Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

2 novembre 2008

Parlons un peu des RASED

Filed under: 02 - Education — iledere @ 5:51

Le blog de l'île de RéComme je l’avais évoqué dans un article précédent, nous avions quelques inquiétudes quant à l’avenir des RASED. Mais que se cache-il sous cet acronyme dons l’education Nationale est friande? Fabienne a bien voulu témoigner de son travail, de son quotidien et des menaces qui pèsent sur un dispositif indispensable…

Extrait du journal de bord des observations faites en classe par une enseignante spécialisée exerçant dans un RASED :
« Jeudi 23, CP : Juliette aimerait bien écrire son prénom comme les autres mais impossible d’y arriver, pourtant elle est inscrite au soutien et sa maîtresse lui a montré, expliqué, tenu la main, elle l’a encouragée, soutenue. En vain. Elle n’arrive à fixer son attention, parle difficilement et est très fatigable.
Lundi 6, CM1/CM2 : Mélina essaye de suivre la séance de lecture, c’est très difficile car elle n’arrive pas à déchiffrer sans erreurs. Elle finit par inventer les réponses et coche au hasard.
Vendredi 10, CP/CE1 : Cyril ne veut pas s’asseoir, il ne veut pas entendre, il ne veut pas voir, il ne veut pas, il ne veut plus, il n’en peut plus… Alors, il court à quatre pattes sous les tables de la classe en criant.
Jeudi 16, CE1/CE2 : Marguerite veut absolument me parler, elle s’effondre en larmes son papa a tout cassé dans la maison de sa maman. »
./..

En 1990, l’Education Nationale a mis en place les R.A.S.E.D : Réseaux d’Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté (R.A.S.E.D) afin que des élèves comme Juliette, Mélina, Marguerite et Cyril puissent bénéficier d’une aide adaptée quelle que soit l’école où ils se trouvent et pendant le temps scolaire.

Des enseignants, ayant suivi une formation spécifique afin de devenir des maîtres spécialisés dans le domaine pédagogique ou bien dans le domaine rééducatif, travaillent en collaboration avec un psychologue scolaire. Ils conçoivent des adaptations, des aménagements, des remédiations et accompagnent les élèves dans la classe ou en petit groupe ou en individuel, en concertation avec les enseignants, les familles et les élèves. Ils peuvent être amenés à proposer des consultations vers des services de soins, des bilans chez des spécialistes.

Ainsi, Juliette a été orientée en GS vers un centre spécialisé afin de faire un bilan complet, un dossier pour une reconnaissance de handicap s’est ouvert à la MDPH (Maison Départementale de la Personne Handicapée) afin qu’elle puisse bénéficier d’un suivi par un service de soins spécialisés. Elle participe aussi à des séances de travail en petit groupe, pendant le temps scolaire, avec l’enseignante spécialisée en remédiation pédagogique.
Les notions présentées en classe sont abordées différemment, à son rythme et en fonction de la manière dont elle s’en saisit. Cet accompagnement ne s’apparente pas à du soutien du type reprise, il s’appuie sur des techniques très spécifiques comme l’entretien d’explicitation, il fait appel à des données théoriques (stratégies mentales) et à du matériel et des méthodes adaptés (boîte à transformation, figurabilité des lettres, approche kinesthésique, parfois de la métacognition, restauration de l’estime de soi, etc.).

En septembre 2009, le Ministère de l’Éducation nationale a décidé de sédentariser 3.000 enseignants spécialisés dans des classes ordinaires, il serait même question de supprimer des RASED complets dans 10 départements « pilote ».
Jean-Louis Nembrini , Directeur Général de l’enseignement scolaire au ministère de l’Education nationale, a déclaré lors de l’émission « Le téléphone sonne » diffusée sur France-Inter le 27 octobre 2008 : « Pour beaucoup de difficultés, une attention plus personnalisée du maître de la classe peut venir à bout des échecs ou des difficultés que rencontre l’élève. » La mise en place des deux heures de soutien dispensées par le maître est une des réponses du nouveau dispositif d’aide dont parle M. Nembrini. Il déclare : « Le maître de la classe va pouvoir, à son échelle aussi, pratiquer l’écoute, rencontrer l’enfant, différemment, non pas dans sa position de maître, forcément, mais dans sa position de personne de proximité. » Est-ce à dire que la formation et l’expérience accumulées par les enseignants spécialisés se réduit à une position de proximité ? J’en doute…

Fabienne, enseignante spécialisée chargée des aides à dominante pédagogique dans un RASED.

7 réponses à “Parlons un peu des RASED”

  1. Gilles Cunin dit :

    Gilles Cunin La Rochelle, le 8 février 2009
    enseignant.citoyen@free.fr

    Lettre ouverte d’un Enseignant Spécialisé en Rased
    à Monsieur Darcos, Ministre de l’Education Nationale

    Monsieur le Ministre,

    Cette lettre est celle d’un modeste fonctionnaire, enseignant spécialisé en Rased, mais aussi celle d’un citoyen préoccupé par l’état de notre société.

    Instituteur depuis 1982, j’ai fait le choix en 1999 de devenir rééducateur au sein d’un Rased. La loi de finances pour 2009 sonne le glas de ces Réseaux d’Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté. J’ai reçu cette annonce comme un grand mépris de votre part. Décider sans concertation, sans évaluation, la mort de mon métier, c’est me dire que le travail que j’accomplis depuis dix ans auprès des enfants les plus en difficulté est inutile. Le deuxième sentiment qui prédomine est celui d’avoir été trahi par l’institution. C’est pourtant bien l’Education Nationale qui m’a formé (formation de qualité) et délivré un diplôme pour exercer les missions de rééducateur. Je me suis efforcé d’être digne de ces missions. Or, aujourd’hui vous modifiez la règle du jeu en cours de partie. C’est exactement le contraire de cela que je travaille avec les enfants qui me sont confiés.

    Bien entendu, je mesure combien la tâche qui vous incombe est complexe et lourde. Aussi, je cherche à comprendre votre projet pour l’école, à trouver une cohérence aux nombreuses réformes proposées. Pour ce qui concerne les Rased, votre choix initial de les supprimer me laisse pantois. Sans eux, le travail salutaire de remédiation auprès des enfants les plus en difficulté à l’école ne peut plus se faire. Sans eux, l’école se prive d’un précieux dialogue qui souvent, permet à chacun de mieux reprendre sa place d’élève, de parent, ou d’enseignant.

    Plus généralement, comprendre votre projet est un travail difficile car votre discours et vos actes sont souvent discordants. Pourquoi persister dans l’euphémisme de mauvais aloi en parlant de « sédentarisation » alors que vous opérez de fait une « suppression » de notre métier ?
    Comment comprendre vos choix budgétaires drastiques au motif que les caisses sont vides quand, dans le même temps, votre gouvernement trouve la somme extraordinaire
    de 360 milliards d’euros pour « sauver les banques » ?
    Au fond, on a le sentiment que le souci de réaliser des économies est l’habillage dans lequel s’installe une dérive idéologique.

    Il est vrai qu’un projet pour l’école s’insère dans un projet de société lié à des valeurs. Le malentendu est peut-être là. Si je suis devenu enseignant, c’est certes comme beaucoup d’autres pour gagner ma vie, mais c’est aussi un choix relatif à des valeurs humanistes. A cet égard, l’argent n’est pas, Monsieur le Ministre, une valeur essentielle et votre idée de distribuer quelques primes à certains d’entre nous me semble bien mal venue.
    Réformer notre école est sans doute nécessaire, les enseignants ne s’y opposent pas par principe. Toutefois, ils ont un attachement fort aux idéaux républicains. Ces derniers sont malmenés, notre tissu social se désagrège.

    Dès lors, apparaît un autre malentendu: si l’école peut et doit faire beaucoup pour les élèves qu’elle accueille, on ne peut en revanche lui demander de résoudre les
    problèmes d’un monde qui marche sur la tête. Les enseignants de l’école primaire sont souvent de bons pédagogues, mais la pédagogie ne peut pas tout. Comment
    enseigner le respect de soi et de l’autre dans une société où règne la loi de la jungle, dans un système devenu fou où l’économique aurait pris le pas sur l’humain?
    Comment montrer que le chemin de l’effort est celui qui vaut la peine dans un monde marchand qui sollicite en permanence nos enfants, les laissant croire que le bonheur
    se trouve au supermarché? Comment trouver le temps d’enseigner dans la sérénité quand l’institution scolaire presse les maîtres d’accomplir des missions de plus en plus
    lourdes, en multipliant dispositifs, textes réglementaires, réunions, projets, sigles dans lesquels on finit par ne plus trouver de cohérence? Comment retrouver l’indispensable
    temps d’apprendre dans une école qui, perdant confiance en elle, met bien trop souvent ses élèves en situation d’évaluation?

    Aujourd’hui, de nombreuses voix s’élèvent pour vous reprocher un manque de dialogue et une communication souvent teintée de démagogie. On y devine la tentation
    de diviser les enseignants entre eux, d’opposer les fonctionnaires et les travailleurs du secteur privé. Un climat de culpabilisation pèse sur ceux qui ont la chance d’avoir un
    emploi (qui à ce titre, doivent se garder de toute revendication) et sur les chômeurs qui devraient bien finir par comprendre qu’ils sont responsables de ce qui leur arrive.
    D’autres voix encore, vous prêtent le dessein de dépouiller l’Education Nationale pour mieux offrir de nouvelles parts de marché au secteur privé. Enfin, vous semblez négliger
    les travaux réalisés dans le domaine des sciences de l’éducation.

    Je ne peux pas penser qu’un ministre de la République s’engage dans cette voie. A l’heure où l’exclusion sociale gagne du terrain, où la majorité de l’humanité vit dans des
    conditions honteuses sur une planète de plus en plus polluée, il est de votre devoir d’homme d’état de refonder votre projet.

    Dans cette perspective, l’école publique doit demeurer notre bien commun. Un bien qui n’est pas à vendre et qui ne peut se confondre avec une entreprise. Les valeurs
    républicaines que notre école défend et transmet à ses élèves «  futurs citoyens », les savoirs qu’elle dispense, les humains qui y travaillent ne sont pas des marchandises.

    Ce sont ces valeurs de partage, de respect et de dignité retrouvée que nous devons porter ensemble. Vous devez entendre cette aspiration légitime et puissante qui monte
    chez les enseignants, les parents, les citoyens de notre pays.

    Vous pouvez compter, Monsieur le Ministre, sur ma détermination de citoyen à défendre ces valeurs ainsi que sur ma détermination de professionnel à offrir à nos
    enfants un avenir plus souriant.

    Gilles Cunin

    enseignant.citoyen@free.fr

  2. MALOUBIER Nicole dit :

    La disparition des postes de RASED avait depuis longtemps été programmée après hésitation avec ceux des petites sections d’école maternelle. Mais toucher aux classes maternelles est très impopulaire auprès des parents et donc des électeurs.
    Faire disparaître l’aide spécialisée aux plus faibles est plus facile car la population touchée ne se rassemblera pas pour protester ! Il n’est pas aisé de dire « mon enfant est en difficulté, il a besoin d’aide spécialisée. »surtout quand le ministre vous affirme qu’elle est remplacée par le soutien des maîtres de l’école.
    Arrêtons de vouloir nous faire prendre « des vessies pour des lanternes » !
    Cette disparition des RASED n’est qu’une gestion comptable du nombre de postes de l’E.N.

  3. dominique dit :

    la suppression des rased va faire beaucoup de casse, mais on risque de ne le mesurer que dans 8 a 10 ans, c’est à dire quand l’obligation scolaire prendra fin, avec des enfants, ados, sans sortie de secours: inaptes au travail ou en trop grande difficulté pour que l’EN ait envie de poursuivre avec eux….

  4. l’article est sur AgoraVox est provoque beaucoup de réactions…

  5. Le monde.fr dit :

    Sylvie Hue et Brigitte Thily, toutes deux enseignantes à l’école primaire, travaillent à Paris dans un réseau d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (Rased). Dans le jargon de l’éducation nationale, elles sont « maîtres G », c’est-à-dire rééducatrices, et s’occupent des élèves qui connaissent des difficultés d’adaptation à l’école.

    Depuis la fin septembre, elles sont indignées par la décision du ministre de l’éducation, Xavier Darcos, d’amputer ces réseaux d’aides de 3 000 postes sur un total de 11 000. La mesure passe d’autant moins bien que M. Darcos avait, en amorçant en octobre 2007 sa réforme de l’enseignement primaire, promis de « mettre le paquet » pour « diviser par trois l’échec scolaire lourd » en primaire d’ici à la fin de la législature.

    Le lundi 3 novembre a été pour elles une sorte de veillée d’armes, en attendant le rassemblement prévu, mardi 4, devant l’Assemblée nationale, lors de l’examen en séance publique des crédits 2009 de l’enseignement scolaire. Destinée à défendre les Rased, la manifestation, organisée par trois associations de maîtres spécialisés, est soutenue par les syndicats d’enseignants du primaire. « Plus de 94 000 personnes » ont, selon le syndicat SNUipp-FSU, signé la pétition « Sauvons les Rased » mise en ligne le 12 octobre sur son site.

    Sur les 13 500 postes que le ministère de l’éducation a prévu de supprimer en 2009, 3 000 le sont par la réaffectation dans des classes normales de maîtres spécialisés. Ces derniers, jusqu’à présent, travaillent auprès de petits groupes d’élèves, dans plusieurs écoles, en plus du maître de la classe et pendant le temps scolaire.

    Depuis l’annonce de cette décision, le 26 septembre, lors de la présentation devant le conseil des ministres du projet de loi de finances pour 2009, les protestations montent. M. Darcos les met sur le compte de mauvaises interprétations, et récuse toute idée de « suppression » d’emplois : les maîtres spécialisés « seront sédentarisés là où l’on a précisément besoin d’eux, et travailleront dans des équipes pédagogiques permanentes », a-t-il indiqué le 29 octobre à l’Assemblée nationale.

    APPEL À LA GRÈVE

    Selon le ministère, les deux heures hebdomadaires d’aide individualisée aux élèves en difficulté, instaurées grâce à la suppression des cours du samedi matin et dispensées par les maîtres, rendraient inutile l’intervention des Rased. Celle-ci est ailleurs critiquée pour sa dimension « psychologisante ou médicalisante ».

    Mais les professionnels considèrent que la nouvelle aide personnalisée ne peut se substituer à l’action des personnels spécialisés. « Ce ne sont pas seulement des postes qui vont disparaître, c’est un métier ! », s’exclame Brigitte Thily. « Notre force, ajoute-t-elle, ce sont les approches complémentaires. »

    Les intervenants en Rased se rangent en trois catégories : les « maîtres E », qui s’occupent de pédagogie, s’adressent aux élèves qui ont du mal à entrer dans les apprentissages ; les « maîtres G », appelés « rééducateurs » ; et les psychologues scolaires. Tous ont reçu une formation supplémentaire, sanctionnée par un examen spécifique.

    La perspective de suppression des Rased est l’un des motifs de l’appel à la grève des principaux syndicats du primaire le 20 novembre.

    Luc Cédelle

  6. Benjamine dit :

    Vient de lire l article , je suis tres inquiete car sans le RASED comment nos enfants peuvent évoluer , je suis maman donc ma fille à l aide , sans eux je serais perdu et surtout ma fille !!!! cela me fait peur , sans l enseignante spécialisée comment faire ????
    Je suis parent d éléve et je vais poser la question : comment peut on faire pour aider le RASED qu ils ne disparaite pas ,j ai signée la pétition je vais en parlé dans mon entourage .
    De plus l enseignante spécialisée ma beaucoup aider dans mes démarches : ou dois je m adressais ; m aider pour faire mes dossier …….me donner des sites pour ma fille (La Planete des l Aphas ; site le petit chaperon rouge ; des maths …….)
    Et lorsque je dis enseignente SPECIALISEE le mot est dedans la conpétence et là et la méthode , le savoir faire !!!
    Donc il faut les soutenir !

  7. dominique dit :

    On ne s’improvise pas instituteur spécialisée, car il s’agit bien d’une technicité aussi, d’un savoir être et faire avec un enfant en difficulté…ca ne s’apprend pas simplement dans une formation de base, ca prend du temps, et ca suppose une disponibilité, et une envie, un désir d’essayer autre chose, autrement avec un enfant. Ma fille en a eu besoin, en aurait eu besoin mais ..plus de RASED durant des années sur son secteur, donc pas d’aide, et des choses qui n’aurons jamais été faites, comme si seule une éducation specialisée dont elle ne relevait pas non plus selon les tests, aurait dû s’en occuper..il reste qui dans ecs cas là …les parents, seuls….et pour faire partie des « sociaux » ..y’ a pas pire que cet univers pour se placer dans le jugement, la critique …mais l’aide ???
    Cette réforme est un désastre pour les années à venir …pour les enfants à venir…s’ils ne rentrent pas dans le moule …quoi qu’on en dise….et certains instits proposent le soutien le soir, apres la classe normal…comme si un enfant en difficulté ou qui ne veut pas allait avancer avec plus de travail….

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