Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

31 août 2008

RSA : les associations dénoncent l’éditorial du Figaro

Filed under: 11 - société — iledere @ 5:11

Le blog de l'île de RéL’éditorial de Yves de Kerdrel dans le Figaro propose vendredi 29 août de supprimer l’aide médicale de l’Etat pour financer le RSA (Revenu de solidarité active). Nouvelobs.com a fait réagir des associations.

Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l’homme (LDH) :

« C’est tellement extraordinaire que cela se passe de commentaires. L’AME est ce qui permet aux étrangers en situation irrégulière d’éviter de mourir faute de soins. Effectivement, il faudrait peut-être réserver le droit de vivre aux Français. C’est une interprétation de la préférence nationale qui va plus loin que ce que le FN lui-même a imaginé. Mettre en balance la lutte contre la pauvreté des Français et le droit à la vie des étrangers, cela relève du cynisme le plus profond.
Il y a une grande diversité de points de vue au Figaro, mais concernant cet édito, je cherche des précédents : le Figaro écrit ce que Minute n’écrivait pas.
La France a déjà été condamnée par le Conseil de l’Europe après une tentative de suppression de l’AME par le gouvernement Villepin en 2005. Ensuite, un deuxième texte a retiré aux étrangers sans-papiers le droit de se soigner normalement : ils doivent se contenter des urgences en cas de nécessité.
Je pense que tout cela est assez révélateur d’un glissement général sur les valeurs que nous observons – même si on franchit là un cap dans le cynisme explicite. En affirmant qu’il faut faire payer les étrangers pour les plus pauvres, on prend le risque d’encourager les attitudes violentes dans certaines franges de la population qui pourraient se tromper de colère. Et je ne peux pas imaginer que le Figaro l’ignore. »

Mouloud Aounit, président du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié des peuples (MRAP) :

« Cet éditorial est un message politique fort. Par ailleurs, il est à mon sens marqué par le sceau de la démagogie xénophobe et de l’irresponsabilité éthique et morale en matière de droits de l’homme. Une fois de trop, les immigrés sont dépeints comme des moins que rien. Une fois de plus, il s’agit de participer à la mise en œuvre d’une véritable concurrence sur le terrain de la solidarité. Les démunis sont montrés du doigt d’une manière telle qu’elle relève d’une inacceptable immoralité. Une telle prise de position renvoie à une immense responsabilité sur le terrain de la santé publique, de l’éthique mais surtout de la protection de la population. Si l’AME n’existe pas, cela revient à exposer l’ensemble des sans-papiers à des maladies pour lesquelles ils ne seront pas soignés. Et a refuser aux plus démunis leur droit légitime à un libre accès aux soins.
Pour ce qui est du coup porté ‘une fois de plus à ceux qui créent des richesses’, je demande à aller voir ce qui se passe dans un certain nombre de secteurs qui, sans les sans-papiers, seraient en faillite (restauration, bâtiments et travaux publics…) ce dont le Figaro, il me semble, doit pourtant être informé.
Ce texte est révélateur d’une gestion idéologique, démagogique, xénophobe et irresponsable. On ne recule désormais devant rien, jusqu’à essayer de structurer la guerre entre les pauvres. »

Pierre Henry, directeur général de France Terre d’Asile :

« Cet édito reflète beaucoup de stupidité et de haine de soi.
La proposition est d’abord particulièrement stupide en termes de santé publique. L’AME est un outil indispensable, et son accès a déjà été réduit ces deux dernières années. Elle s’adresse aux personnes en situation irrégulière, sur le territoire depuis au moins 3 mois, et qui gagnent moins de 600 euros. Ces personnes n’ont pas accès à la prévention, et peuvent souffrir de pathologies assez lourdes. La suppression de l’AME pourrait provoquer la résurgence de certaines maladies qu’on croyait éradiquées comme la tuberculose.
Ensuite, le chiffre cité pour le coût de l’AME (800 millions d’euros) est faux, ce qui est assez étonnant de la part d’un journaliste de ce niveau. Les rapports de l’inspection générale des Finances et de l’inspection générale des affaires sociales de 2007 le prouvent.
Enfin, c’est une régression totale sur le plan moral, devant laquelle on ne peut être qu’effaré. L’édito exprime une position qui est traditionnellement celle de l’extrême-droite. Le président de la République a fait un ‘coup’ à gauche en annonçant un financement du RSA par une taxe sur le capital : les propagandistes du FN réagissent. Je ne pensais pas en trouver au Figaro.
Qui plus est, lier la suppression de l’AME à celle du financement de l’audiovisuel extérieur, comme le fait Yves de Kerdrel, c’est dire clairement : ‘replions-nous sur nous-mêmes’.
Il y a bien d’autres moyens de financer en partie le RSA : pourquoi ne pas créer une taxe sur les jeux de hasard? »


Brigitte Weiser, membre du collectif Réseau éducation sans frontières (RESF)

« Qu’un journaliste du Figaro dise que pour venir en aide aux démunis il faut s’attaquer aux plus démunis, cela m’étonne moyennement. Cependant, je ne pense pas que les Français acceptent ce schéma de pensée. Quand Yves de Kerdrel parle de coup porté ‘une fois de plus à ceux qui créent des richesses’, il faut souligner que les sans-papiers qui travaillent, eux aussi, créent des richesses. Je vois ça plutôt comme une bavure qu’autre chose. En effet, Nicolas Sarkozy vient de faire quelque chose de fort : pour une fois, il prend l’argent là où il faut pour le donner aux démunis. La droite n’apprécie pas. Yves de Kerdrel attaque les précaires là où ils sont les plus précaires. C’est aberrant. »

Solange Odiot, membre de l’association SOS Sans-papiers :

« Crapuleux. Crapuleux. Crapuleux. La suggestion même de supprimer l’AME est scandaleuse en soi. Tout cela commence à devenir fatiguant. La supprimer, c’est demander au corps médical de renier le serment d’Hippocrate! 600 000 à 700 000 sans-papiers cotisent déjà pour alimenter la protection sociale. On met les immigrés à la porte alors qu’ils participent complètement à la richesse du pays. Comment peut-on ainsi revenir en arrière sur les plus grands acquis sociaux, et stigmatiser les précaires ?
Après la désinformation à laquelle on a pu assister sur le RSA, cet éditorial est un véritable appel à la délation. Plus que jamais, il apparaît que le capitalisme s’impose comme la forme la plus avancée du cannibalisme… »

Didier Maille, responsable du service social et juridique du Comité médical pour les exilés (Comede) :

« Manifestement, Yves de Kerdrel est mal informé : l’AME coûte 500 et non 800 millions, selon le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) de 2007.
Sa suppression serait totalement irresponsable en termes de santé publique. D’abord, on augmenterait la dépense, en empêchant l’accès aux soins.
Surtout, supprimer la couverture maladie des plus pauvres parmi les plus pauvres, c’est retirer un mécanisme de protection sociale de l’ordre de la survie.
Il est tout aussi irresponsable de dire que les travailleurs en situation irrégulière ne créent pas de richesses. C’est le contraire : ils cotisent, et ne peuvent être assurés.
Depuis 2002, c’est tous les ans qu’il y a des tentatives pour supprimer l’AME, notamment au Parlement lors du vote des lois de finance. Ce n’est qu’une attaque de plus, mais celle-ci est frontale. »

Jean-Claude Amara, porte-parole de l’Association Droits devants :

« On assiste au sempiternel processus qui consiste à déshabiller Jacques pour habiller Paul. Les travailleurs sans-papiers payent déjà des cotisations sans bénéficier des droits qui vont avec, c’est parfaitement scandaleux. Les demandeurs de l’AME font face à des situations d’extrême précarité. C’est un climat malsain qui s’installe, une compétition à la précarité ou à la richesse. Bientôt, un précaire français se trouvera mis en compétition avec un précaire sans-papiers. L’objectif est clairement de briser les solidarités en encourageant cette logique d’opposition. Yves de Kerdrel n’écrit pas par hasard : il n’y a pas de fumée sans feu. Il pourrait bien être un poisson pilote du gouvernement. »


Propos recueillis par Lucile Bréhaut et Anne-Sophie Hojlo

Merci à PEM36 d’avoir attiré notre attention sur cet article. En ce week-end de’Université d’été, nous sommes moins vigilants…

3 réponses à “RSA : les associations dénoncent l’éditorial du Figaro”

  1. Serge dit :

    Ouf, notre distiguée ministre de l’Economie et des Finances (plus des Fnances que de l’Economie), serait favorable à une baisse de l’ISF, voilà enfin une bonne nouvelle pour nos « riches », c’est le moyen, à leur égard ,de compenser le RSA.
    Il faut aider nos gouvernants, en leur demandant de supprimer tous les impôts aux plus nantis, et on ne parlera plus du bouclier fiscal !

  2. Serge dit :

    Avec Sarko, on peut affirmer que la France a perdu son « AME »

  3. La main gauche dit :

    J’ai de plus en plus de mal à croire au hasard… ce type de pavé dans la marre « idéologique » n’est-il pas lancé simplement pour faire polémique et faire passer Sarko pour un homme de gauche au grand coeur ??? pour faire oublier que son RSA et sa taxe de 1% sur le capital arrive seulement aprés un dé-tricotage social méthodique et sans précédant depuis belle lurette!!

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