Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

21 novembre 2007

Pamina, la secrétaire en emploi-solidarité

Filed under: 03 - Economie — iledere @ 12:08

la verdinièreCe texte a été adressé à Equilibre précaire par Zoridae.
Ceux qui me connaissent savent que j’ai l’immense honneur de présider une association d’insertion, dans l’île de Ré où hélas il n’y a pas que des nababs. Cela s’appelle « La Verdinière », et j’en suis très fier.
Les problèmes d’emploi, d’insertion sociale et professionnelle, les contrats aidés et les gens qui les occupent, je connais assez bien. Dans ces associations ou ailleurs, dans le cadre de ces contrats avenir où contrats d’aide à l’emploi, on fait des rencontres étonnantes, gratifiantes, on découvre d’incroyables parcours de vie. On y voit des personnes brisées qui grâce à ces contrats décriés, méprisés et en voie de disparition, se reconstruisent et vivent dignement de leur travail.
C’est pourquoi je suis très heureux de vous faire partager ce texte magnifique. Merci beaucoup Zoridae.

La secrétaire de l’école où je fais difficilement mes sept heures par semaine, gagne dans les 800 euros par mois ; c’est un emploi-solidarité car Pamina est une ancienne RMiste et son salaire est pris en charge, à 85%, par l’Etat

Notre directeur à toutes les deux me l’avait décrite comme une allumée, une hystérique un peu neuneu qu’il ne garderait sûrement pas lorsque l’état ne payerait plus son salaire.

Un jour, elle m’avait demandé un renseignement par mail et celui-ci était ponctué de smileys de toutes les couleurs. Certains mots étaient écrits en rose ou en jaune, en gras, en souligné. Je l’avais lu avec beaucoup de condescendance, la pauvre secrétaire, quelle naïveté de croire que dans le travail on peut envoyer des messages aussi kitsch ! J’avais pensé à ce que m’avait dit le directeur et, sans me le formuler, j’avais compris son avis.
Une autre fois, elle m’avait appelée et son discours était flou, ses paroles maladroites, j’avais juste entendu sa naïveté et son mal être, beaucoup de colère aussi.

J’avais imaginé le regard du directeur de l’école de musique, 25 ou 26 ans, beau et soigné dans ses costumes trois pièces, cynique, acerbe, la peau glabre et le teint frais, devant un mail aussi fleuri. Aurait-il souri, comme moi, ou se serait-il fâché ?

“Elle a une seule qualité, m’avait-il dit, elle est d’accord pour travailler ! Parce que pour ce poste, j’ai rencontré de nombreux candidats, tous RMistes et aucun ne voulait travailler : les horaires ne convenaient pas ou c’est le salaire ou le lieu. Ils finissaient par refuser.”
Mon élève étant, aujourd’hui en retard, j’ai pu converser avec Pamina et j’ai été époustouflée de découvrir une personne intelligente, passionnée de journalisme, de culture, satisfaite de son existence mais perplexe devant les limites qui lui sont imposées désormais par son âge. Je l’imaginais autrement, avec un pull rose et des lunettes assorties, la bouche pincée, riant, ponctuant ses phrases d’un rire aussi ostentatoire qu’un smiley animé. Elle avait un pull rose et des cheveux bruns magnifique, des dents abîmées qu’elle dévoilait souvent en un sourire sincère. Elle ne riait pas souvent.

“A 18 ans, secrétaire diplômée, dans mon premier emploi, j’ai tout de suite senti que je ne pourrais pas rester toute ma vie au même endroit, au même poste. Alors j’ai étudié et je suis allée ailleurs. Puis j’ai de nouveau étudié et j’ai continué mon chemin. A cinquante ans les choses se sont compliquées, j’ai perdu un emploi et je n’ai pas réussi à en trouver un autre. J’ai senti que je ne pouvais plus faire comme avant. De toutes façons le corps ne veut plus, je suis fatiguée, j’ai envie de stabilité. Mais je ne trouve pas, c’est l’âge qui coince. J’ai 53 ans.“

“Tous les matins je cherche un emploi à temps partiel pour compléter celui-là. Je peux tout faire, je peux travailler dans tous les domaines : BTP, informatique, j’apprends vite, je n’ai fait que ça toute ma vie alors… Mais c’est l’âge qui coince, on me trouve trop vieille. “

“J’ai 53 ans, alors…”

“Une chose, qui m’aurait plu c’est être globe-trotter. Voyager et écrire. Reporter. Pas reporter de guerre mais reporter à l’étranger. “

Cinq minutes après : “Au retour des vacances, je rigole (elle éclate de rire), les gens, gentiment me demandent Alors vous en avez profité ? Vous êtes partie quelque part ? et je rigole, je rigole car moi, vous savez, je ne pars jamais nulle part. Non, je ne pars jamais mais je voyage dans ma tête. Mes vacances je les organise : j’écoute les émissions culturelles que j’adore à la radio, je vais me promener, je lis… En fin de compte, j’ai l’impression d’être partie moi aussi, et d’avoir voyagé !”

Et vous, me demande-t-elle ?

Puisqu’on était dans Sinsemilia, continuons… Je vous souhaite « tout le bonheur du Monde »
[youtube=http://www.youtube.com/v/zJXOYOUKiLw&rel=1]

7 réponses à “Pamina, la secrétaire en emploi-solidarité”

  1. Zoridae dit :

    @Alain Renaldini
    Ta colère est justifiée… et communicative.
    Ton dernier paragraphe très touchant, et même bouleversant !

    @Dagrouik
    Filmer Pamina, pourquoi pas ?
    Je vais y réfléchir…
    Mais comment lui présenter les choses sans qu’elle ne se sente humiliée d’être reconnue dans sa fragilité ?
    Cela la servirait-il dans sa recherche d’emploi d’être vue sur Dailymotion ?

    Je ne suis pas sûre que la transcription de ses propos telle que je l’ai présentée lui ferait plaisir.

    Pamina se décrit comme une femme forte.
    Je l’ai vue en danger, je l’ai vue précaire mais je suis sûre qu’elle ne se décrirait pas ainsi… Je ne voudrais pas amenuiser un seul de ses espoirs…

    L’inciter à écrire un blog, par contre je l’ai fait, elle m’a dit qu’elle y pensait, qu’elle écrivait, d’ailleurs, depuis toujours. Dans des carnets.

    En tous cas, les cinq minutes que tu as offert à cette dame, sont superbes ! Merci…

  2. Dagrouik dit :

    J’ai lu ce témoignage, émouvant

    Nous avons besoin d’informations pour contrer l’intox de la droite. Par exemple, démontrer par l’exemple que ces emplois aidés ne sont pas des trucs pour assistés: que derrière chaque numéro il y a un être humain, un citoyen ou une citoyenne qui s’investit et travaille, des destins brisés par le système que nous devons transformer. C’est ça la valeur travail que nous nous sommes fait voler par fainéantise intellectuelle.

    Il nous faut des témoignages vidéos: prenez un caméscope et filmez ces gens , ces destins brisés qui peuvent se relever par la force de la volonté, le désir d’avenir (sic) et ce malgré l’atmosphère ambiante. Nous mettrons ça sur dailymotion, youtube et autres, et en feront des billets de blogs.

    Incitons les précaires a bloguer en montrant leur vie brisée par ce système pourri!

    Comme toi Alain, j’ai travaillé pour une entreprise ou je pouvais croiser les petites mains qui faisaient le nettoyage ( mais là c »était du précaire parisien, pas de l’emploi aidé). Et cela a été dur de commencer à discuter avec eux: on mesure alors le poids de la précarité, la honte qui serre la gorge. Et vu les regards de ces « insiders » en cdi qui ne leur disait même pas bonsoir quand il n’étaient pas déja chez eux!!!
    On découvre des vies brisés par les rythmes et on comprend vite qu’en faisant tout pour leur faire gagner un peu de temps.. qu’on aide.. j’ai été remercié par une gentille dame, qui m’avait expliqué que grâce a mon rangement et à celui d’autres qu’elle gagnait les 5 minutes qui lui permettaient de pendre un train plus tôt que l’autre et de voir ses enfants avant qu’ils ne dorment.

    Je comprend maintenant pourquoi la RH de FT ( j’ai failli la qualifier de noms d’oiseaux) m’avait dit qu' »on embauchait pas de gens comme moi » :o) Cette enflure nuisible ne voulait pas prendre le risque d’embaucher en CDI des salariés qui discutaient avec les précaires, les syndicats et les prestataires. J’espère que cette crevure le payera un jour: elle méprisait les précaires en CDD chez FT, je n’ose pas imaginer ce qu’elle pense des précaires moins « TIC » ….

  3. laraiedere17@hotmail.fr dit :

    Je le lui souhaite de tout mon coeur.
    Elle va trouver un autre emploi où elle sera enfin bien considérée.
    Je ne suis pas une extra-terrestre et je crois qu’il y a encore des gens qui savent reconnaître nos compétences.
    jdg17

  4. Dans le lycée où j’enseigne, car président d’association, même lorsque c’est déjà une petite entreprise, cela reste bénévole, nous avons un certain nombre d’agents (ATOS) qui sont en contrats aidés. Je crois que chacun met un point d’honneur à ce qu’aucune différence ne se fasse entre les titulaires (de moins en moins nombreux) et les personnes sur un parcours aidé.
    Ayant l’habitude de travailler tard car j’ai la chance d’avoir un bureau bien équipé, je croise donc les agents de service en charge du nettoyage de ma section ainsi que la personne qui fait la ronde avant d’enclencher les alarmes.
    C’est souvent l’occasion d’une petite discussion, sur tout et rien, le quotidien, les rêves, les ressentis, l’éducation des enfants, la bagnole qui ne passe pas le contrôle technique…
    Il serait bien que nos dirigeants politiques, nos notables, les puissants qui dirigent une société à travers des chiffres, des statistiques, viennent de temps en temps prendre un peu de recul et écoutant ces gens parler de leur vie et de leurs envies…
    Nous aurions alors des dirigeants qui remettrait l’Humain là où il doit être : au centre du système… Ainsi ils écouteraient un peu moins les Enarques déshumanisés nés dans l’élite, éduqués dans un nid douillet qu’ils n’ont quitté que pour la douceur d’emplois confortables et bien rémunérés.
    Ceux-là, qui discutent doctement de la pénibilité du travail et qui se disent proches des travailleurs manuels car ils savent conduire leur tondeuse autoportée et qu’il tape régulièrement sur l’épaule de leur chauffeur…
    Qui connaissent l’éducation car ils aident leurs chères têtes blondes à faire leurs devoirs lorsqu’ils rentent de l’institution privée.
    Qui savent ce qu’est un salaire, puisqu’ils en ont un, et qui pensent qu’un prof gagne 4.000 € (Fillon), et que 7.000 € net c’est le salaire d’un cadre moyen ce qui justifie que le président triple ses émoluments.
    (Copé)
    Qui connaissent la dureté de la vie, car entre les luttes fratricides dans les ministères, les maîtresses exigeantes, les femmes emmerdantes (ce peut être l’inverse), et la panne de la Velsatis de fonction, ils croient avoir leur lot d’emmerdes…

    Bon, j’arrête là car je vais encore m’énerver et je risque d’évoquer les gars de « La Verdinière », les cabossés de la vie, qui contre vents et marées tentent une fois encore de s’en sortir, souvent seuls car la famille a déserté depuis longtemps, en s’entraidant quelques fois, parce que si on lâche la rampe on meurt… Surtout en hivers…

    Merci jdg17 de ton témoignage et merci Zoridae de ton texte…

  5. Zoridae dit :

    Oui bravo pour ton site Alain et merci jdg17 pour ton témoignage éclairant. Malheureusement je ne suis pas sûre que Pamina rencontre l’estime et les égards dont tu as bénéficié lors de tes années de travail.
    Enfin, cela changera peut-être, si elle trouve un autre emploi…

  6. laraiedere17@hotmail.fr dit :

    Je connais bien la Verdinière à qui je dis « bravo » pour l’aide qu’ils apportent aux gens qui sont arrivés au bout du rouleau.
    Personnellement j’ai occupé un poste de secrétaire dans une administration pour acquérir quelques points de retraite.
    J’avais 57 ans -bonne pour la poubelle moi aussi- TROP VIEILLE !
    J’ai effectué le travail d’un agent d’état durant 8 ans (sans en avoir aucun titre) -3 ans en CES et 5 ans en CEC-
    J’ai bénéficié de contrats successifs renouvelés chaque année (contrats à « 2 balles », payés au smic horaire) qui m’ont été établis par une institution chargée de gérer les chômeurs … L’état se sert allègrement d’un personnel qu’il exploite. Les 3 premières années je faisais 20h par semaine, les 5 autres, j’en faisais 30/semaine. Heureusement que j’ai un mari qui me nourrissait…
    MAIS, ATTENTION, je veux préciser que j’ai été accueillie par des collègues absolument charmants qui m’ont fait vivre les plus belles années de ma vie professionnelle. J’ai eu droit à tous les égards qu’ils accordent à leurs collègues fonctionnaires : responsabilité (dans les limites autorisées bien sûr), etc … Des êtres humains, des vrais et qui sont pareils avec les chômeurs dont ils traîtent les dossiers. Je les en remercie sur ce forum. Ils se reconnaîtront peut être.
    jdg17

  7. Eric dit :

    Merci de nous citer!
    Et bravo pour votre site!

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