Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

8 avril 2008

Sécurité : la situation se dégrade

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sébastien rochéSébastien Roché, chercheur au CNRS, auteur de « Le frisson de l’émeute » paru au Seuil (2005) fait état de la dégradation de la situation en matière de sécurité. En prenant appui sur l’indicateur « taux d’élucidation », il explique l’illusion des chiffres avancés par le discours officiel et l’inéfficacité des dispositifs malgré des moyens croissants (surtout depuis 2002). Cet article est paru sur le site TELOS.
Pour prolonger cette réflexion, relire aussi l’analyse du bilan de Sakozy et des chiffres de la délinquance dans une interview de Sébastien Roché par le Nouvel Obs, du jeudi 11 janvier 2007.
(reproduit ici à la suite de l’article) Instructif également!
Christine Tabouret Fédération PS de Gironde

kepi_0.jpgContrairement aux apparences les politiques conduites depuis plusieurs années en matière de sécurité se dégradent. Les infractions liées à la drogue et à son trafic augmentent fortement, les violences physiques aussi, la tension dans les banlieues est plus vive que jamais. Pourtant le discours officiel accrédite la thèse d‘une efficacité croissante. Qui croire ?

À la base des statistiques policières on trouve le fameux taux d’élucidation. Or ce taux constitue la plus mauvaise mesure de l’efficacité policière. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit du résultat d’une division de deux nombres : celui des affaires élucidées (pour lesquelles la police a des raisons de penser avoir trouvé l’auteur) et celui des délits connus des autorités. Or, comme le savent les élèves de 4e, le résultat d’une division dépend des variations de son numérateur mais aussi de son dénominateur.

Par exemple, la police élucide de moins en moins souvent les vols liés à l’automobile (qui forment l’essentiel de tous les vols), alors que le taux d’élucidation progresse. On avait en effet 62 000 élucidations en 2002 contre 55 900 en 2006, soit une diminution de 10% environ. Dans le même temps, le taux d’élucidation passe de 5,6 à 7,3 %. Oui, vous avez bien lu : le taux d’élucidation progresse alors que le nombre des élucidations baisse.

Comment expliquer ce paradoxe ? Simplement parce que, dans le même temps, le nombre de vols liés à l’automobile diminue. C’est d’ailleurs le cas dans toute l’Europe, car les constructeurs protègent mieux nos voitures. Le progrès s’explique donc par les efforts des industriels pour rendre leurs produits plus sûrs.

L’amélioration apparente résulte aussi, et cela va apparaître paradoxal, de la dégradation de la sécurité des personnes et la diffusion de la drogue. Menée par l’Insee en janvier 2007 pour l’Observatoire national de la délinquance, la dernière enquête sur le fait d’être victime confirme que les délits dont le nombre diminue ou stagne sont les mieux déclarés aux autorités. Par exemple, 70 à 95 % des vols de voiture ou des cambriolages sont déclarés. En revanche, le chiffre des coups et blessures augmente de 9,8% sur un an, et celui des vols avec violence de 5,6%. Mais on sait que ces faits sont moins souvent déclarés aux autorités (environ 33% de taux de plainte). En devenant plus violente, la délinquance est ainsi de moins visible dans les statistiques.

Mais ce n’est pas tout. En effet, les violences sont cinq fois mieux élucidées que les vols et dans les statistiques officielles les infractions à la drogue sont élucidées au-delà de 100% alors que par définition un tel résultat est impossible. De sorte que plus il y a de violences physiques recensées par la police, plus il y a de drogue en France, plus le taux d’élucidation s’améliore et plus on peut clamer que l’efficacité de la police progresse.

Le plus préoccupant est que ces résultats sont obtenus avec des moyens croissants. La sécurité a vu son budget régulièrement augmenter depuis 20 ans, et ce plus nettement encore depuis 2002. L’argent public partirait-il en fumée ?

Alors qu’on dépense de plus en plus, le retour sur investissement fait défaut. C’est vrai en matière de lutte contre la délinquance, comme nous venons de le montrer. Il faut ajouter que le coût par policier croît, alors que la productivité policière (le nombre de délits élucidés per capita) décline nettement une fois qu’on raisonne par catégorie de délit.

C’est encore vrai en ce qui concerne la perception du travail policier par les usagers et la population : en dépit de ces dépenses croissantes, la confiance ne s’est pas améliorée lorsqu’on la regarde sur le moyen terme, depuis 15 ans, avec les enquêtes Ipsos-CSA. Elle s’est même dégradée nettement depuis 2005, comme le montre le baromètre de BVA-Delouvrier sur les services publics, et très nettement depuis un an avec une baisse de 7 points de satisfaction.

En résumé, non seulement chaque euro supplémentaire génère de moins en moins d’effet sur la délinquance, mais le public est de moins en moins satisfait. Aux responsables d’une entreprise gérée de cette manière, les actionnaires demanderaient des comptes. D’autres polices européennes cherchent à renforcer la place des citoyens et habitants pour qu’ils aient mieux et plus souvent leur mot à dire quant aux orientations de la sécurité publique. Ne serait-ce pas une bonne idée ?

Sebastian Roché 04 Avril 2008 paru sur le site Telos

Merci à Christine Tabouret

« Un bilan globalement négatif »

Le bilan de Nicolas Sarkozy au Ministère de l’Intérieur ? « Un trompe l’œil « , selon le sociologue Sebastian Roché. Pour ce spécialiste des questions de sécurité publiques, la baisse des vols observée dans toute l’Europe ne doit guère à l’action de la police. Quant à la montée de la violence – face cachée du bilan de Sarko -, elle touche les quartiers les plus défavorisés. Peut mieux faire…

Le Nouvel Observateur. Quand Nicolas Sarkozy est arrivé au ministère de l’Intérieur au printemps 2002, il s’est fait fort de s’attaquer au problème de l’insécurité, l’un des thèmes qui avait fait perdre la gauche à l’élection présidentielle. Mission accomplie ?

Sébastian Roché. – Sans jugement idéologique, la réponse est non. J’examine les faits et les chiffres. Je compare les promesses qui ont été faites et celles qui ont été tenues. En cinq ans, Nicolas Sarkozy n’a pas réussi à stabiliser, ni même à faire baisser, les violences les plus graves≈: violences urbaines, violences aux personnes, trafics de drogues dures.

N. O.Pour défendre son bilan, il avance cette statistique≈: depuis qu’il est Place-Beauvau, la délinquance a baissé de 9%. Sous Lionel Jospin, elle avait augmenté de 14%…

S. Roché. – Le pourcentage global est exact, mais il n’exprime qu’une partie de la réalité. Car certains crimes et délits ne sont pas pris en compte par les statistiques officielles de la délinquance. Nous y reviendrons plus loin. Examinons d’abord les chiffres du ministre. Qu’est-ce qui baisse depuis quelques années ? Les atteintes aux biens. Ou pour parler plus simplement les vols, qui représentent aujourd’hui près des trois quartsdes quelque 3,3 millions de faits de délinquance recensés par la police – le reste se partage entre les atteintes aux personnes et les infractions économiques et financières (voir encadré 1). Nul besoin d’être un grand statisticien pour comprendre que si le « poste vol » – de loin le plus important – diminue, alors le chiffre global de la délinquance décroît aussi. Mais cette baisse globale de 9% cache des hausses.

N. O. – Le recul des vols, ce n’est quand même pas négligeable

S. Roché. – Evidemment. Cependant, la décrue observée aujourd’hui en France se produit dans toute l’Europe. Partout, il y a moins de vols d’automobiles ou dans les magasins (voir encadrés 2 et 3). En France comme dans des pays où Nicolas Sarkozy ne dirige pas la police ! Nous sommes dans la moyenne sans plus par rapport à nos voisins.

N. O. – La diminution des atteintes aux biens n’a rien à voir avec l’action de Nicolas Sarkozy ?

S. Roché. – Ni avec celle d’aucun autre ministre de l’Intérieur ! Elle est due à l’amélioration des systèmes de protection. Les constructeurs de voiture, par exemple, sensibles aux demandes des consommateurs, ont développé les alarmes, les coupe-circuit ou les serrures renforcées. Et les hypermarchés se sont équipés de vidéosurveillance ou de portiques.

N. O.Venons-en au bilan en matière d’atteintes aux personnes, peu flatteur selon vous pour Nicolas Sarkozy…

S. Roché. – Reportons-nous aux chiffres du ministère de l’Intérieur. En mai 2002, quelques jours après l’arrivée de Nicolas Sarkozy Place-Beauvau, selon la définition de l’OND (Observatoire national de la Délinquance), on compte 372 263 atteintes à l’intégrité physique. A la fin de l’année 2006, on en dénombre 432 441. Cela représente 60 178 faits de violence supplémentaires, soit une hausse de 16% (voir encadré 4).

N. O. – Ce chiffre n’est jamais mis en avant dans les communiqués officiels ou les discours du ministre. C’est le chiffre noir de Nicolas Sarkozy ?

S. Roché. – C’est un chiffre à replacer dans une évolution générale. A l’inverse des vols, depuis les années 1980 les atteintes aux personnes augmentent de façon continue dans d’autres pays d’Europe. Et comme pour les atteintes aux biens, les explications ne sont pas à rechercher en priorité dans l’action ou l’inaction de la police. Elles dépendent en grande partie des conditions socio-économiques ou familiales. On sait notamment que la précarité favorise la frustration et l’agression… En France, en vingt ans, ce type de violence a été quasiment multiplié par trois. C’est un mouvement de fond qui ne dépend pas de la couleur politique du ministre de l’Intérieur.

N. O. – Il n’y a aucune différence selon que l’on est sous Chevènement, Vaillant ou Sarkozy ?

S. Roché. – On observe des variations à la marge. Des hausses plus ou moins rapides sous l’effet du contexte, mais globalement l’arrivée de Nicolas Sarkozy ne marque aucune amélioration décisive dans la lutte contre les violences. Son bilan est un bilan moyen, qui ressemble à ceux des autres ministres de l’Intérieur. La communication en plus. C’est là qu’est le vrai changement : Nicolas Sarkozy a nommé sans fard l’insécurité et ses ravages. Mais il a aussi voulu croire, ou laissé croire, que la police allait, à elle seule, résoudre ce problème que l’on disait numéro un en 2002. C’est en fait impossible. Aujourd’hui, la déception peut être d’autant plus grande que ce sont les actes graves qui progressent le plus.

N. O. Une récente enquête de l’Insee estime qu’en 2005 la délinquance a été trois fois supérieure aux chiffres constatés par la police…

S. Roché. – Cette étude repose sur une enquête auprès de personnes qui affirment avoir été victimes et non sur les faits comptabilisés par la police. Au sein même du ministère de l’Intérieur, on s’interroge sur cet écart entre la statistique officielle et la réalité vécue. Mais le ministère ne change rien à ses méthodes de comptage.

N. O. – Le ministre de l’Intérieur dit souvent que ces chiffres auraient été meilleurs sans les émeutes de l’automne 2005

S. Roché. – Cet argument est curieux. D’abord, les délits commis pendant ces émeutes n’expliquent pas à eux seuls l’augmentation continue des violences urbaines (voir encadré 5). Ensuite, Nicolas Sarkozy lui-même n’a cessé de répéter que les émeutiers étaient des « voyous » et des délinquants récidivistes. Et on devrait exclure leurs délits du bilan ?

N. O. Nicolas Sarkozy avait promis de « karchériser » certains quartiers, de s’attaquer aux « zones de non-droit »

S. Roché. – Pourtant il s’est comme les autres cassé les dents sur les quartiers difficiles. Contrairement à ses annonces, la police n’a pas porté le fer dans ce que l’on appelle des « zones urbaines sensibles », les ZUS. Dans la plupart de ces zones, les atteintes aux biens et aux personnes les plus graves progressent (voir encadré 6).

N. O. En octobre, dans un 20-Heures de TF1, Nicolas Sarkozy affirmait≈: « La délinquance a reculé dans chacun des départements de la région parisienne, y compris la Seine-Saint-Denis, et elle a reculé fortement »…

S. Roché. – Une affirmation démentie par les chiffres (voir encadré 7). Selon les chiffres de l’Observatoire national de la Délinquance (OND), entre décembre 2005 et novembre 2006 les atteintes aux biens ont progressé de plus de 9% en Seine-Saint-Denis et les atteintes aux personnes de 12%. Chose peu connue, le taux d’homicide y est aussi nettement plus élevé que dans le reste des départements de la région parisienne. Nicolas Sarkozy a mis un coup d’arrêt à la police de proximité – ce modèle très prometteur pas réellement mis en œuvre par la gauche –, mais ses dispositifs n’ont pas été plus efficaces pour éradiquer les noyaux durs de la délinquance. Les chiffres livrent un paradoxe très éclairant≈: c’est dans les départements où la délinquance est la moins élevée qu’elle a le plus diminué ces dernières années ! Dans la Creuse (moins 26% entre 2002 et 2005) ou dans l’Ariège (moins 22,5 %). En revanche, plus un département est « criminogène », plus la baisse de la délinquance y est faible ! Ainsi, toujours entre 2002 et 2005, elle baisse de moins 0,5% en Seine-Maritime ou de moins 0,1% dans les Bouches-du-Rhône.

N. O. – Pourtant, selon le ministère de l’Intérieur, « les groupes d’interventions régionaux (GIR) mènent une action sans relâche afin de combattre l’économie souterraine, principalement dans les quartiers sensibles ». Depuis de début de l’année 2006, les GIR, l’une des innovations phares de Nicolas Sarkozy, ont procédé à 589 opérations (voir encadré 8)…

S. Roché. – Initiés par Chevènement, étoffés par Sarkozy, ces groupements régionaux, pensés pour combiner l’action de la police, de la gendarmerie, de l’administration fiscale et des douanes, ont été lancés à grand renfort de publicité. Pourtant les patrons des GIR eux-mêmes reconnaissent en privé qu’ils n’arrivent pas à travailler en profondeur dans les zones sensibles. Tout simplement parce qu’il n’y a plus de police de proximité à l’intérieur des quartiers pour ramener du renseignement. Résultat≈: les GIR ne font que des petites affaires, ou alors des affaires importantes mais en dehors des ZUS. En bref les GIR ne se révèlent pas l’arme que l’on attendait contre les trafics dans les ghettos. Les chiffres de la consommation de drogue le démontrent parfaitement. A entendre Nicolas Sarkozy, les émeutiers de 2005 auraient réagi parce que sa police était en train de démanteler les réseaux de trafiquants dans les quartiers. Or, selon l’OFDT (Observatoire français des Drogues et des Toxicomanies), la consommation de drogue dure chez les jeunes a augmenté de plus de 30% ces dernières années (voir encadré 9). Ce qui signifie 30% de chiffre d’affaires en plus pour les trafiquants en deux ans.

N. O.Nicolas Sarkozy répète pourtant que sa police est plus efficace. Il met notamment en avant l’augmentation des taux d’élucidation des affaires, qui était à la fin de l’année dernière de plus de 35%. Soit une hausse de 10,5 points en cinq ans (voir encadré 10)…

S. Roché. – Malheureusement le fait d’interpeller plus d’auteurs ne suffit pas à faire baisser la délinquance ! Exemple : les vols d’automobiles, on l’a dit, ont diminué depuis 2002. Or, sur cette même période, ils sont moins élucidés≈: on arrête moins de voleurs de voitures. Inversement, les crimes et délits les mieux élucidés sont les atteintes aux personnes, qui sont en constante augmentation. Pour une raison simple : le plus souvent, les victimes voient l’agresseur et peuvent donner des éléments à la police. Malgré cela, les violences continuent à progresser… En fait, Nicolas Sarkozy est resté rivé à un vieux modèle de police datant des années 1960, la « police réactive ». Celle qui intervient après coup. Pour lui, une bonne police est une police qui interpelle beaucoup. Pour cela, il lui a donné des moyens juridiques (de nouvelles lois), des moyens financiers (5,6 milliards d’euros en 2002), des moyens, si l’on peut dire, « psychologiques », c’est-à-dire une incitation plus grande à arrêter les délinquants. Ce qu’il appelle la « culture du résultat ». Avec des quotas d’interpellations ou de gardes à vue à réaliser… Mais est-ce qu’une bonne police, c’est une police qui arrête beaucoup d’émeutiers ou une police qui empêche les émeutes ? Une police qui arrive quand il est trop tard ou une police qui évite aux gens d’être victimes ?

N. O. – Depuis que Nicolas Sarkozy est ministre de l’Intérieur, il y a en tout cas plus de policiers dans la rue…

S. Roché. – L’utilisation de l’informatique permet de mieux contrôler la présence des effectifs sur le terrain et de diminuer la proportion des personnels dans les bureaux. Cependant, les effectifs n’ont pas assez, voire pas du tout, augmenté dans les zones sensibles. Le préfet de Seine-Saint-Denis se plaint même d’une « diminution très perceptible » des effectifs de la sécurité publique dans son département depuis 2002.

N. O. – Nicolas Sarkozy avait pourtant promis de redéployer les effectifs et de changer les zones de police et de gendarmerie. Est-ce que cette promesse a été tenue ?

S. Roché. – A moitié. Dès les années 1970, on s’est rendu compte qu’il y avait plus de forces de l’ordre dans les zones où il y avait le moins de crimes et de délits. Chevènement a commencé à y remédier très partiellement sous Jospin. Il s’est arrêté en chemin devant la protestation des élus et des syndicats de police. Sarkozy a repris ce chantier, l’a amplifié, mais pas achevé, loin de là. Des 89 zones polices devant passer à la gendarmerie (selon le rapport Carraz-Hyest de 1998), 40 ont été réellement transférées. Surtout, Nicolas Sarkozy n’est pas parvenu à concentrer les moyens sur les zones qui en ont le plus besoin.

N. O. – Il y affecte des CRS en fonction des événements

S. Roché. – Les socialistes avaient déjà essayé cette méthode. Ces CRS sont utiles pour intervenir en cas d’urgence ou sécuriser des quartiers dans des périodes de tension. Mais, sauf fidélisation durable, ils n’ont aucune connaissance du terrain, et dans tous les cas ils ne peuvent remplacer des policiers qui travaillent sur la durée… Il y a un problème de fond avec les CRS et les gendarmes mobiles que Nicolas Sarkozy – pas plus que ses prédécesseurs – n’a pas réussi à régler. Ces forces mobiles (32 000 policiers et gendarmes) sont surdimensionnées, elles coûtent très cher et elles ne sont pas les plus efficaces pour les missions de sécurisation.

N. O. – Nicolas Sarkozy a tout de même quelques avancées à son actif…

S. Roché. – Bien sûr. Il a su, surtout lors de ses premières années au ministère, écouter et remotiver ses troupes. Nicolas Sarkozy affirme être plus « transparent » que ses prédécesseurs. La création de l’Observatoire national de la Délinquance pour analyser les chiffres bruts constitue un progrès d’une ampleur pour le moment limitée. Cet organisme met une distance entre les autorités politiques et le système de mesure, plus que sous Lionel Jospin. Cela étant dit, les chiffres publiés par l’OND sont les chiffres de la police nationale. Cet observatoire reste donc dépendant du ministère. Il n’a pas non plus essayé d’analyser scientifiquement l’effet des politiques ou tactiques de police mises en œuvre.

N. O. – Des efforts ont aussi été faits pour « diversifier » le recrutement dans la police…

S. Roché. – Oui, Nicolas Sarkozy a lancé l’école des Cadets de la République. L’objectif est de construire une police « de toutes les couleurs » – comme l’avait amorcé Chevènement avec les adjoints de sécurité (les emplois-jeunes de la police). Cette évolution très positive a commencé chez les gardiens de la paix. Reste à la mettre en œuvre largement chez les officiers et les commissaires. Reste surtout à mesurer de manière impartiale la qualité de la police dans les ZUS et les éventuelles discriminations envers les minorités. A cet égard, Nicolas Sarkozy n’a pas pris suffisamment la mesure des émeutes de 2005. Un événement hors normes, historique en Europe. Pas plus que le gouvernement d’ailleurs. Le Parlement aurait dû établir une vraie commission d’enquête. On s’est contenté d’une mission d’information au Sénat, avec des pouvoirs d’investigation restreints et sans cibler les émeutes dans son intitulé. Il n’y a pas eu de véritable prise de conscience. En Grande-Bretagne, par exemple, après les émeutes de 2000, le ministre de l’Intérieur a dénoncé un « racisme institutionnel ». Il a posé la question de la discrimination dans le système public. Rien de tel en France.

N. O. – Au final, la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy est-elle une « rupture » par rapport à celle de ses prédécesseurs ?

S. Roché. – Aucunement. Nicolas Sarkozy s’est contenté de faire des ajustements, au demeurant fort utiles, avec une bonne équipe de techniciens. Il n’a pas osé imaginer la police dont les citoyens ont besoin. Il n’a toujours pas fait les grandes réformes indispensables. Il n’a pas donné la priorité aux atteintes aux personnes pourtant au cœur de la mission de police publique (car ces atteintes ne peuvent être combattues par les entreprises), au trafic de drogue, ni tenté de mieux anticiper et amortir les explosions urbaines. Il n’a pas réussi à mettre en place un nouveau système de police pour les quartiers difficiles. Il n’a pas inventé des instruments pour mesurer la qualité du service. Bref, son successeur aura devant lui un énorme chantier≈: celui de la démocratisation et de la modernisation de la police.

Propos recueillis par Marie-France Etchegoin,
Sylvain Courage et Olivier Toscer

Une réponse à “Sécurité : la situation se dégrade”

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