Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

16 mars 2008

L’Histoire au grand Gallo…

Filed under: 05 - Presse, média, Internet,20 - UMP — iledere @ 2:05

max-gallo_2.jpgTôt un récent matin, à l’heure où les grands fauves droitiers cuvent leurs vilenies de la veille, Nicolas Sarkozy, en son élyséen palais, ouvre l’hebdomadaire « Le Point » de la semaine, et lâche l’une de ses (coutumières) saillies – de celles qui font dire (à peu près) au fidèle Brice Hortefeux : « Aaaaah, ben moi, j’trouve ça plutôt bien, que Nike parle comme tous les Français de souche ».

Le chef de l’Etat français ouvre « Le Point », disais-je, et crie :  » Putain de bordel de merde, mais ce canard est plein de MOUSSE, putain mais c’est dégueulasse, j’ai les doigts tout poisseux, ah, putain, ça fait chier, bordel à cul de pompe à fumier « .

Claude Guéant, qui passait par là, va pour le renseigner :  » Ce n’est pas de la mousse, Maître, c’est de la salive « .
Nicolas Sarkozy :  » De la putain de SALIVE ???  »
Claude Guéant :  » Oui, Maître – c’est la salive de Max Gallo, qui vous lèche si fort, aux pages 40 et 41 du « Point » de ce matin, que tout le magazine s’en trouve dégoulinant « .

Et en effet, ami(e) : dans « Le Point » du jour, comme l’a bien noté Claude Guéant, Max Gallo, voisin d’Académie (française) de l’excellente madame Encausse (1), fait au chef de l’Etat français une si impudique lècherie, si caramélisée, que même Henri Guaino s’est, dit-on, brièvement demandé :  » Est-ce que notre Maxou n’en fait pas un peu trop, dans le brisage de tabous ?  »

Cette flagornerie d’anthologie a pour titre : « La leçon d’Histoire de Max Gallo aux sarkophobes« .

Elle est, d’un point de vue scientifique, riche d’enseignement(s), puisque aussi bien elle démontre (ou confirme, à tout le moins) que Max Gallo a définitivement rompu les quelques amarres qui le rattachaient au monde réel, pour se complaire désormais dans un délire halluciné.
Par sa « leçon d’Histoire », il prétend fustiger les salauds sommitaux qui ont le front de mal s’habituer au régime haineux et revanchard qui prétend régner sur nos vies et qui jour après jour nous accable de ses méfaits.

Pour ce faire, Gallo, « historien » conséquent, escamote la réalité, nous l’allons vérifier, puis tranquillement la remplace par une réalité-bis, totalement imaginaire, certes – mais seule à même, et pour cause, d’étayer sa « démonstration ».
En cela, il nous faut l’admettre, sa méthode rappelle, d’assez près, celle des « intellectuels » qui tricotaient naguère des hymnes au Grand Staline, homme de bien et de bienfaits, champion (toutes catégories) de la démocratie (populaire).

Max Gallo s’en prend aux signataires d’un récent « Appel (…) pour une vigilance républicaine » (ridicule, par ailleurs) : signataires dont le moins qui se puisse dire est qu’ils ne peuvent absolument pas être soupçonnés de nourrir des sympathies cachées pour le communisme libertaire, puisqu’il s’agit de personnalités comme François Bayrou, Noël Mamère ou Ségolène Royal – qui prétendent marquer par leur paraphe « leur attachement au principe républicain« .

Et là, comme je te disais, notre « historien » se laisse dominer par un effarant délire, où cet « Appel » mou du cul lui « rappelle », tiens-toi, bien, « le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes des années 30 ».
Moi, n’est-ce pas : je veux bien tout ce qu’on veut – et il y a longtemps que j’ai, comme toi, compris que l’antifascisme et son corrélat antiraciste représentaient, pour les thuriféraires du chef de l’Etat français, l’abomination absolue.

(Je te renvoie, pour plus de précisions, aux déclarations de nos divers « penseurs » de médias sur le « communisme du 21ème siècle ».)

Mais dans la vraie vie, camarade ?
Est-ce que François Bayrou a traité Nicolas Sarkozy de « fasciste » ?
Neun.
Est-ce que Noël Mamère a traité Nicolas Sarkozy de « fasciste » ?
Neun-bis.
Est-ce que Ségolène Royal a traité Nicolas Sarkozy de « fasciste » ?
Neun-ter : même les « socialistes » ont encore un petit reliquat de pudeur.

Est-ce qu’en revanche l’à peine croyable Roger Karoutchi, qui doit si mes souvenirs sont bons être quelque chose au gouvernement, a tranquillement comparé « les « attaques » contre Nicolas Sarkozy à celles subies par Jean Zay, « mi-juif, mi-protestant » et cible de la presse d’extrême droite sous le gouvernement de Vichy » (2) ?
Absolument.
Est-ce que le même Roger Karoutchi a posément déclaré, dans l’un de ces dignes accès de pudique délicatesse qui souvent caractérisent l’UMP, que les « attaques contre Nicolas Sarkozy » étaient « du fascisme rampant » ?

Oui, da : c’est ce qu’il a déclaré.
Le gars s’est par conséquent institué en Comité de vigilance antifasciste à lui tout seul.

Pour le dire autrement : il ne s’est guère trouvé qu’un seul et unique fin rhéteur, pour brandir ces jours-ci, dans l’espace public, le douteux étendard d’un antifascisme de pacotille – et il s’agissait, non de l’un quelconque des signataires de l’ »Appel » que prétend dénoncer Gallo, mais d’un fidèle féal du chef de l’Etat français.

Mais notre « historien » de référence occulte ce minuscule détail, qui a, c’est vrai, ceci de gênant, qu’il réduit à néant sa divagation.
Crânement, notre Max national travestit la réalité, et construit une espèce de grand village Potemkine, où François Bayrou et Noël Mamère se trouvent, comme par magie, affublés des oripeaux d’un Roger Karoutchi.

C’est velu, c’est goûtu, c’est maxgallu.

Autre exemple, non moins fascinant : Max Gallo, que rien n’entrave décidément, suggère, c’est devenu à droite un refrain (obscène mais) connu, que les signataires de tout à l’heure (Bayrou, Mamère) sont, au fond, des racistes – pourquoi se gêner, hein ?

Il écrit : « Comment, ce Sarkozy, venu de Salonique, de Hongrie, de Neuilly, est président de la République ! Anomalie, usurpation. C’est un défi à la raison, aux bonnes manières ».
Notre fier (d’être Français) académicien t’explique ici, tu l’as compris, mais sans toutefois l’énoncer trop directement (son courage ne va pas jusqu’à la témérité), que les adversaires politiques de Nicolas Sarkozy supportent mal qu’un étranger venu de Salonique et de Hongrie soit devenu chef de l’Etat.
(Retiens, je te prie, que Max Gallo, pour mieux flatter Sarkozy, invoque ici l’antiracisme – alors même qu’il se compte habituellement au nombre des fiers penseurs qui n’ont de cesse, comme je te disais, que de fustiger « l’imposture antiraciste »…)

Mais, derechef, que se passe-t-il, dans la vraie vie ?
Est-ce que François Bayrou, Noël Mamère ou Ségolène Royal ont, d’une manière ou d’une autre, stigmatisé en Sarkozy un étranger ?
Bien sûr que non.
(Plus généralement, est-ce que nous avons, toi et moi, quelque chose à foutre des origines de Sarkozy ?
Est-ce que ça change quelque chose, que sa famille vienne de Hongrie ou du Berry ?
Ben non.

Parce qu’on n’est pas comme Max Gallo : on n’éprouve pas le besoin, obsessif, de remonter les arbres généalogiques de nos concitoyen(ne)s.)

Est-ce que, par contre, le régime brutal dont Max Gallo klaxonne partout les beautés organise, quotidiennement, la persécution de 25.000 êtres humains par an, au seul motif de leurs origines ?
Oui.
Oh, oui : c’est ce que fait ce régime.
Dans la vraie vie, le Hongrois sans papiers qui survit dans la peur a intérêt à tomber sur Noël Mamère, plutôt que sur les keufs de Brice Hortefeux, s’il met le nez dehors.
Dans la vraie vie, le natif de Salonique a plutôt intérêt à bien raser les murs s’il n’a pas sa green card : c’est pas Noël Mamère, qui va le reconduire aux frontières.
Si Max Gallo veut du racisme ?

On va lui en trouver.
Sans trop se fouler, a priori : on devrait pouvoir lui dégoter, au sein même l’Académie française, deux, trois échantillons poilus, à base de Noirs et de banlieues.
Si Max Gallo veut de la xénophobie ?
De la « peur » de l’étranger ?
On va lui en montrer, itou.

On devrait pouvoir lui dénicher de la bonne grosse démagogie, à base de musulmans, et à base de baignoires, et de moutons égorgés.
Mais naturellement : ça ne l’intéressera pas.

Max Gallo écrit dans une réalité parallèle, où l’ »attachement au principe républicain » est finalement présenté comme un racisme – et où le sarkozysme est un humanisme raffiné.
Ca me fait un peu froid dans le dos que cette fantasmagorie nous soit présenté comme une « leçon d’Histoire » : ça augure mal de la suite…

(PS : Dois-je te préciser que je n’ai aucune sympathie particulière pour François Bayrou, Noël Mamère ou Ségolène Royal ?)

Sebastien Fontenelle pour « Bétapolitique« et qu’on lira avec subilation sur son propre blog « Vive le feu »

(1) Que navre tant l’endémique polygamie des nègres de banlieue.
(2) « Marianne », 23 février 2008. (C’est « Marianne » qui a initié le (navrant) « Appel du 14 février pour une vigilance républicaine ».)

Laisser un commentaire

Plate-forme de blogs du Parti socialiste | Propulsé par Wordress Mu | Articles (RSS) et Commentaires (RSS)
Sauf mention contraire, le contenu de cette page est sous contrat Creative Commons Creative Commons