Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

28 août 2008

De l’employabilité à la corvéabilité

Filed under: 06 - Travail-Entreprises — iledere @ 5:44

Le FMI nous recommande d’accélérer. Et, en effet, c’est le moment ou jamais d’accentuer les tendances existantes vers plus de concurrence et plus d’entreprise, ce à quoi la loi de modernisation de l’économie est, comme vous le savez, entièrement consacrée“, cette déclaration n’émane pas d’un chef d’état d’une république bananière d’Afrique, mais de la ministre de l’économie de la France C. Lagarde.

Dans son œuvre bienfaitrice, le gouvernement français n’est pas avare d’efforts pour faire le bonheur du salarié, malgré lui. Par un surcroit de concurrence, il entend davantage de compétition entre les entreprises, mais aussi entre les travailleurs à l’intérieur et à l’extérieur des firmes. Le rêve moite de la majorité UMP serait d’instaurer le contrat unique et la “fléxisécurité” à la française.
En vue d’enterrer le contrat à durée indéterminé (CDI), trop contraignant pour les entreprises, la droite prévoit la mise en place d’un contrat de travail évolutif. En théorie les droits seraient acquis en fonction de l’ancienneté passée dans l’entreprise. Le licenciement serait facilité. Une manière de donner des latitudes supplémentaires aux DRH pour la gestion des ressources humaines. Objectif : le “turn-over” maximum. Cela fait écho aux demandes répétées du patronat qui, dans l’intérêt d’inconscients salariés, exige plus de souplesse dans la gestion du personnel. Idéologiquement c’est la loi de l’offre et de la demande sans aucune entrave.
Du même tonneau, le concept de “fléxisécurité” prévoit une plus grande souplesse dans la mise à l’écart des collaborateurs. Très admiratif du modèle anglo-saxon, N.Sarkozy l’américain* voudrait imposer en France la “fluidité” du salariat d’outre-manche. En pratique, la “fléxisécurité à la danoise” que vante tant le versatile E.Besson demanderait (à prestations égales) de multiplier par huit les ressources des services de l’emploi. Avec l’UMP et N. Sarkozy, impossible.
En réalité, la loi de modernisation de l’économie met en œuvre (faute de contrat unique) la rupture par consentement, qui permet aux salariés et aux chefs d’entreprise de mettre fin au contrat à”l’amiable”. Ce dispositif a pour but d’éviter le recours au licenciement “déguisé”. Néanmoins, il ouvre la voie à de nombreux abus. Dans les sociétés, compte tenu du rapport de subordination, il est fort probable que ces nouvelles réglementations entraînent des dérives arbitraires. Assuré de percevoir des allocations chômages, le salarié est peu enclin à s’accrocher au poste si les pressions sont trop fortes. Au final, c’est une manière de faire peser sur les comptes sociaux les ajustements économiques et financiers des entreprises. Au prix de moindres efforts.
La “corvéabilité” du salarié est au cœur du dispositif du gouvernement de F.Fillon. Les ministres semblent oublier que les entreprises françaises effectuent près de 800 000 licenciements par an. Après consultation de ces chiffres, l’éminent analyste officiel J. Marseille ne pourra plus affublé la France de “dernier pays à économie planifiée après la Corée du Nord et Cuba”.
L’emploi dérégulé est aussi en constante augmentation : en 1996, le nombre d’entreprises de travail temporaire s’élevait à 5 000 et elles comptaient un effectif de 320 000. Ces chiffres sont passés en 2006 à 7 800 pour un effectif de 690 000**.

Par l’argument de l’employabilité, les thuriféraires patronaux souhaitent contraindre les travailleurs à la mobilité. La sociologie du travail semble échapper totalement aux décideurs de ce pays. Comment peut-on encourager l’accès à la propriété pour tous***, c’est-à-dire l’endettement sur 35 ans, et inciter à une chimérique mobilité ? Les employés et ouvriers représentent plus de 50% des travailleurs en France, 70% si on additionne les professions intermédiaires**. De quelles mobilités parle-t-on pour ce type d’emplois et quels niveaux de salaires ? Va-t-on imposer, par exemple, la mutation d’un opérateur de saisie à 350 km de son domicile pour 1 380 euros bruts par mois parce que c’est “moderne” ? Pour un cadre dirigeant, mutation, mobilité signifient (forte) évolution de la rémunération. Il en est tout autrement d’un salarié au dessous de 1,2 fois le smic, pour qui mobilité implique souvent déclassement.
La quintessence de cette vacuité est atteinte par le prospecteur d’avenir J.Attali et son concept évanescent de travailleur nomade. Notion idoine pour un public de cadres aisés captifs, applicable aujourd’hui à 5% des travailleurs et demain, pas au delà du double.
En janvier 2008, J.Généreux, tentait d’expliquer à un parterre de socialistes que la clef de la mobilité pour ceux qui la désirent, c’est la sécurité• . Contrairement aux néo-classiques (fraîchement baptisés libéraux), il estime qu’un environnement économique et légal rassurant pour le salarié motive les mutations dans des conditions moins violentes, moins stressantes.

*En septembre 2006, il déclara qu’il ‘appréciait l’énergie et la fluidité de l’Amérique
** Source INSEE
*** Cf. campagne du petit président
• Employant le terme malheureux de “sécure-mobilité”

Vogelsong pour « Piratage »

Piratage fait partie des « left_blogs »

6 réponses à “De l’employabilité à la corvéabilité”

  1. Philou dit :

    Hier à l’Université d’été, excellent intervention de Filoche, qui malgré sa propension à faire dans le One Man Show, a été brillant…
    Sera-t-il possible d’avoir son discours sur le blog ?

  2. La main gauche dit :

    et le guignol présidentiel en a profité pour se propulser au poste de « président du travail » pour faire oublier qu’il devait être celui du pouvoir d’achat.
    Ben voyons, on va mettre plein feu sur le « travail » parce que pour le « gagner plus » c’est raté !! D’ailleurs le Medef n’en demande pas plus ….

  3. Serge dit :

    Ce RSA était inscrit dans le programme présidentiel du PS, mais la différence fondamentale, c’est qu’il n’était pas question de passer le bouclier fiscal limitant la fiscalité toute confondue à 50% des revenus.

    Ce qui tend à dire, il me semble, pour ceux qui bénéficient de ce bouclier, cet impôt supplémentaire de 1,1% ils le paieront dans un premier temps et leur sera ristourné dans un second temps.

  4. Chris dit :

    @La main gauche

    ++++
    😉

  5. La main gauche dit :

    Le « travailleur nomade »… avec de pareilles trouvailles, il va falloir revenir sur l’interdiction du camping sauvage (ou sur parcelle privée, ça c’est pour chez nous !!).. Plus besoin de construire des maisons à 100 000 euros, une tente sur le parking de l’entreprise suffira amplement…

    Mais la meilleure trouvaille, on la doit à l’âne Martin…une bonne idée, devenue une idée fixe, et le problème avec une idée fixe, c’est qu’on dépense sans compter.. et la dépense est sociale bien sûr…

    L’âne Martin qui a voulu y aller envers et contre tout…
    L’âne Martin, le seul pour avoir refusé de voir qu’il serait forcé de piétiner un champ entier de carottes pour aller croquer celle que lui tendait Sarko !!!
    et on a droit en prime aux larmes de crocodile du Medef versées sur les 1% de taxes pour faire oublier qu’il est tout naturel de donner au croupier quand on a fait sauter la banque !!
    eh oui, même les calculateurs avides ont leur « jour des fous », même point de vue image du monde a son gala annuel de charité, la déforestation son plantage d’arbuste à grand renfort de cérémonie… bref un petit pas pour l’homme dans un grand n’importe quoi d’inhumanité…

    Mais tout va bien, le RSA est arrivé et le pauvre va pouvoir trimé plus et davantage encore, sans lui laisser le choix du labeur bien sûr, et, quand il découvrira que le code du travail a disparu, que les franchises médicales, frais de scolarité et autres augmentations auront tôt fait d’avoir la peau de son RSA et qu’il faut ses 50 Km en vélo pour aller bosser, il pourra toujours choisir de démissionner sans indemnité…

    J’en entend déjà qui crie à l’ingratitude de ne pas applaudir à l’aumône… Ben non, j’ai pas envie !!.. ça doit être à cause d’une idée fixe!!…

  6. Serge dit :

    Dans mon « temps », on parlait de Chef de personnel », c’était « point » toujours marrant, « y en avait » qui se faisait engueuler mais ils restaient dans l’entreprise.

    Maintenant, on parle de « Ressources humaines » et bien sûr du fameux « DRH ».
    Les relations sont presque amicales, presque « copain comme « cochon » , plus de pincement des lèvres en « cul de poule » mais un sourire jovial.

    Mais il ne faut pas se tromper, à la moindre supposée connerie, ce sourire se transforme en couperet et le soi-disant bon employé devient un nul qu’il est urgent de se séparer et sans ménagement, même si le DRH ne le donne pas on ressent malgré tout le « coup de pied au cul ».

    Cette méthode s’appelle le « management moderne ».

    Et avec la réforme du code de travail, malheureusement beaucoup de salariés auront besoin de renforcer leur fond de pantalon.

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