Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

1 mars 2008

Quand Lellouche touche le point G

Filed under: 05 - Presse, média, Internet — iledere @ 0:10

lechelou.gifSavez-vous ce qu’on appelle le point Godwin (point G, pour les intimes) ? Cette expression, issue du langage codé des geeks habitués des forums et autres listes de discussion sur Internet, désigne le moment où une discussion, les esprits s’échauffant, atteint un tel niveau d’invective que le bon sens commande d’y mettre, sans délai, un terme. Des esprits audacieux ont même formulé la loi de Godwin, selon laquelle toute discussion en ligne aboutit, au bout d’un certain temps, à ce que les intervenants se traitent mutuellement de nazi ou d’Hitler.

Force est de constater que l’ambassadeur en France des faucons américains, Mister Lellouche himself, a touché hier le point G dans sa variante neocon en expliquant, lors d’un débat sur i-Télé, que la gauche utilise des « méthodes qui relèvent de la Stasi », et intente des « procès de Moscou » contre la droite. Et voilà le feuilleton des municipales enrichi d’un nouvel épisode guère reluisant.

On peut à bon droit se gausser de cette droite parisienne à la dérive, empêtrée dans les erreurs et l’insignifiance de Françoise De Panafieu, qui ferait presque passer la campagne de 2002 (celle de Philippe Seguin) pour une blitzkrieg triomphante. Hélas, l’honnêteté oblige de reconnaître que les torts sont partagés. Les hostilités ont commencé la semaine dernière, avec un curieux « Appel à la vigilance démocratique », manifeste attrape-tout qui réunissait, en guise de Front Républicain, une coalition hétéroclite allant de Dominique « CPE » De Villepin à Noël Mamère, en passant par une Ségolène Royal et un Bertrand Delanoë qui avaient sans doute mieux à faire que de tomber dans ce genre d’agitation informe et puérile, analogon stérile du bougisme sarkozyste.

Bougisme, nm : terme français du début du XXIème siècle, désignant une méthode de communication et d’action politique mise au point par Nicolas Sarkozy. Le bougisme consiste à s’agiter dans tous les sens et à ouvrir mille fronts à la fois, afin de prendre son adversaire de vitesse et de le laisser à la traîne et impuissant. Effet collatéral généralement constaté : hystérisation du débat public, forte désorientation de l’opinion.

Le bougisme a donc pour utile corollaire (utile d’un point de vue élyséen, s’entend) cette pratique de la contestation, généralement marquée à gauche, consistant à condamner l’adversaire (de droite) de la façon la plus brutale et irréfléchie qui soit, en expliquant qu’il représente ni plus ni moins qu’un exemple de fascisme moderne, ou de danger mortel pour la démocratie. Retour au point G. Ça ne vous rappelle rien ? Pas même une certaine campagne présidentielle du PS, disons début 2007 ? A l’époque, tout Paris bruissait de rumeurs fabuleuses sur la chute imminente de Nicolas Sarkozy, au choix batteur de femmes (une main courante allait être publiée dans Marianne) / scientologue (une preuve écrite allait être publiée dans Marianne) / subventionné secrètement par le Medef et les fonds patronaux US (un relevé de comptes allait être publié dans Marianne). Solférino avait demandé à un certain Eric Besson d’écrire un pamphlet sous la ceinture, et aux relents plus que « limite », sur « l’inquiétant » Sarkozy, « néoconservateur américain à passeport français ». Pendant ce temps, on oubliait de le recadrer sur son bilan gouvernemental. On connaît la suite. Sa traduction dans les urnes. Elle n’est d’ailleurs pas difficile à deviner, si tant est que l’on crédite les Français d’un minimum d’intelligence et de sens critique.

Pourquoi diantre, alors, continuer à faire le jeu d’agitateurs professionnels, idiots utiles du sarkozysme, d’organes de presse dont la première préoccupation est de vendre du papier, et donc pour cela de créer du scandale ? Confere Marianne, donc, principal acteur de la diabolisation de Sarkozy durant la campagne, et tout récent instigateur du fameux Appel à la Vigilance Démocratique.

On peut comprendre l’intérêt d’une telle stratégie pour des généraux sans troupes et dépendant d’une présence (personnelle) médiatique permanente pour survivre, tels Bayrou ou Villepin. Mais on a bien du mal à voir ce qu’une vraie opposition de gauche, utile, efficace, peut en tirer. La bonne recette, a contrario ? Les faits, toujours les faits, rien que les faits. Le social, l’économique, l’éducation, la sécurité, la laïcité. Des critiques précises et responsables, adossées à des propositions programmatiques. Et Jaurès sait qu’il y a matière à faire de telles opérations, au moment où inflation galopante et croissance phtisique viennent sanctionner les choix politiques ineptes, iniques, de l’UMP depuis 2002.

Véhémence n’est pas puissance. Cogner fort sur la droite, oui, mille fois oui, mais sans pour autant crier avec les loups. On n’a pas encore vu de façon plus sure de rendre nos concitoyens sourds à nos idées.

Romain Pigenel pour « Jean Jaures on line »

Laisser un commentaire

Plate-forme de blogs du Parti socialiste | Propulsé par Wordress Mu | Articles (RSS) et Commentaires (RSS)
Sauf mention contraire, le contenu de cette page est sous contrat Creative Commons Creative Commons