Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

18 janvier 2009

Symptômes totalitaires d’une démocratie malade (3)

Filed under: 20 - UMP — iledere @ 7:00

INSTAURATION D’UN ETAT POLICIER

L’ensemble du pouvoir aux mains d’un seul – Sarkozy – et au profit de quelques uns – son fratriarcat patronal : pour être réalisé, un tel projet aura pour corollaire un arsenal répressif sophistiqué. Contrôler, réprimer, isoler, ficher, dénigrer, falsifier, manipuler, mentir … les outils répressifs ont pour matériaux les personnes physiques et le langage commun. L’œuvre obtenue est une norme, à laquelle chaque citoyen doit se conformer : norme de comportement dicté par le pouvoir de la police, norme de discours obligé par le pouvoir des médias amis. Ainsi se forge le bon citoyen d’un Etat autoritaire : celui qui ne cesse de se taire que pour approuver.

Le sentiment d’insécurité : un affect à cultiver

On supprime par dizaines de milliers des postes de professeurs et d’infirmières, mais on ne supprime pas des postes de policiers ou de surveillants de prison, bien au contraire : ce sont des métiers d’avenir. En effet, quand on est parvenu, au fil du temps, à rendre commune la conviction selon laquelle la sécurité est le premier des droits et l’insécurité la première des préoccupations, on prolonge cette primauté obtenue chez les citoyens dans l’appareil étatique et on donne priorité au renforcement des administrations qui ont des missions de sécurité.

Priorité pourrait être donnée à la prévention, mais ce faisant on détrônerait la sécurité au profit de l’éducation et on encouragerait ainsi le citoyen à appréhender le monde non plus par ses affects mais par sa raison. Autrement dit, on risquerait de le rendre critique. Car ce qui est visé avec la primauté donnée à la sécurité, c’est bien moins la réponse à une réalité avérée – qu’elle soit minimisée ou amplifiée – que l’entretien d’une approche émotionnelle du réel : l’important n’est pas le crime, l’important est la peur qu’il provoque. En favorisant le maintien d’un sentiment d’insécurité général, on cultive l’approbation populaire de la répression et de ses excès, on légitime l’instauration d’un Etat policier.

L’Etat délinquant

Dès lors, l’illégalité pourra tout aussi bien être le fait de ceux qui sont chargés de la réprimer : gardes à vues excessives, chefs d’inculpation abusifs, contrôles en milieu scolaire, intrusions dans la vie privée, fichages en tous genres, conditions de détention honteuses… Un Etat policier est par essence un Etat délinquant.

560 000 gardes à vue en 2007. 54% de plus qu’en 2002. Cette évolution n’a rien à voir avec la criminalité. Elle s’explique par un mésusage de plus en plus fréquent de la garde à vue, souvent perçue par la police comme une façon de punir avant jugement ou « d’attendrir la viande », c’est-à-dire d’obtenir une plus grande coopération de la part de la personne gardée à vue. Elle s’explique aussi par le fait que, depuis février 2007, « le nouveau taux d’efficacité de l’activité policière est calculé en fonction du nombre de gardes à vue » (1).

Explosion du nombre de poursuites pour « outrage à agent », « rébellion » ou « incitation à l’émeute ». Le seul fait d’exprimer votre désapprobation, même avec courtoisie, lors d’un contrôle d’identité, peut vous valoir d’être traîné en justice avec ces trois chefs d’inculpation sur le dos. Ne vous étonnez pas en revanche si les policiers se permettent de vous insulter ; nombreux sont ceux qui estiment en avoir le droit.

La fin de l’année 2008 a vu aussi l’apparition d’une forme nouvelle de répression : les fouilles collectives en milieu scolaire. A Marciac dans le Gers (2) comme à Vendres dans l’Hérault (3), la police ne fait pas dans le détail : dans un cas, toutes les classes sont visitées et les élèves auprès desquels s’arrêtent les chiens renifleurs subissent des fouilles corporelles ; dans l’autre cas, on aligne face au mur du collège tous les enfants qui descendent des bus. Point commun aux deux événements : intimidations et railleries grasses à souhait de la part des policiers. Le chanteur Daniel Guichard, père d’un collégien de Vendres, a eu beau s’offusquer de tels procédés et protester auprès de la ministre de l’intérieur, il est resté minoritaire au sein des parents d’élèves. Bilan de ces deux opérations : 32 grammes de haschich. Quel triomphe !

Nouvelles formes de panoptisme

Dans « Surveiller et punir », Michel Foucault décrit ainsi la configuration du « Panopticon » de Jeremy Bentham : « à la périphérie, un bâtiment en anneau ; au centre, une tour ; celle-ci est percée de larges fenêtres qui ouvrent sur la face intérieure de l’anneau ; le bâtiment périphérique est divisé en cellules, dont chacune traverse toute l’épaisseur du bâtiment ; elles ont deux fenêtres, l’une vers l’intérieur, correspondant aux fenêtres de la tour ; l’autre, donnant sur l’extérieur, permet à la lumière de traverser la cellule de part en part. Il suffit alors de placer un surveillant dans la tour centrale, et dans chaque cellule d’enfermer un fou, un malade, un condamné, un ouvrier ou un écolier. (…) Autant de cages, autant de petits théâtres, où chaque acteur est seul, parfaitement individualisé et constamment visible » (4).

La configuration du Panopticon, conçu à la fin du XVIII ème siècle, induit une nouvelle forme de gestion des groupes sociaux qui s’écartent de la norme promue. Le panoptisme suit un protocole fixe : atomiser la foule en « une collection d’individualités séparées » (5) ; convaincre chaque personne isolée qu’elle est en permanence visible ; la dissuader ainsi de dévier de la voie qu’on lui trace ; obtenir dès lors la conformité à la norme par l’autocensure.

Avec Bentham, le panoptisme était architectural : il ne se concevait que dans une occurrence carcérale. Avec Sarkozy, le panoptisme est tout à la fois biométrique (fichage ADN), électronique (transactions par cartes bancaires, vidéosurveillance, conversations téléphoniques, GPS) et numérique (courriels et sites web visités).

« Le nombre de personnes fichées ADN est passé de 4 500 à 717 000 en 10 ans et augmente de 30 000 par mois » (6). Le refus du prélèvement peut valoir à son auteur 1 an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende. Mais le fichier biométrique n’est qu’un des 40 fichiers quotidiennement mis à jour par les services de l’Etat. On a trop vite crié victoire après l’abandon du fichier Edvige. Il reste bien d’autres fichiers, bien d’autres atteintes à la vie privée, bien d’autres captations abusives de données individuelles sans la moindre garantie quant à l’usage qu’il en sera éventuellement fait.

L’intérêt pour la police d’un tel panoptisme est clair : disposer en permanence d’un stock de suspects potentiels dans lequel on puisera prioritairement à chaque nouvelle affaire. Mais le risque afférent est désormais vérifié : ce faisant on glisse de la présomption d’innocence à la présomption de culpabilité. Sous couvert de prévention des crimes et délits, on constitue ainsi une collection d’individualités potentiellement coupables, avec des sous-groupes catégoriels à surveiller. De l’enfant en difficulté au malade mental en passant par le sans-papiers, de la naissance à la mort, la même surveillance bureaucratisée, le même panoptisme moderne. À quand le retour du livret ouvrier ?

Quant à la presse d’information traditionnelle, c’est hors de nos frontières que l’on trouve une expression lucide et libre de ce qui se passe chez nous – exception faite des journaux satiriques hexagonaux du mercredi. Dans l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, Ullrich Fichtner a écrit que la France « est aujourd’hui le sujet de compte rendus dont certains rappellent l’Amérique du Sud des années 1970. Après une visite des prisons françaises, le commissaire européen des droits de l’homme, Thomas Hammarberg, ne s’est pas contenté de trouver « inacceptable » la situation carcérale ; il a également reproché à la politique judiciaire française d’agir en contradiction avec les « droits humains fondamentaux ». Cet été, pièces justificatives à l’appui, Human Rights Watch a brossé un sombre tableau des procédés de la police française, jugés brutaux, et notamment de ses méthodes d’interrogatoire. Il se passe en France quelque chose de tout à fait inquiétant » (7).

En effet. Certains ont cru pertinent, au lendemain des dernières élections présidentielles, d’affirmer que Sarkozy avait mis hors d’état de nuire le Front national et son président Jean-Marie Le Pen. Sarkozy a certes éliminé un adversaire. Mais il y est parvenu en s’appropriant intégralement ses thèses. Son élection marque l’achèvement de la lepénisation des consciences. La majorité des citoyens a désormais intégré qu’un Etat policier devait étendre son emprise sur la vie de chacun, quitte à dire adieu à quelques droits fondamentaux.

(1)  : Le Canard Enchaîné du 10/12/2008, page 4
(2)  : La Dépêche du Midi du 20/11/2008
(3)  : Midi Libre du 16/12/2008
(4)  : IIIème partie, chapitre 3, TEL/Gallimard, 1993, page 233
(5)  : ibid, page 234
(6)  : « Communiqué suite au procès de Thomas », 30/09/2008, refusadn.toulouse.ouvaton.org
(7)  : Courrier international du 18/12/2008, page 12

… A SUIVRE … Olivier Pagès dans Betapolitique
Lire également :
1ère partie : la dictature du patronat
2 ème partie : Abolition de la séparation des pouvoirs

Je vous l’avais promis.. The kinks « you really got me »
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3 réponses à “Symptômes totalitaires d’une démocratie malade (3)”

  1. Anglade dit :

    Pas de pb. Bon courage dans les luttes. RA

  2. hello Raphael..
    Il fallait lire, avant hier le billet N°1 ou Olivier pagès était cité en entête… Mais effecTivement je vais l’ajouter sur le billet N°3

    amitiés

  3. Anglade dit :

    Hello Ile de Ré.

    Merci de vous intéresser à Betapolitique, et bravo pour vos papiers, que nous reprenons nous-même souvent. Ce serait quand même gentil quand vous reprenez les textes, de citer l’auteur et la source. En l’espèce, Olivier Pagès, Betapolitique.

    A bientôt

    Anglade

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