Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

2 juin 2008

Dati, l’ombre d’un doute…

Filed under: 07 - Justice — iledere @ 5:29

souvenirs des bons momentsSamedi 24 mai, Rachida Dati est venue déjeuner à l’Elysée. Un moment intime, avec Carla et Nicolas Sarkozy, comme il lui arrive souvent d’en avoir, depuis que le monde politique lui tient aussi lieu de vie privée. Le président devinait déjà les inquiétudes de sa ministre. Depuis qu’il ne l’a pas choisie, à la mi-mai, pour figurer dans le petit groupe de sept ministres chargés d’expliquer sa politique, il sait les rumeurs de disgrâce qu’il a lui-même provoquées.

Il n’a pas eu besoin de lui dire quoi que ce soit. Depuis des mois qu’il lui répète : « Tu n’es pas à Disneyland, tu es en politique. Alors bats-toi, et si on t’attaque, tu t’en fous ! », il n’ignore rien de ses angoisses, de ses insuffisances, de sa solitude aussi. En 2004, lorsqu’il l’avait « oubliée » dans la constitution de son cabinet, au ministère de l’économie, il l’a vue s’effondrer en sanglots : « Je veux rester avec vous ! » En 2007, lorsqu’elle assistait au défilé des prétendants espérant un portefeuille, il l’a vue revenir vingt fois dans son bureau lui dire bravement : « Je sais bien que vous ne m’abandonnerez pas. »

Elle le vouvoie même en vacances et persiste à l’appeler « Monsieur le président ». Mais il y a entre eux des secrets bien gardés qui valent les plus longues amitiés. Le 24 mai au soir, lors de la finale de la Coupe de France de football, Nicolas Sarkozy l’a donc placée bien en vue dans la tribune officielle, juste derrière lui.

Cela n’a pas suffi à éteindre les critiques qui s’expriment sur la garde des sceaux. On murmurait déjà sur ses maladresses et sa brutalité, ses robes Dior et ses photos glamour, la faiblesse de ses prestations télévisées, les neuf départs de collaborateurs au sein de son cabinet et sa chute de vingt points en douze mois dans les sondages. Et puisque l’Elysée ne venait pas plus fermement à son secours, des députés UMP ont rejoint ceux de gauche pour l’attaquer.

Le 20 mai, ils avaient déjà noté que la ministre de la justice, contrairement à l’usage, n’était pas montée à la tribune de l’Assemblée nationale défendre le projet de loi de révision constitutionnelle. « Ne l’envoyez pas au front, elle est nulle », avait imploré Edouard Balladur auprès de l’Elysée. A Matignon, la chose a vite paru entendue. Malgré la présence constante à ses côtés de Roger Karoutchi, le ministre chargé des relations avec le Parlement, qui est là pour la « coacher », Rachida Dati ne peut assumer seule un débat. A deux reprises, lors de réunions avec des parlementaires, François Fillon, agacé, a posé sa main sur le bras de sa ministre pour interrompre le flot de ses affirmations cassantes et démentir ce qu’elle venait d’affirmer. Et l’ombre d’un doute est venue ébranler ceux qui, autour du président, la croyaient son intouchable protégée.

Dans son vaste bureau, place Vendôme, où elle picore le déjeuner servi sur une table basse, Rachida Dati, 43 ans, affirme pourtant : « Je ne me suis jamais mise dans la position de favorite. Je ne suis pas une création de Nicolas Sarkozy. Lorsque je l’ai rencontré, mon réseau était fait, lance-t-elle avec ce brin d’arrogance qui exaspère ceux qui la jalousent. Mais je lui suis redevable et je ne veux surtout pas le contrarier. »

Depuis toujours, c’est là sa force. Elle l’imite en tous points. Le soutient toujours. Ne le trahit jamais. Elle reste la seule, au sein du gouvernement, à avoir joué les confidentes auprès de Cécilia Sarkozy lorsque le chef de l’Etat fraîchement élu espérait encore éviter un divorce. Et l’une des rares à être sortie sans dommage de cette proximité avec l’ex-première dame. N’a-t-elle pas rompu avec celle qui l’appelait jusque-là sa « soeur » lorsque cette dernière, à peine divorcée, l’a conviée à dîner dans un restaurant en vue sans la prévenir que Richard Attias serait à ses côtés ?

Pour sa part, Nicolas Sarkozy a toujours balayé les critiques contre sa garde des sceaux. « Que veux-tu, quand je suis entouré de Rama (Yade) et de Rachida, on voit tout de suite que la France a changé », a-t-il expliqué à Brice Hortefeux lorsque ce dernier se plaignait des vacheries distillées par la ministre contre lui. Pour autant, le chef de l’Etat n’ignore plus les réserves que suscitent les ambitions politiques de sa ministre. Cet hiver, malmenée par les magistrats, contestée par les députés, Rachida Dati a laissé courir le bruit qu’elle pourrait être nommée ministre de l’intérieur. Elle s’en défend aujourd’hui tout en souriant : « Les ministres de l’intérieur heureux sont nombreux, pas les ministres de la justice. »

Elle a dû cependant remballer ses aspirations. Quelques grands chefs de la police ont glissé au président qu’une telle nomination serait difficile à faire admettre. Jean-Pierre Raffarin, que le président a chargé de la cornaquer parmi les parlementaires, assure qu' »elle a vite compris qu’elle ne pourrait être une météorite Place Vendôme ».

Sa carrière spectaculaire de jeune magistrate propulsée ministre sur ordre présidentiel continue pourtant de troubler. Au ministère de la justice, la garde des sceaux a d’emblée bousculé les habitudes et les rythmes, y compris sur des dossiers qui réclament parfois du temps et du doigté. Très vite, elle y a gagné un surnom, « la substitut », qui signale autant son niveau dans la hiérarchie judiciaire que son rapport au président de la République, dont elle assume être le parfait relais. Certes, elle a affronté avec cran les manifestations et fait voter sa réforme de la carte judiciaire, malgré les nombreux recours déposés au Conseil d’Etat. Mais maintenant que la popularité du président est malmenée, la partie s’annonce plus difficile. Ne porte-t-elle pas les réformes les plus controversées auprès des parlementaires du mandat de Nicolas Sarkozy : rétention de sûreté pour les criminels dangereux, protection des sources des journalistes, réforme de l’ordonnance de 1945 sur les mineurs, loi pénitentiaire ?

Au coeur même de la chancellerie, son style n’a jamais été tout à fait accepté. « Certains ont mis très longtemps à m’appeler madame la ministre, cela leur écorchait la bouche », sourit-elle comme s’il s’agissait seulement de mépris social. Il y a sans doute de cela. Inexpérimentée dans un monde peuplé d’experts de la machine judiciaire, issue d’un milieu modeste dans un univers particulièrement hiérarchisé, elle aurait pourtant pu choisir de se plonger dans ses dossiers. Elle a préféré s’imposer une discipline de star, sourire constant, minceur extrême et mondanités. Une partie de son cabinet n’y a pas résisté. Mais les effectifs de son service de communication ont doublé.

L’ancienne garde des sceaux socialiste Elisabeth Guigou lui avait glissé : « C’est une fonction qui requiert de la gravité. » Dans le bureau de son service de presse trône en majesté la couverture de Paris Match sur laquelle elle pose, radieuse, en robe rose, collant résille et talons aiguilles. Que des sarkozystes susurrent : « Ce n’est plus une beurette, c’est une fashion victim » la laisse de marbre : « Ils ont cru que j’étais dans le registre de la futilité, mais je m’en fiche. »

« Beurette », Rachida Dati refuse de l’être, faisant mine d’ignorer ces origines que Nicolas Sarkozy ne cesse pourtant d’invoquer. Elle s’est toujours opposée aux revendications communautaires. Le président de la banque Rothschild, Gérard Worms, l’a fait entrer il y a quelques années au Siècle, ce club des puissants. « Au début, on ne m’adressait la parole que pour me parler de la banlieue, jure-t-elle, mais je veux y être et qu’on s’habitue à m’y voir. »

Il y a un mois, lors d’une visite de la ministre à Bruxelles, un collaborateur du commissaire européen Jacques Barrot a cru fin de préciser en lui offrant un café : « Désolé, il n’y a pas de corne de gazelle. » Regard glacial de Rachida Dati et bredouillement du fonctionnaire : « Euh… moi aussi, je suis de là-bas. » La ministre n’a pas fait un geste pour repêcher le maladroit. « Il ne faut lâcher sur rien, dit-elle, ni sur le protocole ni sur le rang. »

C’est aussi la notion qu’elle a de ce fameux « rang » qui lui vaut ses difficultés. Le président a voulu la protéger politiquement en lui offrant de se présenter aux municipales, en mars, dans le 7e arrondissement de Paris, l’un des plus confortables pour la droite. « Il faudra qu’elle découvre les méandres du système parisien », avait alerté le député Claude Goasguen. Il ne croyait pas si bien dire. Rachida Dati se pensait ministre, elle a été parfois accueillie en fille d’immigrés. Dans une section UMP, un militant a doctement demandé : « Pourquoi ne fait-elle pas campagne chez les siens, dans les cités ? »

A peine élue, la ministre a pourtant fermé les yeux sur son score mitigé et évoqué l’hypothèse de prendre la présidence du groupe UMP au Conseil de Paris en précisant : « Le président le veut. » Prudemment, Nicolas Sarkozy a sondé quelques proches, élus parisiens :
« A-t-elle une chance ?
– Aucune : le vote est à bulletin secret, elle n’a aucun réseau et n’est pas aimée. »

Le président a renoncé mais il a aussitôt imposé à ses réseaux parisiens de préparer le terrain à sa désignation à la tête de la fédération UMP de Paris, à l’automne.
Dans ses moments de relâchement, pourtant, Rachida Dati peut abandonner son arrogance apparente et laisser entrevoir ses déchirements. Ce père autoritaire qui ne décroche pas son téléphone si elle a pris trop de retard pour le rappeler. Ces amies d’enfance, revues les week-ends où elle revient dans le pavillon familial à Chalon-sur-Saône, qui réclament « alors, raconte-nous Sarko ! » Et qui, lorsqu’elle élude toute confidence sur la vie privée du président, disent d’un ton plein de reproches : « Ça y est, tu as changé ! » Mais elle reprend sa discipline de fer comme une sauvegarde. Et défoule ses tensions, le matin, en courant « comme le président », autour du Champ-de-Mars, en écoutant en boucle sur son iPod de vieux tubes de Sylvie Vartan.

Raphaëlle Bacqué pour Le Monde (Politique)

4 réponses à “Dati, l’ombre d’un doute…”

  1. zohra dit :

    rachida est jeune et belle profite de lavie bon courage

  2. iledere dit :

    Lu sous la plule de Luc Mandret dans son excellent blog « Ma vie en Narcisse »

    C’est la faute des socialistes …
    Article ahurissant du Nouvel Obs concernant la dernière sortie de la Garde des Sceaux, Rachida Dati. Ou plutôt discours ahurissant de Rachida Dati. En cause, l’annulation du mariage d’une jeune femme, cette dernière ayant menti sur sa virginité. Et pour Rachida Dati, la faute en revient aux socialistes, à l’échec de la politique d’intégration qui a conduit à un repli communautaire, ayant entrainé un abandon des jeunes filles aux mains des grands frères. Rachida Dati semble oublier que la droite gouverne le pays depuis 2002 …

    Mais Rachida Dati a raison ! Et nous pouvons élargir le débat, et lui trouver de nouvelles déclarations stupides à sortir en public sans se ridiculiser.

    Les milliers de morts à cause d’un cyclone en Birmanie ? La faute des socialistes ! Le mauvais documentaire d’Emir Kusturica sur Maradona ? La faute des socialistes ! La collision d’un car scolaire avec un TER en Haute-Savoie ? La faute des socialistes ! Le mauvais temps pluvieux en ce début du mois de juin ? La faute des socialistes ! La hausse du prix du baril de pétrole ? La faute des socialistes ! Le départ de Jean-Pierre Elkabbach de la présidence d’Europe 1 ? La faute des socialistes ! La blessure de Patrick Viera à la cuisse gauche ? La faute des socialistes !

    Et la nullité de Rachida Dati ? La faute des socialistes ?

  3. Lu sous la plume de Denis dans l’excellent « blog de la section de brionne »

    L’Observatoire international des prisons (OIP, association qui défend les droits des détenus) a récemment dénoncé “l’incompétence” du garde des Sceaux Rachida Dati à propos de la surpopulation carcérale.

    En effet, le pourcentage de prisons surpeuplées, selon les dernières statistiques officielles, est de 63 %.

    Or, Rachida Dati, en marge d’une visite à la prison de Luynes (Bouches-du-Rhône) a fait fort, très fort !

    Elle a reconnu qu’il y avait “un problème” de surpopulation dans les prisons mais a affirmé “que sur les 190 établissements que nous avons en France, ils ne sont pas tous en surpopulation. (…) Il y a, je crois, à peine 6% des établissements qui seraient en surpopulation.” Ah bon ? Faudrait savoir !

    Selon les statistiques les plus récentes de l’Administration pénitentiaire il y avait au 1er avril 12.580 détenus en surnombre en France (63.211 personnes incarcérées pour 50.631 places) dans les 231 établissements ou quartiers pénitentiaires.

    Seuls 86 établissements ou quartiers (37%) avaient au 1er avril une densité carcérale inférieure à 100%.

    Tous les autres (63%) connaissent une surpopulation, celle-ci étant supérieure ou égale à 200% dans 18 d’entre eux !

    Pour Patrick Marest, porte-parole de l’OIP, les propos du garde des Sceaux “témoignent soit d’un désintérêt, d’un autisme par rapport à la situation créée par la surpopulation, soit d’un niveau d’incompétence jamais atteint pour arriver à se tromper à ce point sur la situation. On n’a jamais eu autant de détenus et de prisons surpeuplées et c’est à ce moment-là que la ministre se trompe“.

    Elle ne peut pas se désintéresser de cette question, quand même, et puis elle n’est pas autiste, il y a d’autres problèmes mentaux qui frappent certains membres de ce gouvernement, mais pas celui-là… reste l’incompétence… en tant que juriste et pour connaître des personnes qui ont travaillé avec elle quand elle “jouait” au magistrat, je pencherais plutôt pour cette hypothèse.

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