Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

5 août 2008

Fascisme sanitaire

Filed under: 10 - Chronique de la haine ordinaire — iledere @ 4:52

Le blog de l'île de ré... Ce ne serait qu’un nouveau trop long dossier du Point qui justifie encore les réformes scélérates sur la santé, et on commence à avoir l’habitude ; après tout, ce torchon Sarkozyste s’est fait une spécialité dans la légitimation de l’innommable tout en se distinguant par sa constante et infatigable haine de classe.

Mais.
On a mine de rien peut-être franchi une étape importante.
Puisqu’un certain Pierre Le Coz, dont on nous dit qu’il est rien moins que « Agrégé de philosophie, docteur en sciences de la vie et de la santé et vice-président du Comité consultatif national d’éthique » a visiblement décidé de se déboutonner une bonne fois pour toutes et de pousser un chouïa plus loin la logique néolibérale, laquelle se définit paraît-il comme l’affirme un blogueur, par l’ »individualisme, respect de la propriété privée, liberté et responsabilité« …

En l’occurrence, Pierre Le Coz parle effectivement, au fond, de « liberté », oui.
La liberté de crever.

Puisque notre troubadour du si joli Marché Qui Rend Heureux nous assène, catégorique :
« Avec le vieillissement de la population-que l’on n’a pas correctement anticipé-et la multiplication des pathologies associées à l’allongement de la vie, on s’inquiète des dépenses à venir. Nos ressources n’étant pas illimitées, il faut essayer de les répartir de façon plus rationnelle. Aujourd’hui, on est bien obligé d’admettre que, si la santé n’a pas de prix, elle a un coût. Et les médecins doivent désormais tenir compte du prix des médicaments dans leurs décisions. Notre vision va devenir « sacrificielle » : il vaut mieux correctement prendre en charge un père de famille de 40 ans, qui est rentable pour la société, qu’une personne de 80 ans qui n’a plus toute sa tête. C’est évidemment un constat tragique. Mais nous n’avons pas le choix.

On remarquera au passage que Pierre Le Coz n’a rien d’un Simon Aubert : c’est un monsieur cultivé et diplômé, qui a voix au chapitre dans des institutions qui comptent, on pourrait le prendre comme exemple d’un libéral « raisonnable », et d’ailleurs, n’exprime t-il pas ce point de vue (tout de même audacieux, reconnaissons lui cela) de façon pondérée, loin de l’hystérie psychiatrique d’une libertarien ?

Mais Pierre Le Coz, tout censé et raisonnable soit-il, ne nous explique pas moins que le seul critère valable pour juger de la valeur d’une personne, c’est sa rentabilité.
Si on te considère comme rentable, tu as le droit de vivre.
Si tu n’est plus rentable, tu a le droit de crever.

Et oui, en effet, ça va très loin.

Puisque si on tire le fil du raisonnement, ça revient à partager en deux la population entre « utiles » et « inutiles » ; entre deux catégories tranchées dont il sera estimé (ou pas…) laquelle a le droit d’être soignée, et laquelle ne l’a pas.
Poussons encore la logique : tu es en pleine forme et tu travailles ; tu es donc « rentable pour la société ».
Tu as un accident de voiture qui te prive, mettons, de l’usage de tes membres.
Tu deviens de facto inutile pour la société : tu n’est plus un membre productif de la collectivité. La question se pose donc, de façon parfaitement censée et raisonnable, de de laisser continuer à vivre puisque tu est désormais un fardeau pour les autres : il faudra payer pour que tes soins, tes médicaments, ton fauteuil électrique, tes auxiliaires de vie, en somme tu est passé de la colonne « actif » à la colonne « passif ».

Pareil si tu attrapes une maladie longue et difficilement curable.
« Utile ».
« Inutile ».

Et mine de rien, ce que propose Pierre Le Coz, qui est un libéral on ne peut plus censé et raisonnable, en fait, vous avez ce que c’est ?
Du fascisme sanitaire.
Voilà ce que c’est.

Ou les présupposés du néolibéralisme poussés dans ses propres logiques, puisque si on considère chacun comme objet ayant pour but d’être « rentable », il est en effet parfaitement cohérent de décider qu’on doit se débarrasser sans trop d’états d’âmes de celui qui ne l’est plus.

Et c’est ça, la réalité concrète de ce si joli libéralisme dont on nous chante les vertus : la division entre ceux qui auront le droit de vivre, et ceux qu’on va laisser mourir. De ce point de vue Pierre Le Coz est simplement un peu d’avant-garde, voilà tout…

6 réponses à “Fascisme sanitaire”

  1. [...] avions à juste titre, épinglé un article du “Point” sous le titre “Fascisme sanitaire”, où Mr Pierre Le Coz déclarait : Notre vision va [...]

  2. Docteur T dit :

    Entièrement d’accord avec le commentaire de Colette.

  3. bonjour, quel beau message que celui de Colette. Espérons que le mois de septembre va voir les français se réveiller, sinon ils sont morts, pardon nous sommes morts. Debout……. Chantal

  4. Colette dit :

    Bonsoir Alain,

    Merci pour tous les messages que tu nous envoies, pour tous les articles que nous pouvons lire sur ton blog. En un mot : merci pour tout. J’ai, en te lisant, l’impression, d’entendre un vrai socialiste, de nos jours, ce n’est pas si fréquent…

    Mais, hier ton message et l’article qui concernaient l’élimination des vieux, je précise que j’en fais parti, m’a fait réagir très fortement. Vois-tu, je sentais cela venir depuis longtemps. Dans cette société capitaliste, qui ne respecte rien, et qui ne pense qu’à jeter tout ce qui, selon elle, n’a plus de valeur. Comme les êtres humains ne sont que des objets : quand ils ne servent plus…Ils sont bons à jeter…Depuis mai 2007 : plus rien ne me surprend, et surtout pas le mépris. La « racaille » et le «  karcher » sont toujours et plus que jamais d’actualité…
    Je suggère, pour faire encore plus d’économies, qu’on remette en fonctionnement les camps de concentration, il n’est même pas nécessaire de quitter la France, le camp de concentration du Struthof est tout près de nous… Non ce n’est pas du cynisme, c’est du réalisme capitaliste…Je suis de plus en plus convaincue que l’Europe et tout particulièrement la France se dirigent vers le fascisme(1).

    Aujourd’hui, je m’interroge beaucoup sur notre Parti Socialiste. Où est-il ? Va-t-il toujours défendre ce néolibéralisme qui fait tellement de dégâts dans le monde entier ? Où va-t-il enfin se réveiller ? Les hauts responsables de notre parti, auraient-ils honte du socialisme ou seraient-ils transformés en égoïstes préoccupés uniquement de leur sort personnel et qui se moqueraient totalement du sort de tous les pauvres de notre pays, c’est-à-dire du peuple.
    J’ai honte de voir notre France endormie, maltraitée, amorphe, anesthésiée par la propagande des médias et de cette société de consommation qui instille le venin de l’égoïsme de l’individualisme, et qui nous fait oublier complètement toutes nos valeurs républicaines. Nos anciens depuis des siècles, n’ont pas donné leur vie, pour que nous soyons tous à genoux aujourd’hui…

    Heureusement pour moi, l’espoir existe, il est en marche il nous viendra de très loin… J’ai la chance de comprendre et de parler l’espagnol, et grâce à Internet, les nouvelles arrivent par les journaux, par la radio, et par la télévision directement depuis l’Amérique Latine. Je pense que le parti socialiste doit être sourd et aveugle, le tout en même temps… La révolution qui est en marche en Amérique Latine ne l’intéresse pas, sans doute ne comprennent-ils pas l’espagnol au parti socialiste…Le socialisme en espagnol ne doit pas être pour nous…Peut-être ne connaissent-ils pas le Venezuela, la Bolivie, l’Equateur, le Paraguay etc. Je pourrais continuer…Je suis consternée par tant d’indifférence, voire même de mépris. Je suggère qu’ils s’adressent à Danielle Mitterrand, elle leur ouvrira les yeux et les oreilles…

    Quand le parti socialiste s’intéressera enfin au peuple, alors, nous pourrons rêver à un avenir meilleur pour notre pays.

    Amitiés socialistes.

    Colette

    (1) « Toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme. » Albert Camus.

  5. La main gauche dit :

    Soleil Vert n’est plus très loin…

    Enfin, le tri sacrificiel est vieux comme le monde, ça a eu cours sur les champs de batailles pour les blessés, puis les nazis l’ont repris à leur manière bien à eux, méthodique, sans complexe et sans raison… y en a toujours pour prendre leur pied avec ce genre d’idée…

  6. bonjour, tout cela n’a rien de surprenant. Le pire reste à venir. Son modèle Margaret Thatcher, il faut voir comment va la Grande Bretagne maintenant. C’est ce qui nous attend. La santé pour tous, c’était une des fièreté de la France………..Maintenant. Chantal

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