Miasmes d’Ordre nouveau
Superpado avait signalé cette histoire par un lien. Je l’ai lu et je me suis interrogé… Et si cela arrivait dans une de mes classes ? Quelle pourrait être, quelle devrait être ma réaction ?
Je ne suis pas pour une sanctuarisation des lycées, mais tout de même… Cette histoire montre bien le climat qui s’installe dans notre beau pays alors que petit à petit les capacités d’indignation s’émoussent, les seuils de tolérance s’affaissent, bref, nous en venons à accepter l’inacceptable…
Voici donc le récit d’un prof qui a vécu la scène. Ce récit a été confirmé par plusieurs sources… Cette histoire trouvera-t-elle une place dans les journaux télévisés ?
Ecole des Métiers du Gers. Descente musclée de la gendarmerie dans les classes. Je fais cours quand, tout à coup, sans prévenir, font irruption dans le lieu clos de mon travail 4 gendarmes décidés, accompagnés d’un maître-chien affublé de son animal. Personne ne dit bonjour, personne ne se présente. Sans préambule, le chien est lancé à travers la classe. Les élèves sont extrêmement surpris. Je pose des questions aux intrus, demande comment une telle démarche en ce lieu est possible. On ne me répond pas, j’insiste, on me fait comprendre qu’il vaut mieux que je me taise. Les jeunes sont choqués, l’ambiance est lourde, menaçante, j’ouvre une fenêtre qu’un gendarme, sans rien dire, referme immédiatement, péremptoirement.
Le chien court partout, mord le sac d’un jeune à qui l’on demande de sortir, le chien bave sur les jambes d’un autre terrorisé, sur des casquettes, sur des vêtements. La bête semble détecter un produit suspect dans une poche, et là encore on demande à l’élève de sortir. Je veux intervenir une nouvelle fois, on m’impose le silence. Des sacs sont vidés dans le couloir, on fait ouvrir les portefeuilles, des allusions d’une ironie douteuse fusent.
Ces intrusions auront lieu dans plus de dix classes et dureront plus d’une heure. Une trentaine d’élèves suspects sont envoyés dans une salle pour compléter la fouille. Certains sont obligés de se déchausser et d’enlever leurs chaussettes, l’un d’eux se retrouve en caleçon. Parmi les jeunes, il y a des mineurs.
Dans une classe de BTS, le chien fait voler un sac, l’élève en ressort un ordinateur endommagé, on lui dit en riant qu’il peut toujours porter plainte. Ailleurs (atelier de menuiserie-charpente), on aligne les élèves devant le tableau. Aux dires des jeunes et du prof, le maître-chien lance : « Si vous bougez, il vous bouffe une artère et vous vous retrouvez à l’hosto ! »Il y a des allées et venues incessantes dans les couloirs, une grande agitation, je vois un gendarme en poste devant les classes. J’apprendrais par la suite qu’aucun évènement particulier dans l’établissement ne justifiait une telle descente.
La stupeur, l’effroi ont gagné les élèves. On leur dira le lendemain, dans les jours qui suivent qu’ils dramatisent. Ils m’interrogent une fois la troupe partie, je ne sais que dire, je reste sans voix. Aucune explication de la direction pour le moins très complaisante. Je comprends comment des gens ont pu jadis se laisser rafler et conduire à l’abattoir sans réagir : l’effet surprise laisse sans voix, l’effet surprise, indispensable pour mener à bien une action efficace, scie les jambes.
Ensuite, dans la journée, je m’étonne de ne lire l’indignation que sur le visage de quelques collègues. On se sent un peu seul au bout du compte. Certains ont même trouvé l’intervention normale, d’autres souhaitable.
Je me dis qu’en 50 ans (dont 20 comme prof), je n’ai jamais vu ça. Que les choses empirent ces derniers temps, que des territoires jusque là protégés subissent l’assaut d’une idéologie dure.
Ce qui m’a frappé, au-delà de l’aspect légal ou illégal de la démarche, c’est l’attitude des gendarmes : impolis, désagréables, menaçants, ironiques, agressifs, méprisants, sortant d’une classe de BTS froid-climatisation en disant : « Salut les filles ! » alors que, bien sûr il n’y a que des garçons, les félicitant d’avoir bien « caché leur came et abusé leur chien ». A vrai dire des marlous, de vrais durs n’auraient pas agi autrement. C’est en France, dans une école, en 2008.
Ce texte « de terreur canine » illustre à sa façon une « alerte collective » qui concerne les « 9 de Tarnac » et qui se termine par ces mots :Jusqu’à quel point allons-nous accepter que l’antiterrorisme permette n’importe quand d’inculper n’importe qui ? Où se situe la limite de la liberté d’expression ? Les lois d’exception adoptées sous prétexte de terrorisme et de sécurité sont-elles compatibles à long terme avec la démocratie ? Sommes-nous prêts à voir la police et la justice négocier le virage vers un ordre nouveau ? La réponse à ces questions, c’est à nous de la donner, et d’abord en demandant l’arrêt des poursuites et la libération immédiate de celles et ceux qui ont été inculpés pour l’exemple.
Par Velveth pour le blog « Gauche de gauche, Eco-socialisme »
Bientôt la fouille au corps systématique des élèves ? Alors autant s’entraîner tout de suite…
« You can leave your hat on » Joe Cocker



J’ai entendu quelque chose comme cela, mais je ne sais pas si cela se rapporte à cette affaire (classe de BTS) ou ce qui s’est passé dans une classe de Collège à Marciac.
Quoiqu’il en soit, que ce soit sur une demande du chef d’établissement ou une initiative de la police, c’est la méthode employée qui est critiquable…
Que des opération de recherche de produits illicites soient entreprises, que des opérations de prévention soient mise en place, cela ne me choque pas. C’est quand les policiers jouent aux cow-boys, quand les enfants ou les adolescents sont terrorisés par des chiens, humiliés par des adultes que cela m’interpelle.
Dans quel monde vivons nous ?
sans vouloir mettre d’huile sur le feu ….. il me semble avoir entendu que c’était à la demande du chef d’établissement qu’avait été ordonnée cette fouille…
malgré tout, ces fouilles généralisées en plein collège tiennent du western et n’apportent rien si ce n’est pour frapper les esprits mais je ne crois pas que ça aille dans le bon sens, ni en terme d’image pour la police, ni en terme d’efficacité… sans compter qu’en milieu rural, à moins d’être aveugle, y a pas besoin d’entrer dans les écoles ni d’avoir fait de hautes écoles de police pour avoir une petite idée de qui consomme quoi, suffit de traîner aux bons endroits et aux bonnes heures… De plus, il n’y a pas 50 entrées dans un collège, et les contrôles peuvent donc s’effectuer avec au moins autant d’efficacité avant l’entrée et de manière plus ciblée…
Il me semble, sauf cas avéré de délit dans son enceinte, que l’accès au collège devrait être réservé qu’à des approches pédagogiques ou préventives.
et puis je suis passée au cg et j’ai entendu ce vendredi le plaidoyer du consieller général, vice président…
à vouloir soutenir une cause on ne se rend même plus compte qu’on enfonce d’autres portes….: une éleve intelligente en plus… et on en a connu d’autres qui ont fumé mais on terminé avec un parcours brillant…
à se demander si intelligence et réussite sont des cautions à la consommation de hash…..tant pis pour les petits QI….
et ne stigmatisons pas toute une corporation…y’a de bons flics et je suis désolée mais on a aussi besoin d’eux, et dans mon job pour des gosses victimes y’a des flics qui tiennent la route alors pourquoi crier haro sur toute la police comme on le voit dans la presse ici , relayé là…
je ne dis pas le contraire, comme je le souligne il y a des connards partout…voulez vous que je vous raconte des anecdotes d’éducation spécialisée pas drôle du tout, ou de l’éducation nationale ? ( j’en ai des comparables à ceque tu as raconté d’ici) et est ce que le PS va s’en saisir de la même façon ? non…donc ce que je crois c’est que la gauche perd aussi une partie de son temps à monter en épingle des événements locaux identifiables et répréhensibles…par qui de droit…mais que le travail est ailleurs…
@ Dominique
Quoiqu’il en soit, même le ministre de l’Education Nationale trouve cela bizarre…
« Xavier Darcos, ministre de l’Education, s’est étonné mardi 2 décembre « des conditions d’intervention des forces de gendarmerie » au collège de Marciac (Gers), qui a subi un contrôle antidrogue mené par les gendarmes avec des chiens dans une classe de troisième.
Le ministre « s’étonne des conditions dans lesquelles des forces de gendarmerie ont pu pénétrer le 19 novembre dernier dans un établissement scolaire de Marciac accompagnées de chiens dressés à la recherche de stupéfiants« , écrit-il dans un communiqué.
« Il rappelle qu’il existe, dans la quasi-totalité des départements, comme dans le Gers depuis 2006, des conventions de partenariat entre les ministères de la Justice, de l’Intérieur et de l’Education nationale permettant de concilier l’efficacité de l’action judiciaire et le respect de l’intégrité des établissements scolaires où la pédagogie préventive est à l’oeuvre quotidiennement ».
« Lorsque, à la demande de l’autorité judiciaire, la force publique est amenée à intervenir dans un établissement, le ministre demande que cette intervention respecte les termes de ces conventions », ajoute-t-il. »
cqfd qu’il faut de toute urgence organiser des descentes de profs chez les flics !!… …. et qu’on dise encore qu’au PS on n’a pa d’idées !!!
Dire que tout ça c’est fait pour rappeler à une bande d’ex-Lepeniste qu’ils ont bien fait de voter Sarko aux dernières élections !!!!!!
pas du tout, j’ai d’ailleurs eu l’occasion d’en discuter ce midi avec d’autres collegues et parents d’établissements ou cela s’est déroulé sans probleme, et je te prie de garder tes réponses à la ….pour qui tu veux…sachons aussi reconnaitre qu’il y a des cons chez les flics comme partout, mais que ce n’est pas une pratique courante, par contre on voit bien la récupération qui en est faite…
Le problème n’est pas de mettre en avant les contrôles qui se passent dans des conditions correctes. Nous ne sommes pas dans un état policier, tout de même !!! Et pourquoi pas dire merci tant que tu y es… Il faut dénoncer les policiers qui jouent aux cow-boys et les contrôles indécents et inappropriés…
C’est le problème de nos seuils de tolérance, ou notre capacité à s’indigner : sous prétexte que cela c’est bien passé pour ta fille tu en arriverais presque à relativiser des exactions intolérables : élèves en caleçon dans un couloir public, sacs déchirés par des chiens policiers, enfants terrorisés… Tout cela d’ailleurs pour un résultat nul…
En empiétant tout les jours un peu plus dans nos espaces de liberté, l’Etat policier finit par s’octroyer tous les droits, avec le soutien des certains qui n’y voient pas malice, car pour eux » il n’y a pas eu de soucis »…
certes….mais il ne faut pas tomber dans l’exagération…tous les lycées n’ont pas été contrôlés de cette façon…ma fille m’a fait part d’une entrée respectueuse des policiers, sans souci particulier sur ce point dasn son établissement.
Pour ma part, autant je suis d’accord pour condamner les methodes musclées ou irrespectueuses si elles existent , là ou elles existent, autant je ne considère pas anormal d’effectuer des contrôles…aussi surprenant que cela puisse paraitre quand c’est bien articulé…
et puis honnetement je prefère ça que , comme il y a quelques années, des jeunes du cfa qui bossaient dans le batiment avec des employeurs qui les incitaient à travailler au black sur leur RTT, avec enveloppe en liquide, cautionné par aussi bien des éducs de foyer qui aidaient le jeune a aller bosser ce jour que des représentants de cfa qui signalaient peu les absentéismes aux familles …dans ces cas …allez bosser la représentation de loi avec un ado en autodestruction,hors tout… si autour ca le pousse sur la pente avec la bénédiction … bien évidémment …à exploiter avec prudence comme tout fait divers
Pour l’instant quelques échos ce matin sur France Inter, dans Libé et beaucoup plus sur les sites d’infos comme rue 89, les commentaires après l’article nous apprenent beaucoup de choses
http://www.rue89.com/2008/12/01/drogues-faut-il-envoyer-la-police-dans-les-colleges
Bonjour Alain,
La bête immonde n’est pas morte, le pouvoir en place s’attaque à l’école, aux journalistes, aux juges et avocats qui refusent la carte judiciaires et les peines planché, aux syndicalistes, à la télévision public, aux associations des sans abris et j’en passe.
L’article sur la Descente de gendarmes à l’école est reprise dans La Lettre de Jaurès par Olivier Bonnet dans Plume de presse.
Résistance, attention la bête immonde n’est pas morte.
Amitiés Socialistes
Jean-Luc
Les policiers et les gendarmes sont-ils dans leur rôle en faisant rentrer des chiens renifleurs dans une classe pour chercher de la drogue ?
La réponse est oui pour Chantal Firmigier-Michel, la procureure de la République du Gers qui, depuis son arrivée dans le département en 2005, répond positivement à toutes les demandes faites en ce sens par les responsables d’établissement scolaire.
Seulement voilà, les deux opérations conduites la semaine dernière, au CFA de Pavie et au collège de Marciac, n’en finissent pas de susciter la polémique (lire La Dépêche du 20 novembre). La dernière en date en particulier, qui a concerné des élèves de 13 et 14 ans au collège de Marciac.
Le témoignage de Zoé
Zoé, une bonne élève dotée d’une belle plume, raconte : « Un gendarme disséquait mes stylos, un autre le surveillait, un autre qui regardait la fouilleuse qui me fouillait et le reste de la troupe dehors. Ne trouvant rien dans ma veste, elle me fit enlever mes chaussures et déplier mes ourlets de pantalon. Le gars qui nous regardait, dit à l’intention de l’autre gendarme : « On dirait qu’elle n’a pas de hash mais avec sa tête mieux vaut très bien vérifier ! La fouilleuse chercha de plus belle… fouilla alors dans mon soutif et chercha en passant ses mains sur ma culotte !»
Christian Pethieu a donc décidé hier de transmettre ce courrier à la procureure. «De suite après l’exercice, je suis passé dans les classes pour dire qu’un maître-chien viendrait prochainement expliquer comment il travaille. Mais après réflexion, je conçois que l’intervention puisse avoir un côté impressionnant. A l’avenir, il faudrait peut-être revoir la procédure et faire une visite explicative en amont de ce genre d’exercice. »