Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

30 mars 2008

Chirac, pognon et geishas…

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Chirac et Osada« Bakchich » publie en exclusivité des extraits du livre-choc de Nicolas Beau et Olivier Toscer, « L’incroyable histoire du compte japonais de Jacques Chirac » (Les Arènes, sortie le 20 mars 2008). Premier volet : les relations anciennes de l’ex-maire de Paris avec le Japon. Dont celles nouées avec un banquier sulfureux, Shoichi Osada, et avec de charmantes dames japonaises, très élégantes…

C’est une histoire étonnante, étouffée par le pouvoir politique et tue, jusque-là, par les médias. Celle des relations très particulières de Jacques Chirac avec le Japon. Celle d’un compte bancaire ouvert là-bas au nom de l’ex-Président de la République, sur lequel, selon des documents internes à la DGSE (les services secrets français), auraient transité des centaines de millions de francs. Un compte dont Chirac a toujours nié l’existence… Et celle de sourds règlements de comptes, déclenchés par cette affaire, qui se sont déroulés au sommet de l’Etat et ont affecté en 2002 tout l’état-major de la DGSE. L’un de ses cadres, proche du Parti socialiste, avait en effet planché sur cette affaire « réservée », sans prévenir tout le monde… Une série de têtes sont tombées et certains en ruminent encore.

Deux journalistes chevronnés, Nicolas Beau (ex du Canard enchaîné et actuel patron de la rédaction de Bakchich) et son compère Olivier Toscer, grand reporter au Nouvel Obs, se sont attaqués à ce sujet difficile et livrent les résultats de leurs investigations dans un ouvrage bourré de révélations : L’incroyable histoire du compte japonais de Jacques Chirac, (Les Arènes).

Les auteurs appuient leur récit, hallucinant, sur des documents confidentiels (dont des rapports de la DGSE et des notes du général Philippe Rondot, saisis dans le cadre de l’affaire Clearstream), des fac-similés, des photos, des témoignages. Il ne manque que les bordereaux bancaires pour prouver définitivement l’existence de ce fichu compte.

Mais l’accumulation d’informations convergentes est telle que les questions embarrassantes soulevées dans le livre sont largement accréditées. Vu l’énergie dépensée par la DGSE, l’Elysée et le ministère de la défense, pour tenter d’étouffer cette affaire, puis l’ampleur des pressions sur tout ceux qui ont approché le dossier, on finit par se dire que le hasard n’a pas grand chose à voir là-dedans !

Et cette histoire ne fait peut-être que commencer : plusieurs des protagonistes, dont l’ancien chef de l’Etat, qui a refusé de rencontrer les auteurs et réaffirme, dans un courrier du 7 février 2008, qu’il n’a jamais possédé de compte au Japon, en s’appuyant notamment sur des vérifications (très incomplètes !) effectuées à sa demande, ont annoncé leur intention de contre-attaquer.

Pour comprendre cette histoire, il faut dresser le tableau des relations anciennes, et très particulières, nouées entre Jacques Chirac et le Japon. Une affinité avec ce pays et sa culture, plus de 50 voyages sur place, des amitiés entretenues avec des hommes d’affaires très controversés. Le principal d’entre eux est le banquier sulfureux Shoishi Osada, croisé pour la première fois au milieu des années 70, même si Chirac feint de ne plus le connaître aujourd’hui (en dépit de nombreuses photos de leurs rencontres, voir ci-contre). La banque d’Osada est mêlée à de très peu transparentes affaires immobilières et financières. Chirac fera néanmoins décorer Osada, remercié pour son entregent, de la Légion d’honneur en 1994. Le banquier sombrera plus tard dans une faillite retentissante au Japon, provoquant des inquiétudes à l’Elysée. Aux côtés d’Osada, Chirac découvrira également de charmantes amies japonaises…

Vincent Nouzille

Des séjours dans le palace du financier nippon

« Au Japon, le maire de Paris fréquente assidûment les banquiers. Et d’abord celui dont il ne veut plus se souvenir : le très francophile patron de la Tokyo Sowa Bank, Shoichi Osada. Ce dernier joue un rôle décisif dans la découverte des charmes pimentés du Soleil levant. “Les dirigeants japonais ont toujours coutume de se tourner vers les Etats-Unis, aimait expliquer Osada. La France représente seulement pour eux la culture, la littérature et la mode. Moi, je n’aime pas faire comme les autres”. Et le banquier d’afficher “ses amitiés françaises” : Jacques Chirac bien sûr, mais aussi Bernard Pons, Raymond Barre et même Danielle Mitterrand, qui sera introduite auprès d’Osada par les dirigeants de la secte Soka Gakkai.

Tous ont séjourné, prétend Shoichi Osada, sur l’île d’Awashima, au large de la péninsule d’Izu, où le patron de la Tokyo Sowa Bank a fait construire un des palaces les plus luxueux du Japon. Un yacht vient chercher les invités de marque au port de Numazu. Les soixante chambres de l’hôtel les accueillent dans un luxe sardanapalesque. Les murs sont revêtus de marbre venu exprès de Grèce. L’ancien ambassadeur de France au Japon et proche de Jacques Chirac, Jean-Bernard Ouvrieu, est familier des lieux (…) »

(Un article du Shukan Gendai du 23 mars 1999, raconte les séjours du maire de Paris dans ce palace) :

« L’auteur de l’article s’attarde sur la clientèle féminine de cet accueillant établissement : “Lors d’une visite du président Chirac, M. Osada, qui le considère comme “un ami de longue date”, a fait venir la célèbre actrice S. pour le divertir. S. est une belle femme d’une cinquantaine d’années et une actrice aussi réputée que Sayuri Yoshinagga. Elle est apparue à plusieurs reprises dans des séries-fleuve de la NHK et possède un talent notoire. Très séduisante avec son visage plein et ses lèvres pulpeuses, elle compte de nombreux fans parmi les hommes d’âge mûr” » (…) »

Une galeriste réputée

« Au delà des affaires et de la politique, le Japon est un refuge pour le fondateur du RPR, loin des regards et de la vie parisienne. Jacques Chirac ne rate pas un combat de sumos, se passionne pour les estampes, goûte la compagnie des animatrices de la vie artistique japonaise.

Jacques Chirac retrouve souvent à Tokyo une amie, Chieko Hasegawa, qui apparaît à ses côtés sur plusieurs photos. Grande, élégante, cette Japonaise aux yeux de princesse est une figure de la bonne société tokyoïte. Présidente de l’association des marchands d’art du Japon depuis 1994, Chieko Hasegawa anime avec son mari Tokushichi une des principales galeries d’art de la capitale, dans le quartier de Ginza, aussi bien spécialisée dans les Impressionnistes que dans l’art contemporain.

Parfaitement trilingue japonais, anglais et français, Mme Hasegawa a également passé beaucoup de temps à Paris où elle ouvert, dès 1973, une galerie, à deux pas de l’Elysée. L’affaire, dont elle a depuis confié la gérance à sa fille, vivote péniblement aujourd’hui.

Cette rencontre a été importante pour le futur Président : elle l’a ouvert au monde des arts japonais. S’ils sont aujourd’hui moins proches, leurs liens ne seront d’ailleurs jamais rompus. En mars 2005, lors du dernier voyage officiel de Jacques Chirac au japon, une grande réception est donnée à l’ambassade de France. Chieko Hasegawa se présente en compagnie de son mari. Contrairement aux usages nippons, très pudiques et réservés en public, Jacques Chirac embrasse son amie japonaise et serre la main de son époux. Habillée d’un tailleur canari, Bernadette Chirac serre froidement la main des deux invités, puis fend la foule et s’éclipse. Elle n’assistera pas au dîner officiel (…) »

Une artiste peintre protégée

« Au Japon, Jacques Chirac a également fait la connaissance d’une ravissante artiste peintre, qui signe ses toiles pastel à l’huile du nom de Chie. Aujourd’hui âgée de 44 ans, la jeune femme au visage doux et sensible n’est pas à proprement parler une artiste majeure. Mais forte du soutien du président français, elle a réussi à exposer une fois à Paris, en 2001 à la galerie Miromesnil Fine Art, dans le quartier de l’Elysée. Lors de ce grand événement – il s’agissait de sa première exposition à l’étranger -, Jacques Chirac n’a pas ménagé ses efforts pour la faire connaître, envoyant même à la galerie plusieurs messages de soutien à la jeune artiste, dont la carrière internationale avait du mal à décoller. Cette année-là, Chie profitera également de son étape dans la capitale française pour tenter sa chance au salon des artistes indépendants, un rassemblement modeste, sans jury ni récompense. Les participants doivent même payer 250 euros le droit d’exposer une œuvre.

La protégée de Jacques Chirac peine à se faire de nom à l’étranger malgré des expositions en Suède, en Suisse et même à New York, au Rockfeller Center en 2004 où des fonctionnaires de l’ONU, émus par ses toiles, fondront en larmes devant ses tableaux. C’est du moins ce qu’elle racontait sur son site internet personnel, fermé depuis la fin 2006.

Chie travaille la peinture à l’huile, sans pinceaux mais avec les doigts. La jeune artiste s’est depuis reconvertie dans la thérapie par la peinture. Ainsi, maintenant, elle travaille surtout avec les hôpitaux, les hospices et les orphelinats. Une sollicitude digne des pièces jaunes de Bernadette Chirac. »

Le 11 novembre 1996, au siège de la DGSE (les services secrets français installés boulevard Mortier à Paris), les chiffreurs reçoivent un message crypté venu du Japon, classé « urgent et réservé », c’est-à-dire de très haute priorité. Signé d’Atama, le nom de code de Jean-Claude Guillot, chef de poste de la DGSE à Tokyo, le message est adressé à Montignac, pseudonyme du chef du renseignement politique des services, le général Ricard.

L’une des copies atterrit entre les mains de Gilbert Flam, un magistrat détaché à la DGSE, membre du Parti socialiste, qui s’occupe du « bureau des enquêtes protégées », qui s’occupe notamment de surveiller la grande criminalité financière. Celui-ci travaille depuis un mois sur le sort de la banque japonaise Tokyo Sowa Bank, dirigé par le financier sulfureux Shoichi Osada, grand ami de Jacques Chirac. Le message d’Atama du 11 novembre contient des informations recueillies à Tokyo par un « honorable correspondant » de la DGSE surnommé « Jambage ». V. N.

Une équipe musclée pour le banquier Osada

« Tout en précisant qu’il rapporte “des éléments bruts non recoupés ou vérifiés”, Atama explique que, selon sa source “Osada dispose d’une équipe opérationnelle musclée, sa propre protection rapprochée, écoutes, filatures, actions physiques telles que cambriolages. Qu’il a de nombreux ennemis qui pensent que le mieux serait qu’il disparaisse purement et simplement”. Les financiers savent que le système bancaire japonais est sous influence, largement infiltré par les yakusas, version nippone de la mafia (…)

“Jambage ne veut pas aller plus loin dans cette affaire”, observe le chef de poste de la DGSE. “Il ne veut rien conserver à son bureau démontrant qu’il avait fait des recherches sur cette banque par crainte de représailles”. Des investigations visiblement à hauts risques ! Et d’ajouter dans son message : “Jambage paraît sincèrement penser que cette banque n’est pas fréquentable du fait de sa présidence actuelle et il ne veut plus y toucher par simple souci pour sa sécurité personnelle”(…) »

300 millions de francs sur un compte

« Jusque là, le message du chef de poste de Tokyo est presque banal. Soudain, sans transition particulière, apparaissent trois petites lignes par lesquelles le scandale arrive : “le montant des sommes versées sur le compte ouvert par Sowa au nom de Jacques Chirac serait de soixante-dix oku-yens, soit sept milliards de yens, soit environ trois cent millions de francs”.

Atama parle d’un compte ouvert au nom de Jacques Chirac au présent de l’indicatif. Et n’emploie le conditionnel que pour préciser les sommes qui y ont été versées… Comme s’il s’agissait seulement, dans les communications entre l’agent au japon et son officier traitant à Paris, de confirmer une somme sur une compte qui ne faisait déjà pas de doute. Une bombe. (…) »

Une tentative de déstabilisation, selon Chirac

L’équipe de Gilbert Flam, à la DGSE, va creuser cette affaire les mois suivants, y compris en employant des moyens techniques lourds, notamment des interceptions de communications. Puis, l’enquête se ralentit, avant d’être réactivée discrètement par Gilbert Flam au printemps 2001. Prévenu indirectement de ses investigations, derrière lesquelles il voit une tentative de déstabilisation, Jacques Chirac se fâche. Il exige du patron de la DGSE, Jean-Claude Cousseran, qu’il vire Flam.


Et, le 14 septembre 2001, le chef de l’Etat demande aussi au général Philippe Rondot, un homme de confiance, conseiller pour le renseignement et les opérations spéciales au cabinet du ministre de la défense, de faire sa propre enquête sur ce qu’a fait Flam. Chirac veut notamment savoir quelle est la possible « utilisation qui est faite des archives détenues » par la DGSE sur ce qui est appelé « l’affaire japonaise ». V.N.

Confirmation des « avoirs » du Président au Japon

« Philippe Rondot se met au travail de concert avec le général Champtiaux, numéro deux de la DGSE et gardien du temple. Entre généraux, on se comprend. Alerté depuis le mois d’août, Champtiaux a déjà mené une enquête discrète, rapide “à la périphérie de l’affaire”, selon ses termes, “afin d‘éviter la publicité au sein du service”.

L’agent secret a compulsé les archives de la direction de Gilbert Flam, les communications avec le poste de Tokyo, sondé discrètement les officiers traitants ayant travaillé sur “l’affaire japonaise”. Sa conclusion est prête.

Il la couche noir sur blanc sur une fiche de renseignement rédigée le 24 septembre, datée du 28 septembre 2001 et inédite à ce jour dans sa version intégrale (voir doc ci-desous « DGSE , version originale 1 »).

“1/Il y a bien une enquête au japon sur la Tokyo Sowa Bank, conduite par M. Flam et quelques-uns de ses collaborateurs, sans qu’il soit possible de déterminer le degré exact d’implication de sa hiérarchie, notamment du directeur de renseignement de l’époque.

2/Elle a porté sur les avoirs du Président Chirac dans la Yokyo Sowa Bank et sur les liens, supposés, de Mme Chirac avec un financier russe Tokhtakhounov”

C’est la phrase-clé du rapport. L’enquête a porté sur “les avoirs du Président Chirac dans la Tokyo Sowa Bank” et les “liens supposés” de sa femme avec un financier russe. Le général Champtiaux est en effet tombé sur des recherches concernant la première dame de France, mais elles sont manifestement moins probantes que celles concernant le chef de l’Etat. »

Une deuxième version de l’affaire par la DGSE


Et c’est à partir de là que l’affaire prend une drôle de tournure. Car ce rapport Champtiaux du 28 septembre 2001 confirme l’existence des « avoirs du Président Chirac » et stigmatise le comportement de Gilbert Flam, jugé trop curieux et mal intentionné par sa hiérarchie. Double problème. Pour éteindre l’incendie interne et calmer l’Elysée, la DGSE va tout faire pour dévier l’attention et nier même, à l’issue de son enquête interne, l’existence des informations recueillies par Gilbert Flam. Du grand art ! V. N.

« Fin janvier 2002, ça y est ! L’enquête officielle est bouclée. Jean-Claude Cousseran lit et approuve les termes du rapport. Le général Dominique Champtiaux, dûment cornaqué par le général Rondot, remet une copie propre aux autorités.

Quarante personnes ont été entendues au sein de la Maison. Le mémo de trois pages, qui est officiellement la synthèse de cette enquête, est un chef-d’œuvre d’habillage. En d’autres temps, on parlerait plutôt d’opération de désinformation. L’objectif est double : rassurer le Président de la République et sauver le soldat Cousseran.

Oubliées les notes écrites en septembre 2001 par les généraux Champtiaux et Rondot ! Disparue l’enquête de l’agent envoyé sur place ! La DGSE a compris la feuille de route : circulez, il n’y a rien à voir.

Le nom du Président de la République, admettent les auteurs du rapport, apparaît bien “dans le compte rendu d’une source japonaise, dans lequel était évoqué un compte bancaire de sept milliards de yens à la TSB”. »

Un article inexistant du Skukan Post

« Mais cette pseudo-information serait apparue seulement dans un entrefilet du journal japonais le Shukan Post, l’équivalent local de Playboy. L’article n’a, en réalité, jamais existé (…) Mais cette invention est un os à ronger pour la presse : l’existence des avoirs du Président au Japon est renvoyée à l’état de rumeurs dans la presse.

Le rapport officiel assure également que la fiche du 11 novembre 1996 a été revue et corrigée par la hiérarchie des services, les mentions bancaires concernant le Président ayant été effacées parce qu’issues d’une source journalistique non crédible. “En conclusion, le service a conduit à bon droit des investigations sur la Tokyo Sowa Bank sans intérêt particulier pour la personne du président de la République”. CQFD »

Cette version fantaisiste, avec la référence à un pseudo-article du Shukan Post, faite sur mesure pour protéger Chirac, va prospérer dans la presse. Mais ni Gilbert Flam, ni son supérieur direct Alain Chouet, ni le directeur de la DGSE Jean-Claude Cousseran, soupçonnés d’avoir comploté contre le Président, ne sauveront leur tête. Après la réélection de Chirac en 2002, ils sont limogés… V. N.

 

 

Noir desir « sombres héros de l’amer« 
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