Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

30 octobre 2008

A qui appartient Nicolas Sarkozy ?

Filed under: 20 - UMP — iledere @ 5:17

Le blog de l'île de RéDepuis que Nicolas Sarkozy a endossé les culottes courtes de Président de la République, il s’est transformé en gardien du temple de la marque déposée Nicolas Sarkozy. Jamais Président de la République ne fut plus procédurier et ne se complut à ester en justice aussi compulsivement que s’il fût, dans une autre vie, chien de berger.

On se souvient de l’affaire Ryanair, où le président, en récent concubinage avec la Sourdine transalpine, avait fait interdire prestement la campagne de publicité pour la compagnie aérienne parce qu’elle utilisait son image à des fins commerciales sans consentement. On se souvient également des déboires d’Hervé Éon, citoyen mayennais ayant cru bon, s’inspirant d’un tétrasyllabe prononcé avec lyrisme entre vaches et moutons — « Cass’-toi, pauv’ con ! » — de rendre hommage à la prose sarkozyenne en inscrivant sur une pancarte ledit vers pour retourner à son auteur le subtil message. Manifestement, le crime de lèse-majesté a été puni par une amende en espèces sonnantes et trébuchantes qui, par ces temps de vaches maigres faméliques, passeront l’envie à ce fieffé larron d’outrager le président.

Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy poursuit son marathon de conservation de l’image présidentielle : il veut faire interdire un lot de poupées vaudou, d’une confection somme toute basique, tapissées de slogans désormais célèbres (travailler plus pour gagner plus, racaille, et le fameux tétrasyllabe !), et commercialisées à des fins, disons… sédatives. Pour le prix du lot, la poupée socialiste Ségolène Royal est vendue avec. A l’approche du congrès, les coups de gri-gri et les vengeances sournoises peuvent trouver là un exutoire rageur.

Le Président a dépêché sur l’affaire le désormais fameux Thierry Herzog, Prévôt de l’Hôtel royal élyséen, pour conserver l’auguste image du président. Avec aplomb, il lâche pour toute défense un désarmant :

« Nicolas Sarkozy me charge de vous rappeler qu’il a sur son image, quels que soient son statut et sa notoriété, un droit exclusif et absolu. »

Nicolas Sarkozy appartient-il à Nicolas Sarkozy ? Ce n’est pas la première fois que la publicité a tenté d’accaparer la République, qu’il s’agisse de ses symboles ou de ceux qui l’incarnent. Déjà, à la Belle-Époque, et jusqu’à l’aube des années 30, la réclame utilise les symboles républicains et les bobines politiques caricaturées1 pour vendre de tout, du savon, du cirage, des vélos — que l’on appelait encore « cycles ». Jaurès, détourné en ouvrier, vante les mérites du quinquina Dubonnet ; Clemenceau, ceux des bretelles Guyot « que les artisans de la Victoire portent tous ». Au tournant du XXe siècle, Félix Potin lance une opération de promotion : dans ses tablettes de chocolat figureront les 500 célébrités du moment, et le président de la République figure en haut de la pile. Aujourd’hui, ce sont des dinosaures qui se cachent dans les paquets de Chocapic : n’y voyons bien sûr aucune corrélation…

Les hommes politiques d’alors ne s’en émeuvent pas. Ils sont très loin de songer à l’éventualité de poursuites judiciaires. Premièrement, la réclame n’en est qu’à ses balbutiants débuts, et les revenus générés sont trop peu importants pour que les hommes politiques du tournant du XXe siècle y trouvent de quoi compléter leurs appointements. De plus, la publicité participe de l’effort de pédagogie républicaine auxquels ceux-ci sont très sourcilleux. La publicité a en effet été l’une des voies par laquelle la République a pénétré les masses. En outre, la publicité tend à être un échange de bons procédés. A hauteur de leur notoriété, les hommes politiques apportent une plus-value à l’image du produit. En retour, les affichistes, qui les croquent avec une déférence publicitaire dans des positions et des messages consensuels, ne peuvent être que de nature à les rendre sympathiques. L’humour qui caractérise ces affiches n’est jamais grinçant, même s’il peut être un poil impertinent. Ainsi cette affiche de 1935 pour le Cirque Karmah où l’on voit deux groupes d’hommes politiques2 s’assembler pour scier une femme en deux. La femme, même sans bonnet phrygien ni drapé, est aisément reconnaissable comme étant la France. A l’heure où les divisions parlementaires éreintent la vie politique, l’ambivalent message est près d’être sulfureux…

Au sortir de la Seconde guerre mondiale, cette publicité a reflué. Ne restent plus que quelques dessinateurs, tels Sennep, pour croquer les Vincent Auriol ou les Robert Schuman, mais ce sont déjà des dessinateurs de l’entre-deux-guerres, nourris aux vieilles techniques. A l’orée des années 50, l’homme politique n’a plus besoin de vendre des produits. Le produit, c’est lui, et c’est lui qu’il faut vendre3.

S’il apparaît somme toute logique que tout publicitaire utilisant l’image d’un homme public, même eu égard à sa fonction, à des fins commerciales sans que ladite utilisation fasse l’objet d’un contrat rémunéré, soit rappelé à l’ordre par la justice, il apparaît bien hardi de conclure comme Thierry Herzog que le président de la République est le maître absolu de son image.

Il faut ici distinguer, certes un peu artificiellement, l’homme de sa fonction. Personne ne peut se prévaloir de posséder les droits de la fonction présidentielle, et il ne serait pas incohérent que la justice rétablisse dans ses droits un publicitaire qui aurait eu pour idée de faire figurer dans un spot télévisé une écharpe présidentielle se mouvant comme le tapis d’Aladin. En revanche, Nicolas Sarkozy, en tant qu’individu et citoyen français, est maître de sa propre image d’individu. Mais on voit à quel point les frontières entre l’individu et la fonction qu’il occupe sont poreuses. Car en effet, si Nicolas Sarkozy est objet de publicité, n’est-ce pas en raison de sa fonction ? Cette fonction est présidentielle dans le cadre de la publicité Ryanair, ou politique dans le cadre des poupées vaudou. Ce n’est pas faire offense au cher président que de lui signifier que sa personne intime n’est pas plus intéressante que cela.

De la sorte, on comprend mal comment Thierry Herzog peut nager avec une telle aisance dans cet entrelacs poisseux qui poursuit les chefs d’État depuis le Moyen-Age, et qu’avait tenté de démêler Ernst Kantorowicz voici cinquante ans dans Les Deux Corps du Roi. D’autant plus qu’en voulant accaparer son droit à l’image, Nicolas Sarkozy donne la curieuse impression de ne pas maîtriser la sienne. Refuser la caricature, c’est envoyer un bien piètre message à l’opinion publique, celui d’un individu qui a choisi de s’exposer aux regards publics — et ce d’autant plus qu’il doit son ascension à l’attachement qui a été le sien place Beauvau à mettre en scène sa vie privée pour façonner son image, et plus généralement à mettre les médias en coupe réglée — mais qui refuse de s’accommoder des inconvénients. On peut trouver des raisons au fait qu’il refuse d’être le réceptacle en mousse des aiguilles vaudou et des rancœurs recuites. Mais à pousser la logique plus loin, où cela finira-t-il ? Quand Plantu le représente en Iznogoud, nain enturbanné, n’y a-t-il pas là une atteinte à la sacralité de l’image présidentielle que nulle bouffonnerie ne doit écorner ?

Beaucoup de psychanalistes ont adopté Sarko comme un objet d’étude. Refuser d’être croqué par la caricature, n’est-ce pas là la marque d’une difficulté à accepter sa propre image ?

Par Nick Carraway pour son blog « Nick Carraway »

  1. La photographie ne s’intègre pas esthétiquement dans la composition graphique des réclames. []
  2. De gauche à droite :  Henry Chéron (qui touche les pieds de la femme), Édouard Herriot (avec la pipe), ce qui a l’air d’être Joseph Paul-Boncour (avec la tignasse), Georges Mandel (qui se penche sur elle), André Tardieu (avec le fume-cigarette), Pierre Laval (qui lui tient la tête),  Léon Blum (avec les yeux révulsés), pour les autres, je n’arrive pas à trouver []
  3. On consultera : DELPORTE (Christian), « Quand la publicité s’approprie la République », in Images et Politique en France au XXe siècle, Paris, Nouveau Monde, 2006, pp. 43-56, et BACHOLLET (Raymond), LELIEUR (Anne-Claude), Célébrités à l’affiche, Paris, Edita, 1989, 153 p. []

2 réponses à “A qui appartient Nicolas Sarkozy ?”

  1. Serge dit :

    Que le président de la République soit maître absolu de son image, je suis d’accord , dans ces conditions qu’il cesse d’apparaître sur les écrans, et nous en serions « humblement  » reconnaissants !

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