Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

30 novembre 2008

Un climat délétère qui menace nos libertés publiques

Filed under: 11 - société — iledere @ 5:29

le blog de l'île de RéC’est donc en tant que directeur de journal que Vittorio de Filippis a été, vendredi matin, tiré à l’aube de son lit par trois policiers, insulté devant ses enfants – «Vous êtes pire que la racaille» –, menotté les mains dans le dos, embarqué, fouillé au corps à deux reprises, privé d’avocat, retenu dans un commissariat puis dans le dépôt du palais de justice pour se voir finalement signifié une banale mise en examen en matière de presse par une juge, qui disposait par ailleurs de toutes les coordonnées téléphoniques et postales de son journal et de ses avocats.

Deux remarques. La première est qu’au moment où se tiennent sous l’égide de l’Elysée les états généraux de la presse, cette interpellation sans précédent ne fait que s’ajouter à une longue liste d’attaques contre les journalistes. Pas seulement verbales, comme le président de la République avait déjà su le faire, face à Laurent Joffrin, lors de sa conférence de presse du 8 janvier.
Mais des attaques judiciaires également, avec des mises en garde à vue de journalistes et des offensives répétées contre le secret des sources, l’un des piliers de ce métier. Reporters sans Frontières l’a rappelé lors de notre soirée Mediapart/RSF, lundi, intitulée le «Off des états généraux»: la France est en la matière à la traîne par rapport aux autres grands pays européens.

Seconde remarque: nous aimerions savoir combien d’interpellations «à la Vittorio de Filippis» se sont produites ce matin. Car au-delà de l’atteinte portée à la liberté de la presse, les circonstances de cette interpellation semblent malheureusement banales. Tellement banales, que cette violence ordinaire policière n’est plus systématiquement signalée. Les innombrables interpellations brutales de sans-papiers sont, entre bien d’autres, là pour en témoigner. On peut s’habituer à tout, pense sans doute le pouvoir. Mais les deux semaines écoulées montrent que, dans des registres très divers et concernant des affaires pourtant radicalement différentes, le pouvoir et divers échelons de l’appareil d’Etat cèdent à l’hystérie sécuritaire. C’est un choix dangereux qui libère et légitime tous les dérapages policiers et judiciaires.

Les «terroristes» de la SNCF…
C’est le cas dans l’affaire de sabotage de caténaires de la SNCF. Dès le lendemain de l’interpellation de neuf personnes, la ministre de l’intérieur Michèle Alliot Marie délivrait un communiqué triomphaliste décrivant une bande organisée d’«anarcho-autonomes» ayant sombré dans un terrorisme revendiqué. Un scénario était aussitôt donné aux médias, faisant fi des premiers éléments de l’enquête, de la présomption d’innocence et de toute prudence.
Cet emballement gouvernemental devait être très vite démenti par le premier rapport d’enquête, que Mediapart a publié dans son intégralité (pour lire notre enquête et le rapport, cliquez ici). Que dit ce rapport ? Qu’à ce stade, l’enquête n’a rassemblé aucun élément de preuves matérielles; que seul un faisceau d’indices pouvait être reconstitué; que le groupe de jeunes gens, décrit publiquement comme soudé sous la houlette d’un «cerveau», était plus divers voire disparate qu’envisagé. Peu importe: les jeunes gens sont mis en examen pour terrorisme et des écrits – un livre L’Insurrection qui vient – sont brandis par le parquet pour mieux justifier la gravité de l’incrimination.

Dimanche, dans une lettre ouverte, les parents des neuf personnes demandaient simplement: «Que devient la présomption d’innocence?» «Lorsque la cacophonie s’accorde pour traîner dans la boue une poignée de jeunes emmurés, il est très difficile de trouver le ton juste qui fasse cesser le vacarme; laisser place à plus de vérité. Certains médias se sont empressés d’accréditer la thèse affirmée par la ministre de l’intérieur dans sa conférence de presse, alors que les perquisitions étaient en cours: les personnes arrêtées étaient d’emblée condamnées», ajoutaient-ils (lire l’intégralité de la lettre sous l’onglet Prolonger).Lundi 24 novembre, c’est le tribunal de police de Paris qui condamnait l’association Droit au logement (DAL) à 12.000 euros d’amendes pour avoir installé des tentes rue de la Banque, l’an dernier. Condamnation sans précédent, là encore. Le tribunal a réanimé une vieille disposition: le DAL est condamné pour avoir «embarrassé la voie publique en y laissant des objets», c’est-à-dire des tentes.

«La préfecture de police de Paris, à l’origine de l’action en justice, considère donc qu’une tente et une personne s’y abritant sont des « objets »?» s’indigne l’association Médecins du monde qui a été la première, en 2005, à distribuer des tentes aux sans-abri dans Paris. Ce jugement a provoqué la colère de la quasi-totalité des associations impliquées dans la lutte contre l’exclusion. Mme Boutin n’a pas commenté

Prisons pour mineur de 12 ans
Mardi 25 novembre, ce sont les familles des deux jeunes gens de Villiers le Bel, tués l’an dernier lors d’un accident avec une voiture de police, qui demandaient justice. Car depuis un an, depuis les deux jours d’émeutes qui avaient éclaté dans cette ville, l’instruction fait du sur place. Il en est de même concernant les événements de Clichy-sous-Bois en 2005: les familles attendent toujours la fin de l’instruction et la tenue d’un éventuel procès.

Jeudi 27 novembre, c’est le journal La Croix, qui a publié des éléments d’un rapport remis à la ministre de la justice Rachida Dati sur la politique pénale et la réforme voulue par ce gouvernement de l’ordonnance de 1944, pierre angulaire du traitement des mineurs. Que dit ce rapport? Qu’il faut envisager l’emprisonnement de mineurs âgés de 12 ans! Certes, ce n’est qu’un rapport, mais qui en dit long sur l’ambiance qui règne à la Chancellerie. Peu importe que le Conseil de l’Europe ait, en début de mois, dénoncé les conditions scandaleuses des prisons françaises et leur insupportable surpeuplement…

Jeudi encore, c’est à cet activisme gouvernemental que le Conseil supérieur de la magistrature a voulu mettre un terme. Dans un communiqué public, fait rarrissime, le CSM désavoue la ministre de la justice, dénonce sa «mise en cause précipitée» des magistrats dans l’affaire du suicide d’un mineur à la prison de Metz. «S’il appartient au garde des Sceaux d’ordonner une mesure d’inspection, celle-ci doit être décidée et conduite dans des conditions de sérénité excluant tout risque de déstabilisation de l’autorité judiciaire, gardienne de la liberté individuelle», ajoute le CSM.

On attend maintenant les explications de la ministre de l’intérieur concernant l’exécution du mandat d’amener délivré contre le journaliste de Libération. Un excès de zèle d’une magistrate doublé de la brutalité ordinaire de la police? Peut être. Une enquête pourra le dire, si elle est ordonnée.
Mais une enquête ne pourra pas dire comment un climat délétère s’installe dans ce pays, qui fait fi de quelques libertés fondamentales. Et ce climat est alimenté par les déclarations répétées de Nicolas Sarkozy et de certains de ses ministres, toujours prompts à effacer les réalités par des mots et des promesses, toujours prompts à délivrer les pire formules démagogiques.

Par François Bonnet pour « Mediapart »

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8 réponses à “Un climat délétère qui menace nos libertés publiques”

  1. Libé.fr dit :

    Malin comme un Sarkozy. Dans l’embarrassante affaire de Filippis du nom de l’ex-directeur de la publication de Libération appréhendé dans des conditions plus que critiquables, le président de la république a choisi son camp. Ce sera celui de l’opinion quitte, à désavouer ses propres ministres.

    L’affaire de Filippis n’est que la partie émergée d’une lente dérive de nos institutions en terme de libertés publiques. Outre des prisons indignes d’une démocratie qui n’émeuvent et ne font bouger les politiques que s’ils y ont fait un séjour, on découvre désormais des dérives courantes dans l’application des procédures pénales et l’attitude des forces de police.

    En opposition avec Rachida Dati, sa ministre de tutelle qui a évoqué un peu précipitamment une procédure « tout à fait régulière », le premier président de la cour d’appel de Paris, Jean-Claude Magendie, a demandé des explications sur les conditions dans lesquelles a été délivré et appliqué le mandat d’amener. Yannick Danio de l’UNSA Police a reconnu un traitement surprenant et évoque une affaire qui nuit à la police et à la justice. Le syndicaliste prône une très grande transparence tout en rappelant que les policiers ont vraisemblablement agi dans le cadre d’une commission rogatoire.

  2. Nouvel obs dit :

    Le PS et l’UMP ont demandé l’ouverture d’une enquête sur l’interpellation de l’ex-directeur de la publication de Libération pour une affaire de diffamation, qui suscite de très vives réactions.

    La ministre de la Culture et de la Communication, Christine Albanel, a affirmé dimanche 30 novembre qu’elle « souhait[ait] que toute la lumière soit faite sur les circonstances » dans lesquelles l’ex-directeur de la publication de Libération, Vittorio de Filippis, « a été présenté devant la justice » vendredi.
    La ministre formule cette demande « sans se prononcer sur le fond de l’affaire », précise le communiqué.

    « Grave atteinte à la liberté de la presse »
    La première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, a demandé quant à elle à Nicolas Sarkozy une enquête « dans les plus brefs délais ». Le nouveau numéro 1 du PS a souhaité dans un communiqué au Président de la République que « toute la lumière soit faite dans les plus brefs délais sur cette affaire, qui constitue manifestement une grave atteinte à la liberté de la presse et aux libertés individuelles ».
    Elle s’indigne des « méthodes judiciaires inadmissibles dont a été victime » Vittorio de Filippis et lui apporte « tout son soutien » au journaliste et à sa famille « choqués par cette interpellation de toute évidence totalement injustifée ».

    Méthode disproportionnée
    L’UMP, par la voix de l’un des ses porte-parole, Frédéric Lefebvre, a également demandé une enquête. « Le traitement subi par le responsable de Libération, arrêté dans le cadre d’une affaire de délit de presse non passible de prison, parait surréaliste », s’indigne le porte-parole dans un communiqué.
    « La méthode utilisée dans une simple affaire de diffamation semble tellement disproportionnée qu’elle nous parait devoir donner lieu à une enquête. Cette histoire est d’autant plus regrettable qu’elle intervient en pleins Etats généraux de la presse », ajoute le porte-parole du parti majoritaire.
    « Il faut donc en profiter pour mettre à l’ordre du jour de ces Etats Généraux la question des procédures utilisées à l’encontre de la presse par les autorités judiciaires », propose le député des Hauts-de-Seine.

    Mandat d’amener
    Dans cette affaire, qui suscite de vives réactions, le ministère de l’Intérieur a souligné samedi que la police avait été « à la disposition » de la juge d’instruction.
    Une source policière avait indiqué plus tôt samedi que le journaliste aurait « pris de haut » les policiers « irréprochables » venus l’interpeller sur ordre de la juge, après que celle-ci eut délivré un mandat d’amener, le dirigeant de Libération n’ayant pas répondu à une convocation.
    Aujourd’hui directeur du développement du journal, Vittorio de Filippis a été interpellé à son domicile vendredi vers 6h30 par des policiers qui l’ont conduit au commissariat du Raincy (Seine-Saint-Denis), la commune où il réside. Il a été mis en examen au tribunal de Paris par la juge Muriel Josié, pour « diffamation publique » envers Xavier Niel, fondateur du fournisseur d’accès internet Free.

  3. La main gauche dit :

    oups.. »face à plus coriace »

  4. La main gauche dit :

    ben encore, les plateaux télé, pourquoi pas, mais quand on lui parle du PS, au lieu de dire des c…, il pourrait répondre sur Sarko, 6ans de bilan y’a d’quoi faire, il est pas forcé de se laisser rouler dans la farine par 2 ou 3 guignols du PAF, sinon c’est pas la peine d’y aller, c’est sûr !! et à s’demander ce qu’il fera fasse à plus coriace…

  5. Serge dit :

    Je ne me souviens pas quelle candidate il a soutenue ? J’ai un trou de mémoire !!!!!!
    A moins que je ne me trompe pas !
    Certains de nos dirigeants devraient s’éloigner de certains plateaux télé et penser plutôt à organiser dès maintenant une riposte sans merci contre sarko.
    Si on ne réagit pas maintenant, dans trois ans ce sera peut-être tard pour gommer toutes les mesures « scélérates » du pouvoir en place ou il faudra au moins 10 ans.

  6. La main gauche dit :

    … et que dire du Média le plus puissant, la télé, on nous serine à longueur de journée avec « l’absence d’opposition » mais n’est-ce pas plutôt et avant tout « l’absence de critique » qui fait défaut dans le Média le plus puissant, que l’on navigue de tf1 qui ne s’embarrasse plus du tout à France 5 ou Canal+ qui, pour faire bonne figure, se positionnent encore en simple arbitre de parole (en respectant toutefois le 2 contre 1), de Denisot, en passant par Moati ou la matinale (rescapée qui fait encore quelques efforts) … ces gens ne savent plus ce qu’est la critique (sinon ils commenceraient par s’intéresser moins au PS qu’à ce qu’à fait la droite depuis 5 ans)…

    et que dire des invités triés sur le volet soit disant « représentant de l’opposition » dont la qualité première n’est pas d’être offensif… incapable de bousculer l’ordre établi d’une émission, de s’emparer du micro et de défaire ce qui a été préparé et canalisé pour eux…

    L’opposition existe, elle pousse même très fort par la pensée pour que quelques uns s’exprime en son nom… elle attend patiemment un peu plus de critique journalistique et de représentants politiquement incorrects pour la relayer…

    A ce propos, j’avoue avoir encore une fois été déçu… l’intervention de Vincent Peillon d’hier soir dans je n’sais plus quelle émission, un homme plutôt sympathique, peut-être un peu trop, au point de se prendre une bonne douzaine de claques en gardant le sourire ultra-bright et qui dit merci en plus d’avoir pu contribuer une fois de plus au dépeçage en direct du PS!!

  7. La main gauche dit :

    Reporters sans frontières constate que la France détient le triste record européen du nombre de convocations judiciaires, mises en examen et placements en garde à vue de journalistes.

    … mais ce constat devrait certainement s’atténuer avec le temps et une pression de plus en plus experte des chiens de la Sarkosie, s’atténuer tout simplement faute de journalistes, la carte de presse se transformant peu à peu en carte de « porte parole gouvernemental »… et je gage qu’on entendra bientôt en France des trucs du genre : « Désormais, quand il y a une grève en France personne ne s’en aperçoit »…

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