Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

4 novembre 2009

Comment Sarkozy peut-il rebondir?

Filed under: 20 - UMP — iledere @ 6:00

En baisse dans les sondages, le chef de l’État met le cap à droite sur les thèmes de la sécurité et de l’immigration. Cela suffira-t-il à retrouver la faveur de l’opinion, avant tout traumatisée par la crise ?

Seulement 38 % d’opinions favorables en octobre pour le président de la République, selon le dernier sondage de l’Ifop pour le Journal du dimanche, c’est peu. Un trou d’air aux causes multiples, au moment d’aborder la seconde moitié du quinquennat et à cinq mois des régionales : il y a bien sûr les deux affaires qui ont nourri la polémique, celle de Frédéric Mitterrand et de son livre, où il reconnaît avoir pratiqué le tourisme sexuel en Thaïlande, et surtout l’élection annoncée de Jean Sarkozy, 23 ans et une première année de droit pour tout diplôme, à la tête de l’Epad, le tout puissant Établissement public d’aménagement de la Défense. Mais ces deux polémiques, quelle que fût leur ampleur, n’expliquent pas à elles seules la chute du chef de l’État dans les sondages. Pour preuve, avant qu’elles éclatent, en septembre, il n’était crédité par l’Ifop que de 39 % de bonnes opinions.

Le vrai décrochage a eu lieu pendant l’été, après l’annonce de la création de la taxe carbone, et il touche désormais le coeur de son électorat de droite. Comment retrouver la confiance, également entamée par une série de mesures qui ont refroidi les sympathisants du chef de l’État, comme l’abandon des tests ADN pour lutter contre l’immigration clandestine, la non-exécution des peines de prison ferme inférieures à deux ans, la remise en question des retraites des mères de famille, la proposition de fiscaliser les indemnités versées aux accidentés du travail ? Pas en s’appuyant sur les réformes à venir, qui ne sont pas populaires et sèment le trouble jusque dans les rangs de la majorité. La réforme territoriale fait grincer bien des dents, autant à gauche qu’à droite. La suppression de la taxe professionnelle, versée par les entreprises aux collectivités locales, provoque aussi bien des remous. Comme le coup de sang d’Alain Juppé, qui, a propos de la compensation par l’État du manque à gagner, qui ne sera effective que la première année, a estimé que c’était « se foutre du monde ». Ce n’est pas non plus avec la réforme à venir des retraites que le chef de l’État peut retrouver la faveur de l’opinion.

Restent les fondamentaux : la lutte contre l’insécurité et contre l’immigration clandestine, pour envoyer des signaux tangibles à son électorat. L’opération “reconquête” a démarré avec le démantèlement de la “jungle” de Calais, le 22 septembre. Des cars de CRS ont encerclé le camp où se rassemblaient les migrants dans l’attente de passer illégalement en Angleterre et les forces de l’ordre ont interpellé près de 280 personnes et une dizaine de passeurs présumés. Éric Besson a par ailleurs confirmé que d’autres démantèlements de campements de migrants auraient lieu dans les semaines à venir. «Nous ne laisserons pas les passeurs faire la loi le long de la Manche », a déclaré très fermement le ministre de l’Immigration.

Deuxième salve, cette fois sur le thème de l’insécurité, le 18 octobre, avec la publication de deux décrets du ministère de l’Intérieur créant deux fichiers de police qui recenseront les délinquants potentiels « susceptibles d’être impliqués dans des actions de violence collectives ». Ces décrets, qui dormaient dans les cartons du ministère de l’Intérieur depuis plus d’un an, permettront de remplacer Edvige, victime de la mobilisation de ses opposants en 2008. Entrent dans le cadre des nouveaux fichiers toutes les personnes « dont l’activité individuelle ou collective indique qu’elles peuvent porter atteinte à la sécurité publique » et ce, dès l’âge de 13 ans, comme le prévoyait également Edvige.

Troisième signal le 21 octobre : trois sans-papiers afghans sont expulsés vers Kaboul. «Venir d’un pays en guerre ne vaut pas titre de séjour », justifie Besson, « un pays qui renonce aux mesures de retours contraints est un pays qui devient la cible des filières d’immigration clandestine ».

Enfin, le ministre de l’Immigration a annoncé dimanche le lancement d’un débat sur l’identité nationale, thème également au centre de la campagne de 2007. Le débat doit s’étaler sur deux mois et demi, pendant lesquels seront posées les questions sur « la nature du lien qui fait que nous sommes français et que nous devons être fiers », a précisé Besson.

Immigration, sécurité, chaque signal envoyé a immédiatement provoqué un tollé à gauche. Le démantèlement de la jungle de Calais est « un acte totalement inhumain qui ne réglera pas le problème », s’est insurgée Martine Aubry, pendant que Jean-Luc Mélenchon parlait de « spectacle cruel et obscène », dénonçant « une opération de ratissage ». Même indignation au sujet des nouveaux fichiers de police.

Le PS a dénoncé « une nouvelle atteinte aux libertés », pendant que Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l’homme, estimait que le nouveau fichier était aussi dangereux qu’Edvige, allait vers un « fichage au faciès », pratiquait la « discrimination ethnique »… L’expulsion des trois Afghans, pour sa part, était qualifiée par la gauche et les associations de « charter de la honte ». Le ministre de l’Immigration a été accusé de «mettre la vie de migrants en danger », de les « exposer à la torture et à la mort » en les renvoyant dans un pays en guerre.

« La violence des réactions, à gauche, fait finalement le jeu de Nicolas Sarkozy », commente Jérôme Fourquet,directeur adjoint du département opinion de l’Ifop.« En étant si virulents, ils accréditent l’idée aux yeux de l’électorat de droite que le chef de l’État mène la politique pour laquelle son camp l’a élu. »

Mais ces signaux, symboles de la ligne dure du gouvernement, suffirontils à réconcilier Sarkozy et l’électorat de droite ? Pas sûr. «Nous sommes aujourd’hui dans un contexte dépassionné sur les thèmes de l’immigration et de l’insécurité », note Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique-opinion de CSA. « La première angoisse des Français, aujourd’hui, c’est la crise, le chômage, le pouvoir d’achat, la fiscalité. Ce sont les thèmes qui structurent la popularité de l’exécutif », ajoute Fourquet. « La taxe carbone n’est toujours pas digérée, c’est elle qui a valu au président son tassement violent dans l’opinion. Elle est perçue comme inégalitaire et personne ne croit à sa compensation. Dans le même temps, la taxe professionnelle est supprimée et on fait le cadeau de la TVA à 5,5 % aux restaurateurs, alors que la nouvelle inquiétude des Français, c’est la dette. Ils craignent d’avoir à régler la note. » Bref, la vieille ficelle “sécurité et immigration” pourrait, cette fois, se montrer inefficace pour regagner la faveur de l’opinion.

Josée Pochat pour Valeurs Actuelles

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