Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

17 janvier 2009

Symptômes totalitaires d’une démocratie malade (2)

Filed under: 20 - UMP — iledere @ 6:25

Après la première partie, la deuxième…

Abolition de la séparation des pouvoirs

Depuis mai 2007, le président de la république française exerce des fonctions qui s’étendent bien au-delà des prérogatives que lui confère la constitution. Il est devenu le véritable chef de l’exécutif, il reste le patron de l’UMP et il est sur le point de contrôler la télévision publique.

Il est consternant de constater à quel point ces gens qui se disent journalistes ont entériné comme allant de soi la mainmise de l’Elysée sur Matignon. Le premier ministre est aux ordres du secrétaire général du président de la République, lequel nomme les ministres, corrige ceux qui osent s’écarter de la ligne politique qu’il impose, convie certains à une réunion hebdomadaire dont la finalité est de toute évidence de recadrer l’action gouvernementale et décide des mesures que le gouvernement doit appliquer pour répondre aux difficultés que l’actualité fait apparaître.

Qu’il s’agisse de la crise financière, des décès de sans-abris, de l’hôpital psychiatrique ou des ventes d’automobiles neuves, le président de la république a le monopole de la décision, de l’annonce et de la présence médiatique. Le ministre censément compétent dans le domaine du jour est systématiquement relégué au rôle de sous-officier, au garde à vous, deux doigts sur la couture du pantalon ou du tailleur.

Et lorsqu’un membre du gouvernement, emporté par son zèle à plaire à son grand chef vénéré, provoque un léger remous médiatique susceptible d’altérer l’aura dudit grand chef vénéré, celui-ci intervient pour tancer son zélateur et montrer à la foule qui est le maître.

Faut-il que la constitution de 1958 ait, depuis son adoption, autorisé de multiples dérives de l’Elysée, pour que si peu de pseudos journalistes ne s’émeuvent de la grande dérive actuelle, qui voit Sarkozy contrôler avec une main de fer l’ensemble de l’exécutif. Eux qui sont si prompts à invoquer l’exemple de “nos voisins européens” pour justifier telle ou telle réforme dans les domaines de l’immigration, du temps de travail ou de l’éducation, pourquoi cessent-ils de recourir à cet argument du mimétisme communautaire s’agissant des prérogatives du chef de l’Etat ?

Cet oubli est pour le moins regrettable, car la France est le seul pays de l’Union Européenne où le premier ministre – ou son équivalent : chancelier, président du Conseil – n’est pas, n’est plus, le chef de l’exécutif. La France est aussi le seul pays européen où le président a fait adopter par le législateur une révision de la constitution pour s’arroger le droit d’intervenir devant députés et sénateurs.

De fait, se confirme progressivement dans ce pays une dérive grandement dommageable pour la vie démocratique des institutions : le pouvoir législatif est de plus en plus subordonné au pouvoir exécutif et par conséquent au bon vouloir de son véritable chef, Sarkozy, lequel, au gré des faits divers, ordonne à tel ou tel ministre d’improviser un projet de loi et aux parlementaires de le voter, même si pour ce faire le calendrier des deux chambres doit être modifié. On voit à quel point volontarisme peut rimer avec despotisme.

Mais souvent l’exécutif aux ordres ne prend même pas le soin de sauver les apparences. Bien des décisions de nature législative sont prises sans que le législateur n’ait seulement été informé. Dernier exemple : la reconnaissance des diplômes supérieurs de l’enseignement catholique (1), fait inédit depuis 1870.

Qu’importe : dans leur très grande majorité , les médias s’accordent à vanter “l’autorité” du président de la république, qui se voit ainsi encouragé dans son projet de contrôle total des divers rouages de l’Etat.

Sarkozy désigne le nouveau président de l’UMP ? La plupart des journalistes y voient l’indice que le chef est bien le chef, oublient de relever que les adhérents de ce parti n’ont pas été consultés et insistent sur le contraste avec le principal parti d’opposition, où le pugilat a récemment prévalu, certes, mais où le droit de tendance existe.

Sarkozy désignera les futurs présidents des chaînes de télévision publiques, autre incongruité dans le paysage politique européen ? La plupart des journalistes y voient la volonté de “mettre fin à l’hypocrisie” et oublient de mentionner que la taxe de 3% des recettes publicitaires des télévisions privées à destination des chaînes publiques est finalement divisée par deux, ce qui profitera en premier lieu à un membre éminent du fratriarcat sarkozyste, Martin Bouygues.

Sarkozy exige que l’auteur d’un crime soit sévèrement puni ? La plupart des journalistes restituent ses propos sans s’offusquer qu’un président de la république s’octroie le droit d’intervenir dans une sphère judiciaire où il n’a constitutionnellement rien à faire.

Bref, l’ensemble du pouvoir politique aux mains d’un seul et au profit de quelques uns : nous y sommes presque. Et la majorité n’y voit nul motif de s’émouvoir.

(1) voir le Canard enchaîné du 24/12/2008

… A SUIVRE …

Lire la première partie : la dictature du patronat

Sur cette série, ce sera the Kinks... »A well respected man »

2 réponses à “Symptômes totalitaires d’une démocratie malade (2)”

  1. Exec T dit :

    La condamnation à mort de Louis Capet est la conséquence de son acte de trahison envers son pays.

    En 1789, il n’est pas question de couper le cou au roi, juste de lui rogner les ailes.
    Les conventionnels veulent une organisation politique à la mode monarchie parlementaire.

    le roi, preuve qu’il n’y a pas de réelle animosité envers lui, dispose d’un droit de véto.
    Il en usera tellemnt qu’il ganera le sobriquet de Monsieur « Véto » ce qui ne va pas arranger sa cote.
    Ensuite il y aura l’affaire de la correspondance avec les puissances étrangères pour le remettre sur le trône et restaurer l’ancien régime ; la fuite ; l’arrestation à Varennes…

  2. louis dit :

    On n’est plus en République mais dans une monarchie élective.
    C’était déjà écrit dans la Constitution de la V ième , en particulier à partir du moment où le chef de l’État a été élu au suffrage universel direct.
    Mais « grâce » à Sarkosy, on y est totalement.
    Que le Parlement soit godillot, ce n’est pas nouveau. Mais désormais, ce sont toutes les institutions qui doivent l’être et … qui le sont!
    Rappelons nous que la monarchie s’est terminée par la Révolution , et qu’un Roi a été décapité.

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