Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

11 avril 2009

Un débat sur l’Europe : Turquie or not Turquie ?

Filed under: 09 - Evènement — iledere @ 6:00

Le blog de l'île de RéOn peut remercier Barack Obama au moins sur un point important : grâce au président américain, le débat européen est de retour sur la scène politique française. C’est heureux, car nous sommes tout de même à moins de deux mois des élections européennes. Malheureusement, l’Europe est à nouveau dans l’actualité du fait de l’adhésion, ou non, de la Turquie à l’Union européenne. Je ne vais pas revenir ici sur les motivations de la puissance américaine : Obama défend les intérêts de son pays, ce qui est entièrement normal.

Les opposants à l’entrée de la Turquie dans l’Union emploient des arguments divers, que l’on peut résumer en quelques points très simples :

* En général, les arguments culturels viennent en premier. La religion dominante de la Turquie, l’islam, pose des problèmes à tous ceux qui considèrent que l’Europe se définit aussi par ses racines chrétiennes. D’autres avancent aussi l’idée que la Turquie n’est pas sur le continent, qui se limite aux détroits du Bosphore et des Dardanelles.
* Viennent ensuite des arguments sociaux. La Turquie reste encore aujourd’hui, même si certains géographes la rangent dans le camp des pays émergents, un pays bien moins développé que les autres pays européens. Le risque serait donc de voir la Turquie absorber un nombre d’aides européennes considérable, et ensuite de voir déferler une horde d’immigrants vers nos pays qui viendront manger notre pain…
* Enfin, comme Nicolas Dupont-Aignan hier soir sur France 3, certains utilisent l’argument de la géopolitique. Si on fait entrer un pays aussi peuplé dans l’Union (environ 72 millions d’habitants dans l’Union, et 80 millions dans dix ans à ce rythme de croissance), les équilibres politiques seront totalement bouleversés et les grands pays qui dominent actuellement l’Union (dont la France) devront compter avec la présence d’un nouveau géant.

Aucun de ces arguments ne se justifie réellement. Tout d’abord, l’influence de l’islam et de l’Islam sur l’Europe depuis le haut-Moyen-âge n’est plus à démontrer. La question de savoir si la Turquie est dans l’Union relève de la vision de l’Europe de chacun, vu que l’Europe n’est pas un continent géographique. La Turquie fait partie de l’histoire européenne depuis le Moyen-âge, elle a dirigé le tiers du continent pendant cinq siècles et a laissé une trace indéniable. Certes, elle a servi de repoussoir souvent et a suscité l’éveil des nationalismes de l’Est, mais cela ne justifie pas le refus. Si on se tenait au passé, on n’aurait jamais signé d’accord avec l’Allemagne ou avec le Royaume-Uni. De plus, la Turquie a toujours eu la volonté d’être intégrée à l’espace européen. Depuis la révolution d’Atatürk, l’objectif des successifs gouvernements turcs est d’européaniser de plus en plus le fonctionnement de la Turquie et d’en faire un Etat moderne. Certes, il y a eu des accrocs, comme l’invasion de Chypre en 1972, mais les efforts sont réels. Depuis que la possibilité d’une entrée dans l’Union est ouverte, même les islamistes turcs ont dû s’adapter et se transformer en parti conservateur, en tout cas en apparence.

Pour les arguments de niveau de développement, les choses sont un peu plus construites, mais il faut aussi les relativiser. La Turquie connaît actuellement une croissance économique très forte. De plus, le risque migratoire me semble largement surestimé : il y a déjà de nombreux Turcs en Europe (ils n’ont pas attendu l’UE pour immigrer) et le risque migratoire ne résiste pas à l’épreuve des faits. On avait déjà annoncé, au début des années 2000, un déferlement de Polonais et de Slovaques sur l’Ouest. En réalité, les migrations sont plutôt temporaires, recherchées par les entreprises de l’Ouest, et il n’y a pas eu de déferlement général sur nos pays, en tout cas pas davantage qu’avant l’entrée de ces dix pays dans l’Union. Certes, la Turquie est plus pauvre, mais l’entrée n’est pas pour tout de suite (on est sur un cycle d’une vingtaine d’années) et ce pays peut beaucoup évoluer.

Pour moi, le troisième faisceau d’arguments est le plus fondamental. Cependant, si la population turque est nombreuse, la Turquie reste un pays nettement plus pauvre. On ne peut pas s’attendre à ce que les Turcs puissent s’imposer autant que les Allemands et les Français dans les débats. De plus, stratégiquement, la Turquie est une vraie chance pour l’Union : nous voilà avec un pays fondamental pour le contrôle de la Méditerranée, pour nous permettre de nous projeter vers le Moyen-Orient et le Caucase. Enfin, je trouve, pour le coup, que cette adhésion colle réellement au retour de la France dans l’OTAN, et me demande pourquoi Sarkozy sur ce sujet est en total contradiction avec ses actes. J’ai bien une idée mais je vous laisse l’imaginer par vous-même, cher lecteur.

Cependant, il y a, pour moi, à l’évidence des conditions mais qui pourraient s’appliquer à tout pays, et qui n’ont pas toujours été respectées quand on pense à l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie. Tout d’abord, il faut avoir la garantie que la stabilité démocratique de la Turquie est assurée. C’est une condition qui ne peut être oubliée. Sans l’assurance que l’armée turque n’interviendra plus dans la vie politique turque, sans la reconnaissance de l’existence du génocide arménien, sans la fin des affrontements au Kurdistan, je ne vois pas comment on peut accepter la Turquie dans l’Union. Là encore, il va falloir demander des efforts aux dirigeants turcs. La seconde condition est le règlement, d’une manière ou d’une autre, de la question de Chypre. Il faut se rappeler que la Turquie est intervenue militairement à Chypre en 1972 et qu’elle continue à soutenir cette République turque sans légitimité du Nord de l’île. Comme Chypre est un membre de l’Union (avec la Grèce en embuscade), il est impossible de signer quoi que ce soit avec les Turcs sans qu’on entame un processus de négociation permettant d’aboutir à un règlement de la question.

Malheureusement, il nous faudra surmonter les tensions internes à Chypre. Vu le résultat du référendum de 2003, il est à craindre que les Chypriotes eux-mêmes nous posent des difficultés.

L’adhésion de la Turquie représente un vrai défi pour l’Union comme pour les peuples européens. Si on parvient à faire entrer ce pays, on aura démontré la force de l’idéal européen et les résultats qu’il produit. Y renoncer serait vraiment une preuve de faiblesse et de repli sur soi, bien plus encore que le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN.

Par Mathieu L. pour « les privilégiés parlent aux français »
« Je suis professeur d’histoire-géographie dans un lycée dit « difficile » du 93. Plutôt marqué à gauche (mais je ne sais pas trop où), j’adore débattre et discuter politique. Le blog est un nouvel outil pour y arriver. »
Un chanteur turc, très connu dans son pays et loin d’être dépourvu de talent, dans « la chanson du bisou » : Tarkan « Simarik »
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