Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

27 septembre 2007

Birmanie-France : Kouchner sur le banc de touche

Filed under: 09 - Evènement — iledere @ 12:55

medium_total.jpgEn 2002, Total avait fait appel à Bernard Kouchner pour la cautionner. Dans un rapport payé 25.000 euros, Kouchner avait affirmé que la compagnie pétrolière, contrairement à ce que certains esprits « mal informés » ont pu supputer, avait en réalité lutté contre le travail forcé en Birmanie
En 2005, afin d’éviter un procès, la société Total accepte de verser 10 000 euros à chacun des sept Birmans qui l’accusent d’avoir été contraints de travailler gratuitement pour elle sous la menace de l’armée birmane en 1995. Ces exactions ont eu lieu en 1992-1998 sur le chantier du gazoduc Yadana, construit par Total et une compagnie américaine pour relier un gisement maritime birman à la Thaïlande. Total accepte aussi de consacrer 5,2 millions d’euros à l’indemnisation d’autres personnes qui pourraient justifier d’un emploi comme travailleur forcé et à des « actions humanitaires collectives pour l’habitat, la santé et l’éducation »…
Ceci était un petit rappel sur la Birmanie, plus vieille dictature militaire du monde, et de ses relations avec la France et notre « docteur Folamour » capable de cautionner n’importe quoi, même le pire, pour 25.000 €. Bien sur, nous sommes loin des 30 deniers de Judas. Kouchner (de la guerre), qui prônait la guerre en Irak, a montré depuis son sens de l’hétique en ralliant Sarkosy pour le quai d’Orsay.

Et voici que l’histoire le rattrape car la situation Birmane s’est considérablement détériorée et le régime en place ne peut plus étouffer la révolte menée par les moines Bouddistes.

Alors que les journalistes ne peuvent entrer en Birmanie, la généralisation de l’usage de téléphones-caméras permet de lancer, à travers le monde, toutes les images essentielles de la révolte en transformant ainsi la jeunesse de Rangoon et de Mandalay en un peuple de « paparazzi » résistants et utiles.

Le monde entier a pu voir ce que la censure militaire voulait cacher…

C’est la première fois depuis vingt ans qu’est lancé un tel mouvement de révolte dont on ne peut pas dire qu’il ait pu prendre par surprise les généraux de la Junte. Dans une Birmanie apparemment soumise, décrite comme le pays des temples d’or, par les portails publicitaires des agences officielles de tourisme, on ne peut oublier dans les temples, les villes ou les campagnes que la junte a fait tuer, il y a vingt ans, sans état d’âme, trois mille jeunes gens et moines. Leur seul crime avait été d’avoir osé contester le pouvoir de l’Etat militaire, après l’annulation d’élections générales dont les résultats avaient consacré la victoire du mouvement démocrate birman, conduit par Mme Aung Suu Kyi.

En les rejetant dans la minorité ces résultats avaient ridiculisé et fait perdre la face aux militaires qui avaient un rapprochement « démocratique » à leur manière après avoir évincé le général Ne Win, qui avait imposé pendant vingt-six ans une dictature sans partage aux peuples de la Fédération en chassant le pacifique président U Nu.

Depuis quarante-cinq ans les peuples de Birmanie sont prisonniers de ce régime militaire impitoyable fondé en mars 1962 par ce général pro japonais issu de la résistance anti-britannique durant la Seconde Guerre mondiale.
En une nuit, les Birmans étaient passés de la gouvernance parlementaire momentanément tranquille du président U. Nu à une dictature ubuesque bien pire que n’avait été avant la conquête coloniale anglaise le règne fou de l’empereur alcoolique Tibaw.

On prétend que le pouvoir rend fou et aveugle. La richesse également, depuis janvier 2005. On a constaté en effet depuis la découverte à cette époque, de gisements de gaz extrêmement importants dans le Nord, en off shore, à l’extrémité du golfe de Bengale, la Birmanie est devenue une des nations potentiellement les plus riches du Sud-Est Asiatiques. L’énorme potentiel d’exploitation qui est désormais à sa disposition, avec la présence de compagnies pétrolières françaises, indiennes ou internationales, a provoqué chez les généraux une sorte de folie des grandeurs entretenue par de grandes puissances telles que la Russie et la Chine ou incontournables comme l’Inde, le Pakistan et l’Indonésie. Ou prudentes comme celles de l’ASEAN.

« Nous décrétons « ennemi commun » de tous nos citoyens, le despotisme militaire qui « appauvrit et paupérise les gens de toutes conditions, y compris le clergé », a déclaré sur internet une « Nouvelle Alliance nationale des moines birmans » ».

Parmi les causes immédiates de cette révolte figure la hausse du prix de l’essence et du coût journalier de la vie. Ce furent les premiers prétextes du soulèvement, Mais ce qui a pu avoir toutes apparences d’une « fronde sans lendemain » est en train de se transformer en une révolte puissante contre le régime.

Que la population ait été exaspérée par ces augmentations de prix. Cela ne fait pas de doute, d’autant que l’enrichissement spectaculaire des militaires n’avait pas empêché la misère de s’installer dans un pays qui – en dépit de son économie vivrière – ne souffrait pas de la faim. Il y a certainement d’autres bonnes raisons : faut-il les chercher du côté pétrolier ? Ou doit-on considérer ces événements comme le début d’un « containment » de la Chine ? Cela vient-il des membres de l’ASEAN ? Autant de questions auxquelles il est difficile de répondre.
Maintenant qu’ils se sont réfugiés dans leur niz d’aigle par crainte des étudiants, des bonzes et des civils en général de Rangoon, l’ancienne capitale, que vont faire les généraux ?

- faire tirer sur les manifestants pour mettre un terme à ce qu’ils qualifient de « désordres provoqués par les ennemis du peuple » ;

- transiger ? Les Birmans démocrates en exil en doutent fort ;

- céder aux pressions internationales ? Encore moins. Comment accepteraient-ils de le faire alors qu’ils savent que la Chine et la Russie n’approuveront pas les sanctions décidées au sein du Conseil de sécurité des Nations unies ?

Pour le reste, « wait and see ». Mais il paraît probable et à craindre que les militaires ne se servent d’Aung Sand Suu Kyui, la « Dame de Birmanie », prix Nobel de la Paix, comme otage en face d’un peuple et d’un clergé bouddhiste venus prier devant sa porte, mais réduits à l’impuissance, tandis que la démocratie une fois de plus, ne leur paraîtra que le leurre trompeur d’un monde occidental invertébré ?

« Séparer l’eau du poisson »: au deuxième jour de la répression de l’armée birmane sur les manifestants, la formule de Mao pour mater une rébellion est plus que jamais d’actualité. Dans la nuit de mercredi à jeudi, les militaires ont ciblé des articulations clés de l’opposition. D’abord dans deux monastères de Rangoon où, selon les témoignages rassemblés par les agences de presse, entre 70 et 150 moines ont été arrêtés. Certains personnalités en vue de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) ont également été visées: le porte parole du parti, Myint Thein, ainsi qu’un cadre de la LND, Hla Pe.

Dans la rue, des milliers de personnes bravent l’interdiction de rassemblement décrétée mardi par les forces de sécurité. Elles se sont rassemblées encore ce jeudi matin autour de la pagode Sule, théâtre de heurts violents mercredi. D’après plusieurs témoignages, notamment celui d’un diplomate français en poste sur place, les soldats ont fait usage de leurs armes. Des tirs à balle réelle qui auraient déjà fait plusieurs victimes: entre trois et cinq morts selon les témoignages recueillis par des membres de l’opposition en exil basés à Bangkok (Thaïlande).

La diplomatie entre dans la crise, divisée entre l’Est et l’Ouest

Pendant ce temps-là, la crise birmane s’est invitée au Conseil de sécurité de l’ONU, qui s’est réuni mercredi après-midi à New-York. Les quinze membres du Conseil se sont mis d’accord sur une version minimale: pas de déclaration commune, mais la décision d’envoyer sur place l’envoyé spécial du secrétaire général, Ban Ki Moon. « Les membres du Conseil ont exprimé leur préoccupation vis-à-vis de la situation et ont appelé à la retenue, en particulier de la part du gouvernement birman », a déclaré l’ambassadeur français, Jean-Maurice Ripert, qui préside l’organisme en ce mois de septembre. Problème: l’envoyé spécial, Ibrahim Gambari, n’a pas encore de visa pour entrer dans le pays.

Pour l’instant, la Chine et la Russie -qui ont utilisé leur veto en janvier dernier pour contrer une résolution condamnant les violations des droits de l’homme du régime des généraux- restent sur une position prudente. Leur argument? Les droits de l’homme n’ont aucun rapport avec les menaces à la paix et à la sécurité, seul domaine dans lequel le Conseil de sécurité a compétence.

Sarkozy appelle à un gel des investissements français

De passage à Paris, le Premier ministre du gouvernement birman en exil a tenté de convaincre Nicolas Sarkozy d’agir pour éviter un bain de sang. « La France peut faire beaucoup », a confié le docteur Sein Win, juste avant sa rencontre avec le Président. Par le biais de l’ONU, de l’Union européenne, mais aussi en son nom propre…

En Birmanie, « la France peut faire beaucoup »
Par David Servenay (Rue89) 10H23 27/09/2007

Un manifestant saute sur le portrait brûlé de Than Shwe, jeudi matin à Rangoon (Chaiwat Subprasom/Reuters)

« Séparer l’eau du poisson »: au deuxième jour de la répression de l’armée birmane sur les manifestants, la formule de Mao pour mater une rébellion est plus que jamais d’actualité. Dans la nuit de mercredi à jeudi, les militaires ont ciblé des articulations clés de l’opposition. D’abord dans deux monastères de Rangoon où, selon les témoignages rassemblés par les agences de presse, entre 70 et 150 moines ont été arrêtés. Certains personnalités en vue de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) ont également été visées: le porte parole du parti, Myint Thein, ainsi qu’un cadre de la LND, Hla Pe.

Dans la rue, des milliers de personnes bravent l’interdiction de rassemblement décrétée mardi par les forces de sécurité. Elles se sont rassemblées encore ce jeudi matin autour de la pagode Sule, théâtre de heurts violents mercredi. D’après plusieurs témoignages, notamment celui d’un diplomate français en poste sur place, les soldats ont fait usage de leurs armes. Des tirs à balle réelle qui auraient déjà fait plusieurs victimes: entre trois et cinq morts selon les témoignages recueillis par des membres de l’opposition en exil basés à Bangkok (Thaïlande).

La diplomatie entre dans la crise, divisée entre l’Est et l’Ouest

Pendant ce temps-là, la crise birmane s’est invitée au Conseil de sécurité de l’ONU, qui s’est réuni mercredi après-midi à New-York. Les quinze membres du Conseil se sont mis d’accord sur une version minimale: pas de déclaration commune, mais la décision d’envoyer sur place l’envoyé spécial du secrétaire général, Ban Ki Moon. « Les membres du Conseil ont exprimé leur préoccupation vis-à-vis de la situation et ont appelé à la retenue, en particulier de la part du gouvernement birman », a déclaré l’ambassadeur français, Jean-Maurice Ripert, qui préside l’organisme en ce mois de septembre. Problème: l’envoyé spécial, Ibrahim Gambari, n’a pas encore de visa pour entrer dans le pays.

Pour l’instant, la Chine et la Russie -qui ont utilisé leur veto en janvier dernier pour contrer une résolution condamnant les violations des droits de l’homme du régime des généraux- restent sur une position prudente. Leur argument? Les droits de l’homme n’ont aucun rapport avec les menaces à la paix et à la sécurité, seul domaine dans lequel le Conseil de sécurité a compétence.

Sarkozy appelle à un gel des investissements français

De passage à Paris, le Premier ministre du gouvernement birman en exil a tenté de convaincre Nicolas Sarkozy d’agir pour éviter un bain de sang. « La France peut faire beaucoup », nous a confié le docteur Sein Win, juste avant sa rencontre avec le Président. Par le biais de l’ONU, de l’Union européenne, mais aussi en son nom propre… (Voir la vidéo)

A la fin de cet entretien à l’Elysée, le président français a appelé à l’adoption « sans tarder » de sanctions contre la Birmanie. Plus surprenant, Nicolas Sarkozy s’est aussi dit favorable à un gel des investissements des entreprises françaises. « La France appelle l’ensemble de ses sociétés privées, Total par exemple, à faire preuve de la plus grande retenue s’agissant des investissements en Birmanie, en demandant qu’il n’y en ait pas de nouveaux », a-t-il déclaré.

Sarkozy devrait envoyer Kouchner à Yadana, le plus grand gisement gazier du pays, pour lui permettre de revoir sa copie… Pour 25.000 € il doit y avoir un service après vente, non ?

Alain Renaldini
(avec Rue 89 et AgoraVox)

Tracy Chapman : Revolution

5 réponses à “Birmanie-France : Kouchner sur le banc de touche”

  1. 2003 Pmi dit :

    PMI Gold Corp (TSX.V:PMV) Smack Dab in the Middle of Elephant Country…

    Africa, besides being the cradle of civilization, is also host to some of the world’s oldest and richest gold mines….

  2. PatricS dit :

    Aidez la Birmanie, les moines et les laïcs. En bon bouddhiste, arrêtons les bavardages et allons vers l’action possible à notre niveau. Même une goutte d’eau dans l’océan ne se perd pas!
    Patrick

  3. En bon cinéphile qui éduque son fiston attentif, j’ai visionné dernèrement « Mort d’un Pourri » de Lautner avec Alain Delon, Ornella Muti, Stéphane Audran…
    Pourquoi j’écrivais cela ? Ha oui, parce vient de sortir dans les feuilles de choux : « résurrection d’un pourri » de Total, avec Christophe de Margerie, la Bourse et la junte militaire Birmane :

    Margerie : « Total ne se retirera pas de Birmanie « 
    Le directeur général du groupe pétrolier considère en revanche qu’ »investir dans ce pays aujourd’hui serait une provocation ».

    Le groupe pétrolier Total ne se retirera pas de Birmanie, a affirmé son directeur général Christophe de Margerie, dans un entretien au Monde daté de samedi 6 octobre. En Birmanie, où la junte au pouvoir réprime des mouvements de manifestation et où des ONG réclament le départ de Total, le patron du groupe pétrolier considère « qu’investir dans ce pays aujourd’hui serait une provocation » mais les investissements de Total « remontent aux années 90 et il n’y en a pas eu de nouveau », ajoutant que son groupe ne s’en « retirerait pas ».
    Selon Christophe de Margerie, « aucun pays, aussi puissant soit-il, ne peut décider de façon unilatérale où une compagnie pétrolière peut investir ».

    Message de Sarkozy

    Toutefois, le groupe engagé dans le gisement gazier de Yadana (sud) a « entendu le message du chef de l’Etat, qui s’adresse directement à nous », assure Christophe de Margerie.
    Le 26 septembre dernier, Nicolas Sarkozy avait exhorté les entreprises françaises à geler leurs investissements en Birmanie. Total avait alors indiqué ne pas avoir fait d’investissement depuis 1998 dans ce pays secoué par un mouvement de contestation réprimé par la junte. Total exploite en Birmanie une partie du champ gazier de Yadana (sud), où il emploie 270 esclaves personnes et où il a produit en 2006 17,4 millions de mètres cube de gaz par jour.
    Selon Christophe de Margerie, « Yadana a rapporté 350 millions d’euros à l’Etat (birman) en 2006 » sous forme d’impôts, mais Total « ne peut demander au gouvernement ce qu’il fait de cet argent ». (AP)

    Evidemment mon Totophe, pourquoi poser des questions qui fâchent ?
    Ca fait quoi de se savoir considéré comme un parfait salaud ?

  4. C.S.P. dit :

    La Birmanie, ou les indignations sélectives

    La répression est féroce en Birmanie, comme on pouvait le craindre, et ça ne va qu’empirer pendant que la communauté internationale agitera les bras…pour rien. Mais ça, depuis l’Ex-Yougoslavie, on commence à avoir l’habitude.
    Alors évidemment, la Junte militaire birmane est particulièrement hideuse, et ce n’est pas d’hier. Le sentiment d’indignation devant ce qui se passe là bas est on ne peut plus légitime, sans doute.
    En revanche, ce qui est un peu énervant quand même, c’est de voir autant de gens, dont la bonne foi est hors de doute, se scandaliser à ce moment précis, pour cet évènement précis.
    L’aspiration du peuple birman à la démocratie, on ne peut que le soutenir, oui. Mais j’ai mauvais esprit, et je ne peux pas m’empêcher de me demander où sont tous ces vertueux qui dénoncent cette dictature, quand il faut se mobiliser pour des causes moins… »sexy », disons. Et bien moins médiatisées, en tout cas.

    Là, nous avons une situation claire qui permet de prendre positions sans trop de risques : des méchants militaires très méchants, un peuple opprimé au milieu, des bonzes courageux en face, et même une passionaria plutôt admirable, ma foi. Choisir son camp ne demande pas trop de réflexion, finalement.

    Mais on ne peut, ou moi en tout cas, ne peut s’empêcher d’avoir envie d’aller les voir, toutes ces personnes qui font des manifs, des collectifs, des pétitions pour la Birmanie, et de leur dire : « C’est très bien, ce que vous faites. Vous avez on ne peut plus raison de vouloir faire quelque chose par rapport à se qui se passe là bas. D’ailleurs, je vous sens chauds la braise contre les injustices et les dénis de démocratie, c’est pourquoi on va tous aller à une manif des soutien à une famille sans pap’ devant la préfecture ! Y’aura un cordon de CRS, mais rien de méchant, normalement, ils devraient pas taper. Pis après, y’a un rassemblement pour la Palestine, puisque des missiles de Tsahal ont encore tué des dizaines de civils. Ben quoi ? Pourquoi vous regardez vos godasses d’un coup ? »
    Oui, j’ai mauvais esprit, je vous dis…

    Alors défendre des causes justes, oui, ben oui. Mais des causes, il y’en a pléthore, et pas toujours aussi « confortables »…

  5. Birmanie: quand Paris s’opposait aux sanctions

    Pour épargner des sociétés comme Alcatel ou Total, la France aurait fait limiter les secteurs touchés par un boycott européen.

    Sur le dossier birman, les autorités françaises versent des larmes de crocodile. Jusqu’à il y a peu, Paris a en effet freiné des quatre fers tout durcissement des sanctions de l’Union européenne face au régime de Rangoon.

    « Ces derniers mois, la Grande-Bretagne, la République tchèque, les Pays-Bas, l’Irlande et le Danemark avaient proposé d’augmenter la pression sur la Birmanie et de durcir l’embargo de l’Union européenne face à la junte militaire birmane; la France, ainsi que l’Allemagne et l’Autriche, s’y étaient opposées. Evidemment, Paris s’y refuse car Total est actif en Birmanie, déclare à Rue89 Cecilia Brighi, responsable du département international du grand syndicat italien CISL. Si on veut amener la Birmanie vers la démocratie, il faut que les firmes qui y travaillent et commercent avec elle se retirent, car cela constituerait un grand signe politique et économique. »

    La syndicaliste, spécialiste du dossier birman, met en cause en premier lieu les entreprises et le gouvernement français. Selon Cecilia Brighi, Paris a surtout fait pression, avec succès, ces derniers mois pour que la liste des entreprises d’Etat birmanes avec lesquelles les pays-membres de l’UE ne peuvent faire des affaires soit la plus courte possible. Les firmes birmanes des secteurs les plus rentables, commele bois, les pierres précieuses et surtout l’énergie ont été épargnées, regrette Cecilia Brighi:

    « Du coup, on en est arrivé à la situation absurde où les firmes européennes ne peuvent investir dans les conserves d’ananas ou la confection en Birmanie, mais peuvent sans difficulté le faire dans le gaz, les mines, le pétrole et le bois et les importer.

    « Les entreprises européennes devraient se retirer de Birmanie, même si elles y ont des accords, ces ententes pouvant êtrere discutées car il s’agit ici du problème de la responsabilité sociale desentreprises, indique-t-elle. Il s’agit d’un problème deresponsabilité sociale des entreprises. »

    En n’appliquant cet embargo qu’à minima, on risque même, selon la syndicaliste italienne, de finir par prétendre « que les sanctions économiques ne fonctionnent pas », alors qu’elles ne touchent pas encore vraiment la junte militaire birmane.

    La forte baisse des échanges commerciaux avec la Birmanie évoquée par les chancelleries européennes (à l’instar de la France) est d’ailleurs un leurre, selon la syndicaliste. Les importations de textile de la Birmanie dans l’Union auraient, par exemple, augmenté en 2006.

    Liste noire britannique

    Si, côté italien, les firmes liées à la Birmanie sont plutôt petites et se limitent à importer du bois et des pierres précieuses, la liste des firmes françaises impliquées compte de grands noms comme Alcatel et Total (dont les activités sur place avaient été « blanchies » par le fameux rapport de Bernard Kouchner payé par le pétrolier en 2003), selon le répertoire établi par la fédération mondiale des syndicats (GlobalUnions)

    La liste « noire » établie par le Comité britannique pour la Birmanie (Burma Campaign) est plus précise et non moins impressionnante. On y retrouve Alcatel et Total mais aussi des PME-PMI françaises comme Euroteck, une firme nantaise important du bois de teck de Birmanie et disposant d’un site birman. Ou bien encore Geopetrol, basée au Blanc Mesnil et exploitant depuis 2003 dans une joint-venture avec une firme de Singapour (Interra Ressources) des champs de pétrole (Yenangyaung et Chauk) en Birmanie.

    Pour un groupe comme Alcatel, fusionné avec l’américain Lucent, faire des affaires avec la Birmanie ne va toutefois pas sans poser problème. En effet, les Etats-Unis appliquant des sanctions contre la Birmanie, les citoyens américains participant à ces activités s’exposent à des poursuites. Or Patricia Russo, le PDG d’Alcatel Lucent, est elle-même américaine…

    Si Cecilia Brighi prend acte des récents gestes de Paris, comme la rencontre de Nicolas Sarkozy avec le Premier ministre du gouvernement birman en exil, elle estime que « ce n’est pas suffisant ». « Il faut faire bouger la Chine, la Russie et l’Inde sur le dossier birman. » Et d’espérer que Pékin pourrait avoir une influence sur Rangoon, comme récemment sur la Corée du Nord. Quant à la Russie, Cecilia Brighi rappelle que Moscou construit actuellement en Birmanie un réacteur nucléaire…

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