La culture, un remède à la crise : lettre aux politiques et autres décideurs.
La complexité des mutations qui alourdissent chaque jour le nombre de laisser pour compte exige un travail en profondeur..
Désenchantement, perte du sens et effondrements des idéologies et des systémes de représentation, la dimension culturelle de la crise appelle une mobilisation sans précédent des potentialités créatives, intellectuelles, relationnelles, spirituelles, artistiques, pour refonder les identités et le sens de l’action collective.
Artistes, professionnels de la culture, responsable institutionnels, citoyens doivent être force de propositions.
Rôle de la culture
Elle doit affirmer l’importance de l’enjeu artistique et culturel , affirmer la nécessité d’une inscription durable des habitants dans le monde contemporain au sein d’une société en mutation.
La vitalité artistique et culturelle est un signe essentiel de la vitalité globale d’un pays. L’art explore les représentations que nous nous faisons du monde. Il les met en question. En interrogeant son univers, l’artiste interroge celui de tous.Confrontation avec un public , une époque et avec le temps, la création appelle une réaction vivante, une prise de position.
L’art est un chemin de réappropriation pour chacun, de sa responsabilité critique,d’affirmation de sa citoyenneté face à ceux qui jouent avec nos sensations. Il est ouverture sur de nouveaux repères, alors que les conditions de vie peuvent les rendre insaisissables en particulier pour les plus démunis.
Dans une société en mutation, dans une situation économique et sociale ou chacun peut ressentir des inquiétude, des menaces, la vie artistique n’est pas un luxe. Elle est nécessitée.
Le théâtre, la danse la musique, les arts plastiques, la littérature, le cinéma ont une place indispensable aux cotés de l’information, de la recherche, de toute la vie de la vie culturelle.
La création artistique et son appropriation par la population est un fondement de la vie culturelle.
La vie culturelle s’inscrit dans la durée, de même que la recherche scientifique, elle demande du temps, celui de l’exploration, de la confrontation aux citoyens, à la cité. Une oeuvre, un évènement culturel peuvent lorsque la rencontre exprime une véritable force laisser en une seule fois une trace indélébile dans la mémoire collective.
La vie artistique et culturelle est mémoire individuelle et sociale, question pour aujourd’hui et projection pour l’avenir. En ce sens, il ne peut y avoir opposition entre la création contemporaine et le patrimoine.
Les oeuvres héritées vivent encore aujourd’hui dans notre imaginaire comme le montre le succès d’expositions d’oeuvres du passé. C’est de l’art entrain de se chercher que naitra le patrimoine de demain.
La vie culturelle est le contraire de l’uniformité, chaque groupe sociale développe des pratiques et des valeurs propres, dans sa vie de travail comme dans sa vie familiale et dans son temps de loisirs
Une politique culturelle publique, c’est à dire, menée au nom de tous les citoyens et dans l’intérêt général, se doit de prendre en compte des réalités toujours en tension ( la rencontre parfois harmonieuse ou parfois douloureuse entre les oeuvres et les populations )
La création artistique contribue à diversifier les attitudes plutôt qu’à les unifier dans un conformisme de consensus.
Une politique culturelle publique ne peut enfermer l’art et la culture dans des normes préétablies , sous peine de détruire leur nature et leur rôle dans la vie sociale. Elle ne peut donc imposer un » gout dominant « . Elle doit intégrer en même temps le mouvement et la pluralité de la recherche , l’inscription sociale de l’art, de la vie culturelle, le développement des pratiques culturelles socialement diversifiées. Dans une société à la recherche de « l’évènement » de « l’effet médiatique immédiat », on doit éviter de réduire l’acte artistique à une visibilité instantanée.
Réduire l’art à cette immédiateté serait lui interdire de s’inscrire dans une véritable démarche, lui interdire le temps de la confrontation et de l’appropriation sociale, la patience de la formation, de la sensibilisation du travail, de l’élargissement des publics. Ce serait en fin de compte, affaiblir la citoyenneté. L’art ne pourrait plus, alors être un élément constitutif de la culture.
La culture est en réalité complexe, contradictoireay. Elle a deux caractéristiques indissociables
D’une part, elle constitue et renforce la cohésion sociale. Elle relie les citoyens entre eux.
D’autre part, elle engendre le sentiment d’être différent de ceux qui ne partagent pas les mêmes attentes, les mêmes usages de la vie quotidienne.
Il s’agit de stimuler le sentiment d’appartenance à une communauté pour éviter les exclusions et en même temps de favoriser la diversité des expressions culturelles des différents groupes sociaux pour éviter l’uniformisation.
La tension permanente entre ces deux aspects est au coeur de toute dynamique culturelle, nécessaire à la vie même de son mouvement.
La politique culturelle se doit de stimuler une vie culturelle qui se nourrisse de cette pluralité des cultures et la nourrisse à son tour par la création, l’expression, la confrontation.
Chaque habitant doit pouvoir développer ses propres pratiques personnelles ou collectives sur son lieu de vie. Chaque citoyen doit pouvoir, en outre, se confronter à l’art, aux oeuvres, aux artistes, aux démarches créatives.
Pour travailler, l’artiste a besoin de conditions de créations liées à un lieu dépendant du contexte local L’implantation permanente ou provisoire sous forme de résidence signifie la mise à disposition de moyens publics.
Par ailleurs la confrontation de l’art ne peut se résumer à la rencontre des oeuvres et des artistes.
Elle doit permettre aux enfants comme aux adultes d’explorer leurs capacités créatives personnelles de façon exigeantes.
Il s’agit de développer les pratiques d’amateurs sans qu’il y ait pour autant amateurisme des démarches. C’est ce que l’on peut appeler l’action culturelle .
Pour ces raisons l’acteur culturel en charge de ce secteur doit être un professionnel , il est l’intermédiaire décisif de la rencontre active de l’art et des populations il doit être celui qui tisse des liens durable entre eux.
Il est citoyen responsable des moyens qui lui sont confiés.
Sa démarche engage sa responsabilité au sein d’une société, dans le rapport avec une population avec les publics.
La politique culturelle doit être garante d’une exigence de qualité proposée aux citoyens. Quelque soit sa situation sociale ou son age.
Ces différentes dimensions de la mission de service public impliquent le respect de l’autonomie artistique, de la liberté de création, de la pluralité des démarches, ainsi que de l’exigence d’une responsabilité des artistes et des professionnels à l’égard des citoyens et des moyens qui leur sont confiés.
P Coudray



Bonjour,
Merci pour cette mise au point…Je suis animatrice d’ateliers d’écriture et de lecture et notre association survit par manque de subventions.
Sur le terrain, on nous félicite pour notre travail . Idem du côté des politiques mais dès que l’on parle d’argent : c’est la crise !
NOus allons « oser » demander un prêt de local à notre mairie. Nous sommes trois assos (écriture, théâtre, peinture) et nous souhaitons nous « associer » afin de dynamiser notre quartier et apporter des activités culturelles de qualité aux habitants : une sorte de réalliance culturelle !
Avec votre accord, j’aimerais joindre votre lettre à notre demande car elle résume, à mon sens, ce que doit être la culture…
Bien cordialement,
Sandra Belland *
Artisan poète et bidouilleuse de mots