Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

27 octobre 2009

Le coup de vice électoral de Sarkozy

Filed under: 20 - UMP — iledere @ 6:30

Luc Rosenzweig, ex-journaliste au Monde et l’un des fondateurs du site-salon Causeur analyse la réforme du mode de scrutin prévue par Sarkozy, ce que certains ont qualifiée de “putsch électoral”.

Un p’tit tour et c’est dans la poche pour l’UMP !

À première vue, la réforme des collectivités territoriales présentée en cette fin octobre par Nicolas Sarkozy semble frappée au coin du bon sens : pour la première fois depuis la création de la Ve République, on essaie de mettre un peu d’ordre et de rationalité dans l’empilement séculaire des structures de la démocratie locale. Communes, intercommunalités, cantons, communautés urbaines, départements, régions, tout cela avait un urgent besoin d’être simplifié et adapté à l’évolution démographique et sociologique de notre beau pays.

La méthode pour faire avancer le schmilblick était aussi respectable qu’habile : on envoie tout d’abord un chevau-léger, en l’occurrence Jacques Attali, à l’assaut des conservatismes provinciaux. L’ancien conseiller de François Mitterrand, missionné par l’Elysée pour imaginer des réformes permettant de relancer la croissance économique, propose, entre autres, la suppression des départements.

Tollé dans les campagnes, car ce rejeton administratif de la Révolution française est plutôt aimé par le peuple, surtout celui qui vit hors des grandes villes, comme on a pu le constater lors de la modification des immatriculations des automobiles. Le conseiller général est un élu de proximité, qui cajole les petits maires et pratique la bobologie sociale avec les électeurs de son canton.

Pour calmer le jeu, on réunit une commission de “sages”, présidée par Edouard Balladur, à laquelle participent d’éminents membres de l’opposition socialiste, Pierre Mauroy et André Vallini. Ses travaux aboutissent à la formulation de vingt propositions dont les plus importantes – suppression de la taxe professionnelle et création de “conseillers territoriaux” remplaçant les actuels conseillers régionaux et généraux pour siéger tout à la fois à l’assemblée départementale et régionale – sont reprises par Nicolas Sarkozy. C’est la “fusion douce” des départements et des régions.

Présentée ainsi, et moyennant quelques ajustements pour amadouer les sénateurs et les notables locaux, cette réforme aurait pu faire l’objet d’un consensus dépassant les clivages politiques, car elle répond aux préoccupations des élus locaux de toutes tendances. Elle pourrait mettre fin à l’enchevêtrement des structures, aux conflits de compétences et aux coûts inutiles engendrés par la multiplication des syndicats intercommunaux et de leurs exécutifs pléthoriques.

Mais on l’aura peut-être déjà remarqué, Nicolas Sarkozy n’est pas un homme qui recherche systématiquement l’harmonie générale, dans une République apaisée où les décisions importantes pour l’avenir de la nation sont élaborées dans un esprit de coopération avec ceux qui pensent autrement.

Il a donc fallu qu’il introduise dans la belle construction signée Balladur et Mauroy un élément qui déclenche une castagne de grande ampleur avec les socialistes : l’élection au scrutin uninominal à un tour, en 2014, de 80 % des conseillers territoriaux, les 20 % restants étant élus au scrutin de liste départemental.

Et alors, qu’est ce que ça change ? Eh bien, beaucoup de choses, car ce mode de scrutin, qui est celui des élections législatives au Royaume Uni, assure l’élection dès le premier tour du candidat ayant obtenu le plus de voix dans sa circonscription, même s’il n’a pas atteint la majorité absolue. Il favorise donc la famille politique qui est parvenue à rassembler au sein d’un même parti le plus large éventail des sensibilités existant en son sein.

Le système “au premier tour on se compte, au second on se rassemble”, alpha et oméga de la stratégie politique hexagonale, est balayé. C’est avant les élections qu’il faut se rassembler et non pas dans de chaleureuses retrouvailles d’entre deux tours. Dans la conjoncture politique actuelle, ce mode de scrutin favorise indubitablement la droite de gouvernement. Nicolas Sarkozy a rassemblé presque toute la droite au sein de l’UMP ou dans son orbite, alors que la gauche a beaucoup plus de mal à réunir toutes ses composantes dans un cartel électoral, surtout depuis la montée en puissance des Verts. De plus, la réduction de moitié des élus locaux provoque un assèchement notable du vivier où le PS recrute une bonne partie de ses militants…

Le coup tactique est habile, mais est-il pour autant de nature à purifier les mœurs politiques de notre pays, où le fair-play est encore insuffisamment pratiqué, comme on a pu le constater à l’occasion du procès Clearstream ? Ce mode de scrutin fonctionne à la satisfaction des Britanniques, car le bipartisme est profondément ancré dans le pays depuis très longtemps : conservateurs et travaillistes rassemblent au sein de leurs formations respectives toutes les nuances de la droite et de la gauche.

Il suppose aussi que le combat électoral se fasse à la loyale, sans manœuvres ni coup tordus : ce n’est pas en Angleterre que l’on verrait, par exemple, les conservateurs susciter en sous-main un candidat prétendument de gauche pour piquer des voix aux travaillistes, ou vice-versa. En revanche, pour qui connait un peu les pratiques politiques de notre belle démocratie, il n’est pas exclu que de subtils marchandages, manœuvres de coulisses, passages de rhubarbe et de séné viennent donner à ces élections un délicieux fumet de magouille généralisée.

Le bipartisme n’est pas dans les gènes des Français, pas plus à droite qu’à gauche. Dans la période que nous vivons, la gauche apparaît plus fractionnée qu’une droite tenue d’une main ferme à partir de l’Elysée. Mais, comme dirait Claude François, “ça s’en va et ça revient…”, et il n’est pas sûr que le coup de vice électoral de Nicolas Sarkozy ne lui revienne pas, un jour, dans les gencives.

Source : Le site collectif Causeur se dit «Magazine où l’on parle, salon où l’on cause». Ses auteurs sont étiquetés «néo-reacs» mais une lecture attentive des écrits d’Elisabeth Lévy, de Marc Cohen ou encore de la mystérieuse Trudi Kohl suggère plutôt une sensibilité littéraire. Toujours à contre-pied, toujours bien écrit. Et une version papier distribuée aux abonnés.

Milow « Ayo technology »

Jonathan Vandenbroeck, connu sous le pseudonyme de Milow, né le 14 juillet 1981 à Louvain, est un chanteur-compositeur belge. Il est connu pour avoir chanté You Don’t Know et la reprise de 50 Cent, Ayo Technology.

6 réponses à “Le coup de vice électoral de Sarkozy”

  1. Serge dit :

    @ à deniel anne.
    Tu as raison, il faut penser au rassemblement et dans un premier temps au sein de notre parti, ce qui est loin d’être gagné.

  2. deniel anne dit :

    J’aime les analyse du PS. Elles m’informent, elles m’instruisent, me confortent dans mon choix militant, mais devant l’inéluctable, si nous passions à l’action, si nous travaillions au rassemblement.

  3. revizor dit :

    Les modalités du scrutin ne font pas tout dans le résultat du scrutin lui-même car ce résultat dépend principalement de la capacité des partis ou des candidats à attirer sur leurs programmes et leurs noms un nombre important des suffrages des citoyens.
    Du simple point de vue de l’égalité il apparaît que le meilleur mode de scrutin serait le scrutin proportionnel , soit au plus fort reste, soit à la plus forte moyenne.Il convient aussi d’en définir le cadre, départemental, régional ou national.
    Effectivement on peut dire que dans le scrutin proportionnel chaque voix compte et qu’il n’y a donc pas de « vote inutile ».
    Avec l’inconvénient évoqué de favoriser les combinaisons politiciennes.
    Rappelons que le système proportionnel existait sous la 4éme République pour l’élection des députés mais dès 1951 il a été arrénué avec la loi sur les apparentements, ceci afin de réduire le nombre de députés du Parti Communiste qui pesait à peu près à l’époque entre 25 et 28 % des électeurs.

    Le système anglais , le scrutin à un seul tour, me semble injustement décrié.
    C’est vrai qu’il amplifie considérablement l’avancée d’un parti et corrélativement le recul d’un autre.
    Ce système est-il nécessairement lié au bipartisme?
    Il me semble jouable également dans nos pays latins comme la France où nos conceptions démocratiques et l’hsitoire du mouvement ouvrier ont abouti à la création de plusieurs partis.
    Il est clair qu’à l’heure actuelle un tel système signifierait une victoire importante, voire écrasante du Parti le plus influent électoralement , à savoir l’UMP.
    Mais cela n’aboutirait aucunement à la disparition , en termes d’élus, du Parti Socialiste et même du Parti Communiste, car ceux-ci ont quand même leur zones d’influence où ils peuvent obtenir des élus dès lors qu’ils obtiennent la majorité des voix ,relative ou absolue.

    Je ne suis donc pas pour que l’on s’accroche au système actuel du scrutin majoritaire à 2 tours qui lui aussi comporte sa dose de magouilles, négociations politiciennes et qui en 2007 n’a pu assurer la victoire de la gauche ou plutôt du Parti Socialiste.

    En conclusion je dirais, qu’au delà des procédures électorales ou même de découpages de circonscriptions plus ou moins douteux, ce qui compte avant tout ce sont les programmes , les orientations qui doivent être clairs aux yeux des populations ou des classes sociales que nous prétendons défendre ou plutôt représenter et organiser.

  4. La main gauche dit :

    chérif.. comprendre shérif.. désolé suis fâché avec les mots issus de l’émigration … de nos ancêtres !!

  5. La main gauche dit :

    Je ne suis pas convaincu, Louis, j’aurais, pour ma part, plutôt envie de persister à démontrer que le régime présidentiel actuel n’est ni plus ni moins que de la monarchie de seconde zone.. à l’heure où les aboiements du chérif élyséen commencent à perdre de leurs effets, que la nouvelle ballade médiatique lancée sur l’identité nationale n’arrive plus à masquer, auprès des électeurs, qu’elle n’est là uniquement pour éviter que l’on se penche sur le vide intersidéral du bilan d’un groupe omnipotent de godillots de tous poils qu’est l’UMP, à l’heure où l’on voit un Lamour fervent UMPiste renier ses propres convictions pour obéir à l’aveuglement de son clan, à cette heure là, je n’ai pas très envie de sauter les deux pieds joints dans la godillots party simplement pour coller à la logique d’un régime qui commence à montrer toute sa stupidité !!

  6. louis dit :

    Le mode de scrutin induit le mode de vie politique.
    La proportionnelle, qui prétend représenter toutes les opinions, a pour conséquences la création d’alliances, après le vote, favorisant ainsi les partis marginaux qui pèsent très lourd lorsqu’il s’agit d’avoir la majorité. L’électeur se sent floué. Il suffit de voir ce qui se passe en ISRAËL avec les partis religieux. Le mode de scrutin britannique :uninominal à un tour est naturellement lié au bipartisme. Le débat politique se fait à l’intérieur des partis, et parfois la bataille est rude, et les alliances se font avant le vote. Si le choix proposé est réduit, au moins il est transparent. Le scrutin uninominal à deux tours, spécialité française, cumule les handicaps. Il permet l’élimination de Jospin au premier tour des présidentielles, mais fonctionne en réalité comme un scrutin uninominal puisque c’est ce qui se passe au deuxième tour. Beaucoup d’électeurs ne viennent d’ailleurs qu’au second tour, (même pour les référendum!).
    Avec le quinquennat, le régime est devenu présidentiel. Le mode de scrutin qui va avec est le scrutin uninominal à un tour. Ce choix obligera l’opposition à s’unir dans un premier temps, à s’unifier ensuite. Ou à perdre lourdement.
    C’est le meilleur cadeau que SARKOSY fera à son opposition, et qui j’espère le fera perdre.

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