Section socialiste de l'île de Ré
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17 décembre 2007

Sarkozy, super VRP de l’entreprise France ?

Filed under: 03 - Economie — iledere @ 6:43

fiche9g1_350.png35 milliards d’euros ! Tel est le montant total des contrats théoriquement engrangés lors des récents voyages en Chine et en Algérie du président de la République et au cours de la visite du chef d’Etat libyen Mouammar Kadhafi. Nicolas Sarkozy s’inscrit là encore dans le prolongement de l’action de son prédécesseur, qui, lui aussi, aimait à jouer au VRP de l’entreprise France.
Les montants affichés sont assurément impressionnants.
Reste qu’il est facile d’afficher des résultats mirifiques en additionnant des contrats en négociation depuis souvent fort longtemps et des promesses encore loin d’être concrétisées.
Il faut aussi relativiser le bénéfice réel pour l’emploi des commandes ainsi engrangées. Ainsi, la part de la valeur ajoutée française dans un Airbus dépasse à peine le tiers du prix de l’avion.
Au-delà, cette façon de faire comme si l’activité d’un seul homme rapportait des dizaines de milliards d’euros à l’entreprise France a de quoi agacer. Certes, le président déploie de réels efforts pour séduire les dirigeants de divers pays, mais c’est d’abord le travail, la créativité au jour le jour de milliers d’entreprises et de leurs salariés qui font de la France un des premiers exportateurs mondiaux.

On dira qu’il s’agit en l’occurrence de marchés sur lequel la décision politique compte pour beaucoup ? C’est assurément le cas des ventes d’armes, encore que, là aussi, la concurrence joue parfois à plein, comme on l’a vu avec l’échec du Rafale sur le marché marocain, réputé pourtant acquis à la France.
Mais, pour la plupart des produits industriels, il ne faut pas imaginer qu’on puisse compenser un déficit de compétitivité par un surcroît de compromissions. L’exemple de l’Allemagne d’Angela Merkel est là pour le prouver : voilà un pays qui vend bien plus que nous à la Chine ou à la Russie, sans pour cela avoir besoin de délivrer des diplômes de démocrate à Vladimir Poutine ou à Hu Jintao.
Madame Rama Yade, la secrétaire d’Etat aux droits de l’homme a dit avec raison que « la France n’est pas qu’une balance commerciale », mais, au-delà de la morale politique, on peut s’interroger sur le fait de savoir si la diplomatie de la main tendue aux dictatures a un effet réel sur nos exportations, y compris d’armement.

Le déficit de la balance commerciale française a atteint 3.6 milliards d’euros en octobre, chiffre rendu public en début de semaine, ce qui porte le déficit cumulé à 35,2 milliards d’euros sur un an. Le gouvernement espérait rester en deçà de 32 milliards.
L’objectif est désormais inaccessible, les mois de novembre et décembre, achats de Noël oblige, n’étant guère favorables.
Est-ce grave ? Disons que c’est préoccupant, mais il faut tout de même se rappeler que les exportations françaises devraient dépasser les 400 milliards de francs en 2007, ce qui relativise le montant du déficit. Surtout, grâce à l’euro, ce déficit n’oblige pas le gouvernement à modifier sa politique économique: hier, le franc aurait été attaqué, et il aurait fallu élever les taux d’intérêt pour défendre le taux de change et freiner l’activité pour rééquilibrer les comptes.
Aujourd’hui, la seule conséquence est que nous nous endettons un peu plus vis-à-vis de l’extérieur. Certes, dans le même temps, nous avons perdu toute possibilité de dévaluer pour regagner en compétitivité-prix. Mais, là encore, il faut relativiser le coût pour le pays du taux de change actuel de l’euro. Certes, celui-ci fait souffrir notre industrie sur les marchés hors zone euro, mais il diminue aussi notre facture pétrolière. Surtout, les déficits les plus importants sont désormais vis-à-vis du reste de l’Union européenne – 1.6 milliards d’euros en octobre -.
Une situation qui s’explique moins par une perte de compétitivité ou de qualité de notre offre, que par la faiblesse de la croissance chez nos partenaires, qui limite la demande adressée à la France.
Le risque est bien, dans ces conditions, que les cadeaux fiscaux du président aux plus aisés profitent plus à nos partenaires qu’à l’industrie française.

Philippe Frémeaux pour « Alternatives économiques« 

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