Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

17 avril 2008

Mort d’un poête

Filed under: 09 - Evènement — iledere @ 18:02

file_320634_200288.jpgUne civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente.

Le poète martiniquais Aimé Césaire, 94 ans, est décédé jeudi 17 avril à Fort-de-France (Martinique), et la France s’apprêtait à organiser des obsèques nationales pour le chantre de la « négritude », dont le combat contre la colonisation avait trouvé des échos jusqu’en Afrique ou aux Etats-Unis.
Figure emblématique des Antilles françaises, Aimé Césaire avait été admis le 9 avril au CHU de Fort-de-France, où il est décédé.

Depuis son hospitalisation, pour des affections « de nature cardiologique », à l’hôpital Pierre Zobda-Quitman de Fort-de-France, des rumeurs alarmistes circulaient sur son état de santé, qualifié de « préoccupant » par ses médecins.

Qui était Aimé Césaire ?

Issu d’une modeste famille de sept enfants, Aimé Césaire étudie d’abord au lycée Schoelcher, à Fort-de-France. Grâce aux conseils d’un de ses professeurs, il obtient une bourse pour partir poursuivre ses études à Paris, au lycée Louis Le Grand.
Il arrive à Paris en 1931, au lycée Louis-Le-Grand. Son arrivée en métropole constitue un choc pour lui puisqu’il réalise qu’il n’est pas considéré comme un égal. Dans sa Martinique natale, la langue utilisée à la maison était le français, et à l’école le classique refrain « nos ancêtres les gaulois » était enseigné. A Paris, il est considéré au mieux comme un Noir (donc inférieur), ou au pire comme un sauvage. Les principes assimilationnistes selon lesquels il a vécu en Martinique volent en éclat.
Au contact des jeunes africains étudiant à Paris, Aimé Césaire et son ami guyanais Léon Gontran Damas, découvrent progressivement une part refoulée de leur identité à savoir la composante africaine, victime de l’aliénation culturelle caractérisant les sociétés coloniales de Martinique et de Guyane.
Césaire fonde, avec d’autres étudiants antillo-guyanais et africains, parmi lesquels Léon Gontran Damas, le Guadeloupéen Guy Tirolien, les Sénégalais Léopold Sédar Senghor (qui sera le premier président du Sénégal nouvellement indépendant en 1960 puis le premier Africain élu à l’Académie française) et Birago Diop, le journal L’étudiant noir.
C’est dans cette revue qu’Aimé Césaire emploie, pour la première fois, le mot qui, à lui seul, résumera son combat, tant littéraire que politique : la « négritude ». Ce concept, en réaction à l’oppression culturelle du système colonial français, vise à rejeter d’une part le projet français d’assimilation culturelle et à promouvoir l’Afrique et sa culture, dévalorisées par le racisme issu de l’idéologie colonialiste.
Construit contre l’idéologie coloniale française de l’époque, le projet de la Négritude est plus culturel que politique. Il s’agit, au-delà d’une vision partisane et raciale du monde, d’un humanisme actif et concret, à destination de tous les opprimés de la planète. Césaire déclare en effet : « Je suis de la race de ceux qu’on opprime ».
A la veille de la Seconde Guerre mondiale, il publie le « Cahier d’un retour au pays natal », texte fondateur à bien des égards, puis rentre en Martinique, pour y enseigner le français.

La Seconde Guerre mondiale lui donne l’occasion de forger ses idéaux politiques, la Libération de mettre ces idéaux en pratique. Pendant plus de 50 ans, il mêle ses activités d’écrivain avec ses mandats de maire et de député. Et se bat à la fois pour la reconnaissance de la spécificité et la richesse de la langue de ses ancêtres, et l’indépendance des colonies françaises. Faire prendre conscience au peuple noir de la richesse de ses propres racines : tel est donc, depuis plus de 60 ans, le but premier de l’oeuvre d’Aimé Césaire. Une oeuvre à la fois littéraire et politique qui prouve que le rêve peut être le moteur de la réalité. Et qu’on peut, en même temps, être fier de son identité, et prôner l’universalité.

Aimé Césaire a été maire de Fort-de-France de 1945 à 2001, député de 1946 à 1993, président du conseil régional de Martinique et il a fondé le Parti progressiste martiniquais, dont il a quitté la présidence en 2005.

Refus de rencontrer Nicolas Sarkozy
Le président Nicolas Sarkozy avait salué le 26 juin dernier en Aimé Césaire le poète et « homme d’action », « porteur d’un message de paix, de tolérance et d’ouverture », à l’occasion du 94e anniversaire de l’écrivain, dans une lettre rendue publique par l’Elysée.
Après avoir refusé de rencontrer Nicolas Sarkozy lors d’un voyage prévu, puis annulé, aux Antilles en 2005, le poète martiniquais avait finalement reçu en mars 2006 celui qui était alors ministre de l’Intérieur.

Conseil à Nicolas Sarkozy:
Il ne sera pas nécessaire de convier le ministre Brice Hortefeux à la cérémonie de funérailles de Mr Aimé Césaire… Question de décence !

«Liberté, égalité, fraternité, prônez toujours ces valeurs, mais tôt ou tard, vous verrez apparaître le problème de l’identité. Où est la fraternité? Pourquoi ne l’a-t-on jamais connue? Précisément parce que la France n’a jamais compris le problème de l’identité. Si toi, tu es un homme avec des droits avec tout le respect qu’on te doit, et bien moi aussi, je suis un homme, moi aussi j’ai des droits. Respecte-moi. A ce moment-là, nous sommes frères. Embrassons-nous. Voici la fraternité.»

A la famille de ce géant et à tout le peuple martiniquais, je présente mes très sincères condoléances.

Alain Renaldini

4 réponses à “Mort d’un poête”

  1. Je vous envoie quelques pistes par Mail…
    amitiés socialistes

  2. PENNES Jean-Claude dit :

    Bonjour,

    Je suis profondément socialiste et pour l´égalité des chances.
    Je vis au Mexique.
    Mon Pére Bernard Ernest Pennes est mort a 34 ans a l´hospice hopital de L´Ile de Ré le 26 Novembre ou il avait été admis 2 jours avant, le 24.
    Je recherche, sachant qu´il fut fait prisonnier par les allemands, sans pouvoir toutefois le prouver, la(les) raisons pour lesquelles mon Pére est mort si jeune.
    Pouvez vous me conseiller vers un organisme officiel de L´Ile qui aurait archivé les morts des jeunes Francais prisonniers des allemands.
    Merci de votre réponse.
    Bien a vous.
    Jean-Claude Pennes

  3. Awanou dit :

    ce 18/04

    Je crains une fois de plus que les vulgates en tous genres même celle de la brave Négritude ne faussent les réalités culturelles et philosophiques énoncées par des personnes de qualité comme celle d’Aimé Césaire ou L S Senghor…On parle de différences, certes mais que de maux doit-on au devoir de différence qui conduit ou l’on sait…Bref c’est ainsi, et les forces de gauche, apprennent bien lentement! et se reposent nonchalantes sur des acquis culturels qui s’étiolent…Nous en sommes comptables et coupables pour les générations qui viennent…Awanou!

  4. jon dit :

    Le panthéonisera-t-il ?

Laisser un commentaire

Plate-forme de blogs du Parti socialiste | Propulsé par Wordress Mu | Articles (RSS) et Commentaires (RSS)
Sauf mention contraire, le contenu de cette page est sous contrat Creative Commons Creative Commons