La commission Stiglitz vient de remettre son rapport au Président de la République.
Elle préconise de compléter l’indicateur monétaire du PIB par des indicateurs de bien être prenant en compte des critères sociaux, sanitaires et environnementaux. Quand bien même il est toujours aventureux de chercher à mesurer, à défaut de vouloir faire le bonheur d’autrui, ce type d’indicateurs existe déjà. Ainsi, le Programme des Nations Unies pour le Développement utilise un indicateur de développement humain qui place d’ailleurs la France en très bonne position (9e), derrière les pays nordiques et devant les pays anglosaxons.
Et pour cause, puisque la France dispose traditionnellement d’infrastructures et de services publics garantissant l’accès gratuit ou au moindre coût de tous à des biens essentiels comme la santé, l’éducation ou la culture.
À cette aune, on saisit mieux l’opération de communication à laquelle le Président de la République s’est à nouveau livré. Celle-ci consiste à feindre de défendre notre modèle social, à promouvoir les critères sociaux et environnementaux alors que la Revue Générale des Politique Publique a supprimé 100 000 postes dans les services publics en deux ans, que le forfait hospitalier augmente, que l’état des hôpitaux se dégrade et que la privatisation de la Poste se prépare. De surcroît, les gesticulations autour de la taxe carbone n’ont d’autre but que de diviser la gauche, alors qu’aucune politique énergétique alternative n’est véritablement pensée. Cette opération de communication menée par le président de la République autour du rapport de la Commission Stiglitz vise par ailleurs à occulter l’inefficacité de la politique économique du gouvernement sur le terrain classique de la croissance et de l’emploi. L’économie française subira une récession de -3% cette année avec son cortège de plans sociaux. Le gouvernement se targue pourtant d’une prévision à 0,8% pour 2010, mais il oublie de préciser qu’en-dessous de 1,5%, l’économie détruit des emplois et que le taux d’utilisation de nos capacités de productions est à son plus bas niveau historique (70%). Ceci signifie qu’une relance de la consommation est devenue le préalable à des mesures favorables à l’investissement, qui ont peu de chance d’aboutir tant que le stock de capital en place est sous-utilisé. Ceci explique que le plan de relance du gouvernement, supposé centré sur l’investissement, n’ait pas atteint sa cible, l’investissement continuant de reculer lors du dernier trimestre. Il devient urgent de modifier le partage des revenus, tant la montée des inégalités est devenue contre-productive. Les profits n’alimentent pas l’investissement.
La crise du pouvoir d’achat des catégories modestes et moyennes continue de se dégrader. Il faut rétablir la justice fiscale, redistribuer les richesses, développer les services publics et planifier la filière des énergies renouvelables. Une telle politique améliorerait, sans conteste, notre indicateur de développement humain, qui ne manquera pas de se dégrader à l’issue de cette législature.
Liêm Hoang Ngoc, euro-député, économiste
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