Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

30 mars 2009

La gauche réformiste à l’épreuve du capitalisme total

Filed under: 13 - PS — iledere @ 6:00

La nature du capitalisme moderne, qui s’appuie sur une dissociation du social et de l’économique, a remis brutalement en cause les postulats de la social-démocratie traditionnelle. Ce « capitalisme total », qui ne peut mener qu’à des impasses, invite la gauche à repenser en profondeur les structures économiques et notamment l’entreprise. C’est à cette condition que nous pourrons apporter des réponses à la hauteur de la crise actuelle…

La crise que connaît aujourd’hui notre système économique va bien au-delà de déterminants purement conjoncturels : elle interroge les fondamentaux d’un capitalisme qui a pris progressivement sa forme actuelle à partir des années soixante-dix.

A cette époque, le régime de croissance fordiste a connu un essoufflement définitif dont les causes étaient tout autant sociétales (aspiration à l’émancipation individuelle et critique de plus en plus forte des modes d’organisation du travail) qu’économiques (efficacité décroissante des modes de production).

Le système fordiste – qui devait moins à la philanthropie qu’à la convergence d’intérêts – était fondé sur l’imbrication entre les préoccupations sociales et économiques – à travers des compromis sociaux et des politiques redistributives.

La crise de ce système a laissé place à un système d’une tout autre nature. En prolongement des analyses de Karl Polanyi qui analysait le « désencastrement de l’économie par rapport à la société », en rupture avec les sociétés traditionnelles, le capitalisme qui a émergé au cours des trente dernières années a reposé sur une dissociation totale entre l’économique et le social.

Les entreprises, pour des raisons d’efficacité économique, se sont alors centrées sur la seule poursuite d’une rationalité maximisatrice : celle de l’accroissement des profits. Ce repositionnement les a conduites à se dégager largement de la prise en compte des effets sociaux et environnementaux de leur activité.

La rationalisation des politiques de recrutement des firmes offre un exemple de ce changement radical et de ce recentrage, source d’exclusion de nombreux individus.

En érigeant la rationalité maximisatrice en valeur cardinale et en seul critère de jugement des comportements ou des politiques publiques, ce système monolithique porte en lui le risque ultime d’éradiquer tout système de valeurs ou tout dispositif qui s’appuierait sur des objectifs de solidarité jugés « sous-optimaux » par rapport aux finalités économiques.

Dès lors, l’Etat-providence, qui était au cœur du système fordiste, se trouve contesté dans sa légitimité. Et – ne soyons pas naïfs – le capitalisme moderne, dans sa radicalité, ne s’accommode pas plus d’un Etat-providence « rénové », la situation de la Suède n’étant – hélas – pas un contre-exemple si l’on en juge par les concessions successives et croissantes qu’ont dû faire les gouvernements suédois par rapport à la logique du capitalisme moderne.

La collectivité et les pouvoirs publics sont en effet confrontés à une tension croissante. Alors que le système économique se réduit à la poursuite d’une rationalité purement économique et engendre des externalités sociales et environnementales négatives qu’il ne prend pas en charge, la collectivité est face à un dilemme insoluble : elle n’est pas nécessairement dotée d’outils adaptés pour gérer ces externalités croissantes (notamment l’exclusion sociale) et voit son rôle contesté si elle prend en charge ces externalités, le coût économique lié à cette prise en charge étant jugé insupportable par les acteurs économiques.

Et ne nous méprenons pas : le renforcement de l’efficacité de la sphère publique, présenté comme un compromis entre la sauvegarde de la cohésion sociale et la préservation de la compétitivité des entreprises ne peut être un compromis durable compte tenu de la radicalité de l’antagonisme avec les intérêts des firmes et des marchés financiers.

Dès lors, la profonde crise de sens que traverse la social-démocratie, partout en Europe, est une résultante logique. En effet, la social-démocratie, dont l’imbrication de l’économique et du social est le credo, devient une simple incantation face à une logique radicalement opposée. Tout au plus, des espaces réduits de compromis existent mais ceux-ci ne sont que temporaires et donc très fragiles. L’économie sociale et solidaire offre également des perspectives à creuser mais y voir une solution relève malgré tout de la gageure.

Nous ne pouvons plus surestimer la puissance de la social-démocratie, nous contenter d’en appeler à sa « rénovation » et oublier que celle-ci reste subordonnée à la nature du capitalisme auquel elle est nécessairement adossée. Dans ces conditions, la social-démocratie traditionnelle n’apparaît que comme une forme historique qui n’a été rendue viable qu’à la faveur des concours d’opportunités et d’intérêts qui ont marqué le régime dit « fordiste ».

De ce point de vue, si éclairantes soient les analyses de Pierre Rosanvallon et de la « deuxième gauche », elles sont marquées d’une forme de naïveté au regard de la radicalité du capitalisme moderne.

A côté de cela, la propension qu’ont d’autres à avoir un discours plus radical mais à se contenter de propositions souvent conjoncturelles ou simplement redistributives n’est pas moins une impasse…

L’effort intellectuel qu’appelle la crise actuelle est ainsi considérable.

Le capitalisme total appelle une réflexion en profondeur sur les structures économiques. Nous devons notamment développer une vraie réflexion sur l’entreprise en tant qu’institution. Celle-ci ne doit plus être considérée comme un objet tantôt fantasmé, tantôt idéalisé ou comme une boîte noire dont nous ignorons le fonctionnement interne, en centrant classiquement notre réflexion sur ce que les économistes appelleraient les inputs (les facteurs de production) et les outputs.

Nous devons penser l’entreprise en son sein, du point de vue de la distribution primaire des revenus et de la démocratie. En effet, comment accepter que les promoteurs du capitalisme total se fassent les avocats d’un marché omniprésent sauf au sein de l’entreprise (ce qui serait synonyme de démocratie interne, au profit des salariés) ?

Nous avons été trop nombreux à considérer l’entreprise comme un « no man’s land intellectuel », préférant en appeler à la redistribution et à la collectivité afin de réparer les dégâts du capitalisme. De la sorte et de façon paradoxale, nous avons, malgré nous, pris acte des logiques du capitalisme total, fondé sur des firmes déresponsabilisées et totalement ou presque étrangères à leur environnement et à la société. Or, comme nous l’avons vu, ce schéma n’est pas viable car les pouvoirs publics ne peuvent réparer seuls, a posteriori, ces dégâts et prendre acte de l’irresponsabilité des entreprises. Nous devons changer la logique même de fonctionnement de l’entreprise pour y introduire des exigences sociales et environnementales, agissant ainsi en amont.

Le capitalisme total n’étant viable ni socialement, ni économiquement, ni écologiquement, la gauche réformiste a le devoir d’engager une telle révolution.

A ce stade, nous ne devons pas avoir peur de conclure nos propos par des points d’interrogation, plutôt que par des propositions toute faites, dont l’ambition est souvent bien trop modeste comparée au diagnostic sur lesquels elles s’appuient. Le chantier qui nous attend est considérable : il en va de l’invention de nouvelles formes au carrefour du social, de l’économique et de l’écologie.

Bastien pour « le blog de la Section Jean Zay de Sciences-Po »

Dire Straits « Money for nothing » Un des plus belles intro guitare. Avec la voie de Sting, juste derrière celle de Mark… Elle n’est pas belle la vie ?
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Une réponse à “La gauche réformiste à l’épreuve du capitalisme total”

  1. La main gauche dit :

    Le capitalisme total… Existe t-il un capitalisme partiel qui ne soit fatalement voué à devenir total … et une « sociale démocratie » vouée à finir au grand écart les ligaments en feu…

    Le capitalisme moderne… dans le sens d’un bon vieux capitalisme bien connu qui a simplement modernisé sa technique !!

    Tout un conditionnement, certes pavé d’intentions tant positives que négatives… construire un avenir pour ses enfants (transmission de patrimoine, de valeurs, la mémoire, etc, etc..) sorte de quête de la permanence que l’on retrouve un peu partout jusque dans l’idéal démocratique que l’on voudrait figé dans une sorte de rêve de stabilité, où même certains groupes aux bonnes intentions se constituent eux mêmes pour le protéger et glissent alors aussi dans la capitalisation de leur position dominante etc, etc..

    ou encore, « une France de propriétaire » dont la réalité arrachée par un labeur et bien des angoisses vous conduit à une illusion qui cache au final à peine un simple statut de d’usufruitier bien provisoire d’un bout de lopin et de quelques parpaings..d’où le rêve de transmission pour prolonger l’illusion..

    Toute cette recherche de permanence, assoir ses possessions, son pouvoir, ses valeurs, sa descendance etc..ne caractérise t-il pas plutôt un système anti-démocratique ou tout au moins voué à tendre inexorablement vers la non-démocratie et qui conduit bon gré malgré toujours ou presque à l’effondrement ( déroute économique, révolution…)..

    Peut-être parce qu’aucune place n’est donnée à un espace, une étape de déconstruction, prévoir une fois de temps en temps une reprise totale par le peuple, pour mettre à plat le système, le repenser, le refonder sans contrainte autre que le débat populaire et démocratique, sorte de jour des fous ou de grand soir (selon affinité) qui relèguerait la démocratie participative, en comparaison, à une sorte de hochet convenu pour moutons de panurge !!

    Houlà, j’arrête et m’en vais prendre ma camomille..

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