Par Sophie : Pour bien occuper son temps de cerveau disponible
Le langage est l’expression de la pensée, mais aussi son déploiement.
« Le mot donne à la pensée son existence la plus haute et la plus vraie », établit Hegel (« Philosophie de l’esprit »).
« La parole ou les mots portent une première couche de signification qui leur est adhérente et qui donne la pensée comme style, comme valeur affective, comme mimique existentielle, plutôt que comme énoncé conceptuel », affirme Merleau-Ponty (« Phénoménologie de la perception »).
« La pensée dépend des mots », écrit Orwell (« 1984 »).
D’où la propension, pour les communicants politiques et leurs brochettes de docteurs ès manipulation, à bricoler le langage pour orienter émotionnellement l’opinion publique vers l’acquiescement placide, au détriment de ses facultés de raisonnement et de jugement. A ce jeu, l’actuel président est assurément habile, comme le circuit électoral l’a montré, cuirassant sous une rhétorique publicitaire ses objectifs brutaux comme le chocolat chaud enrobe le cœur glacé des profiteroles… Mais hormis évidemment pour ce qui est de l’effet répulsif qu’elle provoque dans la troupe serrée de ses détracteurs, il n’ignore pas que c’est seulement en continuant à conditionner fermement sa majorité électorale qu’il est susceptible de lui faire avaler sa très grosse gélule néolibérale. S’ingéniant à faire passer le mouvement et la prolixité pour des présupposés de modernité, d’efficacité et de pédagogie, il persiste donc, fidèlement secondé par son assistance média, à la canonner à jets continus d’allocutions, conférences de presse, interviews et discours divers.
La majeure partie de ce verbe prodigue est disponible sur le site internet de Nicolas Sarkozy, enfin… celui de la présidence de la République Française, mais entre portrait du susdit imposé à chaque clic, chaînes de la « PR TV », agenda, photos et autre fanclubesque « retrouvez tous les déplacements de Nicolas Sarkozy », on a quelque excuse si l’on confond; le bleu républicain dont l’outil est habillé en prend comme une tonalité bleu roi ; la dignité du poste en paraît toute cyanosée… Rien n’y suggère en tout cas, conformément à l’attitude globale de l’élu du 6 mai, l’effacement de la personne devant la fonction, « la transcendance du rôle-titre sur le titulaire » qui est « son honneur, son humilité et notre assurance-vie », affirme Régis Debray dans son dernier ouvrage (« L’obscénité démocratique »). L’ordre républicain, explique-t-il, est notamment tributaire de « l’écart maintenu contre vents et marées entre le dépôt et le dépositaire de l’autorité, la fonction publique et l’individu privé. […] La République ignore les corps de gloire. C’est une majesté fantôme et incorporelle qui proscrit l’allégeance, la mystique du chef. »
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