Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

29 août 2009

Le salarié travaille, le directeur joue

Filed under: 06 - Travail-Entreprises,07 - Justice — iledere @ 7:00

(photo: acaben - Flickr - cc)Rentrée politique, le gouvernement va devoir regarder la réalité en face: les conflits sociaux se radicalisent à grande vitesse. Selon l’analyse de Philippe Bilger, c’est parce qu’entre le salarié et le patron, les valeurs communes disparaissent. Si les salariés gagnent leur vie, les patrons se contentent de gagner: ils ne travaillent plus, ils jouent. Le dialogue devient presque impossible, et se mue en violence.

La fin des vacances politiques est proche. Ce qui attend le gouvernement n’est pas simple. Le président de la République s’est entretenu avec le Premier ministre au Cap Nègre pour fixer les orientations des mois à venir. Pour la justice, la suppression du juge d’instruction et la future loi pénitentiaire vont constituer l’essentiel de la fin d’année 2009. Pour la première comme pour la seconde, il y a encore, à l’évidence, beaucoup de grain à moudre et d’argumentation à développer pour satisfaire la plupart et créer un consensus valable (Le Monde, Le Parisien, Le Figaro).
J’ai relevé que le pouvoir était légitimement préoccupé par les modalités de plus en plus explosives – dans tous les sens du terme – des conflits sociaux au sein des entreprises. Moins par le dépassement des forces syndicales traditionnelles et l’ancrage de la contestation au cas par cas et au coup par coup qu’à cause du chantage, de la violence et des exactions brandis comme menace ou réels. Le temps des affrontements classiques est révolu.

Cette dérive qui a commencé il y a un an environ montre à quel point notre société dans ses tréfonds est touchée à vif et ne se reconnaît plus dans les luttes anciennes. Pourquoi ?
Au cours de l’été, j’ai pu échanger avec mon frère François au sujet de la crise économique et financière. Passionné par son analyse et notamment par l’absolue nécessité, selon lui, de déconnecter sur un plan mondial, dans les activités bancaires, l’économie réelle des processus spéculatifs, j’ai compris qu’il y avait sans doute là depuis plusieurs années, en dépit du discours du candidat Sarkozy, la cause essentielle des dures tensions actuelles.

Au fond, en même temps qu’on vantait symboliquement l’importance et la valeur du travail, un pan substantiel de l’économie finissait par lui échapper. La direction des grosses entreprises marquait un écart énorme avec les salariés, moins par la récompense d’un travail forcené ici, moins intense là, que par la maîtrise rémunératrice de procédés spéculatifs qui ne constituaient plus le monde de l’entreprise comme un univers homogène où les disparités, pour être insupportables, relevaient tout de même du même registre, d’un langage commun. L’hétérogénéité des mondes, aujourd’hui, explique ce passage d’une opposition syndicale traditionnelle à une guerre où le désespoir et les revendications autorisent tout, à une bataille que les contestataires de chaque entreprise menacée veulent sans règles ni pitié, à la disparition du fair-play que même la lutte des classes permettait.
A tort ou à raison, une fracture est née puis s’est agrandie qui n’a plus placé face à face le travail des uns et le travail des autres, même pas le travail et le capital, mais le travail et ses contraintes confrontés à l’inutilité spéculative. D’un côté il faut gagner sa vie, de l’autre il faut gagner. D’un côté le travail est ce qui reste pour éprouver encore la sensation et la dignité d’exister, de l’autre on joue. Certes tout n’est pas aussi caricatural dans la réalité financière et économique d’aujourd’hui. Pourrait-on au moins accepter que les entrepreneurs d’hier avaient en partage avec leurs salariés le travail comme exigence commune, défi et souffrance, de sorte qu’une communauté se légitimait ainsi ?

Aujourd’hui, même la lutte des classes est défaite qui impliquait tout de même l’existence d’un rapport, d’une hostilité mais d’une négociation possible. Il est triste de se dire que les salariés en péril sont prêts pour leur cause à tout mettre à feu et à sang, en état de désordre et de destruction, simplement parce qu’ils ne peuvent plus respecter celui qui certes gagnait trop mais travaillait comme eux, plus qu’eux.
En face d’eux, ils n’ont plus que de l’argent. Ils perdent la tête. Il n’y a plus de sens.

Par Philippe Bilger pour son blog

Une réponse à “Le salarié travaille, le directeur joue”

  1. Philou dit :

    Si samedi vous ne savez pas quoi faire, venez soutenir les copains en lutte à Blanquefort (près de Bordeaux).
    D’autant plus que l’injuste condamnation, dont sont victimes les « Contis, justifie de continuer le combat contre les
    patrons voyoux et le capitalisme « moralisé » !
    Voici le tract.

    FORD se désengage en Aquitaine, 2174 emplois en danger + 10000 emplois induits !
    Soirée débat-concert samedi 5 septembre 2009 à partir de 17h00 à Blanquefort (à coté de Bordeaux), salle Fongravey
    Organisé par la CGT-Ford avec l’aide du comité de soutien.

    17h00 : Débat :

    * Des militants syndicaux d’entreprises ayant vécu récemment des plans de licenciements et des luttes sociales seront présents comme ceux de Molex, Continental, Célanèse, New Fabris, pour les plus connus médiatiquement afin de nous faire partager leurs expériences et d’alimenter le débat.
    * Des élus de la région comme le Président de la CUB Vincent FELTESSE, le Sénateur Alain ANZIANI, La députée Pascale GOT, viendront nous faire partager leur vision de l’avenir industriel en tant que pouvoirs publics et des choix économiques que la région et plus largement le pays doivent faire pour maintenir les bassins d’emplois. Comment conçoivent ils la lutte pour l’emploi.
    Il nous appartient à tous, militants syndicaux, élus et population de défendre les emplois, tous ensemble !

    20h00 : Concert gratuit :

    Délio, Spark et un troisième groupe choisi par l’ABC de Blanquefort, Les Jumperz nous feront le plaisir d’animer musicalement cette soirée.
    Tout au long de cette soirée, vous pourrez vous désaltérer à la buvette et vous restaurer côté grillades et friterie.

    La défense des emplois, le problème de tous. Depuis l’année dernière, les fermetures d’usines et les plans de licenciements se sont multipliés. Le secteur de l’industrie automobile est particulièrement touché mais pas seulement.
    Dans le commerce, le bâtiment, l’aéronautique, là aussi les restructurations se succèdent qui se traduisent par des vagues de licenciements. Dans les services publics, les dizaines de milliers de suppressions d’emplois sont programmées. Il est urgent de mettre un coup d’arrêt aux licenciements et suppressions d’emplois.
    Depuis le début de la crise, de nombreux salariés ont lutté contre les fermetures, des luttes parfois très dures et emblématiques (Continental, Caterpillar, Sony, Molex …). Malheureusement, cela n’a pas suffit dans la plupart des cas.

    Se pose le problème d’avoir de réelles perspectives pour défendre jusqu’au bout tous nos emplois. Les luttes isolées, usine par usine aboutissent aux mieux, bien souvent, par une amélioration des indemnités de licenciements.

    Il y a urgence pour une mobilisation générale. Il est primordial qu’il y ait une coordination et une convergence des luttes, que des liens se créent et se renforcent à la fois entre les salariés de différentes entreprises et entre les salariés et la population.

    C’est pour discuter de cette perspective du tous ensemble, de l’intérêt général des populations que nous donnons rendez-vous à tous au débat sur la défense des emplois (18-20 heures).

    Seront présents des délégations de salariés qui ont lutté, qui ont une expérience à faire partager : ceux de Molex (Villemur), de Continental (Clairoix), de Célanèse (Pau), de New Fabris (Chatelleraud). Des élus locaux seront aussi présents pour aborder la question du rôle des pouvoirs publics et des perspectives économiques (voitures électriques par exemples).

    Pour passer une bonne soirée, il y aura des stands buvettes et grillades/frites. Puis à 20 heures, le concert gratuit.

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