Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

31 mai 2008

Le mariage est entériné

Filed under: 09 - Evènement — iledere @ 4:05

sans-titre.jpgLu dans un journal local
« Dans le village du Bois Plage, dans l’île de Ré, Yvette Sourisseau a épousé en justes noces Philippe-Yves Chauveau en ce jour du 30 mai de l’an de grâce 2010. Le Mariage a été célébré par le maire du village devant les nombreux invités. Ceux-ci ont attendu sous le domicile des jeunes mariés que la maman de l’épouse exhibe le drap souillé de sang, preuve de la virginité de sa fille. Les huissiers, mandés par les parents du marié ont alors homologué le mariage conformément aux textes inscrits dans la loi Dati du 01/06/2008. Les nombreux invités ont entamé une soirée festive qui s’est prolongée jusqu’à l’aube  »
Ne riez pas, ce n’est pas de la science fiction, c’est ici, en France et maintenant… Alain Renaldini :

Lille, la justice ne charrie pas la Charia

Il s’est donc trouvé un tribunal de la République pour statuer sur l’hymen d’une femme. Il s’est donc trouvé des juges pour veiller à la bonne application de la loi islamique au sein d’un couple. Il s’est donc trouvé des serviteurs de l’Etat pour bafouer l’égalité des citoyens devant la loi et la laïcité républicaine.

C’est à Lille, le mois dernier, que cette aberration s’est produite. Le Tribunal de grande instance, a annulé un mariage, sur plainte de l’époux, « pour erreur sur les qualités essentielles du conjoint », c’est-à-dire l’épouse. Quelle était donc cette erreur ? La promise n’était pas vierge comme le croyait le promis. Un hymen déchiré, voilà la « qualité essentielle » qui altérait l’union. 1530838078.jpg

L’époux, exposent les attendus du jugement, s’est marié « sous l’empire d’une erreur objective » et cette erreur « était déterminante dans son consentement ». Autrement dit, la faute résulte de la conviction religieuse du plaignant. Mieux cette dernière la détermine. Parce sa conception de l’Islam lui commande que son épouse soit vierge, le mari est fondé à demander l’annulation de l’union.

Ne nous y trompons pas cependant : dans cette affaire l’Islam vient en dernier. Au regard des attendus du jugement, on peut imaginer qu’un catholique intégriste, qu’un juif orthodoxe ayant entrepris la même action avec les mêmes motifs, auraient obtenu gain de cause. Et même un Témoin de Jéhovah, un Mormon ou quelque disciple de secte, pourvu qu’un de leurs préceptes exigeât la virginité de l’épouse.

Engagée par un croyant qui se serait refusé à faire état de son engagement ou un athée – mais on se demande bien pourquoi ces deux là auraient été devant un tribunal ! – la procédure, en revanche, était vouée à l’échec. Sur quel commandement spirituel auraient-ils pu fonder leur plainte ?

Lille a accouché d’une monstruosité juridique et idéologique. Car, dans cette affaire, la justice de la République vient veiller à la stricte observation d’impératifs religieux. A ce compte là demain, il sera légal de lapider, d’exciser, de brûler les hérétiques – après les avoir soumis à la question, cela va de soi. Djihad et Croisades seront autorisés, pourvu qu’ils soient menés par de bons fidèles. Au fond, les magistrats de Lille ont tout bonnement réinventé les tribunaux de l’Inquisition.

Quelle mouche aura donc piqué ces derniers pour qu’ils s’abîment ainsi dans la négation absolue de la philosophie des Lumières ?

Parmi les explications, il y a bien sûr la petite musique que distille le président de la République depuis son élection. Cette insistance à souligner que la morale du curé, du rabbin ou de l’Imam est supérieure à celle de l’instituteur. Bref, que la loi divine l’emporte sur la loi des hommes. Les juges n’auront fait que décliner cette nouvelle « laïcité positive », pour reprendre l’expression en vogue à l’Elysée.

Mais il serait réducteur – et bien trop commode – de s’arrêter à la seule responsabilité du chef de l’Etat.

L’air du temps – l’idiosyncrasie comme on dit en termes savants – est pour beaucoup dans l’hallucinante décision de Lille. Au rang des coupables, il faut inscrire quelques-unes des revendications de Mai 68 – c’est de saison. A commencer par le droit à la différence qui, au fil du temps, s’est mué en un communautarisme exacerbé exigeant d’être reconnu comme tel par les institutions. Il n’est qu’à rappeler les atermoiements auxquels donnaient lieu, hier encore, l’interdiction du voile à l’école et dans la fonction publique. A force d’oublier le citoyen au profit de l’individu, il était fatal que le singulier en vienne un jour à contester le règne de l’universel.

A la barre des accusés, il faut encore convoquer l’hédonisme soixante-huit tard. « Jouir sans entraves » écrivait-on sur les murs du quartier latin. Consommer sans limites, fallait-il entendre. En quelques années, tout est devenu marchandise. Plus une seule activité humaine, le travail comme le loisir, qui n’échappe à ce mouvement. Comment le corps des femmes, qui venait à peine de s’émanciper, ne serait-il pas devenu une marchandise – après des siècles de réification – à la faveur du triomphe conjugué de l’obscurantisme et du libéralisme débridé ?

Qu’on y songe un instant. Le jugement de Lille peut aussi se lire comme la réparation accordée à un consommateur venu se plaindre de ce qu’on l’avait trompé sur la qualité de la marchandise. On nous pardonnera la trivialité de la comparaison. L’époux s’est présenté devant le tribunal comme on rapporte une bouteille de lait au supermarché après s’être aperçu, à la maison, que l’opercule était percé. « Changez-la moi, elle n’est pas vierge comme promis ! » Satisfait ou remboursé, au tribunal comme au supermarché.

Le jugement de Lille est un naufrage à tous égards. Celui de la justice, bien sûr. Celui de notre société encore, qui de concessions en renoncements sur les principes républicains, arrive à légaliser l’obscurantisme et l’oppression des femmes. Obscurantisme et oppression que l’on prétend justement combattre hors de nos frontières. Avant que de traquer le Taliban à Kaboul, il vaudrait mieux commencer par écraser l’infâme au pays de Voltaire.

Serge Faubert pour son « blog mal pensant« 

12 réponses à “Le mariage est entériné”

  1. Serge dit :

    Le progrès pour les femmes ce serait peut-être inscrire dans la loi « la ceinture de chasteté » avec digicode!

    Ce serait un net progrès par rapport à l’époque des croisades !

  2. Cher Docteur T,

    Que dire de plus ? 100 % d’accord avec toi.
    Il conviendrait, comme tu le suggères, de s’interroger sur l’importance donnée à la virginité de la femme alors que celle de l’homme est indifférente.
    Au moyen âge, me semble-t-il, le seigneur exerçait son « droit de cuissage ». Autant dire qu’une demoiselle regardable avait peu de chance d’arriver vierge au mariage, sauf à courir plus vite que son seigneur. 😉
    La virginité avait donc alors une importance plus relative qu’aujourd’hui.

    Ceci dit je suis assez sceptique sur ce « droit ». Des écrivains et historiens des XVIIIe et XIXe siècles, tels Voltaire dans son Essai sur les mœurs ou Jules Michelet, ont accrédité la thèse que ce droit permettait à un seigneur d’avoir des relations sexuelles avec la femme d’un vassal ou d’un serf la première nuit de ses noces.
    Il semble que cette pratique ne pouvait correspondre qu’à des abus, en l’absence de tout document antérieur au XVIIIe siècle attestant de son existence courante et de sa légalité

    Ceci donne néanmoins un éclairage sur le statut de la virginité à l’époque.
    Comment la chasteté s’est-elle développer jusqu’à devenir une vertu puis obligation tant notre civilisation judéo-chrétienne qu’en terre d’islam ???

    Je serais intéressé de lire une étude sur le sujet. Si quelqu’un à quelque chose à me recommander…

  3. Docteur T dit :

    Cher Alain,

    La réparation des hymens, c’est ps mon truc.

    Mais au fond, cette volonté de réparer un petit bout de peau ne cacherait-elle pas une réparation impossible?
    Peut on réparer des idées préconçues?

    Pourquoi les hommes placent-ils leur honneur dans le corps de leurs fiancées et donnent-ils une importance démesurée à des choses qui n’en ont aucune?

    Un des drames de notre humanité, n’est il pas de se forger des chaînes alors que la vie est déjà assez fragile.

    Mais hélas la médecine est impuissante contre les maux de l’intelligence.

    Ce qu’il convient, c’est de philosopher, et ça c’est pas gagné.
    Celà demande du temps, de l’écoute, de l’entre soi, de l’éducation, de l’instruction, du raisonnement critique, bref un ensemble de choses qui deviennent rares en ces temps de « cerveaux disponibles ».

  4. dominique dit :

    en fait…est ce que « la gauche » n’essaie pas de s’en refaire une …de virginité…sur ce coup là…???

  5. dominique dit :

    versant et culturelle …oups!

  6. dominique dit :

    🙂 merci pour ce pied de nez Mai 68… je crois vraiment que la secrétaire nationale se trompe de lutte…ce n’est pas la non virginité…qui est à la base du probleme…et en tant que nana ca me dérange pas que des mecs aient encore besoin de ça ? sauf qu’on se rencontrera pas , voilà tout ( désolée d’avouer mon péché à 41 ans)…il y a d’autres choses plus importantes dans la politique qui parfois sont régressives pour les femmes…et là…je me suis parfois entendue qualifier de « chienne de garde  » par le psychiatre de l’établissement ou je travaillais ..( ca te donne une autre image de mes positions tranchées parfois …)
    Il ne faut pas tomber sous l’autre versan : alors on répare les hymens ..oui c’est vrai ca existe, oui c’est vrai nombreuses sont les femmes qui plient sous la demande culturele…mais si nous avions plein de mariages annulés….alors cette question prendrait une autre tournure …tu crois vraiment que les hommes aprécient d’annuler leur mariage ? retournons le probleme….annulons en plein et rendons le pouvoir aux femmes ….ils vont en trouver combien de vierges ???

  7. Laurence ROSSIGNOL dit :

    Selon un jugement du tribunal de grande Instance de Lille, la non virginité d’une femme serait une cause de nullité du mariage. Cette décision jurisprudentielle est atterrante.

    Elle porte atteinte au principe constitutionnel d’égalité entre les hommes et les femmes et de non-discrimination car elle ne peut être prononcée qu’à l’encontre d’une femme.

    Elle bafoue le droit des femmes à disposer de leur corps et à vivre librement, comme les hommes, leur sexualité.

    Elle bafoue les principes de laïcité en soumettant les lois de la République au droit coutumier.

    Si le Code Civil a pu fonder une telle décision, il est urgent de le changer et un projet ou une proposition de loi doit être très rapidement inscrite à l’ordre du jour du parlement avant qu’elle ne serve de point d’appui pour enfermer encore davantage les jeunes filles et les femmes.

    Enfin, comment ne pas noter la coïncidence entre l’obsession de la virginité du tueur de femmes Fourniret et la décision des juges de Lille !

    Laurence ROSSIGNOL,
    Secrétaire nationale chargée des droits des femmes et de la parité

  8. Pas de raison d’être désolé… Je vais souvent visiter le blog de maître Eolas, l’inventeur du prix Busiris… Il est excellent.

    Pour autant, dans cette affaire, que la loi permette ne me satisfait pas… J’ai clairement l’impression de voir notre société faire un grand pas en arrière. Lors du quarantième anniversaire de mai 68 (je sais Dominique, cela ne te parle pas…) dont une des avancée fut le droit des femmes de décider de leur corps et l’ouverture vers une liberté sexuelle chèrement conquise. voilà qui ne manque pas de sel… Au moins on peut mesurer le recul…
    Ceci dit, c’est une nouvelle qui devrait ouvrir des perspective au Docteur T : Que d’hymens à réparée. Allez hop, j’investis mes bénéfices de Total dans des actions de cliniques privées…

  9. dominique dit :

    suis allée y faire un tour, je ne connaissais pas..et effectivement je me retrouve dans son article…désolée Alain…

  10. Docteur T dit :

    Oui, le blog de maître éolas explique le point de droit que cela soulève.

    La réalité juridique est bien loin de la fiction journalistique.

    Ne pas rester à la surface des choses?

  11. dominique dit :

    Désolant que cela fasse la une des journaux..que cette femme soit ainsi en scene, mais ..oui , il y a de cela dans la loi…si quelqu’un est trompé sur l’identité , sur celui qu’il croit rencontrer, alors que ses propres valeurs ne lui permettent pas de choisir autrement..je crois que cette décision est bonne…, il est en droit de s’en plaindre…nous ne ferions pas toute cette affaire s’il s’agissait effectivement de biens immobilier, de choses moins intimes…
    cela ne me choque pas… que les attentes de cet homme soient religieuses ou d’un autre ordre, des lors que la tromperie est là , pourquoi ne pas le respecter ?

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