Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

8 octobre 2007

Bac + 5 en terrorisme, une compétence recherchée

Filed under: 01 - Etudes et analyses — iledere @ 19:24

hamas_suicide_bombers_shahidim.jpgL’échec scolaire n’est pas toujours une mauvaise chose Par SM

Après les attentats du 11 septembre, la thèse selon laquelle la violence terroriste, suicidaire en particulier, était l’affaire des exclus et des pauvres en a pris un coup. On découvrait que la plupart des kamikazes ayant pris part aux attaques étaient au moins diplomés du secondaire. Ce qui n’allait pas dans le sens commun, prompt à mettre sur le compte du désespoir l’attitude suicidaire des terroristes. L’analyse économique du terrorisme a connu un certain dynamisme depuis cette période. Pour Alan Krueger, économiste du travail, auteur d’un livre récent sur le sujet, ce domaine de recherche a sa place dans l’analyse économique pour deux raisons. L’activisme terroriste est une activité humaine comme une autre, en ce sens qu’elle repose sur un choix d’occupation de son temps. La pratiquer engendre des gains et des coûts entre lesquels il faut arbitrer. Typiquement un problème économique, donc. Au delà, il est intéressant de chercher à comprendre comment, à l’inverse, les situations économiques peuvent avoir une influence sur la violence des individus. La thèse de Krueger est que le terrorisme n’est pas une activité de pauvre et de mal éduqué, au contraire. Il existe une « rationalité du sacrifice » qui conduit plus facilement des individus diplômés ou riches à commettre des attaques suicide.
Dans l’édition estivale du Journal of Economic Perspective, Efraim Benmelech et Claude Berrebi ont publié un article qui étudie le lien entre niveau de capital humain et productivité des kamikazes en Israël . Leur hypothèse de travail, conforme aux vues de Krueger, est que les attentats sont d’autant plus meurtriers que les terroristes sont dotés en capital humain. L’article a un intérêt double : montrer que les données sur l’Etat d’Israël confirme bien la relation supposée et rappeler pourquoi des individus éduqués peuvent choisir la mort pour valoriser leurs compétences.

Un marché du travail pour suicide bombers

Benmelech et Berrebi s’appuie sur un arrière-plan théorique qui repose sur une analyse en termes d’offre et de demande proche d’une logique de marché du travail. Dans un « marché du travail » pour terroristes, les attaques suicides sont des tâches complexes, qui réclament une certaine habileté en matière de dissimulation, temporisation, évaluation des dégâts potentiels à un instant donné. Il est naturellement préférable pour une organisation terroriste de rechercher des individus dotés de telles capacités. Plus précisément, c’est l’importance de la cible qui doit déterminer le niveau de compétence du kamikaze. Outre la qualification pour faire le boulot, on peut aussi supposer qu’un haut niveau d’éducation signale un engagement plus important (ce qui compte en termes de confiance et fiabilité).(1)
Du côté de l’offre, les gains escomptés sont : la célébrité, les honneurs, la reconnaissance, le statut moral, l’accomplissement personnel, les gains obtenus par les proches ou soi-même avant l’attaque et, pour finir, la satisfaction de causer des dégâts à un groupe haï.(2)

Tous ces éléments sont croissants en intensité selon la difficulté et l’ampleur de l’attaque programmée.

Un lien avéré entre capital humain et efficacité des attentats

L’étude empirique porte sur les données collectées entre 2000 et 2005 par l’ISA (Israeli Security Agency). Elles décrivent les 151 cas d’attaques suicide en Israël sur la période (identité des kamikazes, âge, niveau d’éducation, etc.).
Pour mesurer l’importance de la cible, c’est la taille des villes attaquées qui est retenue. Pour établir un lien entre capital humain et productivité, les auteurs évaluent d’abord la corrélation entre taille des villes et dégâts causés. Elle est significative. Ensuite, c’est le lien entre capital humain des terroristes et taille des villes qui est étudié (pour vérifier si les organisations terroristes affectent bien les plus dotés en capital humain aux cibles importantes). Là encore, la régression est significative, aussi bien lorsqu’on se penche sur le niveau d’éducation que sur l’âge des terroristes (qui capture l’effet expérience dans le niveau de capital humain) (3) C’est finalement le lien entre capital humain et productivité des attaques qui est testé, pour des niveaux d’importance des cibles équivalents. Il en ressort que les terroristes les plus âgés et les mieux éduqués sont d’autant plus performants qu’on leur assigne un objectif ambitieux. Un terroriste éduqué peut tuer de quatre à six fois plus de personnes qu’un non éduqué quand la cible est importante. La comparaison des terroristes ayant échoué et de ceux ayant réussi leur attaque montre par ailleurs clairement que les plus âgés et les plus diplômés échouent moins souvent$$Un contre-exemple intéressant est celui des attentats ratés à Glasgow durant l’été 2007. Sur ce sujet et sur celui de ce billet en général, voir cet article de Tim Harford.

Conclusion

Les résultats de cette étude ne sont guère surprenants. Ils présentent néanmoins plusieurs intérêts. Ils confirment, en premier lieu, les hypothèses concernant la rationalité sous-jacente d’actes qui ne le sont pas en apparence. Pourquoi quelqu’un de sensé, diplômé et relativement mûr peut-il aller tuer des gens en faisant sauter une ceinture d’explosifs fixée à son corps ? Parce qu’il peut en retirer une utilité, d’autant plus grande qu’il dispose de qualités que d’autres recherchent et valorisent. Ensuite, ils attirent l’attention sur l’éducation comme frein tout relatif à la violence. Loin d’être toujours efficace, elle peut ponctuellement se retourner contre la société si celle-ci ne veille pas à véhiculer des enseignements capables de réduire l’utilité d’une action violente. A défaut de pouvoir le faire, on sait au moins vers qui doivent tendre en priorité les efforts pour réduire au maximum l’efficacité des attaques suicide…

Notes :

(1)Où l’on retrouve la théorie du signal formulée en économie de l’éducation…
(2) Il faut noter qu’une part non négligeable de ces gains sont perçus avant le décès.
(3) Pour contrôler la causalité inverse taille des villes-capital humain, les données concernant le lieu d’habitation des kamikazes sont mobilisées. Il n’y a pas de lien entre les deux.

Boris Vian « La Java des bombes atomiques » interprété par Sanseverino
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Boris Vian (10 mars 1920, Ville-d’Avray (Hauts-de-Seine) – 23 juin 1959, Paris) est un écrivain français, ingénieur, inventeur, poète, parolier, chanteur, critique et musicien de jazz (trompettiste). À ces multiples talents, il convient d’ajouter ceux de conférencier, scénariste et traducteur (anglo-américain). Il a également publié sous les pseudonymes de Vernon Sullivan ou Bison Ravi, Baron Visi ou Brisavion (anagrammes de son nom).

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