Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

26 avril 2008

Les hommes politiques se prennent pour des patrons de droit divin

Filed under: 20 - UMP — iledere @ 3:23

carnet-de-morale.jpgLa Cour de cassation a condamné Ségolène Royal à payer 2.500 euros de frais de justice dans l’affaire qui l’oppose depuis dix ans à deux de ses anciennes assistantes parlementaires. Raffarin, qu’un numéro de pitre servile n’effraie pas, appelle à la démission de Ségolène, au nom de la morale, lui qui, dans son parti, cotoie des ministre condamnés (bonjour Santini), ou des dirigeants ayant un passé judiciaire croustillant (salut les Balkani…).

Puisque la morale titille le Phénix du Poitou, parti donner des gages d’amitiés françaises aux Chinois, donnons lui des occasions de pousser de la voix et de balayer devant sa porte...

Assistant parlementaire ou employé de parti, des boulots pas de tout repos. Pressions, brimades, menaces ou licenciements, certains hommes politiques se comportent en véritables patrons-voyous. Mais les salariés se rebiffent parfois. Et gagnent – presque – à tous les coups, sauf quand, comme ce fut le cas une fois, ils tentent de se suicider.

Suicide au Palais Bourbon.
Non, ce n’est pas le titre d’un polar comme les affectionne Jean-Louis Debré, l’ancien Président de l’Assemblée nationale. Mais c’est bien ce qui a failli arriver lorsque le collaborateur d’un député a tenté de mettre fin à ses jours en avalant des barbituriques dans les toilettes de l’Assemblée. Il n’avait pas supporté d’être licencié par un simple coup de téléphone. Debré, alors encore en fonction, se fendit d’un message de soutien au jeune chômeur. À part ses collègues, c’est le seul qui lui apporta « publiquement » du réconfort. Une fois n’est pas coutume, l’antre de la République fut frappée de mutisme.

À l’Assemblée, au Sénat ou encore dans les partis politiques, les « petites mains », celles et ceux qu’on ne voit ou n’entend jamais mais qui sont les précieux collaborateurs d’hommes et de femmes politiques en vue, osent à peine se plaindre du sort qui leur est fait.

Plusieurs licenciements incompréhensibles
Du jour au lendemain, qui pour recaser une maîtresse, qui trouver un emploi à son épouse ou bien un rejeton, l’assistant dont on vantait jusque-là les compétences tombe subitement en disgrâce. « Un député UMP a licencié son assistante parce qu’elle avait consulté un site internet de gauche dédié au Non au référendum sur le traité constitutionnel européen », se souvient un militant. « Un autre se plaignait qu’il ne travaillait plus : il n’avait plus accès à son bureau et on lui avait retiré son ordinateur ». Le salarié protégé, délégué syndical, lui, peut faire l’objet de brimade comme dans une PME. Il perçoit son salaire tout en restant chez lui. Des causes de licenciement, non réelles et non sérieuses, abondent dans les deux assemblées.

Les politiques, patrons de droit divin ?

Au Sénat, par exemple, une collaboratrice du groupe des Républicains indépendants cher à Jean-Pierre Raffarin, est remerciée alors qu’elle est en congé maternité. Ou encore une collaboratrice est licenciée au prétexte qu’elle avait annoncé l’arrivée des invités, selon son employeur, avec cinq minutes de retard !

L’avocat Frédéric Mura, qui plaide régulièrement au Conseil des prud’hommes de Paris en faveur de ces salariés, s’indigne : « Le droit du travail est malheureusement souvent bafoué ». Les employeurs, députés ou sénateurs, se comportent même moins bien que les DRH d’entreprises privées. « Techniquement, les méthodes pour mettre fin à un contrat dans une entreprise privée ne sont pas différentes, mais moralement c’est choquant : ils contournent les lois qu’ils édictent » continue ce spécialiste du droit du travail.
En 2007, les députés ont empoché 1,5 millions d’euros qui auraient dû servir à rémunérer leurs collaborateurs.

La mise au pas des jeunes UMP

Mais il n’y a pas qu’au Parlement qu’on profite des salariés motivés. Dans les partis politiques également. A l’UMP, Brice Hortefeux a longtemps usé de ses prérogatives lorsqu’il s’est agi de transformer le parti ex-gaulliste pour en faire un instrument à la gloire de Sarkozy. Des procédures arrivent actuellement à leur terme. Aujourd’hui, quelques anciens salariés sont heureux d’arriver au terme d’un combat prud’hommal qui aura duré près de deux ans.

Cela avait commencé à l’Université de La Baule de septembre 2005, où Hortefeux et Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, décident de mettre au pas les Jeunes Populaires, le mouvement de jeunesse de l’UMP, trop villepiniste à leur goût. Le futur ministre de l’Identité nationale assène à ses jeunes ouailles : « Je ne veux voir qu’une seule tête, celle de Fabien de Sans Nicolas, je veillerai personnellement que chacun assume son vote. Je sais que certains d’entre vous travaillent pour des députés ». La menace est claire. Après Hortefeux, Jérôme Peyrat, actuellement conseiller politique du président de la République prend le relais. Il appelle personnellement chaque député dont l’assistant n’est pas « sûr ».

« Quand on a voté, on a craché sur les bulletins de vote », se souvient un des participants, pas content des instructions reçues. Quelle ne fut pas sa surprise de constater que Hortefeux était restée l’oreille collée à la porte durant le scrutin. Malgré l’élection de leur poulain, des salariés de l’UMP feront les frais de leur mauvaise humeur. Un procès en loyauté est instruit, qui se termine aux prud’hommes. Une assistante qu’on trouvait jusque-là compétente et impliquée – elle venait même de percevoir une augmentation en reconnaissance de ses mérites – reçoit un avertissement. C’est lors de l’entretien préalable qu’elle apprendra la cause de son licenciement : manque de loyauté envers le nouveau président des Jeunes. La direction de l’UMP la soupçonnait d’avoir mal voté. Là encore, le parti de l’ordre est condamné pour licenciement abusif.
L’UMP transige souvent avant l’appel quand il est condamné

Il faut savoir qu’avec moins de deux ans d’ancienneté, un salarié de ce type bénéficie d’indemnités assez faibles. Au-delà, l’employeur est condamné à verser une indemnité équivalente au moins à 6 mois de salaire. Au conseil des prud’hommes, à Paris, une procédure s’étale sur près de 18 mois. En cas d’appel, l’employeur règle les indemnités mais s’il gagne en appel, les indemnités doivent être restituées par le salarié. L’avocat Frédéric Mura assure que dans tous ses dossiers, les salariés ont fait condamner leur employeur politique. D’autres acceptent une transaction contre l’abandon de poursuite et surtout pour éviter la publicité des débats – quand le mouvement est condamné en première instance, il n’est pas rare qu’avant l’appel, le parti de Nicolas Sarkozy propose une transaction.

Mais les députés eux-mêmes sont conscients de la situation. Richard Mallié, député UMP des Bouches-du-Rhône et questeur de l’Assemblée nationale, s’est d’ailleurs emporté le 16 avril lors d’une réunion avec les organisations syndicales représentants les collaborateurs parlementaires : « Il y a vraiment des collègues qui abusent ». Apparemment.

Amédée Sonpipet pour « Bakchich« 

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