Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

26 mai 2009

Police à l’école: quand MAM fait la leçon à Xavier

Filed under: 02 - Education — iledere @ 6:15

Les nouveaux enseignants«Plus c’est gros, mieux ça passe»? Au supermarché des projets sécuritaires, Xavier Darcos n’a pas fait dans la nuance, le 21 mai, à La Rochelle. Contre les violences à l’école, le ministre de l’éducation a alors avancé des «pistes de réflexion» qui vont être examinées cette semaine à l’Elysée.

Bien sûr, on ne s’étonne plus trop des exercices de communication gouvernementale qui suivent un énième «fait-divers-qui-fait-loi» (il s’agissait, cette fois, de l’agression d’un professeur de la banlieue toulousaine par un collégien armé d’un couteau – âgé de treize ans, l’auteur a été placé en détention). La nouveauté est que Xavier Darcos a été rapidement tancé par sa collègue de l’intérieur et qu’un bras de fer semble ainsi engagé, aux sommets, sur ce dossier controversé.

En guise de «réflexion», le ministre de l’éducation nationale a certes poussé le bouchon un peu loin. N’a-t-il pas évoqué «une force mobile d’agents» chargée des interventions en milieu scolaire? «On pourrait imaginer que des chefs d’établissements, ou tout simplement peut-être l’inspecteur d’académie, puissent être officiers de police judiciaire de sorte de commander ces actes qui ont un caractère juridique», a précisé M. Darcos, lors du congrès de la fédération des parents d’élèves de l’enseignement public (PEEP, plutôt à droite). Ces agents d’un nouveau genre seraient dotés de «moyens juridiques et matériels d’agir». En clair, ils auraient le droit de faire ouvrir les cartables ou de fouiller des élèves. Voire, puisque la qualification d’OPJ est invoquée, de constater des délits, de mener des enquêtes, de placer en garde à vue, de procéder à des perquisitions…

Comme on pouvait s’y attendre, les dénonciations des syndicats d’enseignants ont été à la hauteur du projet – de la provocation? – du ministre. Les opposants politiques du gouvernement n’ont pas été en reste. Le député (PS) de Paris Jean-Christophe Cambadélis a jugé que Xavier Darcos «se moque un peu du monde» en proposant de créer «une espèce de corps spécial, un GIGN scolaire» alors que «pendant des années, il a réduit le nombre de surveillants» dans les établissements scolaires. Avec un tel projet, «on a complètement abandonné l’idée même de ce que c’est que l’éducation», a renchéri François Bayrou pour le MoDem, en caractérisant une «posture électorale» à deux semaines des élections européennes.

Mais c’est l’intervention de Michèle Alliot-Marie et des syndicats policiers qui pourrait porter le coup de grâce aux propos de Xavier Darcos. Transformer en OPJ des responsables de l’éducation nationale? «Cela me paraît un peu compliqué. Ce ne sont pas des titres honorifiques, mais des compétences juridiques; ils sont attribués par l’autorité judiciaire, qui ne plaisante pas avec ses critères», a riposté la ministre de l’intérieur dans Le Journal du Dimanche.

«Devenir OPJ ne s’improvise pas, ajoute Sylvie Feucher, la patronne du principal syndicat des commissaires de police. Il faut recevoir une formation, passer un concours ou un examen, être habilité par le parquet… Dans la pratique, on se demande comment ce projet pourrait être décliné. Ce type d’OPJ pourrait procéder à une interpellation, puis la procédure judiciaire serait confiée à un vrai service de police? Je ne suis pas sûre qu’on ait beaucoup à gagner avec une telle confusion des genres.»

Même son de cloche au syndicat majoritaire chez les officiers de police. «On nous dira que les maires ont déjà la qualification d’OPJ, notamment parce qu’ils dirigent la police municipale. Mais ils ne l’utilisent pas! Car ils ne sont pas formés pour cela et qu’ils ne font pas de police judiciaire! On voit mal comment il en irait autrement pour l’éducation nationale», explique David Barbas. Autant dire que les deux responsables syndicaux préféreraient une amélioration de la politique mise en œuvre depuis des années. «Nous sommes favorables au partenariat avec les établissements scolaires, commente Sylvie Feucher. Cela suppose des contacts privilégiés avec leurs responsables des collèges ou des lycées qui le souhaitent. Dans les faits, s’il y a une relation de confiance, ce système permet d’intervenir à la demande et en cas de besoin.»

Dans le même ordre d’idées, la multiplication des «portiques de sécurité» à l’entrée des collèges et lycées «à risques» a été avancée par Xavier Darcos. «Pourquoi pas? demande David Barbas, du côté des officiers de police. On sait qu’il y a des armes blanches dans les cartables de certains élèves.» Mais les dures réalités reprennent le dessus: «Une simple boîte à crayons fera sonner l’appareil. Je vois mal comment on pourrait faire enlever les chaussures et les ceinturons à tous les élèves.» Le filtrage en vigueur dans les aéroports paraît en effet hors de portée – notamment par l’importance des personnels à mobiliser. «Dans les grands établissements, qui ont le plus de problèmes d’insécurité, la mesure est presque impossible à mettre en œuvre, ajoute la commissaire Feucher. Ou alors il faudra faire de la discrimination : seuls les élèves « suspects » devraient passer sous le portique…»

«Les propositions de Xavier Darcos devront être précisées, a encore tempéré la ministre de l’intérieur. Tout le monde est concerné par la sécurité à l’école. Ce qui sera proposé devra être réalisable. Tout le monde se reverra, et le président de la République exprimera ses choix.» Pour accorder les violons, une réunion au plus haut niveau aura lieu jeudi 28 mai à la demande de Nicolas Sarkozy. L’ensemble des mesures aura été discuté, la veille au ministère de l’éducation nationale, avec des représentants des chefs d’établissements, de parents d’élèves et de collectivités locales.

A la croisée de la police et de l’éducation, une autre actualité est venue cependant montrer que la question est fort «sensible». Quand deux enfants de six et dix ans ont été interpellés, pour un vrai-faux vol de vélos, par des policiers et à la sortie de leur école de Gironde, la disproportion des moyens utilisés a provoqué un tollé. La majorité gouvernementale a alors désapprouvé l’initiative de la police locale. «L’arrestation d’un enfant de six ans soupçonné du vol d’un vélo à la sortie de l’école n’est pas acceptable», a réagi le porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre. «Par principe, on ne traite pas des enfants, surtout très jeunes, comme des adultes», a déploré la ministre de l’intérieur, sur France2.

La mésaventure a même donné lieu à une note adressée par Michèle Alliot-Marie à ses services, le 22 mai, pour réajuster les «opérations de police et de gendarmerie aux abords des établissements scolaires». Un «événement récent» a conduit la ministre à rappeler les conditions d’intervention «dans ou aux abords des établissements scolaires», indique ce document. «Quel que soit leur cadre juridique», ces opérations doivent être menées «selon des modalités pratiques qui respectent les principes de proportionnalité, de discernement et de dignité de la personne». Il est aussi rappelé que ces opérations doivent être «réalisées en liaison avec le chef d’établissement et les autorités académiques concernés». Par ailleurs, une enquête interne a été annoncée sur ce qui est présenté, au fond, comme une maladresse de la police locale.

Un simple excès de zèle, vraiment? Cela supposerait que les responsables policiers aujourd’hui montrés du doigt n’aient pas répondu à la politique sécuritaire orchestrée ces dernières années. «La police veut une politique claire, commente Sylvie Feucher, chez les commissaires. On ne peut pas lui demander de sanctuariser l’école et, le lendemain, jeter ses responsables en pâture médiatique parce que leur action est décriée. Il n’est pas bon d’être ainsi soumis à des injonctions contradictoires.» Jeudi, donc, le président de la République et ancien ministre de l’intérieur tranchera.

Par Erich Inciyan pour Mediapart

The Police « walking on the moon »
[youtube=http://www.youtube.com/v/dk4WRhPQuyo&hl=fr&fs=1]

Une réponse à “Police à l’école: quand MAM fait la leçon à Xavier”

  1. Françoise B dit :

    sur l’arrestation de jeunes enfants, voir et réentendre sur France inter Stéphane Guillon ce 26 Mai « le gang des doudous »….

Laisser un commentaire

Plate-forme de blogs du Parti socialiste | Propulsé par Wordress Mu | Articles (RSS) et Commentaires (RSS)
Sauf mention contraire, le contenu de cette page est sous contrat Creative Commons Creative Commons