Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

28 août 2009

Primaires à gauche : lever les ambigüités

Filed under: 13 - PS — iledere @ 7:09

Marie Noëlle Lienemann et Paul Quilès, initiateurs de l’appel « Gauche 2012 » expliquent pourquoi l’idée de primaires ouvertes n’est pas, à leur sens, une urgence: < «Ce dont la France a besoin, ce n’est pas seulement d’une alternance, mais aussi d’une politique alternative».
C’est de ce projet que naîtra, selon eux, la mobilisation de la gauche qui mènera jusqu’à la victoire.

La « pétition des 100 » du club Terra Nova commence bien, avec cette interpellation: « Nous appelons à une primaire populaire ouverte aux citoyens de gauche… ».

Mais, très vite, le malaise s’installe. Dans la liste hétéroclite des signataires, on trouve, entre autres, Jean Peyrelevade, vice-président du Modem, les principaux soutiens socialistes à la ligne d’alliance du PS avec le centre…..mais aussi des responsables socialistes, qui faisaient pourtant partie des deux tiers de militants du congrès de Reims opposés à cette alliance ! Si de nouvelles formes de démocratie doivent être inventées, elles ne sauraient se substituer à des délibérations collectives organisées. Chacun se souvient que ce débat est d’une importance capitale dans l’histoire de la gauche française. On sait par exemple ce qu’il en est advenu de l’idée que la « démocratie à la base » devait se substituer à la « démocratie bourgeoise »!

Alors, soyons clairs, ce débat sur les primaires ne doit pas être l’occasion de faire passer par la « petite porte » un accord politique avec le Modem -nouvelle mouture de la vieille lune de la « troisième voie »-, qui se révèlerait doublement inefficace :

  • en empêchant l’unité de toute la gauche, ou au moins de toute la gauche prête à gouverner ;
  • en réduisant les ambitions à quelques références, à des valeurs « communes » qualifiées de « progressistes » et dont on ne sait qui les définirait.

Le malaise s’accroît, lorsque l’on essaie de comprendre ce qui est proposé. S’agit-il de désigner le candidat du PS ou un candidat du « centre gauche » ou un candidat du rassemblement de la gauche et des écologistes ? Tout au long du texte et des déclarations qui l’accompagnent, la confusion est entretenue et, comme on n’aperçoit nulle part de volonté d’associer l’ensemble des forces politiques à une démarche commune, large et globale, on en déduit qu’il s’agit de désigner le candidat socialiste. Les partenaires du PS, invités à se rallier et placés en position subalterne, ne pourront que refuser cette démarche méprisante. Au passage, cela arrangerait bien les tenants de l’alliance au centre…… et, sans doute, Nicolas Sarkozy!

Le chemin vers une candidature unique de la gauche et des écologistes, qui est la seule stratégie susceptible de permettre la victoire de la gauche en 2012, passe par la définition d’un cadre commun, qui ne saurait se limiter à l’organisation de primaires. Il faut un accord global pour une majorité alternative (et pas seulement un président), sur la base d’un projet, puis d’un programme. C’est cela l’urgence. Toute prise de position préalable du PS qui ne chercherait pas à être partagée et établie en commun avec ses partenaires serait une grave erreur et conduirait à l’échec.

Pour sortir de l’ambigüité, il faut dire clairement:

  • que les primaires ont vocation à désigner un candidat unique de la gauche et des écologistes ;
  • qu’elles doivent être préparées dans un cadre unitaire, à l’issue d’une démarche globale, qui aura permis de jeter les bases, en commun, d’un accord de gouvernement et d’un programme.

Notons que la préparation du programme doit faire appel à un processus aussi participatif que le choix du candidat, sauf à définitivement basculer dans le présidentialisme, en confortant la logique dévastatrice de la Ve République. Comment comprendre à cet égard que les promoteurs d’une 6VIe République parlementaire semblent faire de la désignation du président l’alpha et l’oméga du renouveau de la gauche ?

Prenons garde, à travers ce choix de ne pas accélérer une évolution « à l’américaine » de nos institutions. Outre le fait que les traditions politiques américaines sont très éloignées de notre culture politique, elles ne sont pas cohérentes avec les idéaux de la gauche, qui privilégient le collectif et ne croient pas en l’homme providentiel ! Partir tête baissée dans cette direction, c’est faire la même erreur qu’au moment de la décision de passer au quinquennat et d’inverser le calendrier électoral, décision alors plébiscitée dans les sondages, mais peu soutenue dans les urnes et dont on voit aujourd’hui les nocives dérives !

Les signataires de la pétition ont bien senti que l’on ne saurait éluder le fond, puisqu’ils indiquent : « Le périmètre de la primaire ne pourra être arrêté qu’à l’issue d’un travail préalable sur le fond, permettant d’élaborer des fondamentaux idéologiques communs. Mais le principe doit être arrêté dés maintenant, sereinement et non dans l’urgence pré- électorale ».

Cette idée – la recherche de « fondamentaux idéologiques communs » — ne nous semble pas bonne. En effet, elle risque de conduire à se limiter à des formules creuses sur les valeurs, sorte de « fourre tout », que certains, même à droite, pourraient accepter ! Ou alors, il s’agira de tenter d’unir largement toute la palette idéologique de la gauche derrière une forme de pensée unique. Mission quasiment impossible, compte tenu de la diversité des courants culturels qui s’expriment dans la gauche française (communiste, écologiste, social-démocrate, altermondialiste, libertaire, chrétien de gauche, républicains sociaux, …), peu enclins à noyer leur identité idéologique dans un discours minimal, qui risque, de plus, de ne pas être clivant avec la droite.

En revanche, ils peuvent s’unir autour d’objectifs de transformation sociale concrets et actuels, fondés sur des valeurs communes. C’est à ce travail que doivent être conviées une large part des forces vives de la gauche et de l’écologie, tant dans le monde associatif, les ONG, les clubs, les syndicats, parce qu’ils s’intéressent d’abord aux propositions et aux changements effectifs qui doivent être engagés, avant de se préoccuper de la personnalité qui l’incarnera.

C’est avec cette, préoccupation que nous avons proposé de constituer un Nouveau Front populaire qui associe, à la démarche de définition d’un programme et de désignation du candidat, non seulement les partis mais aussi les nombreux citoyens engagés dans différentes organisations militantes et de réflexion et qui ne se reconnaissent plus dans le paysage partisan actuel. Ils ne conçoivent pas la politique comme un « zapping électoral » et veulent être acteurs de choix politiques précis ; pour eux, le projet de la gauche doit se construire « tous ensemble ».

L’appel que nous avons lancé en ce sens il y a 6 mois (« Gauche 2012 : le logiciel de la victoire » www.gauche2012.org) et qui a rassemblé 900 signatures de militants, d’élus et de responsables issus des diverses sensibilités de la gauche, nous semble toujours pertinent. Il propose un calendrier comportant 6 phases:

  • 1re phase (été 2009). Décision de mettre en place un Comité de préparation des « Etats généraux de la gauche ».
  • 2e phase (2e semestre 2009).Travaux du Comité de préparation :
    • fixation des objectifs des Etats Généraux, du mode de débat, de la date et du fonctionnement des Etats généraux.
    • rédaction de textes introductifs et choix des enjeux prioritaires à débattre.
  • 3e phase (décembre 2009 – janvier 2010). Préparation des Etats généraux nationaux par des rencontres décentralisées
  • 4e phase (juin 2010, après les élections régionales). Etats Généraux : vote du projet en vue de la préparation d’un accord de gouvernement, détermination du mode de fonctionnement des primaires (auxquelles participeront les militants et adhérents de toutes les organisations ayant accepté le projet).
  • 5e phase (2e semestre 2010). Mise en place d’un comité unitaire de préparation des primaires et arrêtant les grandes lignes d’un programme ; établissement de la liste des votants ; Campagne des candidats se présentant aux primaires.
  • 6e phase (début 2011). Primaires.

Ce dont la France a besoin, ce n’est pas seulement d’une alternance, mais aussi d’une politique alternative à la logique dominante. Sans l’unité de toute la gauche, pas de victoire possible ; sans « rupture », pas de mobilisation du peuple de gauche, des employés, du monde du travail, qui risquent fort de bouder ces primaires ». C’est par une nouvelle dynamique unitaire que deviendra possible la reconquête des couches populaires. Cette tâche est certainement plus prioritaire que la méthode de désignation du candidat, pour rénover la gauche et assurer sa victoire en 2012.

7 réponses à “Primaires à gauche : lever les ambigüités”

  1. Effectivement, le fait que Peyrrelevade soit parmi les signataires des cent m’a un peu échaudé…

  2. Campigna Charles dit :

    Chers Camarades, le président de terra nova, O Ferrand est venu parachuté dans notre circonscription à la dernière législative. Circonscription socialiste depuis 50 ans le sortant ne se représentant pas. Il arrive en nous prédisant l’avenir politique de notre département de la France puis du monde. Il met en avant tous les diplômes obtenus, ENA, prof à la sorbonne….a aucun moment il ne parle des habitants de notre circonscription rurale à 100%. Le plus gros village 10 000 habitants. Il fait toute la campagne en costume blanc de 1ère communion. Il prend les militants pour des imbéciles pour des colleurs d’affiches à sa botte. Il fait venir D S Kan + L Jospin + M Rocard + M Valls + Moscovici…a la fin de tous ses discours on ne sait plus se qu’il a dit au début.
    Résultat: il ne passe même pas le 1er tour.
    Le soir du 1er tour il assassine le candidat de gauche arrivé second derrière l’UMP dans toute la presse.
    Résultat sur 60 000votants on perd de 280voix.
    Charles Campigna secrétaire de section d’Argelès sur mer

  3. Le Belgo dit :

    ça c’est sûr, camarades, Lienemann qui a tout raté dans sa carrière politique et surtout fait l’unanimité totale contre elle depuis plus de vingt ans, et Quillès cet éternel éléphant raté de la mitterrandie laissé sur le côté, vont remettre le Parti dans la voie de la Victoire. Si, si ….

  4. revizor dit :

    Au-delà des problèmes de techniques électorales, il faudrait s’interroger sur le fait que depuis des années en France la gauche est minoritaire électoralement et plus globalement dans l’opinion.
    Il faudrait aussi éviter de répondre à ce constat de façon mathématique en additionnant aux voix du PS du PC et de la gauche en général celles du MODEM ce qui ne peut qu’entretenir le confusionnisme sans faire avancer le schmilblic.
    Il faudrait analyser pourquoi la gauche et les formations qui la composent ne sont plus dans la société française , comme un poisson dans l’eau pour reprendre la formule maoïste.
    Un projet de gauche, une projet socialiste est-il viable, est-il crédible dans la France du 21 éme siècle?
    Le socialisme apparait-il vraiment nécessaire ou désirable par les masses populaires? et celles-ci veulent-elles toujours en être le moteur?
    Quelles leçons tirer de la défaite du socialisme à l’Est de l’Europe dans les années 1990 et aussi du socialisme du 21 éme siècle qui naît en Amérique Latine?
    Quelles leçons tirer du fait que les sociaux-démocrates n’ont été que « les gérants loyaux du capitalisme » comme disait Léon BLUM.
    Plutôt que d’inventer des gadgets politiques ou d’attendre des miracles électoraux il nous faut réfléchir à tout cela .
    Et bien entendu cela dépasse l’échéance de 2012 car le problème n’est pas tant de désigner « un sauveur suprême » mais plutôt de répondre à la question de savoir si face à la barbarie du système capitalisme nous saurons brandir l’étendard du socialisme.

  5. Il y a lieu de s’interroger quand on compte DSK et Lamy, soit deux camarades à la tête de deux institutions néo-libérales…

    S’interroger encore quand l’un des initiateurs de la pétition et président de Terra Nova, devient membre de la commission sur le grand emprunt…

  6. Serge dit :

    Il serait sage avant d’organiser des primaires de tenir compte des recommandations soulignées par Marie-Noëlle lienemann et P. Quilès, à savoir, je cite :
     » Ce dont la France a besoin, ce n’est pas seulement d’une alternance, mais aussi d’une politique alternative à la logique dominante. Sans l’unité de toute la gauche, pas de victoire possible ; sans « rupture », pas de mobilisation du peuple de gauche, des employés, du monde du travail, qui risquent fort de bouder ces primaires ». C’est par une nouvelle dynamique unitaire que deviendra possible la reconquête des couches populaires. Cette tâche est certainement plus prioritaire que la méthode de désignation du candidat, pour rénover la gauche et assurer sa victoire en 2012″.

    Cela éviterait à certains « égos » du PS d’annoncer des alliances contre nature tel qu’avec le MODEM !
    Seul notre projet pourra peut-être permettre de reconquérir un électorat qui s’est détourné de notre mouvement en raison de notre manque de cohésion et de nos cacophonies internes.

  7. pme-pmi-tpe dit :

    Comme cela on comprend enfin quelque chose.
    Une plateforme propositions ou de gouvernement avant de savoir si il faut faire une primaire, un pré-casting ou un défilé avec sondage….
    Merci à Marie-Noëlle et a Paul.

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