Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

19 octobre 2009

L’actualité de la crise: Qui va payer l’addition ?

Filed under: 03 - Economie — iledere @ 6:21

Bien que son premier épisode n’ait pas été annoncé, nous visionnons depuis peu un nouveau feuilleton de l’actualité, celui de la présentation de la note du sauvetage du capitalisme financier. A la manière de ce moment très particulier de la fin des repas, au restaurant, quand il faut partager l’addition et qu’une course de lenteur s’engage entre alors les participants, la gène s’installant. Les plus rapides à réagir auront été les banques, rendons grâce à leur sens de l’opportunité jamais pris en défaut, sinon à leur clairvoyance. Américaines d’abord et françaises ensuite, les Britanniques s’y essayant.

Premier épisode donc, les banques se sont précipitées pour régler les comptes, prenant les devants pour imposer leur façon de voir les choses. En remboursant, ou en se préparant à le faire, les aides publiques pour solde de tout compte. Au centime près, certes, mais en ayant bien profité pour elles-mêmes des fonds qui avaient été mis à leur disposition, sans avoir l’intention de partager les plus-values réalisées grâce à ceux-ci. Sans rémunérer la garantie implicite de l’Etat dont ils bénéficient désormais. En France, le Crédit Agricole vient d’annoncer qu’il allait également le faire, à la suite de BNP Paribas et la SocGen. Aux Etats-Unis, il a fallu que le Trésor annonce qu’il allait interdire aux banques qui ne l’avaient pas fait de se joindre aux précédentes, pour interrompre la vague de remboursements qui allaient les fragiliser encore davantage !

A cette époque, pas si lointaine, il avait été expliqué par les meilleurs commentateurs que les banques, en procédant à ces remboursements des fonds publics, voulaient retrouver leur liberté en matière de rémunération de leur encadrement, puisque la question qui agitait les esprits était celle des bonus, cette clé de voûte de la régulation financière (ou tout du moins présentée comme telle). La diversion était grossière, elle visait à masquer une opération bien plus importante, dont le sens vient d’apparaître dans toute son étendue : une tentative de s’accorder un quitus en bonne et due forme. Une manière de refermer le gros livre de compte pour ne plus le rouvrir. Afin de tenter de tuer dans l’oeuf un débat qui n’a pas manqué par la suite de jaillir, lancé par un Lord anglais responsable de la régulation financière et un ministre social-démocrate allemand des finances, chacun de son côté, qui ont demandé que soit envisagée une taxation des transactions financières.

C’est le gouvernement belge qui, dans le cadre de ses difficiles exercices budgétaires pour les années à venir, s’est le premier engagé sur cette voie. Laurette Onkelinx, la vice premier ministre socialiste, a prononcé les mots fatidiques : « Il faut que maintenant les banques paient pour la crise qu’elles ont provoquée ». Elles devront régler à l’Etat, conjointement avec les sociétés de bourse et les assureurs, une « prime de garantie » de 0,15% sur le montant des dépôts et les sommes placées dans des produits d’assurance utilisés à des fins d’épargne, comme l’assurance-vie. Un régime transitoire plafonne ces montants à 220 et 670 millions d’euros en 2010 et 2011. Un communiqué du ministère des finances a précisé qu’il s’agissait de prendre acte de ce qui doit être désormais « explicite » et non plus seulement implicite : « La crise financière a démontré le rôle fondamental de l’Etat comme garant de dernier ressort des établissements financiers ». Pour mémoire, les pouvoirs publics belges ont renfloué en catastrophe les banques Fortis, Dexia et KBC, ainsi que l’assureur Ethias. Incluant l’aide des régions, 20 milliards d’euros y ont été consacrés, tandis que des garanties étaient octroyées (91 milliards rien que pour Dexia). Cela relativise la compensation qui est demandée.

Sans aller jusqu’à emboîter ce pas, mais dans le même ordre d’idées, le Trésor britannique vient d’annoncer qu’il réclamerait une indemnité de rupture à Lloyds Banking Group (LBG), si la banque venait à renoncer au plan gouvernemental de protection des actifs bancaires toxiques (GAPS). Ce plan aboutissait à la prise en charge par l’Etat de l’essentiel des actifs toxiques détenus par la banque (260 milliards de livres), en échange d’une montée au capital de la banque aboutissant à une nationalisation partielle mais majoritaire (plus de 60%). Après avoir prévu de participer au GAPS depuis le printemps dernier, LBG envisageait ces dernières semaines, afin de s’y soustraire, de ne pas finalement s’y engager et de procéder à une levée massive de capitaux sur le marché, en profitant de l’air du temps. Le Trésor a répliqué que, la banque ayant bénéficié durant cette période d’une aide indirecte du gouvernement, une indemnité était justifiée, le Daily Telegraph faisant état de la somme d’un milliards de livres (1,1 milliards d’euros).

En France, Didier Migaud, le président socialiste de la commission des Finances, a proposé ce jour mercredi que les banques soient assujetties à une taxe de 10% supplémentaires à l’impôt sur les sociétés, dans le cadre d’un amendement au projet de budget 2010. « L’Etat ayant joué le rôle d’assureur de dernier ressort au cours de la crise bancaire de l’automne 2009, il est normal qu’il reçoive la contrepartie de cette couverture exceptionnelle en faveur de l’intérêt général ».

Le contraire eut été surprenant, les réactions du monde des finances aux mesures gouvernementales belges, seules disponibles, sont empreintes de l’arrogance coutumière. Jean-Luc Dehaene, président du conseil d’administration de Dexia, a ainsi donné le ton pour la profession : « Croire qu’en faisant cela cette prime d’assurance ne va pas se retrouver dans les coûts, c’est une illusion. Il faut être clair: c’est le client qui paiera au bout du compte ». Pour rajouter, afin de faire bonne mesure : « On dit qu’il faut faire payer les banques mais que ces mêmes banques doivent faciliter le crédit aux entreprises. L’ennui, c’est que les moyens ne sont pas illimités ». Une certaine assurance, pour le coup, est tout de même requise pour déclarer ainsi que ce ne sont en aucun cas les actionnaires qui vont payer ! Comme si c’était indigne et tout simplement inconcevable ! Henri de Castries, président de l’assureur Axa, a repris au vol l’argument dans La Libre Belgique : « Si vous faites des banques les boucs émissaires de la crise, si vous les surtaxez ou si vous les empêchez de faire leur métier, vous en serez les principales victimes, car elles ne financeront plus suffisamment l’économie et les entreprises ». Ajoutant cet argument inédit et particulièrement incongru (et pour une fois gratuit) : « Il ne faut pas appliquer aux banques la logique des réparations que l’on a appliquée à l’Allemagne après la première guerre mondiale »… Ce qui veut dire, si on saisit dans toute sa profondeur sa pensée, que les banques auraient ensuite leur revanche !

Nonobstant ces réactions, le décor n’en est pas moins planté. Suffira-t-il, comme l’a déclaré Christine Lagarde, ministre de l’économie et des finances français, d’affirmer que le gouvernement ne veut pas participer à la spéculation ambiante (quel aveu !) pour tordre définitivement le cou à l’idée que les banques, plus précisément leurs actionnaires, doivent être mis à contribution pour financer le coût de leur sauvetage et de leurs errements ? Nous le saurons en continuant de suivre le feuilleton de « Qui va payer l’addition ? ».

Si l’on dresse un rapide tableau des mesures déjà prises par les gouvernements européens afin de faire face à la dette publique, ou envisagées de l’être, on comprend vite que personne n’est trop pressé de lui apporter une réponse claire. Comme présenter la petite note n’est pas chose facile dans le contexte actuel, il est chaque fois que possible décidé de repousser à plus tard ce délicat exercice, ou de s’en tenir à de premières mesures limitées. En espérant, toujours et malgré tout, qu’une reprise économique viendra ultérieurement faciliter l’exercice. Gagner du temps, encore ! En attendant, chacun scrute ce qui se passe chez l’autre, afin de mesurer ce qu’il pourrait faire.

Les Allemands, en pleine négociation de la mise en place du gouvernement de coalition CDU/CSU-FPD, n’ont pas encore décidé de leur plan d’action mais, rappelons-le, ont adopté sous le précédent une loi faisant obligation à tout gouvernement de diminuer le déficit public afin de le résorber. Les Britanniques, désormais dans l’attente de leurs élections et du retour probable aux affaires des Conservateurs, sont encore tétanisés par le souvenir de l’ère Margaret Tatcher et des coupes claires dans les budgets publics. Dans la perspective de leur départ, les Travaillistes n’ont à ce jour encore annoncé qu’un plan de vente d’actifs publics, laissant à leurs successeurs le choix des armes et les responsabilités afférentes. Cela donne pour l’instant : un train à grande vitesse, une participation dans le consortium nucléaire européen URENCO, une maison de paris, ainsi qu’une société spécialisée dans les prêts aux étudiants.

Le gouvernement socialiste espagnol, n’ayant pas ces ressources et ne s’inscrivant pas dans de tels calendriers, a dû se résoudre a entrer dans le vif du sujet en approuvant un projet de loi de finances 2010 qui prévoit 11 milliards d’euros de hausse d’impôts, relevant les deux principaux taux de TVA et supprimant la déduction fiscale de 400 euros appliquée à l’impôt sur le revenu. Les Italiens, qui continuent de tenir la tête du championnat européen des déficits publics, bénéficient de l’amortisseur que représente leur économie informelle, qui a encore gagné en importance à la faveur de la crise ; ils attendent de bien peu probables jours meilleurs. Les Français, enfin, repoussent également à plus tard les décisions, s’engageant dans un grand emprunt public très politique aux modalités floues et destiné à favoriser les investissements, vécu dans les milieux patronaux comme le signal de bonnes affaires à venir. Le Medef, l’organisation patronale française, souhaite ainsi que l’accent soit mis sur les partenariats « public-privé », « meilleure façon de garantir le retour sur investissement » (pour qui ?), tandis que le gouvernement s’apprête à rééditer d’une nouvelle manière l’absurdité onéreuse de l’Emprunt Giscard en surenchérissant le coût du déficit. Les contribuables (et les citoyens non imposables) vont grâce à ce dispositif rembourser les épargnants et les investisseurs. Un transfert qui en vaut un autre, sur lequel s’arque-boute le gouvernement, celui du bouclier fiscal, « un outil de justice fiscale et sociale », vient effrontément de déclarer Luc Chatel, porte-parole du gouvernement.

Aux Etats-Unis, où la situation sociale est nettement plus désastreuse, il est question de prolonger de quelques semaines les allocations chômage pour ceux qui les perçoivent, la priorité est donnée à l’adoption par le Congrès de la réforme de la santé, mais après… ? Après, les barons de la Fed commencent à se chamailler publiquement, dans un débat que l’on pourrait qualifier de surréaliste si l’on n’avait pas pour ce mouvement un certain respect, à propos de l’augmentation du taux de référence de la banque centrale : quand va-t-il falloir l’augmenter ? Le monde des économistes officiel reste enfermé dans sa tour d’ivoire monétariste ainsi que dans les préoccupations des financiers. Pourquoi ce débat, alors ? Parce que les milieux d’affaires sont inquiets de la chute du dollar et que la remontée des taux est pour eux la seule possibilité de l’enrayer, quel qu’en soit par ailleurs le prix à payer.

C’est une manière qui ne le dit pas de répondre toujours à la même question : « Qui va payer ? « . JPMorgan Chase, qui vient de publier mercredi ses résultats pour le troisième trimestre, affichant un bénéfice net multiplié par sept, à 3,588 milliards de dollars, a déjà répondu : « pas moi! ».

par François Leclerc publié dans le blog de Paul Jaurion
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