Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

26 février 2009

La cigarette de madame Tiberi

Filed under: 07 - Justice,20 - UMP — iledere @ 6:15

le blog de l'île de RéXavière est comme ça. Quand elle en a assez de répondre aux questions pénibles, elle s’en va fumer une petite cigarette. Le président a eu le malheur ou l’élégance de lui permettre cette liberté, à la grande fureur d’un avocat des parties civiles.
Me Comte a eu deux mots : « Quelle complaisance ! » Le président l’a pris de travers, « le tribunal saura s’en souvenir, maître ». Antoine Comte veut seulement s’ôter d’un doute : « A-t-on jamais vu une audience où la prévenue peut s’en aller fumer pendant qu’on l’interroge ? » Non, mais ce n’est pas une prévenue, c’est madame Tiberi, et Dieu sait si elle a déjà des soucis.

Les Tiberi ne sont plus assez nombreux pour former le dernier carré : ils sont deux. Anne-Marie Affret, fidèle d’entre les fidèles, première adjointe du maire du 5e arrondissement depuis 1984, a compris mardi 24 février qu’elle n’appartenait plus au clan. Hésiter, c’est trahir, et Mme Tiberi ne lui a pas envoyé dire qu’elle n’était plus son amie. C’est peu, mais peut-être suffisant pour faire basculer l’audience.

Ainsi va le procès des faux électeurs du 5e arrondissement ; ces trois semaines n’ont pas apporté de révélations sur un dossier vieux de quinze ans, mais une page se tourne, celle des années Chirac, avec celle des années Tiberi. Les époux s’accrochent avec une obstination qui force l’admiration, en dépit d’un dossier épouvantable. La terre s’effondre sous leurs pieds, mais c’est la terre qui ment.

Onze prévenus attendent depuis le 2 février que la 16e chambre correctionnelle du tribunal de Paris les fixe sur leur sort, il manque quelques exécutants et beaucoup de poids lourds de la vie municipale parisienne, sauvés par la prescription. Les positions sont à peu près tranchées désormais, et la confrontation générale, mardi 24 février, n’a qu’insensiblement fait glisser les lignes de front.

D’un côté les sous-fifres de Mme Affret. Deux bénévoles RPR, puis Annick Mercier, sa secrétaire, qui murmure, « On m’a rendue malhonnête, on m’a fait écrire des choses, je reconnais ma faute, mais j’ai subi des ordres. » On lui a aussi trouvé un appartement, fait observer le procureur, et trois cartes du RPR.

Patrick Mondain, ensuite, « homme à tout faire » de Mme Affret. Il a lui aussi, sous la dictée, rempli de fausses demandes d’inscription sur les listes, parce qu’il était soumis. « Mais qu’est-ce que c’est que ces hommes soumis ! explose Anne-Marie Affret, qui ne lui arrive pas tout à fait à l’épaule. Je ne leur mettais pas le couteau sous la gorge, quand même ! »

De l’autre, les fifres. Jean-Charles Bardon, « maire postiche » du 5e, comme il s’en régale lui-même, de 1995 à 2001 quand Jean Tiberi est devenu maire de Paris, qui n’en finit pas de déglutir son chapeau. Il ne savait rien, n’a rien vu, « j’étais dans mon bureau et j’essayais d’en sortir le moins possible ». A côté de lui Jacqueline Mokrycki, aussi grise que Jean-Charles Bardon est transparent ; elle est entrée à 17 ans comme secrétaire à la mairie du 5e, Jean Tiberi, toujours maire de l’arrondissement, a tout fait pour sa carrière, elle est aujourd’hui sa directrice de cabinet et n’a vraiment rien remarqué de suspect.

Deux hommes se sont mis à table. Raymond Nentien, le secrétaire général de la mairie, mis au parfum dès 1991 des fraudes par son prédécesseur, Claude Comiti. Il a découvert en 1994 qu’elles étaient massives et n’a tout raconté aux gendarmes qu’en garde à vue en 2000. « Les ordres venaient de plus haut, de M. Tiberi, je ne pouvais rien faire, j’aurai été laminé », il exhorte son maire, élu de la République, à reconnaître la vérité devant la justice de son pays, « ce serait votre honneur ». « Je n’ai pas de leçon de morale à recevoir de vous », laisse tomber, glacial, le maire.

M. Nentien est appuyé pour l’essentiel par Olivier Favre, le chef du bureau des élections, et la fraude ne fait aucun doute. Les gendarmes ont isolé 196 faux électeurs pour les années 1994-1997 mais ils n’étaient que trois pour contrôler 41 500 électeurs, et ont très vite buté contre la prescription. Ils ne doutent pas que les faux électeurs aient été plusieurs milliers, qui votaient RPR contre un service, un emploi, une place en crèche ou un logement. Raymond Nentien a trouvé dans les archives un premier faux électeur dès 1977 : un Casanova, cousin de Xavière.

Le pivot du procès reste Anne-Marie Affret, que les Tiberi ont tiré d’embarras quand elle était dans le malheur et qui s’est mouillée pour eux comme personne. Elle avait reconnu des bouts de son écriture pendant l’instruction et guère plus, mais peste dans les couloirs du tribunal « contre ces hommes, excusez-moi monsieur, qui n’ont pas de couilles ». Elle s’est jetée à l’eau lundi 16 février et a reconnu qu’il existait bien un système de fraude, qu’elle a rédigé et fait rédiger de fausses attestations avec la complicité de Raymond Nentien. Elle s’efforce depuis de ne pas impliquer les Tiberi, mais le grand écart devient difficile et Mme Affret n’est pas une femme très souple.

« Ce que j’ai sur le cœur je l’ai dit, a expliqué mardi la première adjointe. J’ai pris mes responsabilités ; je ne suis pas à l’origine de tout cela. Que ce soit pour les faux électeurs ou par la mairie du 5e, je n’ai jamais pris d’initiative ». Xavière la fusille du regard. « Je ne décidais de rien, a repris Mme Affret, encore moins des faux électeurs. Ça existait quand je suis arrivée, j’ai continué, c’est tout. S’il y a des personnes qui se sentent responsables, qu’elles le disent elles-mêmes ».

C’en est trop. Raymond Nentien avait répété que Jean Tiberi avait « deux bras droits » à la mairie, mesdames Affret et Tiberi, l’épouse du maire n’étant pourtant ni élue ni fonctionnaire. Anne-Marie a bien dû le reconnaître. « J’étais très présente, les autres élus avaient une profession, je travaillais beaucoup, monsieur le président. Jean Tiberi me donnait des instructions, c’est normal, c’est le patron, c’est le cerveau, forcément ». Puis plus loin, « Tout ce que je faisais à la mairie, c’est Jean Tiberi qui me demandait de le faire ». Elle a expliqué qu’elle ne parlait pas des faux électeurs, et essayé de ne pas aller trop loin mais c’était trop tard, et Mme Affret est trop fine pour ne pas l’avoir calculé.

« Je m’occupais des crèches, et j’avais un rôle plus politique, il fallait voir les commerçants, les médecins, des fois Mme Tiberi me disait, Jean pense qu’il faudrait aller faire ça ou ça… »
– C’est pas vrai, la coupe Xavière. Je ne donne pas d’ordres.
– Mais ce n’était pas un ordre, juste une transmission, sourit Mme Affret.
– Je conteste formellement, rugi Mme Tiberi, pas mollement, formellement. Devant tant de mensonges, je suis obligée de m’insurger, ce sont des mensonges éhontés.
– Je ne suis pas une menteuse, dédramatise Mme Affret, je n’ai rien dit de mal, on était toujours ensemble, Mme Tiberi me disait…
– On n’était pas toujours ensemble.

Mais Mme Tiberi, je n’ai rien contre elle, nous sommes amies…
– C’est pas vrai, tranche Xavière. Mes amis, ce sont des amis d’enfance, chez qui je passe le réveillon et avec qui je déjeune le dimanche. Je cloisonne, avec le travail. Oui, madame Affret est une amie, mais pas une amie d’enfance. Rien n’est plus doux que le nom, rien n’est plus rare que la chose. Mme Affret n’est pas une amie avec qui je passe le réveillon de Noël, par exemple
».

Anne-Marie Affret est sciée. Elle, une menteuse éhontée ? Xavière Tiberi l’a rejeté presque malgré elle dans le camp de l’ennemi. Mme Affret n’a pas été plus loin mardi, mais elle l’a sur le cœur, et le procès ne se termine que le 4 mars.

Il reste des tas d’autres points obscurs. Le président Jean-Paul Albert a dû être bénédictin dans une vie antérieure, puis douloureusement réincarné en juge d’instruction à Créteil, et il a un goût très sûr pour les lectures à voix haute de procès-verbaux longs comme la Genèse, qui ont le mérite de permettre aux prévenus de reprendre leurs esprits et à la salle de se rendormir.

Cela ne fait guère l’affaire des avocats de la défense qui font monter graduellement monter la pression pour assommer un témoin sous ses propres contradictions. Ainsi pour Olivier Favre, le chef du bureau des élections, passé sur le grill pour savoir si Jean Tiberi était ou non présent le soir, quand la mairie était fermée, lors des très suspectes opérations de tri des cartes d’électeurs en 1994 et en 1997.
Le point est décisif pour Me Thierry Herzog, l’avocat du maire, qui assène à Olivier Favre la lecture de ses neuf auditions et de ses neuf versions différentes, constamment interrompu par un président ravi d’exhumer une pièce qui avait échappé à son zèle exhaustif. Me Herzog fait un flop.

Pierre Haïk bondit à la rescousse, pour la défense de Xavière, avec cette rage contenue qui donne toujours l’impression qu’il vient de se faire marcher sur les pieds. Il a une pièce solide : les carnets du gardien de la mairie, accusé d’être un fainéant et qui piqué au vif, a entrepris de noter les heures d’entrée et de sortie de tout le personnel.

Mme Tiberi n’est ni venue ni partie de la mairie du 5e pendant tout le mois de mai 1994, preuve qu’elle n’était pas nuitamment à cette opération de récupération des cartes électorales.
C’est pourtant l’une des rares choses qu’elle a reconnu, mais l’avocat triomphe. Jusqu’au moment où l’on se rend compte que son listing est tapé la machine, ce n’est donc pas celui du gardien. Des gendarmes peut-être ? Où sont les scellés ? Les avocats bourdonnent, il va être 19 heures, on verra demain, et l’affaire fait pchitt.

Les Tiberi sortent, leur avocat sous le bras, et rentrent chez eux, place du Panthéon. Il fait nuit, il fait froid, et les époux songent avec amertume que la patrie, aux grands hommes, n’est plus tellement reconnaissante.

Franck Johannès pour le blog de Pascale Robert-diard « chroniques judiciaires »

Allez ça s’imposait : « la mauvaise réputation » revu et visitée par Sinsémilia… Je n’aime pas trop les reprises mais celle là, j’en suis sûr, le « Grand Georges » l’aurait appréciée…
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