Sauvons le capitalisme des capitalistes !
Un éditorial intéressant de Frédéric Lemaître (qui fut il y a longtemps journaliste à syndicalisme Hebdo), même si la question « le capitalisme mérite-t-il d’être sauvé ? » appelle de ma part une réponse négative car, même avec de sérieuses régulations, les lois du marché et du profit ne suffisent pas à définir une société priorisant le respect des droits individuels et collectifs de tous les êtres humains dans un développement durable socialement équitable.
F Lemaître semble renoncer à la question du dépassement du capitalisme…
Jacques
Merci Jacques d’avoir attiré notre attention sur cet éditorial qui mérite effectivement une lecture attentive…
Sauvons le capitalisme des capitalistes !
C’est un paradoxe connu : depuis la disparition du communisme, les capitalistes sont devenus les meilleurs ennemis du capitalisme. En s’octroyant des rémunérations insupportables pour l’opinion et en multipliant les parachutes dorés, les dirigeants d’entreprise ont réussi l’exploit de contraindre des gouvernements aussi peu révolutionnaires que ceux des Pays-Bas, de l’Allemagne ou de la France, à légiférer pour mettre un terme à leurs abus.
Rappelons qu’en France les dirigeants du CAC 40 ont gagné en moyenne 4 millions d’euros en 2007, soit environ deux siècles de salaire médian. Et qu’à titre de comparaison le banquier américain John Pierpont Morgan, fondateur de la banque JP Morgan, estimait au début du XXe siècle que le top management ne devait pas avoir un salaire (hors dividendes) qui excède vingt fois celui d’un salarié moyen.
Longtemps moins inégalitaire que les autres pays, la France rattrape son retard. Comme l’a montré, en 2007, le chercheur Camille Landais dans son étude sur l’évolution des revenus en France de 1998 à 2006, « la stagnation du salaire moyen cache de profondes disparités d’évolution dans la distribution des salaires ». Alors que les salaires de 90 % des salariés n’ont progressé que de 4 % durant ces huit années, le salaire moyen du premier centile (les 1 % les mieux payés) a progressé de 14 %, le salaire moyen du premier millième de 29 % et celui du premier dix-millième (soit environ 2 500 personnes) de 51 %.
Comment expliquer ces très généreuses augmentations ? Bernard Esambert, ancien conseiller de Georges Pompidou puis banquier d’affaires, explique, dans un blog que » le phénomène est d’une grande simplicité. Un nouveau patron est nommé à la tête d’un grand groupe. Le comité des rémunérations (ou des mandataires) s’adresse à un cabinet de conseil (il y en a cinq ou six) qui, comme ses confrères, tient à jour la grille des salaires des responsables du CAC 40. Le nouveau patron, prometteur par définition, ne peut entrer dans le bas du tableau. On le situera dans le « premier tiers » du haut. Ce faisant il va décaler toute la grille vers le haut (…) ce qui, lors du prochain examen annuel de la rémunération des autres dirigeants, va entraîner une augmentation générale des salaires jusqu’au moment où un nouvel arrivant va à son tour provoquer l’ascension de la grille ».
Jusqu’ici deux arguments étaient avancés pour justifier cette situation. Premièrement, les riches, en s’enrichissant, faisaient peu à peu progresser toute la société. Variante française : si les meilleurs partent à l’étranger, attirés par des salaires plus élevés et l’absence d’ISF, seuls les médiocres resteront et le déclin du pays s’accélérera. L’augmentation des inégalités d’une part, la récession qui guette la Grande-Bretagne et les Etats-Unis d’autre part, prouvent que la réalité est légèrement plus complexe…
Deuxième argument : les rémunérations sont liées aux performances. Là encore, pas de chance. Non seulement le principe même des parachutes dorés contredit cette affirmation, mais le Bureau international du travail (BIT), organisme où les employeurs ont toute leur place, prouve l’inverse dans l’étude qu’il vient de publier sur les inégalités liées à la mondialisation financière. Les systèmes de rémunération des dirigeants ont « engendré des effets très modérés voire inexistants sur la performance des entreprises (…). Une explication possible des tendances observées est que les dirigeants occupent une position de force dans la négociation avec les actionnaires », explique ce rapport qui démontre également que la globalisation de la finance, en favorisant le capital par rapport au travail, accroît aussi les inégalités.
DES RÉMUNÉRATIONS SOCIALEMENT INJUSTES
Dans la finance, les rémunérations sont encore plus folles que dans le reste de l’économie. Selon le Financial Times (cité par Daniel Cohen dans Le Monde 2 du 18 octobre), les dirigeants des grandes banques internationales auraient touché ces trois dernières années environ 95 milliards de dollars de rémunération… alors que les pertes causées par leurs erreurs sont évaluées à plus de 1 000 milliards de dollars par le Fonds monétaire international. C’est là que la crise actuelle apporte un élément nouveau. Non seulement les rémunérations très élevées sont socialement injustes, et économiquement inefficaces, mais elles sont nocives. En 1937, le président Roosevelt, de nouveau très à la mode, l’avait relevé mais on l’avait oublié : « Nous avons toujours su que l’égoïsme insensible était moralement mauvais ; nous savons maintenant qu’il est économiquement mauvais. »
Quand le bonus d’un employé de banque dépend du montant des crédits qu’il accorde quelle que soit la solvabilité de l’emprunteur, quand un banquier d’affaires touche un pourcentage de la valeur boursière d’une société résultant d’une fusion, même quand celle-ci tourne à la catastrophe (voir Alcatel-Lucent), ou quand une banque d’investissement se rémunère sur les risques qu’elle fait porter aux autres, le système de rémunérations est pousse-au-crime. Il l’est d’autant plus que les revenus des financiers sont tels que ceux-ci sont toujours tentés de prendre – ou plutôt de faire prendre – un risque supplémentaire pour prouver leur supériorité intellectuelle et, partant, justifier ces sommes.
Une des principales réformes à mener serait de contraindre les entreprises à faire dépendre la part variable des rémunérations des résultats réels et non des résultats escomptés. Mais il faut aller au-delà. L’intérêt des dirigeants peut entrer en contradiction avec ceux de leur entreprise. L’Allemagne en offre un exemple frappant. Alors que le gouvernement allemand essaie de limiter à 500 000 euros les rétributions des dirigeants des banques qui entendent bénéficier de son plan de sauvetage, les banquiers ne cachent pas leurs réserves. Josef Ackermann, patron de la Deutsche Bank, a critiqué ce critère, estimant que « les plus habiles (…) iront chercher du travail ailleurs ». Précisons que M. Ackermann gagne environ 10 millions d’euros par an.
A partir du moment où il est acquis que les rémunérations des dirigeants et des professionnels de la finance nuisent à l’efficacité économique et à la cohésion sociale, l’intervention du législateur est légitime. Loin d’être hostile au capitalisme, cet encadrement des plus hauts revenus serait au contraire le plus sûr moyen d’assurer son avenir.
par Frédéric Lemaître



Pas seulement le résultat économique de l’entreprise, mais aussi son état social, devrait influer sur la rémunération des dirigeants…
Il serait bon que nos leaders du PS étudient ce commentaire et si ils se disent tous socialistes, il n’y a pas d’alternative seule une véritable politique de gauche peut corriger ces dérives scandaleuses sur la rémunération de cette bande d’escrocs.
On comprend que ces néolibéraux étaient opposés à toute régulation, et maintenant qu’ils sont dans la m…, c’est nous qui allons payer, car même s’ils ont paumé beaucoup de fric, ils en ont tellement gagné avant cette crise, ils continueront à vivre comme des émirs.
Il faut faire confiance à Sarko même avec ses accents de « gaucho », il mettra tout en oeuvre pour aider « ses frères » de la finance pourrie.