Comment les libéraux font main basse sur vos retraites
Une remarquable contribution de Bernard Teper publiée par l’ami Olivier Bonnet
sur « Plume de Presse »
Bernard Teper, économiste, membre du Conseil scientifique d’Attac et Secrétaire national de l’Union de familles laïques (Ufal), signe une remarquable contribution au débat sur l’avenir des retraites, obscurci par de noirs nuages gouvernementaux :
« L’ensemble de la protection sociale est impacté par le processus de marchandisation et de privatisation de celle-ci. Pour des actionnaires, cela est compréhensible : la protection sociale est le premier budget humain (environ 540 milliards d’euros soit près de 30% du PIB et bien plus que le budget de l’Etat tous ministère confondus) qui jusqu’aux années 70 était largement dégagée des pressions capitalistes. (…)
les attaques sont lancées sur toutes les composantes de la protection sociale (santé et assurance-maladie, famille, retraites, assurance-chômage, dépendance, etc.). L’attaque contre les retraites solidaires est donc une partie de l’ensemble du mouvement de prédation contre la protection sociale solidaire. 1995 a été la première année de l’accélération de ce processus. Depuis, la loi Fillon de 2003 a prévu des rendez-vous quadriennaux pour ajuster les principaux paramètres de l’équilibre des régimes, essentiellement la durée de cotisation.
Cette loi s’appuie sur un premier dogme à savoir que tout gain d’espérance de vie devra se partager de la façon suivante : 2/3 pour l’allongement de la durée d’activité et 1/3 pour l’allongement de la période de retraite ! 2008 a confirmé le passage à 41 annuités et le Conseil d’orientation des retraites (COR) 2007 propose une future augmentation à 41,5 annuités à l’horizon 2020 ! Il est à noter que pour en arriver là, un deuxième dogme a fonctionné : il ne fallait pas, paraît-il, augmenter les cotisations patronales, par ce que cela rentrerait dans les prélèvements obligatoires ! Et puis le troisième dogme, implicite celui-là : on ne doit pas toucher à la répartition des richesses !
La déformation du partage de la valeur ajoutée des années 80 au profit des profits et donc au détriment des revenus du travail est considérée comme naturelle et donc ne doit pas être touchée ! Si on regarde le différentiel entre 1982 et 2007, le déport est de 9,3 points de PIB (environ 170 milliards d’euros) (…). Excusez du peu !
Et conformément à la ligne stratégique dévoilée par Denis Kessler dans la revue Challenges, cette attaque se fait par un patchwork de mesures qui semblent détachées l’une de l’autre mais qui, en fait, font partie d’un plan concerté bien que non explicité aux assurés sociaux. » La suite de l’article est à lire sur le site de l’Ufal.
Rappelons les propos exactement tenus en octobre 2007 dans Challenges par Denis Kessler, ancien vice-président exécutif du Medef, auquel Bernard Teper fait allusion : « Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! A l’époque se forge un pacte politique entre les gaullistes et les communistes. Ce programme est un compromis qui a permis aux premiers que la France ne devienne pas une démocratie populaire, et aux seconds d’obtenir des avancées – toujours qualifiées d’« historiques » – et de cristalliser dans des codes ou des statuts des positions politiques acquises. Ce compromis, forgé aune période très chaude et particulière de notre histoire contemporaine (où les chars russes étaient à deux étapes du Tour de France, comme aurait dit le Général), se traduit par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d’être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc. Cette « architecture » singulière a tenu tant bien que mal pendant plus d’un demi-siècle. Elle a même été renforcée en 1981, à contresens de l’histoire, par le programme commun. Pourtant, elle est à l’évidence complètement dépassée, inefficace, datée. Elle ne permet plus à notre pays de s’adapter aux nouvelles exigences économiques, sociales, internationales. Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires. »
Voilà donc la grande idée des libéraux : au nom d’une soi-disant modernité, il faudrait jeter aux orties toute solidarité, censée être « dépassée » et « inefficace« . Et ainsi faire place nette pour un monde idéal où les bénéfices des actionnaires ne connaîtraient pas de limite, sans se laisser embêter par les armées de prolétaires crevant de faim. Mais Kessler, PDG du groupe Scor (réassurance) et administrateur de BNP Paribas, Dexia, Bolloré, Dassault Aviation et INVESCO, prêche pour sa paroisse. Et l’on repense à la phrase citée dans La guerre des classes de François Ruffin (Fayard, 2008) : « La guerre des classes existe, c’est un fait, mais c’est la mienne, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la remporter. » Warren Buffett, première fortune mondiale.
Allons-nous laisser faire ?



C’est avec une grande honte que je prends conscience du populisme effréné de ma précédente élucubration, et, pour réparer dans l’instant cette infamie, je propose, avec toute la pénitence qui convient, quelques idées concrètes, ceci afin de sortir du populisme par le haut et mettre en cohérence la parfaite illusion de ce que l’on transmet à nos chérubins avec le ô combien juste pragmatisme de la société qu’ils devront nécessairement affronter…
je suggère donc que le ministère de l’éducation nationale et nos maîtres d’école revoient sans délai leurs tarifs selon les quelques pistes suivantes :
- le premier 20/20 en sport : on raccompagne l’enfant chez lui en taxi
- pour trois 20/20 successifs : ça sera le chauffeur de maître (à ne pas confondre avec De Maistre légiond’honneurifié)
- une mention AB en lecture : une secrétaire à mi-temps
- une mention TB : la même secrétaire à plein temps
- et au meilleur des meilleurs, la graine de Bill Gates : quelques nègres pour faire ses devoirs à sa place, ceci afin qu’il puisse continuer à encaisser des bénéfices tout en profitant du voyage linguiste qu’on lui offrira en destination de la Suisse, et qui sera bien sûr ponctué de l’ouverture de son premier compte épargne « spécial évasion » sur lequel sera versé 210 euros (soyons modeste et réservons les 210 millions d’euros à plus tard !, il ne faut tout de même pas en faire trop !)
un petit clin d’oeil à Babelouest… c’est fou comme nous sommes finalement tous un peu conditionné par le système dominant… en te lisant, un souvenir d’école primaire me remonte à la surface… le meilleur de la classe avait droit.. à une image.. c’était là tout son privilège qu’il s’acharnait bien souvent, avec toutes ses tripes, à décrocher.. pour le reste, il mangeait à la même cantine et avait, comme tout le monde, sa culotte courte et ses deux pieds pour marcher !..
Reix, quand nous sommes à la retraite, nous ne sommes plus astreints à des tas de critères sociaux comme la tenue correcte tous les jours, la belle voiture pour frimer avec les autres patrons, la maison grande et huppée pour les réceptions « obligées », etc… Donc il serait bien plus logique, à mon sens, que les retraites soient dans une fourchette de un à trois maximum, entre l’hôtesse de caisse qui a eu des temps partiels aux horaires pourris, et le grand pédégé qui a de l’argent déjà par ailleurs. Le minimum correspondrait au SMIC, un SMIC nettement revalorisé, sur la moyenne réelle des horaires, soit 38h30 il me semble, le maximum à trois fois cette somme. A partir de là, cela change la donne, et une ou deux suppressions de trucs stupides comme le bouclier fiscal et les exonérations de cotisations patronales « pour encourager les embauches » permettraient de parfaitement s’y retrouver.
Plutôt que « à la carte », visons le « tous pareils ». Et dès 60 ans ! Ou 55 ans pour les travaux réputés pénibles. Qu’au moins chacun ait raisonnablement l’espoir de vivre au moins 5 ans de retraite sans dégradation physique notable. Je pense que nous n’avons peut-être pas les mêmes critères de base. Je suis pour la plus grande égalité possible, ce qui n’est pas toujours apprécié. Ne sommes-nous pas égaux devant la dernière péripétie de la vie ?
Pour ma part j’attends avec impatience que le PS s’empare du dossier des retraites (alors qu’il ne l’a pas fait avec Jospin) cela bien sur lorsqu’il reviendra au pouvoir, car dans l’opposition les solutions sont faciles sur le papier !
D’accord il faut prendre un maximum viable aux riches et aux entreprises, on verra bien comment ils réagiront mais je doute de leur civisme, il suffit de voir comment agissent nombre d’artistes, sportifs, et autres… jusqu’au petit citoyen qui en recourant au travail au noir met en péril la pérennité de nos systèmes sociaux…
Pour ma part je suis favorable à une retraite par répartition par points car on devrait avoir le choix, certains préféreront cotiser moins et travailler plus longtemps, ou toucher moins, d’autres préféreront cotiser plus…
Ceux qui ne veulent pas comprendre que l’on va au devant d’un très gros problème ou qui prônent des solutions miracles alors qu’ils ne sont pas en charge du dossier, se réveilleront un jour !
Car s’il faut certes aller à l’idéal, il faut aussi comprendre le réel !