Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

6 avril 2009

Novelli : un passé qui dérange.

Filed under: 20 - UMP — iledere @ 6:00

Le blog de l'île de RéCela ressemble fort à un passé qui ne passe pas. Alors que le secrétaire d’Etat chargé au commerce, Hervé Novelli, vient d’annoncer son intention de déposer plainte pour diffamation contre France 3 qui a récemment consacré un reportage à ses antécédents au sein de l’extrême droite, Mediapart publie une série de documents attestant les liens passés – et parfois même présents – de ce membre du gouvernement avec des mouvements et des figures de l’ultra-droite nationaliste française.

Ainsi, le candidat de l’UMP dans le Centre pour les élections régionales de 2010 estime-t-il, à en croire la définition de la diffamation dans le code pénal, que son «honneur» ou sa «considération» ont été atteints par les «allégations ou imputations» de France 3.

Que reproche exactement Hervé Novelli (photo), qui est allé jusqu’à faire retirer le reportage de France 3 du site de la chaîne, aux journalistes trop curieux? Le secrétaire d’Etat ne souhaite pas répondre personnellement à la question mais un de ses proches, cité anonymement par l’agence Reuters, a expliqué qu’«on ne peut pas dire n’importe quoi sur le passé de M. Novelli», tout en ne niant pas son passage à l’extrême droite.

Car les faits sont là. Hervé Novelli a été membre dans les années soixante du mouvement ultra-nationaliste et adepte de la barre de fer Occident, fondé en 1964 et dissous quatre ans plus tard en conseil des ministres en vertu de la loi du 10 janvier 1936 sur les groupes de combat et milices privées. A moins de renier ce passé-là, Hervé Novelli pourrait avoir du mal à contester la véracité des faits allégués.

Carte du Front national n° 2524
Le blog de l'île de RéEn voici au moins une preuve: le 3 décembre 1973, le «journal d’action nationaliste» Faire Front!, alors empêtré dans une guerre interne entre pro et anti-Le Pen, publiait un courrier d’Hervé Novelli, qui se présentait lui-même comme un «ancien d’Occident». Suivait la mention «Carte du Front national n° 2524». Dans ce document, Hervé Novelli, qui a alors 24 ans, raille les «gauchardises dont nos rues sont pleines», traite Le Pen de «lâche» et dit, dans un post-scriptum, tout le bien qu’il pense de François Brigneau et Alain Robert, «les vrais, les bons».

Le document intégral est téléchargeable ici.

Le blog de l'île de RéLe premier est un célèbre journaliste et écrivain d’extrême droite, ancien de la Milice, membre fondateur du Front national et adepte des dérapages antisémites. François Brigneau a notamment été condamné le 18 mai 1989 par la dix-septième chambre du tribunal correctionnel de Paris pour «provocation à la haine raciale». Un an plus tôt, dans les colonnes du journal National-Hebdo, il avait traité les journalistes Philippe Alexandre de «marchand de bretelles à RTL, juif assimilé de tendance centriste» etAnne Sinclair de «marchande de soutiens-gorge à TF1 juive (moins assimilée)».

Le second, Alain Robert, fut le fondateur en 1970 du mouvement ultra-nationaliste Ordre nouveau, puis futur conseiller technique en 1986 au cabinet du ministre délégué à la police, Robert Pandraud.

Comme un certain nombre d’anciens militants d’extrême droite, à commencer par l’ancien ministre Alain Madelin qu’il a fréquenté dans les rangs d’Occident, Hervé Novelli s’est petit à petit reconverti politiquement au sein de diverses formations: l’UDF, le RPR, le Parti républicain et l’UMP aujourd’hui.

Les antécédents extrémistes de M. Novelli ne se conjugueraient dès lors qu’au passé composé si l’actuel secrétaire d’Etat chargé du commerce n’avait pas rendu un vibrant hommage en 2006 à son «père spirituel», un certain Claude Harmel, ancien responsable du Rassemblement national populaire (RNP), parti pro-nazi sous l’Occupation. Mediapart avait consacré à cet épisode une enquête publiée il y a un an et dont les informations ont été largement reprises par le reportage de France 3 aujourd’hui incriminé.

Il y a un an, notre enquête sur le passé pas si passé de M. Novelli n’avait pas suscité ses foudres judiciaires. France 3 Centre, qui a diffusé son reportage en pleines primaires UMP pour les élections régionales, n’a pas eu cette chance-là.

Voici le reportage
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Un pro-nazi pour «père spirituel»
Un pro-nazi, «père spirituel» d’un actuel membre du gouvernement français? Là encore, des documents peuvent attester les faits avancés. L’affaire remonte au 12 décembre 2006, six mois avant que M. Novelli ne soit appelé par Nicolas Sarkozy. Ce jour-là, l’Association pour la liberté économique et le progrès social (Aleps), un groupe de réflexion ultra-libéral fondé en 1966 par Claude Harmel, célébrait son quarantième anniversaire, à Neuilly, dans les bureaux du Groupe des industries métallurgiques de la région parisienne (GIM), une des fédérations patronales adhérentes à l’UIMM.

Voici l’invitation:

Plusieurs hommes politiques sont présents dans la salle: le député UMP Jean-Michel Fourgous, Alain Madelin et Hervé Novelli. Ces deux derniers sont appelés à venir témoigner sur les «temps forts» de l’Aleps, comme en témoigne le document ci-dessous:

Dans le compte rendu de la soirée rédigé par l’Aleps, que Mediapart s’est procuré, il est indiqué qu’Alain Madelin et Hervé Novelli ont considéré dans leurs interventions Claude Harmel, co-fondateur de l’association en 1966, «comme leur père spirituel».

Voici la capture d’écran:
Le blog de l'île de RéCet hommage serait parfaitement anodin s’il n’avait été adressé à Claude Harmel, de son vrai nom Guy Lemonnier. Celui-ci fut l’un des plus hauts responsables du Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat, un parti pro-nazi qui a participé en 1944 au gouvernement Laval pendant l’Occupation.

Claude Harmel a été condamné le 20 mai 1947 par la Cour de justice de la Seine à quatre ans de prison et à la dégradation nationale à vie pour ses activités collaborationnistes, avant d’être libéré en conditionnelle la même année et de profiter, en 1951, d’une grâce. Il est aujourd’hui âgé de 92 ans et, sollicité à de nombreuses reprises par l’intermédiaire de l’Aleps lors de notre enquête, il n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien
«La pensée rationaliste, triturée par des cervelles talmudiques»…
Le blog de l'île de RéCelui qu’Hervé Novelli considère en 2006 comme son «père spirituel» est connu par tous les historiens comme une sorte de nazi français qui a un jour défendu l’idée de «travailler à l’épuration de la race». Mediapart a retrouvé le compte-rendu d’une intervention publique de Claude Harmel devant les Jeunesses nationales populaires, à Saint-Ouen, en 1943. Lors de sa prestation, retranscrite dans l’ouvrage La Nation et le Patriotisme, il a notamment défendu les principes d’une «politique raciste», qu’il déclarait «espérer».Dans une veine parfaitement antisémite, il a aussi déclaré: «La pensée rationaliste, triturée par des cervelles talmudiques, retournait, en notre démocratie pourrissante, au fétichisme des primitifs.» Sa conclusion fut sans sans équivoque : «Le national-socialisme est (…) sûr de vaincre.»
Au sortir de la guerre, Guy Lemonnier change d’identité et opte pour l’activisme à la droite de la droite. Spécialiste reconnu du syndicalisme, des mouvements anarchiques et militant anti-communiste forcené, il dirige notamment la revue Est Ouest où collabore un certain Alain Burgonde, plus connu sous le nom de Madelin.(Récemment décoré de la Légion d’Honneur par Sarkozy… Note du Webmestre)En 1966, il crée l’Aleps, un think tank avant l’heure, soutenu par le patronat, et, en particulier, le Groupement des industries métallurgiques. C’est en 1969, trois ans après la création de l’Aleps, que le jeune Hervé Novelli – il a alors 20 ans et deux enfants – rejoint le cercle des proches de Claude Harmel.Le futur membre du gouvernement Fillon se voit rapidement confier les permanences de la bibliothèque de l’Institut d’histoire sociale (IHS), fondé en 1935 par l’essayiste Boris Souvarine et dont Harmel fut un des dirigeants. Au début des années 1980, Hervé Novelli prend du grade et anime au sein de l’IHS une commission consacrée aux nationalisations, comme en témoigne ce document interne:
Financé en partie par les fédérations patronales de la métallurgie, au sein desquelles Hervé Novelli a été chargé de mission, l’IHS développe à marche forcée son champ d’activité en 1971 sous l’impulsion de ses responsables – dont Claude Harmel – qui créent une sorte de filiale très lucrative: l’Institut supérieur du travail (IST), un organisme de formation financé par le 1% patronal, comme le rappelle Frédéric Charpier dans son ouvrage Génération Occident (Seuil, 2005).

La blanchisseuse des néo-fascistes
Avec d’anciens compagnons de route sous Vichy (comme Georges Lefranc) et certains patrons de l’industrie métallurgique, Claude Harmel y multiplie les interventions auprès des cadres de grandes entreprises, qui n’hésitent pas à payer rubis sur l’ongle pour être informés des pratiques du syndicalisme en France. Le «gauchisme», à l’époque, effraie.
Le blog de l'île de Ré

Ainsi, des stages particuliers dédiés aux «relations avec les syndicats» sont organisés. Les dirigeants des principales entreprises françaises (Peugeot, Air France, Renault, Usinor…) défilent à l’IST, qui gagne beaucoup d’argent. Dans son ouvrage Enquête sur la droite extrême (Le Monde éditions, 1992), le journaliste René Monzat écrira à propos de l’IHS: «Le passage par cet institut blanchit de jeunes néo-fascistes de leur passé.»Depuis maintenant vingt ans, l’IHS et l’IST n’ont plus de liens formels et défendent aujourd’hui l’image d’organismes beaucoup plus respectables. «Je suis un opposant à tous les extrêmes. Ce à quoi vous faites référence, ce sont de vieilles histoires», affirme à Mediapart Bernard Vivier, le directeur de l’IST. «Nous sommes un centre de recherches et une bibliothèque para-universitaire ouverte à tous. Le reste appartient à un passé très ancien», abonde Pierre Rigoulot, directeur depuis deux ans de l’Institut d’histoire sociale (IHS).

La « normalisation » de l’IHS a notamment été rendue possible il y a une quinzaine d’années grâce à l’interventionnisme politique du Conseil général des Hauts-de-Seine, alors présidé par Charles Pasqua. En 1992, la collectivité commence en effet par acquérir l’immense fonds bibliothécaire de l’IHS, puis accepte de loger gracieusement l’institut dans des locaux à Nanterre, au sein de l’immeuble Le Quartz. Via l’Association des Amis de l’IHS, elle finance aussi à hauteur de 100.000 euros par an l’organisme.

Et, depuis 2002, le Conseil général met à disposition de l’IHS du matériel et du personnel. Des aides accordées par Charles Pasqua et pérennisées par ses héritiers à la tête du département le plus puissant de France: Nicolas Sarkozy, président du conseil général de 2004 à 2007, puis Patrick Devedjian, actuel ministre en charge de la relance et ancien membre d’Occident. Lui aussi.

En février 2005, dans un entretien au Monde, Hervé Novelli déclarait au sujet de son passage à Occident: «Je n’ai pas un regret, Occident, c’était un engagement anticommuniste dans lequel je me reconnais toujours […] Ne tombons pas dans le piège de la béatification de l’extrême gauche et de la diabolisation de l’extrême droite.»

Fabrice Arfi
pour Mediapart

Seal « It’s a man’s world« 
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2 réponses à “Novelli : un passé qui dérange.”

  1. sacrebleu dit :

    Le passé d’Hervé Novelli, on s’en fout. Lui, au moins, a un vrai projet d’avenir pour la région centre: http://bit.ly/projetnovelli

  2. Serge dit :

    Compte tenu du parcours de ce triste individu, il finira peut-être ministre de l’immigration, Besson « le félon » a intérêt a faire du chiffre !

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