Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

15 janvier 2009

Crise à droite ?

Filed under: 20 - UMP — iledere @ 5:28

Nicolas Sarkozy n’en finit pas d’énerver sa majorité. Et de bâtir son hyperprésidence aux airs de monarchie. Après une année où il a suscité la grogne des députés UMP en les considérant comme des machines à voter les textes les yeux fermés, mettant au placard le débat au sein de son mouvement (lire notre décryptage de son bilan), après des vœux fracassants aux parlementaires (à visionner ici) au cours desquels il leur a fait la leçon et annoncé la réduction pure et simple de leur pouvoir d’amendement, le président réorganise dans le plus grand flou son gouvernement et son parti.

Vendredi, il a en effet proposé de faire entrer son fils cadet, Jean, 22 ans, dans la direction de l’UMP, au poste de secrétaire général adjoint. Ce fils à qui il a déjà offert un beau fauteuil dans les Hauts-de-Seine (devenu conseiller général de Neuilly en mars 2008, Jean Sarkozy a pris, en juin 2008, la présidence du groupe UMP à l’assemblée départementale). L’intéressé aurait pour l’instant refusé ce poste, que la promotion de Xavier Bertrand à la tête du mouvement, le 24 janvier, laissera vacante.

Côté gouvernement, le chef de l’Etat a inventé le «remaniement rampant», agrémenté de spéculations médiatiques. En décembre, les Français ont d’abord vu arriver le villepiniste Bruno Le Maire au secrétariat d’Etat aux affaires européennes. S’en est suivi un vaste jeu de chaises musicales, l’ancien secrétaire général de l’UMP, Patrick Devedjian, se voyant offrir un ministère de la relance sorti du chapeau, Xavier Bertrand le remplaçant à la tête du mouvement. Aujourd’hui, Brice Hortefeux est évoqué pour succéder au ministre du travail et le nom d’Eric Besson (actuel secrétaire d’Etat à la prospective économique) circule dans les médias pour devenir un des secrétaires généraux adjoints de l’UMP et endosser le costume… d’Hortefeux au ministère de l’immigration.

Des (non-)annonces qui interviennent alors qu’une partie de la majorité grince de nouveau des dents. Le 7 janvier, les sénateurs (de tous partis) ont manifesté leur mécontentement de voir la publicité supprimée avant qu’ils aient pu examiner le projet de loi de réforme de l’audiovisuel public. Quant à la réforme sur le travail dominical voulue par Sarkozy et qui avait divisé la majorité, elle devra attendre: son examen a été de nouveau ajourné, le 6 janvier, à l’assemblée. Il faut dire que le texte ne fait toujours pas l’unanimité au sein de la majorité, et, selon le patron des députés UMP, Jean-François Copé, il passe mal dans les circonscriptions, notamment en province.

«Président touche-à-tout»
Au-delà des parlementaires, certains poids lourds de la droite ne retiennent plus leurs coups contre Nicolas Sarkozy. A commencer par Dominique de Villepin, qui a démarré l’année 2009 en fanfare. Renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris pour son rôle supposé dans l’affaire Clearstream – dans laquelle Nicolas Sarkozy est partie civile –, l’ancien premier ministre de Jacques Chirac s’est livré, vendredi 9 janvier, dans les médias, à un véritable réquisitoire à l’encontre du président et de sa politique.
«L’hyperactivité n’est pas suffisante, ce qui m’intéresse, moi, c’est l’hyperefficacité», a-t-il lancé, vendredi matin, sur LCI, appelant de ses vœux «un président capable de hiérarchiser les problèmes et de se consacrer à l’essentiel» et non «pas un président touche-à-tout (…) qui ne répond pas aux questions des Français, pas plus d’ailleurs que des journalistes
Dans une interview au Parisien, vendredi également, Dominique de Villepin s’attaque au plan de relance du président, estimant que «ses effets risquent d’être trop lents, d’avoir peu d’incidence sur l’emploi et au bout du compte de n’être pas utiles pour notre économie !» et que «si l’on vise un effet rapide, privilégions le logement».

«Aujourd’hui on est dans la réforme tous azimuts, mais surtout dans la dispersion de l’effort, affirme l’ancien premier ministre. Nicolas Sarkozy dit: « A force d’écrire que j’en fais trop, au moins on ne se pose pas la question de savoir ce que je fais. » Selon moi la vraie question est la suivante : fait-on bien ce qu’il faut faire et est-ce efficace?» Au passage, Dominique Villepin égratigne «les 15 milliards du paquet fiscal», cité, avec «les 35 heures», «comme le fardeau d’initiatives idéologiques» que «nous supportons».

C’est sans doute la «rupture» promise par Nicolas Sarkozy que l’ancien locataire de Matignon juge le plus violemment. «Il y a deux miroirs aux alouettes dans le débat actuel: la rupture et la réforme tous azimuts. Ce qui compte, c’est la bonne réforme. Avec pour seules questions : quelle politique, quel coût, quelle efficacité? Nous ne pouvons pas tout faire. (…) Rien n’est pire que le sentiment de conduire la réforme avec des arrière-pensées politiciennes.»

Les piques de Juppé
Sur LCI, il estime que Nicolas Sarkozy doit reprendre «contact avec la réalité nationale» et se rendre «compte qu’il ne suffit pas de passer d’un sujet à l’autre, d’une image à l’autre, qu’il ne suffit pas de regarder la superficie des choses et qu’il faut traiter les questions en profondeur». En cause, selon lui, «la multiplication des réformes» engagées par le chef de l’État, qui, selon lui, «ne sont pas de nécessité immédiate, comme la réforme de la justice et de l’audiovisuel».

Rejoignant les prévisions des socialistes (Laurent Fabius notamment) et de François Bayrou, Dominique de Villepin évoque «les Français [qui] souffrent dans leur vie quotidienne, sur le plan économique et social» et explique que «s’ils ont le sentiment que l’action ne produit pas de résultats, il y a effectivement le risque d’une radicalisation». Et l’ancien premier ministre de dénoncer clairement l’hyperprésidence de Nicolas Sarkozy : «Je comprends qu’il soit tentant de vouloir rester seul maître du jeu en divisant pour régner, mais c’est dangereux. Il est très important au contraire de rassembler pour agir.»

Autre sujet sur lequel Dominique de Villepin monte au créneau: les libertés publiques. Il dénonce «des mesures qui peuvent conduire à une régression des libertés publiques», citant les exemples des réformes de l’audiovisuel public («C’est une erreur de vouloir faire nommer le président de France Télévisions par l’Elysée»), de l’instruction («une erreur de vouloir supprimer le juge d’instruction sans la contrepartie d’une indépendance du parquet») et des droits des parlementaires («Ce serait une erreur de réduire le pouvoir d’amendement des textes de loi par les parlementaires»). Selon lui, il existe, là aussi, «des risques de réactions extrêmement vives».

Autre style, autre méthode pour Alain Juppé, qui préfère les petites piques discrètes aux salves médiatiques. Lorsque l’un de ses fidèles, le député de Dordogne, Daniel Garrigue, a claqué la porte de l’UMP, Alain Juppé s’est contenu: «J’ai appelé [Daniel Garrigue] pour lui dire que je pouvais comprendre, expliquait-il le 13 décembre au quotidien Sud-Ouest. Mais je suis dans une disposition d’esprit qui ne me donne pas envie de m’engager dans une démarche critique vis-à-vis du président de la République. On traverse une véritable situation de crise. Ce n’est pas le moment de ficher la zizanie.»

«Ce n’est pas le moment», mais le maire de Bordeaux ne s’en prive pas, truffant son blog d’allusions ironiques visant Nicolas Sarkozy. Dernière en date, ce vendredi : « »Omniprésident ou roi fainéant »… Quel que soit le niveau de responsabilité, on ne peut donc résister à la tentation d’un bon mot, même quand il est injuste, inélégant, et surtout inutile.» Dans son billet de vœux 2009, l’ancien chef de l’UMP ne peut s’empêcher de souhaiter «une année de mesure, de modération, de conciliation, d’équilibre, toutes vertus qui, je le reconnais, ne courent pas les rues. Faut-il pour autant renoncer à les cultiver?» Sa prise de distance avec Nicolas Sarkozy depuis l’été est claire (lire notre décryptage).

Dans les médias, pourtant, le maire de Bordeaux détourne habilement les perches tendues, assurant que la présidence de l’Europe assurée par Nicolas Sarkozy «a joué un rôle très positif», évitant de répondre sur la disparition annoncée du juge d’instruction, car il «ne connaî[t] pas le contenu de la réforme», ou s’efforçant de justifier le manque de débat au sein du mouvement, lui qui vient d’être élu, en décembre, à la tête de l’UMP Gironde: «Un parti politique qui soutient le Président a toujours du mal à exister. Il ne s’agit pas de dire « Amen » et passer pour des godillots, mais il faut se méfier des idées qui peuvent générer les querelles.

Marine Turchi pour MediaPart

Encore un peu de Floyd , « another brick on the wall »
[youtube=http://www.youtube.com/v/m3aIQyL9Mh0&hl=fr&fs=1]

9 réponses à “Crise à droite ?”

  1. mutuelles dit :

    La danse du marteau de la Sarkozie et de l

  2. […] dans le rôle du “bon” Xavier Bertrand,  qui a pour rôle de dédramatiser… Il comprend le mouvement de grève qu’il estime […]

  3. bonjour Ce président qui veut tout régler tout seul où presque, et avoir un mot sur tout…..Depuis hier, lorsque les israéliens bombardent des hopitaux et des dépôts de nourriture de l’ONU silence!!!!!il y a longtemps que beaucoup de gens avait vu tout cela arriver, malheureusement la plupart ne voient pas plus loin que le bout de leurs chaussettes. Un jour ils vont se réveiller et alors là……Attendons 2012 en espérant qu’il ne soit pas trop tard. Au risque de me répéter encore ne faisons pas comme les anglais qui trop attendu pour réagir et qui ensuite se sont trompés…..de bonne foi….nous avions tous cru en Blair. Nous n’aurons pas le droit à l’erreur car il serait très facile pour le ou la futur président(e) de continuer sur la même vague sous pretexte qu’il »n’y a plus d’argent ». La France est riche, mais voilà pour un petit nombre de privilégiés seulement. Je précise que je deteste la violence, d’où qu’elle vienne, mais maintenant nous la subissons sur tous les fronts.
    Il nous reste à espérer que Mr. Obama ne nous decevra pas lui aussi.

  4. Belgo4.0 dit :

    si on veut bien l’admettre, le caractère National de la droite est en train de se durcir : Hortefeux au Travail, Besson à l’Identité Nationale (je l’ai entendu parler du « vivre ensemble » comme un membre de la Secte…qu’est ce que nos principes de vivre ensemble sinon nos principes républicains)

    Ce qui est sinistrement amusant, avec la Droite, c’est que leurs principes sont soit non-écrits, soit inverséss (tels que « La Réforme », « travailler plus pour gagner plus », « la sécurité »).

    La droite ou l’inversion du sens des mots ET le durcissement des attitudes.

    Je te repose ma question : à ton avis, comment sortir de là ?
    le Belge

  5. La main gauche dit :

    @ Serge.. la faucille, je ne sais pas, mais des faux nez de tous bords prêt à nous jouer un p’tit air d’union nationale avec leurs petites mines proprettes, au cas où le p’tit nerveux dévisse… les avantages fiscaux, le contrôle des médias etc, etc… ce serait dommage, il faut donc prévoir l’éventualité et quelqu’un qui votera quelques alloc’ au bon moment pour faire avaler tout le reste.

  6. Renée dit :

    François Fillon a annoncé aujourd’hui que le taux du livret A passera de 4% à 2,5% au 1er février tout en précisant qu’il serait «réexaminé» en fonction des évolutions de l’inflation.
    François Fillon avait pourtant annoncé hier soir que l’Etat n’amortirait pas la baisse mécanique du Livret A.
    L’arbitrage semblait opposer l’Elysée et Matignon d’après des informations du «Monde» citant des sources à l’Elysée et au ministère de l’Economie.
    Bref, tout se fait dans l’unité et la cohérence…

    « un pas en avant, deux pas en arrière… » le refrain commence à être connu…

  7. Serge dit :

    Il ne manque plus que la faucille pour « couper » quelques têtes.

  8. La main gauche dit :

    … en d’autres termes, il vient le temps de calmer les ardeurs des plus avides pour ne pas risquer de tout foutre en l’air….

  9. La main gauche dit :

    La danse du marteau de la Sarkozie et de l’enclume de la Chiraquie, le problème étant que le marteau provoque des vibrations, et trop de vibrations pourraient bien finir par fissurer quelques beaux hotels particuliers Parisiens, ces lieux de plénitudes confraternels et de mixité, émirs, chefs d’états africains et autres poids lourds de la finance et du pouvoir, le marteau assure à ces mêmes gens l’accélération de leurs richesses et l’enclume se manifeste à l’heure qui convient pour assurer à temps la promesse de la pérénité de ces nouveaux acquis.

Laisser un commentaire

Plate-forme de blogs du Parti socialiste | Propulsé par Wordress Mu | Articles (RSS) et Commentaires (RSS)
Sauf mention contraire, le contenu de cette page est sous contrat Creative Commons Creative Commons