Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

30 septembre 2007

Euro : l’admiration d’Alan Greenspan

Filed under: 14 - Refondation du PS — iledere @ 23:34

alangreenspan_wideweb__430×267.jpgNon seulement les Américains n’ont jamais cru à l’euro, mais ils s’y sont longtemps opposés. Après tout, une monnaie unique prive les marchés financiers substantiels profits (en jouant une monnaie contre une autre, en prélevant des commissions de change, etc) et surtout de moyens de pression fort pratiques lorsque l’on veut faire plier un pays dont on juge la politique économique inadapté.
Ceux qui ont vécu les tempêtes monétaires des années 80 et 90 qui ont mis la France à genoux savent de quoi je parle. Dans ses passionnantes mémoires (« Le temps des turbulences », JC Lattès, 677 p., 26 euros), l’ancien patron de la Réserve Fédérale revient sur son erreur de jugement et clame son admiration pour l’œuvre accomplie. Surtout, il explique pourquoi l’euro est un succès qui sert l’Europe.

Alan Greenspan rappelle aussi une évidence : dans un espace commercial donné, la puissance monétaire appartient à la nation dominante, en l’occurrence l’Allemagne pour l’Europe. On a un peu trop oublié que la Bundesbank était la banque centrale de l’Europe et que l’autonomie de la France par rapport à son voisin se mesurait en secondes, comme me l’a dit un jour Michel Sapin, l’ancien ministre des finances socialiste : c’est-à-dire le temps qui sépare la décision de la Buba d’augmenter ou de baisser ses taux et celle de la Banque de France de suivre… Extrait.

« Au début des années 1990, dans la période qui a précédé la création d’une monnaie européenne unique, j’étais extrêmement sceptique quant à la possibilité de reproduire la puissance de la Bundesbank allemande à l’échelle du continent. Je doutais par ailleurs qu’une nouvelle banque centrale soit tout bonnement nécessaire : l’Europe avait déjà de fait une banque centrale, en l’occurrence la Bundesbank. Je me souviens d’une conversation avec Alexandre Lamfalussy, qui fut longtemps directeur exécutif de la Banque des règlements internationaux (BRI). Il venait d’être nommé directeur du nouvel Institut monétaire européen (IME), le précurseur de l’institution à laquelle le traité de Maastricht de 1992 allait donner naissance sous le nom de Banque centrale européenne (BCE). Les politiques économiques et fiscales variant à travers l’Europe et affectant l’équilibre des taux de change, j’ai demandé à Lamfalussy s’il était souhaitable de geler de manière permanente les taux de change de onze (maintenant treize) économies. Ce blocage allait-il obliger les politiques économiques à converger, comme on l’espérait dans les milieux officiels ? Ou bien allait-il condamner les économies dont la devise aurait été malencontreusement surévaluée à se battre pour devenir compétitives, et celles à la devise sous-évaluée à lutter sans cesse contre l’inflation ? La Grande-Bretagne est revenue à l’étalon-or en 1925, au taux de change d’avant la Première guerre mondiale, qui, rétrospectivement, semble avoir été passablement surévalué. Cela a eu pour effet de tirer les prix à la baisse, avec à la clé la stagnation de la production et l’augmentation du chômage. Lamfallussy ne partageait cependant pas mes inquiétudes à propos de l’euro, et il s’est avéré qu’il avait raison.

A ma grande surprise, le passage à l’euro des Onze s’est effectué avec une douceur remarquable. Grâce à l’autonomie et au pouvoir importants que lui a conférés le traité de Maastricht, la BCE est devenue un acteur majeur des affaires économiques mondiales. Les attaques contre la politique anti-inflationniste de la banque et les tentatives d’amoindrir son autorité ont échoué (…) Nous nous trouvons donc en présence d’une institution historiquement unique, une banque centrale indépendante dont le mandat consiste uniquement à maintenir la stabilité des prix dans une zone économique qui produit plus d’un cinquième du PNB mondial. C’est une réalisation extraordinaire et je m’émerveille encore de ce que mes collègues ont accompli.

(…) Un pays membre de la zone euro a toujours la possibilité d’abandonner la devise commune et de revenir à sa monnaie nationale. L’Italie, face à une croissance médiocre de sa productivité (inférieure à la moitié de la moyenne de la zone euro), se retrouve avec des coûts de moins en moins compétitifs. Si elle n’était pas lié à l’euro, elle aurait sans doute dévalué, comme elle l’a fait de manière récurrente par le passé. Mais si l’Italie revenait à la lire (probablement à un taux dévalué), les Italiens devraient se poser la question du sort des obligations légales libellées en euros. Servir les dettes en euros serait très onéreux et incertain étant donné que le taux de change lire/euro serait certainement instable, du moins pendant un certain temps. Imposer légalement la conversion des dettes publiques et privées en lires à un taux de change arbitraire reviendrait effectivement à se déclarer en faillite, ce qui minerait le crédit du pays ? Ayant mesuré le danger, les dirigeants italiens ont judicieusement renoncé à cette éventualité.

En retirant aux Etats membres la conduite de la politique monétaire et en restreignant l’ampleur des déficits budgétaires, le traité de Maastricht et le Pacte de stabilité et de croissance qui lui est associé obligeaient les économies à s’en remettre aux mécanismes de marché ? Par conséquent l’Union monétaire européenne présentait certains traits du vieux système de l’étalon-or. J’étais très impressionné, mais sceptique et mon scepticisme s’est révélé fondé. (…) L’adoption de l’Etat providence en Europe a été trop générale pour qu’elle accepte toutes les contraintes imposées par des actions de politique économique discrétionnaires ? Le Pacte de stabilité et de croissance a ainsi prescrit une limite de 3% aux déficits budgétaires et de grosses pénalités en cas de dépassement. La limite a été rapidement franchie par plusieurs pays et pourtant le prélèvement des pénalités n’a pas été politiquement faisable. La règle est ainsi devenue une vague directive. Maastricht ne pouvait changer les impératifs de l’Etat-providence.

Mais dans leur rôle fondamental –la création d’une monnaie unique pour treize pays-, l’euro et la BCE ont remporté un succès remarquable. Les risques inhérents aux variations des taux de change ont été éliminés et le coût des transactions a diminué. Et si la règle économique du prix unique ne s’est jamais appliquée pleinement (le prix de beaucoup de produits de marque diffère d’un pays à l’autre au-delà des prix de transport), les différences de prix entre les pays ont considérablement baissé.

Le deutsche mark, le franc et les neuf autres monnaies qui ont été combinées pour construire l’euro n’avaient pas, individuellement, la surface nécessaire pour menacer le dollar américain en tant que monnaie de réserve. L’euro le peut et le fait. Les liquidités conjointes des treize monnaies de la zone euro ont élevé celui-ci au rang de monnaie de réserve, pas très loin derrière le dollar et en progrès constant. Fin septembre 2006, l’euro représentait 25 % des réserves des banques centrales et 39 % des créances liquides et exigibles internationales privées. Avec respectivement 66 et 43 %, le dollar américain n’a pas beaucoup d’avance, étant donné que ces créances du secteur privé sont huit fois plus importantes que celles des banques centrales. Comme pour le dollar, l’accumulation de ses réserves a abaissé les taux d’intérêt de l’euro et favorisé sans aucun doute la croissance économique européenne. Il est possible que l’euro remplace le dollar comme monnaie de réserve mondiale, surtout si l’agenda de Lisbonne (de 2000 prévoyant des réformes structurelles en Europe, ndlr) est appliqué avec succès, mais le déclin quantitatif de la main-d’œuvre européenne risque de l’empêcher. Il n’en reste pas moins que la façon dont la BCE et l’euro sont devenus des puissances internationales est trop frappante pour être ignorée. Mon ami Jean-Claude Trichet peut être satisfait ».

Par Jean Quatremer pour les Coulisses de Bruxelles, UE

Et puisque l’on parle d’argent je vous propose « Money for nothing » de Dire Strait
Sûrement une des plus belles intro des année 80… Avec, vous l’aviez reconnu , la voix de sting, derrière, en léger contre-chant…
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Plus de deux ans après Love Over Gold, Dire Straits sort en 1985 ce qui va être un des cartons de la décennie et même la plus grosse vente britannique de tous les temps, Brothers In Arms. L’album est numéro 1 dans vingt-quatre pays dont les Etats-Unis et l’Angleterre. Succès en partie du à la sortie des singles « Walk Of Life » titre country au célèbre leitmotif à l’orgue mais surtout le funky « Money For Nothing », chanson à laquelle participe également Sting.
Pour la petite histoire, « Money For Nothing » a été écrite alors que Mark Knopfler se trouvait dans une grande surface où tous les employés regardaient les téléviseurs mis en vente, allumés sur MTV. Les paroles sont donc issues tout droit de la bouche de ces salariés, en pleine discussion à propos de la chaîne musicale ! Je crois avoir traduit ces paroles des centaines de fois, pour des copains qui s’essayait à la gratte… A l’époque, pas de PC ni d’imprimante..; tout à la main… J’ai également le souvenir d’avoir vu Dire Strait en concert à Pantin lors de la sortie de l’album… Hé oui, celà ne nous rajeunit pas… On n’était pas volé, à l’époque, car le concert avait duré très très longtemps. Et personne ne s’était plaint…

Marc Knofler jouait sur un dobro, une guitare en aluminium, qui donnait un son métallique exceptionnel. Cette guitare est d’ailleurs sur la pochette du disque.
Heu…, à tout hasard, j’en cherche une à prix raisonnable…

3 réponses à “Euro : l’admiration d’Alan Greenspan”

  1. SERGE dit :

    Pour des « simples citoyens » que nous sommes, il n’est pas aisé de comprendre la complexité des mécanismes monétaires.

    En outre, les attaques des hommes politiques sur notre monnaie ont souvent pour but de justifier leur propre politique, et on finit par croire que les difficultés économiques que l’on rencontre relèvent exclusivement de l’Euro et de la politique monétaire de la BCE.

    On te fait confiance, Alain, pour nous « dénicher « un spécialiste indépendant » qui pourrait, par des exemples simples et compréhensibles, expliciter les effets de notre monnaie commune sur le développement économique de l’Europe et sur notre vie quotidienne.

    On pourrait peut-être nous expliquer, également, que ce serait-il passer si la France avait fait le choix de garder sa propre monnaie comme l’a fait la Grande-Bretagne?

  2. Mon cher Bidochon 1er,
    Visiblement les errements économiques de Sarkozy et ses piteuses attaques contre l’Euro qui serait responsable de la situation catastrophique ou nous met son incompétence crasse, ont eu un impact sur ton appréciation de l’Euro. Dommage…
    Il est étonnant de constater que lorsque l’Euro a plongé face au dollar, juste après sa mise en place, nous avons entendu quantité de raisonnements critiquant la faiblesse de la monnaie. Lorsque celle-ci et forte, de nouveau les critiques reviennent… Parfois dans la bouche des mêmes.
    Il est vrai que selon La première Loi de l’Economie : pour tout économiste, il existe un économiste d’avis contraire.
    La seconde Loi de l’Economie est : ils ont tous les deux tort.

    L’euro fort pose des problèmes aux entreprise pour exporter. Hors zone Euro! Ceci n’explique pourtant pas notre déficit du commerce extérieur, alors que dans les mêmes conditions, l’Allemagne (même monnaie, même coût du travail) exporte à tout va et à une balance extrêmement excédentaire !
    Sans doute faut-il avoir la lucidité de regarder de près les structures d’entreprises en France… Tu liras ceci avec profit.

    L’Euro fort, favorise les importations toujours hors Zone Euro. Bien sûr, ces importations plombent notre balance commerciale. Mais soyons sérieux, l’importation de tee-shirt chinois ne souffre que très peu de l’Euro fort le différentiel de coût de main-d’oeuvre étant tellement important qu’un retour à une stricte parité Euro Dollars ne changerait rien. Et l’exemple de l’Allemagne fonctionne aussi pour ces cas.

    Le procès quasi permanent intenté à la politique monétaire européenne prend des formes diverses et parfois contradictoires. Après avoir été accusée à ses débuts d’avoir dangereusement laissé baisser l’euro par rapport au dollar, puis ensuite d’avoir maintenu des taux d’intérêt à court terme trop élevés, elle est accusée, maintenant que ses taux sont très nettement en dessous de ceux de la Banque d’Angleterre ou de la Réserve fédérale des États-Unis, de trop laisser s’apprécier l’euro par rapport au dollar. Ceux qui naguère stigmatisaient le « franc fort » cher à Pierre Bérégovoy sont repartis à l’assaut de l’euro fort.
    Que les circonstances ne soient pas les mêmes et que l’Europe ne connaisse plus comme au début des années 1990 des taux d’intérêt à court terme à deux chiffres ne semble pas devoir changer leur conviction que toute monnaie forte est synonyme de ralentissement de la croissance et de déflation. Pourtant, regardons les multiples avantages que l’Europe retire de la force de l’euro.
    _ Le premier est l’amélioration de ce que les économistes appellent ses « termes de l’échange », c’est-à-dire que concrètement chaque hausse de l’euro par rapport au dollar allège le coût des importations de l’Europe dont les prix sont fixés en dollars. C’est le cas notamment du pétrole.
    L’euro fort a limité les conséquences du troisième choc pétrolier en réduisant le montant de la facture pétrolière.

    – Le deuxième avantage est que l’euro fort crée des anticipations positives sur l’évolution des conditions monétaires de la zone euro et sur le taux de change moyen à venir de l’euro par rapport au dollar.
    Cela se traduit par un niveau général des taux d’intérêt dans la zone euro inférieur à ceux de la zone dollar. à dix ans, les taux européens sont maintenant inférieurs de plus d’un point à ceux des États-Unis (mi-mai 2006, le taux à dix ans aux États-Unis était de 5,2 %, contre 4,1 % à Paris).

    – Le troisième avantage est que les anticipations sur la bonne tenue future de l’euro conduisent les opérateurs internationaux, de plus en plus défiants vis- à-vis des placements en dollars, à venir financer l’économie européenne. La Russie, qui dispose grâce à sa rente pétrolière d’importants excédents de paiements courants, les place désormais en achetant la dette publique grecque libellée en euros plutôt que la dette américaine. Cela allège d’autant la pression sur l’épargne grecque, qui n’a plus à financer le déficit budgétaire du pays.
    L’euro fort crée une dynamique positive où faible taux d’intérêt, épargne libérée et anticipation à l’amélioration des termes de l’échange favorisent l’investissement et donc la croissance.

    Mais ses détracteurs, au nombre desquels l’apprenti Sarkozy, dénoncent la perte de compétitivité à l’exportation et une contraction de la demande extérieure qui pénaliseraient la croissance.

    Accuser les autres c’est refuser ses responsabilités. Accuser l’Euro, c’est refuser de comprendre que les cadeaux aux riches ne créent pas de croissance, que la théorie du ruissellement ne fonctionne pas plus en France qu’aux Etats Unis sous Reagon ou en Angleterre sous Thatcher…
    Donner de l’argent aux plus nantis c’est favoriser l’épargne et la spéculation. Pas la consommation, base de la croissance….

  3. Bidochon 1er dit :

    Bravo, j’ai rien compris, sauf que faire l’apologie d’une monnaie dont le cours plombe l’économie européenne est vraiment le b a ba d’une politique suicidaire pour la gôche.
    Encore un petit effort pour finir de désespérer le peuple, vous verrez bien que vous finirez par le faire voter directement pour le Pen sans passer par la case Sarkosy.
    Il est lamentable de propager « des idées comme : « l’euro menace le dollard », peut-être même que des socialistes y croient, mais à quoi ne croiraient-ils pour combler leurs vides !
    C’est vrai qu’avec DSK au FMI il va falloir faire preuve de souplesse idéologique et de brio sémantique pour expliquer aux camarades qu’on peut-être socialiste et mener une politique anti-sociale dans l’intérêt des plus modestes, ça va pas être facile !

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