai débat, un débat qui s’inscrit dans la réalité que nous vivons. Une réalité qui a rendu le marché totalement fou, qui privilégie la spéculation et ignore l’investissement. La crise boursière de cet été en est une parfaite illustration, les dégâts collatéraux sont criants. Comment peut-on croire à une croissance de 15% des profits sans provoquer une altération forte de la vie du marché. La financiarisation de l’économie nous mène dans une impasse !

Certains économistes, ans les années 80, ont prétendu être en capacité d’anticiper sur les décisions des gouvernements, en matière économique. Ceci induisait de fait l’inutilité d’une politique économique ! Ce fut une grave erreur de jugement, d’ailleurs ces mêmes économistes sont ensuite revenus sur leurs propres théories. On ne peut laisser dire que le marché est apte à répondre à toutes les questions. Le marché crée des inégalités nouvelles et accentue celles existantes, les victimes des excès du marché sont nombreuses.

Au cours de ces différentes et nombreuses expériences, B. Soulage a constaté que le pays ayant la politique ultra-libérale la plus exacerbée était la Chine, dans ce pays tout est payant, même l’éducation des tout petits… ce qui n’est pas le cas aux USA ou en Angleterre. La Chine est ulta-libérale, en ce qui concerne l’économie et le social, mais sans liberté .

L’un des points saillants et préoccupant concerne l’environnement : comment arrêter la course folle qui nous mène à l’auto-destruction, comment promouvoir la protection de l’environnement ? Il faut une politique forte et volontariste en matière de transport, notamment de marchandises, afin de limiter l’utilisation du transport routier. Les simulations effectuées par la région Rhône-Alpes démontrent une nécessité impérieuse d’agir.

Nous ne devons pas avoir de complexe en la matière ! Nous sommes dans une économie de marché, mais devons réaffirmer la prédominance de la politique sur le marché, de l’humain sur l’économie.

Henri Emmanuelli nous rappelle qu’il a voulu ce débat, afin de répondre et mettre fin à une longue exaspération, venant d’une litanie médiatique et politique qui voudrait nous faire croire que les socialistes refuseraient et nieraient l’économie de marché.

Quand en 1972, il a adhéré au PS, venant de la banque Rothschild, il n’a eu aucun complexe et n’a vécu aucune contradiction.

Le 23 mars 1983 quand le gouvernement Mauroy décida ne pas quitter le Système Monétaire Européen et d’imposer une politique de rigueur à la France, les socialistes confirmaient leur acceptation de l’économie de marché.

Au cours des différentes périodes où nous avons géré la France, nous n’avons pas à rougir de notre action, nous devons même être fiers d’avoir réduit fortement l’inflation, d’avoir rendu positif le solde du commerce extérieur, d’avoir modernisé et moralisé les marchés financiers… nous sommes de bons gestionnaires !!

Sous le gouvernement Jospin, notre politique a permis d’obtenir une croissance supérieure de 1% de la croissance européenne. La droite depuis 2002 a mené une politique néfaste qui s’est traduite par une croissance inférieure de 1% à la croissance européenne ! les chiffres parlent ! cela ne peut être niée.

Les socialistes ont montré par leurs représentants et experts qu’ils savaient gérer, par exemple Pascal Lamy à l’OMC, et bientôt Dominique Strauss Khan au FMI.

Alors quelle est la question induite ? C’est simple, il s’agit pour la droite, arrogante et inefficace, d’éluder ses responsabilités; C’est une charge idéologique et pernicieuse ! le but est de nous amener à nous justifier et de nous faire abandonner nos idéaux de régulation et de redistribution : c’est là le cœur du débat !

Nous, socialistes, refusons que tout soit marchandisé, nous sommes pour la régulation, nous sommes pour l’action publique…

Pour être crédible soyons fiers de ce que nous sommes, réaffirmons notre idéologie, ne fuyons pas les débats et les controverses. Nous devons affirmer notre socle commun, idéologique, pour construire notre maison et offrir des perspectives aux Français.

Michel Sapin constate que lorsque nous ne sommes pas en période électorale, que nous ne sommes pas en conflits, la parole est libre et constructive, nous ne sommes pas en attente du regard de l’autre, fut-il un camarade.

Pour revenir au thème de la table ronde, nous pouvons affirmer que les socialistes agissent et gèrent dans le marché. Cependant, notre action doit amener les correctifs nécessaires, nous devons mener des politiques publiques de régulation. La financiarisation de l’économie est un danger et rend le marché myope; Sa vision de court terme n’est pas respectueuse de l’environnement, finalement le marché est de plus en plus fou et destructeur…

Notre action doit donc s’orienter vers des politiques publiques de régulation au niveau régional, national, européen et international.

Le Président de la République dans son omniprésence médiatique n’est pas à une contradiction près : un jour il affirme : « travailler et enrichissez vous, gagnez de l’argent » en pensant aux marchés financiers et quand des difficultés se présentent, il dit « non aux spéculations ». Illustration du double langage et du populisme du discours présidentiel.

Débat

Albert regrette que dans la dialectique socialiste ne soit traité que le rôle des grandes entreprises; Nous ne faisons pas assez de cas des PME-PMI. D’autre part nous devons nous interroger sur notre vision de l’économie, ses objectifs. De plus nous devons redéfinir le rôle de l’Etat, nous questionner sur la dépense publique…

Geoffrey de Béthune s’inquiète des risques de délocalisations et s’interroge sur la politique industrielle européenne. N’y a-t-il pas un risque de nivellement par le bas des salaires ?

Pervenche Bérès nous rappelle que le marché a besoin du socialisme; Les exemples ne manquent pas où son absence crée des inégalités. Au sein de l’UE, même si des mécanismes de solidarité existent, ils sont tout à fait insuffisants. La crise boursière du mois d’août a mis en exergue de multiples lacunes et lourdeurs de régulations du marché. Il faut contrer la folie du marché.

Jean-Yves de la fédé de Charente maritime illustre son propos sur les systèmes de régulation du marché par l’exemple des coopératives qui limitent la rémunération du capital et réservent une part importante des fonds à l’investissement.

Jean-claude regrette que l’on ne parle pas de l’entreprise en tant que structure économique et sociale. Il insiste par ailleurs sur la nécessité de créations d’emploi et d’une croissance forte sans toutefois gaspiller nos ressources énergétiques. Il faut s’occuper davantage des PME, réfléchir à la création de métiers innovants et surtout découpler croissance et consommation, afin d’avoir une vision claire de l’économie de marché.

Paul propose aux socialistes de réaffirmer nos compétences économiques notamment dans les médias qui ne cessent de les dénigrer. Par ailleurs il demande que l’on s’interroge sur les acquis sociaux et que l’on soit lucide sur ceux-ci, ainsi que sur la pertinence de nos alliances politiques, notamment avec les partis qui récusent l’économie de marché.

Marie Thérèse du Cantal nous exhorte à nous (re)approprier les réformes nécessaires pour réguler le marché.

Fabrice nous rappelle que derrière le terme de marché, il y a des hommes, c’est pourquoi la puissance publique peut et doit intervenir en termes de régulations du marché.

En conclusion Michel Sapin nous rappelle que le PS est entré dans une phase de réflexion qui faite suite aux revers électoraux que nous avons connus ce printemps et que nous devons prendre ce temps pour redéfinir notre doctrine.

Il s’agit quand nous voulons traiter du marché de parler des entreprises, de leur fonctionnement et de tous les éléments qui participent à sa bonne marche. Nous savons tous qu’il existe des approches différentes selon qu’il s’agit de petites, de moyennes ou de grandes entreprises, chaque cas est « particulier », chaque réponse doit dons être spécifique. Sarkozy, dans son discours au MEDEF, a promis, et c’est une bonne chose, de favoriser par le crédit d’impôt, l’investissement dans la recherche; Le « hic » est que sa politique va accentuer les disparités entre petites et grandes entreprises qui vont concentrer la plus grande partie de ces crédits. Il s’agit donc d’élaborer des politiques ciblées et adaptées, nous devrions ainsi nous inspirer de l’exemple de l’Allemagne qui a un tissu de PME bien plus développé et dynamique que la France.

Henri Emmanuelli insiste sur l’ « entité » marché qu’il définit comme un ensemble composé de l’entreprise, des salariés et des actionnaires, et chaque situation est particulière. Il rappelle également que le coût des 35h n’a pas représenté comme l’assènent la droite ou le MEDEF l’ampleur invoquée, car il y a eu simultanément une baisse très sensible de la taxe professionnelle.

Bernard Soulage estime que la politique salariale doit être égulée par le marché, l’intervention publique peut alors intervenir pour corriger les dérives à travers l’impôts. Concernant la lutte contre les délocalisations, la concurrence de la Chine pourrait être atténuée si une vraie démocratie sociale existait au sein des usines de ce territoire. Si un Président démocrate venait au pouvoir aux USA, conjointement à une vraie démocratie syndicale en Chine, cela favoriserait une gouvernance mondiale du marché et éviterait certaines disparités. Il ne considère pas la taxe Tobin comme très efficace car trop de pays puissants économiquement la contourneraient. Il faudrait en fait trouver des accords entre pays majeurs.

Pierre Alain Muet rappelle que lorsque l’Espagne, le Portugal… sont entrés dans l’UE, des mécanismes de solidarité ont permis de limiter les délocalisations en interne. Il nous faut donc élargir et amplifier ces fonds structurels de solidarité
image_11015812_192_144.jpg L’intervention d’Henri Emmanuelli
Je me réjouis de la tenue de cet atelier intitulé « Les socialistes et l’économie de marché » que j’ai souhaité à l’occasion d’une réunion préparatoire de notre Université.

Pourquoi l’ai-je demandé ?
– Parce que depuis 24 ans déjà, je suis exaspéré par une exhortation rituelle et hypocrite lancée sans relâche à l’adresse des socialistes pour les sommer d’en finir avez les vieilles lunes et d’accepter enfin, comme l’ont fait les socialistes allemands à « Badgodesberg », l’économie de marché.
– Parce que, depuis le 6 mai je vois ressurgir avec force cette exhortation dont l’acceptation, la mise en oeuvre enfin consentie serait à elle seule la solution miraculeuse qui ouvrirait la porte de la « modernisation » de la « rénovation », de la « refondation » et autres épithètes destinés à des postures médiatiques plutôt qu’à éclairer le contenu d’une véritable réflexion.

Pourquoi suis-je exaspéré ?
– Parce que c’est une fausse question et qu’une fausse question régulièrement posée en cache d’autres que l’on n’ose pas poser.

Pourquoi est-ce une fausse question ?
Parce que pour autant que je sache, ayant adhéré au PS en 1972 à l’époque où j’étais directeur adjoint de la Compagnie Financière Edmond de Rothschild, je n’avais pas remarqué que les socialistes étaient censés être partisans du Gosplan. Il est vrai qu’au congrès de Metz l’un des nôtres avait lancé la fameuse phrase : entre le Gosplan et le Marché, il y a le Plan. Mais à la vérité nul ne peut ignorer que c’est l’un ou l’autre et que le Plan tel qu’il était conçu alors, était là pour éclairer le long terme et non pour se substituer au marché en tant que système de production et d’échange.

En toute hypothèse, parvenus au pouvoir, les socialistes ont bel et bien accepté l’économie de Marché.

Ils l’ont fait très précisément – que nos contempteurs prennent note – le vendredi 23 mars 1983 à 11 heures du matin- en acceptant, après un vif débat au plus haut niveau, en choisissant de rester dans le Système Monétaire Européen, matrice du futur Euro, et en mettant en oeuvre un plan d’austérité sévère destiné à prendre en compte, justement, les contraintes monétaires et européennes de l’Economie de Marché. Je le dis et je le répète depuis longtemps mais apparemment sans succès. Il est vrai qu’à l’époque le Premier Secrétaire du PS a dit qu’il s’agissait d’une parenthèse. Mais comme il ne l’a pas refermée en arrivant lui même au pouvoir en 1997, les experts devraient être rassurés depuis longtemps et trouver d’autres arguments pour instruire leur procès permanent contre le PS.

Qu’ils aillent demander à J.C. Naouri, à l’époque directeur de cabinet du ministre des finances Bérégovoy, et aujourd’hui patron d’un groupe important de distribution si la modernisation de notre système financier ne s’est pas faite à l’époque. Et à tous nos ministres des finances successifs s’ils n’ont pas géré l’économie de marché. N’est ce pas la gauche, qui héritant du plus grand économiste de France d’inflation de près de 13% l’a ramené aux normes européennes ? N’est ce pas sous un gouvernement de gauche que notre commerce extérieur – baromètre incontournable de notre compétitivité – est redevenu positif dans les années 80 après avoir été déficitaire pendant plus de 20 ans ? Rocard, devenu premier ministre a-t-il géré le gosplan ou l’économie de marché ? Comment ose-t-on demander, sans crainte du ridicule, a un parti dont est issu le DG de l’OMC et demain peut-être celui du FMI d’accepter « enfin » l’économie de marché ? N’est ce pas sous le gouvernement de Lionel Jospin que la France a affiché un taux de croissance régulièrement supérieur de 1 point à la moyenne de l’Eurogroupe alors que depuis 2002 nous sommes régulièrement en dessous de un point ? Et que dire de ce qu’elle va être cette année !

Oui mes camarades, pour celles et ceux qui ne s’en seraient pas encore aperçu, il y a longtemps que nous avons accepté l’Economie de Marché et dans l’ensemble, nous l’avons plutôt bien gérée.

Nous avons accepté l’économie de marché mais nous lui avons toujours fixé des limites :

– la première, c’est le refus de la marchandisation de certains biens et services : la vie, la culture, l’éducation, le logement social, etc, bref tout ce qui constitue la place du service public et qui n’est pas intangible.
– la seconde c’est que nous avons toujours affirmé que l’économie de marché devait être régulée. Nul ne le conteste d’ailleurs : les ultra libéraux eux-mêmes sont favorables à la régulation par l’Etat d’un certain nombre de chose. Mais nous y ajoutons, nous socialistes, un minimum de justice et de dignité pour l’être humain. La justice minimum c’est la redistribution. La dignité minimum, c’est, par exemple la législation sociale et le Code du Travail…
– la troisième c’est que nous pensons que le marché n’exclut pas l’action publique pour orienter ou combler les déficiences du marché. Sur ce troisième point je constate que les prétendus libéraux ne s’en privent pas non plus lorsqu’il s’agit d’injecter des sommes astronomiques, comme l’ont fait les Japonais et parfois même les américains, lorsqu’il s’agit de venir au secours de leur système bancaire. Là, il ne s’agit pas d’assistanat au système bancaire…

Si donc on nous pose une fausse condition, une fausse question – en l’occurrence l’acceptation de l’économie de marché – c’est que nos contempteurs n’osent pas nous poser les vrais questions, celles qui auraient un véritable objet.

Sauf à penser qu’ils ne savent pas ce qu’ils disent – il y en a – je n’ai pour ma part aucun doute sur le véritable sens, sur le véritable contenu de l’offensive idéologique puissante qui nourrit ces fausses exhortations. Ce qu’il veulent nous dire, en réalité, c’est qu’ils attendent de nous l’ultime renoncement et l’acceptation salvatrice pour entrer, enfin, non pas dans la modernité, comme ils le proclament, mais dans la norme de l’époque : celle du libéralisme économique triomphant.

Ce qu’ils attendent de nous, c’est que nous renoncions définitivement a toute forme de régulation, à toute prétention de redistribution. Ce qu’ils attendent de nous, c’est que nous acceptions une marchandisation de tous les biens et services sans exclusives.

Quand on a compris ça, tout s’éclaire, tout s’enchaîne. Y compris les débats techniques les plus abscons.

Seul un éditorialiste parfois vindicatif, Renaud Dely de Libération, a eu le courage de pointer le sujet en nous exhortant à « abandonner la redistribution ». C’est-à-dire à rompre avec le concept d’égalité et de justice sociale. Au moins c’était clair.

Mes chers camarades depuis un an je me tais et je supporte.
J’ai subi, comme beaucoup de militants et d’électeurs et électrices, une campagne déroutante dont la cohérence et l’inspiration étaient parfois surprenantes, pour ne pas en rajouter.
Je subis comme vous le triste spectacle qui accompagne toujours les défaites. Les insultes injustifiées, l’opprobre que l’histoire réserve aux vaincus. Je vois le désolant spectacle des bassesses que génère l’opportunisme apeuré. J’entends les rancoeurs de la vanité offensée, le craquettements des ambitions libérées. Et j’en passe.
J’en passe, parce que, au risque de surprendre, je voudrais vous dire, à vous qui avez fait l’effort de venir, que tout cela est certes très désagréable mais qu’en définitive ça n’a pas beaucoup d’importance. Les tristes spectacles et ceux qui les animent n’ont pas vocation à durer.
En revanche, ce qui me préoccupe, ce qui me paraît, et de loin, le plus important c’est l’ampleur de l’ offensive idéologique qui se développe contre le socialisme, contre la gauche, contre les valeurs de progrès, de justice et d’égalité qui fondent son identité et justifient son existence et ses combats. Un véritable ouragan venu d’en face mais aussi, malheureusement de nos rangs. L’attaque contre la redistribution et tout ce qu’elle implique constitue l’oeil de cet ouragan.
Cette offensive puissante, qui seule compte, je la mesure dans toute sa dimension mais elle ne m’effraie pas. Non seulement elle ne m’effraie pas mais elle me donne l’occasion de dire, avec beaucoup de force et de détermination, à toutes celles et ceux qui aspirent à construire leur destin personnel sur un renoncement collectif ou a ceux qui croient que la gauche s’en est allée, que la bataille sera beaucoup plus dure qu’ils ne l’imaginent. Les procès en sorcellerie ou les anathèmes éculés ne suffiront pas. Pas plus que les petites phrases creuses ou les hypocrisies savantes.

Je le dis aux adversaires comme aux faux frères : qu’ils ne comptent pas sur un forfait. Le match aura lieu, dedans comme dehors.
Dedans parce qu’il nous faut retrouver un minimum de cohérence si nous voulons être compris et crédible.
Dehors, parce que pour notre pays, pour notre démocratie il nous faut tenir notre rôle d’opposant. Dans une opposition qui ne soit ni « frontale » ni « complaisante », mais tout simplement compétitive. Une « opposition- compétition » pour relever le défi.

Ce défi,mes camarades, nous allons le relever Nous en avons le devoir et la capacité. Car il n’est pas vrai, même si beaucoup en rêvent que la gauche n’ait plus rien à dire.

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