Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

29 octobre 2009

C’est fini: l’Allemagne ne peut plus donner de leçons de rigueur

Filed under: 03 - Economie — iledere @ 6:32

La nouvelle coalition allemande entre CSU et FDP prévoit une baisse des impôts et une hausse des cotisations. Pour Gilbert Casasus, cela signifie une chose: moins exiger des riches pour plus demander aux autres.

Baisse des impôts, économies budgétaires, augmentation des cotisations sociales et de santé, la litanie est connue. Cela ressemble à tous les programmes élaborés par la droite depuis les années quatre-vingt-dix ; cela rappelle aussi l’ensemble des promesses formulées par les conservateurs et les libéraux à travers toute l’Europe.

Le contrat de gouvernement, signé le 24 octobre dernier, par la CDU/CSU et le FDP n’a rien de très original. Il est à la hauteur de ce que l’on attendait, il est au niveau de ce que l’on devinait : un catalogue de mesures où quelques réformes plus sociales, destinées en priorité aux familles, ne sauraient faire oublier le caractère néolibéral d’une feuille de route gouvernementale, notamment favorable aux catégories aisées et surtout aux entreprises.
Quant à la question du financement, la réponse ne s’est pas fait attendre. Le nouveau gouvernement mise sur la croissance et sur la diminution des dépenses publiques. Quelle croissance ? Quelles dépenses ? Esprits curieux s’abstenir, on en saura, paraît-il, un peu plus d’ici la fin 2010 !

L’observateur attitré reste sur sa faim, tandis que le citoyen allemand n’obtient que ce qu’il a souhaité, ayant choisi de porter une nouvelle majorité au pouvoir.
Il se félicitera certes de la baisse de certains de ses impôts, d’un montant global de vingt-quatre milliards d’euros, mais s’émouvra de l’augmentation prévisible de ses cotisations sociales et de ses frais d’assurance-maladie que, bien entendu, on avait bien pris soin de lui dissimuler durant la campagne électorale. Bref, on lui donnera d’une main, ce qu’on lui reprendra de l’autre. La méthode est connue, mais elle n’honore jamais celui qui l’instaure.

Plus subtiles sont encore quelques plans inavoués du futur gouvernement allemand, destinés à cacher l’ampleur des déficits. Proposition certes immédiatement démentie par les dirigeants de la coalition chrétienne-libérale, l’équipe d’Angela Merkel s’apprête à transférer les bilans négatifs des comptes sociaux dans un budget autre que celui adopté par le Bundestag. Cela ressemble, à s’y méprendre, à la titrisation dont tous les économistes s’accordent à dénoncer le rôle coupable qu’elle a joué dans le déclenchement de la crise financière de ces derniers mois. Après les « bad banks », voilà venue l’heure des « bad budgets », preuve à l’exemple de la nouvelle coalition allemande que nombreux sont celles et ceux qui n’ont pas su tirer les leçons des avatars du capitalisme !

Procédé critiqué par de très nombreux spécialistes de l’économie et des finances, et vilipendé par l’opposition de gauche, ces budgets annexes présentent néanmoins certains avantages pour Berlin. Parce que non pris en compte par Bruxelles et l’Eurogroupe, ils ne sont assujettis à aucune menace de sanction venant de la part de la Commission européenne. Tour de passe-passe financier, ils permettent au gouvernement fédéral de soumettre des comptes bien plus favorables qu’ils ne le sont en réalité. Aux partenaires de l’Allemagne, alors, de demeurer particulièrement vigilants et de ne pas tomber dans le piège que la RFA est en train de leur tendre. Cela concerne notamment le gouvernement français qui, plus d’une fois, s’est vu reprocher par son homologue allemand son manque de respect des équilibres budgétaires.

Aujourd’hui, l’un comme l’autre laissent filer les déficits, n’apportant pas la moindre réponse crédible à leur réduction, quitte à remettre aux générations à venir le soin de les éponger, alors qu’une solution d’urgence s’impose tant pour Angela Merkel que pour Nicolas Sarkozy.

A l’heure du pacte de stabilité, la RFA se voulait la plus vertueuse des pays de la zone euro. Donneuse de leçons à certains égards, elle s’en prenait ouvertement aux Etats qui refusaient la rigueur qu’elle essayait de leur imposer. Aujourd’hui, ses marges de manœuvre se sont restreintes. Vertueuse, elle ne l’est plus depuis bien longtemps ; donneuse de leçons, elle le reste peut-être, sans toutefois respecter les règles qu’elle avait elle-même fixées. Décidée, coûte que coûte, à appliquer un programme économique et social que le FDP a largement réussi à influencer, l’Allemagne ne sait toujours pas comment elle financera sa politique à venir. Néanmoins, la chancelière a-t-elle eu l’intelligence de nommer avec son ancien rival chrétien-démocrate Wolfgang Schäuble un Ministre des Finances chevronné et prudent qui, tôt ou tard, fera comprendre à ses alliés libéraux que leur idéologie a aussi ses limites et ses contradictions. Et non des moindres !

Gilbert Casasus – Professeur à l’Université de Fribourg pour http://www.marianne2.fr/C-est-fini-l-Allemagne-ne-peut-plus-donner-de-lecons-de-rigueur_a182568.html

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