Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

9 juin 2009

Les droites européennes enfoncent la gauche en dépit de la crise

Filed under: 01 - Etudes et analyses — iledere @ 6:15

Le blog de l'île de RéDans toute l’Europe, la droite maintient ses positions voire les améliore : non seulement elle gouverne 21 États membres sur 27, mais elle va dominer le prochain Parlement européen. La gauche de gouvernement, en revanche, ne tire aucun profit de la crise économique actuelle, quand elle ne subit pas une sévère correction, comme en France, en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Grande-Bretagne. Seules exceptions à cette débâcle : le Danemark et la Grèce. Le fait que la gauche soit dans la majorité ou dans l’opposition ne change rien au constat que les électeurs considèrent qu’elle n’est pas à même d’apporter une réponse à la crise.

La gauche radicale ne fait pas non plus la percée espérée, notamment en Allemagne et en France (le NPA fait un score plus que décevant). Du côté de la droite radicale, le paysage est nettement plus inquiétant : si Libertas, le parti lancé par l’Irlandais Declan Ganley à la suite du succès de sa campagne pour le « non » au référendum sur le traité de Lisbonne, subit un échec majeur (en France, les Villiéristes passent de 3 à 1 siège, celui de l’agité du bocage, et en Irlande Libertas est sous les 6 %), les eurosceptiques et les nationalistes (des conservateurs britanniques à l’extrême droite roumaine en passant par l’europhobe UKIP ou la Ligue du Nord) s’installent dans le paysage politique européen : selon les premières estimations, ce bloc, loin d’être uni, pourra compter plus de 150 élus contre une centaine dans l’Assemblée sortante.

Quant à l’abstention, elle atteint un nouveau record, 56,45 % contre 54,60 % en 2004, soit une progression inférieure à 2 points. Il est difficile d’en tirer des leçons, la situation étant très contrastée selon les pays : par exemple, elle augmente en Bulgarie, au Danemark, en Estonie, en Finlande, en Lettonie ou en Slovaquie. Elle se maintient en Belgique, en Autriche, au Luxembourg, en Pologne, etc.
Selon les projections effectuées par le Parlement européen cette nuit, le futur hémicycle, sous réserve que la constitution des groupes ne varie pas (par exemple, 88 députés sont encore classés « autres »), sera largement dominé par le PPE (conservateur), avec 267 députés sur 736. Comme dans la précédente assemblée, il pèsera 37 % des eurodéputés.

Le PSE restera le second groupe avec seulement 159 élus (il passe de 27,5 % à 22 % des eurodéputés). Les Libéraux resteront le troisième groupe avec 81 élus (ils reculent néanmoins de 13 à 11 %). Les Verts, eux, confortent leur quatrième place avec 54 élus (mais ils pèsent désormais 7 % contre 5,5 % dans l’Assemblée sortante). Ensuite, la situation est plus confuse : on sait que les conservateurs britanniques veulent créer un groupe eurosceptique, mais il est pour l’instant difficile de dire quels partis il agrègera (en dehors du PiS polonais et de l’ODS tchèque), étant entendu qu’ils ont exclu de s’allier à l’extrême droite. Même situation trouble pour le groupe communiste (GUE).

Quoi qu’il en soit, les négociations ont déjà débuté entre les différents partis nationaux. Outre la constitution des groupes, il s’agit aussi, dès à présent, de se mettre d’accord sur le nom du prochain président de la Commission européenne. En première analyse, cette victoire de la droite conforte l’avantage dont bénéficie le sortant José Manuel Durao Barroso, déjà soutenu par l’ensemble du Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement. Mais en réalité, la situation est moins favorable qu’il n’y paraît : si le traité de Lisbonne entre en vigueur le 1er novembre, comme espéré, il faudra qu’il obtienne une majorité absolue des membres du Parlement, soit 369 voix, et non, comme aujourd’hui, une majorité simple des présents. Et même s’il est désigné en juin et confirmé en juillet, le Parlement a déjà prévu de le réinvestir avec l’ensemble de la Commission en novembre prochain.

Or, en supposant que l’ensemble du PPE vote pour Barroso, ce qui n’est pas garanti, il lui manquera 102 voix. Il faudra donc non seulement qu’il obtienne le soutien des Libéraux (81 sièges), mais aussi d’un troisième groupe… Or le front du « non à Barroso » s’est radicalisé : la gauche vient de recevoir une telle correction qu’elle peut difficilement accepter sa reconduction qui apparaitrait comme une nouvelle compromission (c’est notamment vrai pour le SPD allemand). Les Verts sont fermement opposés au président sortant tout comme la gauche radicale et les députés eurosceptiques se feront un plaisir de voter contre lui afin de bloquer l’Union… Mais comment transformer une coalition négative en une coalition positive ?
Prenant les devants, le président du PSE, le Danois Poul Nyrup Rasmussen, aurait engagé des négociations avec les libéraux afin de pousser la candidature du Belge Guy Verhofstadt, l’ancien premier ministre libéral, un nom acceptable à la fois par les socialistes, les libéraux et les Verts. Le calcul est qu’une partie du PPE acceptera de se rallier à cette candidature qui sera politiquement un moindre mal face à une situation de blocage dommageable pour l’Union… À moins que le Conseil européen, soucieux d’éviter une guerre avec le Parlement pour un homme qu’il ne soutient que faute de mieux présente immédiatement un candidat de compromis. Les semaines à venir s’annoncent passionnantes.
Photos: Thierry Monasse et JQ

Rédigé par Jean Quatremer pour son blog Coulisses de bruxelles UE

Rodrigo y Gabriela « Stairway to Heaven » live
que du bonheur…
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