Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

27 novembre 2007

Pour une économie sociale-écologique de marché

Filed under: 01 - Etudes et analyses — iledere @ 14:57

france-fabius.GIFLaurent Fabius s’est exprimé dans les pages du journal économique « les échos », sur un sujet faisant l’objet de forum : l’économie.

Le concept d’économie sociale-écologique

La gauche souffre presque partout en Europe d’une perte de crédibilité. Pour y répondre, le concept d’économie sociale-écologique de marché me semble prometteur. Si la gauche de gouvernement s’inscrit dans le cadre de l’économie de marché, c’est en étant consciente de ses limites : rivé sur le court terme et le monétaire, celui-ci ne peut pas être abandonné à lui-même, sauf à laisser s’accumuler les chocs pour l’économie, les injustices pour les personnes et les dangers pour la planète.

Plusieurs tendances actuelles de l’économie mondiale ne sont pas soutenables, pas durables : le transfert systématique des activités productives vers les pays émergents ; l’aggravation des inégalités entre les gagnants et les perdants de la mondialisation ; l’explosion de la consommation énergétique et des émissions de gaz à effet de serre ; la multiplication des crises financières, des désordres monétaires et des paradis fiscaux. Amplifier ces tendances, en subordonnant tout, y compris l’ensemble de la société, à la domination du marché, c’est la catastrophe assurée.

Pour réagir, les sociaux-démocrates allemands, lors de leur dernier congrès, ont développé le concept d’Etat social préventif. C’est une avancée, elle montre que l’impératif d’une réorientation de la gauche progresse. Les socialistes français doivent, eux aussi, bouger.

Internationalistes, nous devons parvenir à une action concertée à l’échelon mondial. Plusieurs propositions très ambitieuses ont été étudiées en ce sens, qui lient économie, social et écologie : créer une agence mondiale de l’environnement pour négocier et appliquer de nouveaux accords ; donner à l’OIT les moyens de faire respecter, y compris par des sanctions commerciales, les « principes et droits fondamentaux au travail » ; rapprocher ou regrouper le FMI et la Banque mondiale dans une organisation chargée de fixer les règles du fonctionnement des marchés, de veiller à la transparence des fonds souverains, de faire respecter un « fair play » des parités monétaires, d’aider au développement des pays que la mondialisation délaisse ou enfonce.

En Europe, nous devons peser pour que l’Union se réoriente dans plusieurs directions : stratégie monétaire de croissance plutôt qu’euro cher, politique de la concurrence réellement au service des entreprises européennes, harmonisation sociale et fiscale par le haut et non dumping généralisé. En matière commerciale, le juste échange doit être préféré au libre-échange. Les protections douanières ou réglementaires peuvent être légitimes si elles visent à l’élévation du niveau social et environnemental.

Dans le même esprit, je viens de lancer l’idée d’une initiative de Coopération européenne sur la recherche et l’innovation (Ceri), qui pourrait constituer la première « coopération renforcée » effective. J’espère qu’elle sera une des priorités de la présidence française. La mutualisation de nos efforts dans ce domaine vital pour notre avenir permettrait d’en décupler les retombées.

Cette formule de l’économie sociale-écologique de marché indique l’étroite dépendance qui doit désormais exister entre l’économique, le social et l’écologique. Pas de croissance durable qui ne soit sociale-écologique. Inversement, compte tenu des coûts à supporter, aucun progrès social ni aucune amélioration environnementale durable ne seront possibles sans une croissance économique soutenue. Les pays européens les plus prospères – en Europe du Nord, notamment – ne sont-ils pas aussi les plus écologiques et ceux où la justice sociale est la plus forte ?

Pour relancer notre croissance, nous devons développer une stratégie de compétitivité fondée sur l’innovation, la recherche, le développement des infrastructures et la qualité de la formation. L’Etat doit y jouer pleinement son rôle avec des priorités budgétaires clairement affichées. Mais pas seulement : l’économie doit retrouver une logique d’investissement à long terme et non de seule logique financière de court terme. On peut l’y aider, par exemple en modulant l’impôt sur les sociétés selon que les bénéfices sont réinvestis ou non, en promouvant une meilleure gouvernance d’entreprise. Il faut aussi, en nous inspirant des succès d’Airbus et d’Ariane, relancer de grands projets industriels, dans des domaines porteurs comme le spatial, le ferroviaire ou l’énergie. Les PME ne doivent pas rester à l’écart de ce mouvement d’ensemble. Le soutien doit être renforcé, surtout en direction des entreprises innovantes (accès facilité à la commande publique, crédit d’impôt recherche relevé). Le volontarisme et l’économie de marché ne sont pas incompatibles.

Sur le plan social, le mot d’ordre pertinent n’est pas le slogan trompeur « travailler plus pour gagner plus », mais « travailler mieux pour vivre mieux ». Formation tout au long de la vie, amélioration des conditions de travail, égalité hommes-femmes, service public de l’emploi : beaucoup reste à faire. Dans un esprit de justice sociale, il faudra procéder à un réexamen du financement des retraites et de la protection sociale. Quant aux services publics, ils gagneront à être modernisés et renforcés, notamment en banlieue et dans les campagnes, pour affronter en particulier les défis de la société de la connaissance (école, recherche, enseignement supérieur, culture) et ceux du vieillissement (santé, dépendance).

L’environnement, enfin, doit devenir une exigence transversale de nos politiques publiques. Faire de l’écologie sans moyens, comme semble y incliner le gouvernement, n’est pas crédible. Le principe « pollueur-payeur » doit être placé au coeur de notre stratégie : incitations fiscales sur les énergies et technologies « propres », imposition sur les activités et produits polluants. Avec une priorité : une taxe carbone doit être rapidement mise au point.

Parce qu’elle conjugue toute la gamme de l’action politique – innovation, production, régulation, protections -, « l’économie sociale-écologique de marché » peut permettre à la France et à l’Europe de retrouver le chemin de la croissance, de la justice et de l’influence. Elle peut être le socle d’une alternative au simplisme dangereux du laisser-faire. Elle peut rassembler la gauche et convaincre bien au-delà.

Tribune publiée dans Les Echos
Avec Jean-Luc de La section de Gauchy
Pour Claudie qui m’a réclamé du Jazz : « Black Market » Weather Report
[youtube=http://www.youtube.com/v/D7fOetV0ha4&rel=1]
Weather Report a été l’un des premiers groupes de jazz-rock fusion, et l’un des plus influents.
Il a été formé en 1971 par le pianiste Joe Zawinul et le saxophoniste Wayne Shorter. Tous deux avaient déjà fait partie de formations avec Miles Davis. Wayne Shorter le premier, au sein du légendaire quintet des années 60 (avec Herbie Hancock, Ron Carter et Tony Williams).
Shorter et Zawinul sont restés les deux membres piliers du groupe, pendant que d’autres musiciens se succèdaient à leurs côtés.
Le succès de Weather Report doit beaucoup à l’arrivée d’un jeune bassiste très prometteur : Jaco Pastorius. Génie et pionnier de la basse électrique, il a contribué à sortir cet instrument de son rang de rythmique pour le porter au rang d’instrument de soliste. Sur Birdland, ou sur Portait of Tracy, Pastorius utilise les harmoniques sur guitare basse fretless, ce qui était considéré auparavant comme quasi-impossible[1]. Il reste une influence majeure pour beaucoup de bassistes jusqu’à maintenant. Il a été le bassiste de Weather Report entre 1976 et 1982.

5 réponses à “Pour une économie sociale-écologique de marché”

  1. La main gauche dit :

    Je passe sur le côté butineur et le « je viens d’ redécouvrir la pomme de terre »..

    « l’étroite dépendance qui doit désormais exister entre l’économique, le social et l’écologique », je crois qu’à peu près tout ce qui se trouve à gauche de la droite doit avoir quelqu’affinités avec ce concept..
    Mais que ce soit pour l’économie, le social ou l’écologie c’est seulement s’ils sont étroitement liés au concept d’équilibre, ou d’échange équilibré, que nous pourrons espérer une prospérité ou une durabilité du concept à trois têtes…
    Il me semble donc nécessaire de commencer par dissocier notre système économique du concept de l’appât du gain. Echange équilibré entre producteurs / distributeurs / consommateurs mais aussi équilibre d’un métier par rapport à un autre ou d’un parcours professionnels à un autre, plus le gain financier est neutre ou neutralisé plus ce sont les autres termes qui prennent de la valeur (métiers, production, échanges, consommation..), le social s’en trouvera alors plus équilibré, reste à ajouter au social une idée générique prônant le métissage pour forcer tout « pro- » ou « anti- » communautés à sortir de leurs infernales capoeira.
    Le métissage, qui tient plus d’une démarche individu à individu, n’est pas pensée unique mais peut au contraire ouvrir sur d’autres pluralités.
    Enfin, l’écologie, l’échange équilibré est une absolue nécessité entre notre capital terrestre (et là, il faut bien être un peu capitaliste) et nos propres ambitions.

  2. Aure dit :

    Et si on commençait à s’interesser un peu à eux…

    Wikipedia : David Rockefeller, club de Bilderberg.

    On commencera peut-etre à faire le lien entre ce qui ce passe dans nos vies de tous les jours et ce qui ce passe dans le monde…

  3. bidochon 1er dit :

    Laurent Fabius est mort le 9 mars 1999.

  4. bidochon 1er dit :

    Joe Zawinul, (d’origines hongroise, tchèque et tzigane et même peut-être pire encore, vrai métèque et fier de l’être) est décédé d’un cancer à l’âge de 75 ans le 11 septembre 2007.

    Il avait annulé un concert qui devait se tenir courant septembre au festival « Jazz à la Villette » à Paris.

    Il à rejoint Jaco Pastorius.
    Ca doit pas être triste là ou ils sont.

  5. superpado dit :

    C’était salle Vallier à Marseille dans les années 70.
    En entrant j’ai entendu de la musique, ce n’était pas celle de Weather Report, les lumières étaient allumées et nous nous installions tranquillement.
    Le temps de s’en rouler une, la musique montait doucement en volume, c’était un truc classique que je connaissais.
    Petit à petit les jeux de lumières commencaient à installer l’ambiance, je n’arrivais toujours pas à mettre un titre sur ce que j’entendais mais c’était vraiment bien.
    Tam tadada tam, tadada tam, elle montait crescendo accompagnée par un ingénieur lumière au top de ce que l’on pouvait faire à cette époque.
    Et nous ne nous sommes même pas aperçus que Weather Report était installé sur la scène et au moment du final grandiose de ce morceau de musique, dans une explosion de lumière le groupe à commencé un concert de 2h30 extraordinaire!

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